"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

« 37°2 le matin » de Philippe Djian : L’amour peut-il sauver de la folie ? ou Itinéraire des amants maudits…

37° 2 le matin paru en 1985 est LE (et troisième) roman de Philippe Djian, celui qui l’a révélé au grand public et l’a transformé en auteur à succès tout en acquérant le titre de «roman culte », écoulé à plus d’un million d’exemplaires (hors traductions). Tout le talent de cet écrivain emblématique des « années 80 rugissantes » se déploie ici avec maîtrise et trouve dés lors une puissance émotionnelle encore jamais atteinte. On retrouve ses thèmes de prédilection : les anti-héros purs et ombrageux en marge de la société, les fêlures qu’ils portent en eux, leur goût de l’absolu, la quête d’un bonheur qui toujours s’échappe, la fuite sur la route et bien sûr… les femmes, ses muses premières et éternelles. Dans ce roman pourtant il s’agit surtout d’une femme : la volcanique et attachante Betty Blue. Contrairement à ses romans précédents, elle n’est pas une simple figurante qui fait « bander » le héros, mais occupe au contraire le devant de la scène. C’est son histoire d’amour extrême et sa destinée tragique qui nous est racontée à travers les yeux de son compagnon. Une histoire d’amants maudits, de « Star-crossed lovers » unis dans une fusion destructrice : un chef d’œuvre et des personnages sur la brèche dignes d’un Tennessee Williams.

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Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, Un monde sous conditionnement pour une civilisation « zéro défaut »

le meilleur des mondes aldous huxley critique et extraitsEcrit en 4 mois en 1931, Le meilleur des mondes (Brave New World en version originale) est tout simplement impressionnant de perspicacité et de justesse quant à la vision qu’il donne d’une société future possible. Dans ce livre culte, l’écrivain britannique Aldous Huxley dépeint une société eugéniste où la natalité serait entièrement sous le contrôle des scientifiques. Où la société serait le résultat d’une production bien huilée, dont chaque constituant serait rigoureusement conforme à un cahier des charges initial. Un monde dans lequel le hasard -la chance comme le mauvais sort- n’existeraient plus. Un monde où la destinée de chacun est tracée d’avance. Un monde où l’on est conditionné pour suivre cette destinée, et s’en satisfaire sans se poser davantage de questions.

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« 1984 » de George Orwell : Le plus important est-il ce que l’on croit ou ce qui est vrai ?

Big Brother is watching you. L’œuvre de George Orwell (Eric Arthur Blair de son vrai nom) est indissociable de son époque. De son propre aveu, il s’imagine avoir pu devenir « un curé de campagne heureux » s’il n’était né dans la première moitié du XXe siècle.
De ces terrifiants épisodes de l’histoire de l’humanité –dictatures, stanilisme, nazisme, grands procès, génocide, épurations -, Orwell tirera deux œuvres majeures : La ferme des animaux et 1984 (écrit en 1948, en ermite sur l’île de Jura alors qu’il est rongé par la tuberculose). Maintes fois analysées, décortiquées et interprétées, il s’avère toutefois toujours aussi novateur et riche. Tentons de l’analyser à la lueur de notre contexte actuel…

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La sorcière de Charles Bukowski (extrait « Les Fiancées du diable » de Camille Laurens »)

Dans son ouvrage « les Fiancées du diable » qui explore les représentations féminines « terrifiantes » à travers les mythes, les religions et les oeuvres d’art (peintures notamment), au chapitre « Sorcières et ensorceleuses », Camille Laurens livre son analyse d’un épisode de Contes de la Folie ordinaire de Charles Bukowski qui fait écho à ce thème et à celui de la femme fatale qui a toujours hanté l’imaginaire des écrivains:

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Rencontre avec Bernard Mourad, auteur de « Les actifs corporels » (2006)

bernard mouard5 Alors que Bernard Mourad a été nommé président du pôle des magazines français de Roularta (L’Express, L’Expansion, Mieux vivre votre argent…) en février 2015, retour 9 ans en arrière (eh oui déjà !) alors qu’il faisait ses débuts de romancier prometteur tout en menant en parallèle sa carrière brillante de banquier chez Morgan Stanley. Il accordait une interview à Buzz littéraire en mars 2006:
Pardessus bleu marine, costume raffiné et parapluie golf blanc, Bernard Mourad auteur de « Les actifs corporels » est fidèle à l’image (de banquier d’affaire) que l’on pourrait avoir de lui : une jeune homme chic et bien élevé (qui vous accueille avec un grand sourire même si cela fait dix minutes qu’il vous attend sous la pluie…).
A cette image lisse et sobre se superposent quelques scènes de son premier roman sombre et cynique (voir notre chonique) qui suscite l’engouement depuis sa sortie le 1er janvier 2006 aux éditions JC Lattès. Avec gentillesse et simplicité, il a accepté de répondre à toutes nos questions et satisfaire ainsi notre curiosité sur ce nouveau venu dans le paysage littéraire, bien parti pour compter ces prochaines années…

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4 idées reçues sur l’invisibilité des écrivains femmes à l’école

Déjà en 2009, j’écrivais un petit « manifeste » interrogeant la notion de « grand écrivain » et le manque de visibilité flagrant des plumes féminines, qui restent les grandes absentes des programmes scolaires et dont l’entrée dans le canon littéraire officiel reste encore bien problématique (pour ces messieurs).
La dessinatrice et blogueuse Diglee s’en ait fait l’écho récemment dans un billet qui a fait le buzz (repris notamment par Le Monde : »Où sont les femmes ? Pas dans les programmