"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

L’attrape-coeurs de J.D Salinger : A quoi tient la magie d’Holden Caulfield ?

C’est un petit livre d’à peine 300 pages, publié discrètement en 1951 par un jeune nouvelliste du New-Yorker encore méconnu : un certain J.D Salinger.
Frédéric Beigbeder lui clame son admiration et a même tenté de rencontrer le vieil écrivain retiré de la vie publique depuis 1965 (cf : son documentaire « L’attrape-Salinger » ; voir ci-dessous son analyse du roman) tandis qu’en 2009 un jeune auteur a tenté d’en écrire la suite après avoir été « guéri » en le lisant. Il hante Mel Gibson dans « Complots » qui voit en lui la seule façon d’apaiser ses angoisses ou inspire Indochine (« Des fleurs pour Salinger »)… Mais quel est le secret de ce mystérieux livre culte, vendu à plus de 60 millions d’exemplaires et qui a ouvert la voie à toute une nouvelle littérature ? Une « grande histoire », un « souffle historique », une « vision du monde », un « engagement politique »… ? Non, « juste » l’histoire d’un gamin…
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« La promesse de l’aube » de Romain Gary : Tu seras un héros mon fils

En 2009 paraissait une anthologie« Légendes du je », regroupant les œuvres de l’écrivain au double Goncourt et de « S. ou l’espérance de vie » de son fils Alexandre Diego Gary, avec pour roman emblématique : La promesse de l’aube. Paru en 1960 et adapté au cinéma par Jules Dassin en 1971, il consacre la renommée de Romain Gary après le Goncourt obtenu pour « Les racines du ciel ». C’est aussi un roman clé pour comprendre toute son œuvre où l’inspiration de sa mère est omniprésente (en particulier son autre grand succès « La vie devant soi » et son personnage de « Madame Rosa »). Car avant d’être un roman autobiographique (qui tient d’ailleurs plus de l’autofiction, au regard de sa large part d’invention), La promesse de l’aube est surtout un vibrant portrait et hommage à sa mère, véritable héroïne de cet autoportrait réinventé. On aurait d’ailleurs pu le sous-titrer « La gloire de ma mère » ! Une femme incroyable de ténacité, d’orgueil et de panache qui dessine en ombre chinoise le portrait de l’homme(-enfant) qu’est devenu Romain Gary. De sa vocation d’écrivain à sa carrière militaire…
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Journal d’Anaïs Nin 1932-34 « Inceste », l’imaginaire sensuel et l’interdit au pouvoir

Le fameux journal d’Anaïs Nin comprend sept tomes au total soit plus de quinze mille pages !
Débutés à l’âge de douze ans suite au départ de son père qui abandonna sa famille, ils ne seront publiés qu’en 1966. La période d’entre deux guerres compte parmi la plus intéressante car la plus bouillonnante d’un point de vue culturel et relationnel. Elle y raconte notamment ses amours avec des figures mythiques de la littérature allant d’Henry Miller à Antonin Artaud (ou encore sa correspondance avec D-H Lawrence sur qui elle a rédigé un essai) et de de la psychanalyse (René Allendy, Otto Rank…), dans le Paris montparnassien et le Clichy des années 3O ou encore dans sa belle demeure bourgeoise de Louveciennes. C’est aussi le journal d’une trentenaire : l’écrivain fête ses 30 ans le 21 février 1933 qu’elle évoque d’ailleurs.
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« Mon chien Stupide » de John Fante, Crise middle life sur fond d’irruption canine…

Publié après sa mort, en 1986, « Mon chien stupide » (sous le titre original de « West of Rome) fait partie des courts récits de John Fante et ne fait pas directement partie du cycle « Bandini » dont « Demande à la poussière » est le plus emblématique. C’est une œuvre plus tardive de l’auteur, qui même si elle est encore d’inspiration autobiographique, emprunte un autre ton, plus amer et désabusé que ses œuvres de jeunesse. On retrouve ici un héros en pleine crise middle life, scénariste quinquagénaire californien ayant connu le succès et aujourd’hui en galère, père d’une famille en voie de désintégration. Et dans ce moment critique de sa vie, c’est contre toute attente un chien d’un genre un peu particulier qui va servir de révélateur (voire de détonateur !) à ses aspirations existentielles…
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« Journaux » de Sylvia Plath 1950-1962 : « Je dois me souvenir, c’est de cette matière qu’est faite la littérature, de cette matière de vie remémorée »

La vie et l’œuvre de la poétesse et romancière américaine Sylvia Plath, devenue une icône à la suite de son suicide à l’âge de 30 ans, sont étroitement liées. L’une nourrissant l’autre et vice versa, participant de la fascination qu’elle exerce. C’est ainsi que ses journaux des années 1950 à 1962 (le carnet relatant les dernières années de sa vie jusqu’en 1963 ont été détruits par son mari Ted Hughes) nous offre une superbe antichambre de son travail de création littéraire et poétique. Mais aussi de ses années de formation en tant qu’étudiante de Smith College puis de Cambridge, la vie universitaire, ses voyages en Europe puis plus tard ses débuts d’enseignante, sa vie à Boston… Bien évidemment, sa vie amoureuse rythme aussi les pages de cette jeune-fille puis jeune femme avec comme point d’orgue sa rencontre avec le poète Ted Hughes, leur mariage et leurs deux enfants. L’auteur nous livre ses tourments, doutes, attentes, ambitions de jeune écrivain en devenir tout en ne cessant de lutter contre ses démons avant d’y succomber… Pièce fondamentale de son œuvre, les journaux de Sylvia Plath constituent une perspective unique des affres de la création et d’une vie intérieure bouillonnante à la sensibilité rare :
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« La maison des feuilles » de Mark Z. Danielewski, La carte n’est pas le territoire : vaste arnaque ou délire génial ?


Ovni de la rentrée littéraire 2002, « La Maison des feuilles », premier roman du new-yorkais d’origine polonaise Mark Z. Danielewski, alors âgé de 37 ans, est devenu, depuis, un livre culte pour une communauté -plus ou moins underground et geek- fidèle de lecteurs. Récemment sa rupture de stocks a même déclenché leurs foudres ! Héritant de tous les qualificatifs, de « livre-monstre » à roman « somme », « gigogne », « interactif » ou encore « livre « abîme », « labyrinthique » ou « pop-up »… Ecrit en 12 ans et publié à l’origine en feuilleton sur Internet avant d’être imprimé, il aura suscité des méga octets de discussions et débats enflammés sur le forum dédié (repris sur un un site hommage en français). Ses livres vont jusqu’à provoquer des transes aux États-Unis, surtout chez les adols. Telle une rock star, l’auteur fait des « tournées », dont on trouve le calendrier sur son site Internet. Pour son 2e roman O Revolutions, des extraits audio étaient téléchargeables sur iTunes. Jouant autant sur le contenant « livre » que le contenu « écrit », l’auteur est considéré comme un précurseur ayant émancipé auteurs, éditeurs jusqu’aux lecteurs « des formes sclérosées du roman ». Et ouvert la voie à une nouvelle génération d’écrivains conceptuels : de Dave Eggers (« Une œuvre déchirante d’un génie renversant ») à (feu) David Foster Wallace (« Infinite Jest »), David Mitchell (« Cartographie des nuages ») ou en France peut-être à un Philippe Vasset.
Pourtant ce récit, à l’indéniable inventivité, peut donner une impression de déjà vu et souvent frôler l’indigeste… A moins que ce ne soit pour mieux piéger le lecteur ?
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« On ne naît pas homme » : Nancy Huston dénonce la violence « phallophore »

A l’occasion d’une tribune pour le journal le Monde en 2009, l’auteur de « Lignes de faille », Nancy Huston déclinait au masculin le célèbre adage de Simone de Beauvoir, « On ne naît pas femme, on le devient. » Après son essai « Professeurs de désespoir » où elle s’attaquait à la littérature « nihiliste », elle analysait ici les ressorts de la violence et de la criminalité, avec virulence… et sans doute un brin de manichéisme. « Oui, il faut avoir un pénis et des testicules pour ainsi charcuter, violer, ouvrir le corps des autres à la machette, au poignard ou à l’épée, les déchiqueter à la mitraillette, les décapiter et jouer aux boules avec les têtes… » écrit-elle, ne manquant pas de déclencher au passage la polémique sur le site du journal…
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« Le maître des illusions » de Donna Tartt, Folie et décadence sur fond de campus de Nouvelle-Angleterre et cours de grec

Ecrit en dix ans et publié à l’âge de 28 ans, « Le maître des illusions » est un de ces pavés mythiques que les lecteurs se recommandent, par bouche à oreille, d’année en année. Il est l’oeuvre d’une jeune Américaine, née à Greenwood, Mississippi, écrivain précoce, publiant ses premiers poèmes à treize ans et camarade de lycée d’un certain Bret Easton Ellis à qui elle a notamment dédié ce premier roman. Publié en 1993, ce campus-novel, en forme de faux-thriller, qui entremêle passion intellectuelle, littéraire et sentiments absolus jusqu’à la folie meurtrière, fut un succès mondial. Traduit dans 23 langues, « The Secret History », son titre original, fit de Donna Tartt une star littéraire. Aujourd’hui, le roman captive toujours autant les lecteurs même si ses 700 pages auraient pu être allégées de quelques longueurs…
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« Minority report » de Philip K Dick : « L’existence d’une majorité implique logiquement l’existence d’une minorité correspondante. »

minority-Report-livre-philip-k-dick.png Outre sa quarantaine de romans, Philip K Dick a écrit environ 121 nouvelles au cours de sa prolifique vie d’écrivain. Dans une de ses préfaces, Dick expliquait : « What a science fiction story really requires is the initial premise which cuts it off entirely from our present world. This break must be made in the reading of, and the writing of, all good fiction… a made-up world must be presented. » « The Minority Report » est un texte datant de 1956 et publié pour la première fois dans la revue de SF américaine « Fantastic Universe », alors qu’il en était encore à ses débuts (avant la 1e reconnaissance arrivée avec « Le maître du Haut château ») : on en admirera d’autant plus la maîtrise narrative, l’originalité visionnaire et la profondeur sous-jaçente qu’elle recèle ! « We can remember for you wholesale » (rebaptisé « Total recall ») arrive en milieu de carrière, en 1966, initialement publiée dans « The Magazine of Fantasy & Science Fiction ». Ces deux nouvelles, toutes deux adaptées (et quasiment faites pour !) au cinéma, ont été réunies dans un recueil en poche chez Folio Bilingue. Chacune dans leur univers, elles développent les thèmes majeurs parcourant l’oeuvre du célèbre auteur de science-fiction : l’angoisse face à une réalité/identité trompeuse ou simulacre ou les manipulations en tout genre et en particulier celle de l’esprit à la frontière de la paranoïa…
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« Ubik » de Philip K. Dick : « Le monde entier est-il contenu en moi ? Est-il englobé par mon corps ? »

Alors que Michel Gondry souhaitait l’adapter au ciné (mais a récemment déclaré « qu’il n’y avait pas les ressorts dramatiques pour un bon film« , le roman culte de la science fiction n’en finit pas de passionner et de soulever des débats*. Ecrit en 1966, classé en 2005 parmi les 100 meilleurs romans écrits en anglais depuis 1923 par le magazine Time, le critique Lev Grossman l’a qualifié d’« histoire d’horreur existentielle profondément troublante, un cauchemar dont vous ne serez jamais sûr de vous être réveillé. ». Si le livre a pu accéder au « sésame » de la littérature générale, c’est que derrière le « décorum futuriste », Dick s’attache à décrire (et dénoncer) les dérives de notre société contemporaine mais touche aussi à l’existentiel voire au métaphysique. Bien avant « 99 francs » et « Mad men », il s’attaque plus particulièrement à la publicité et concentre les obsessions de l’auteur : manipulation de la pensée, déformation du réel, schizophrénie, mort…, sans jamais se départir de son humour décalé. Mais une question demeure : qu’est-ce qu’Ubik ?…
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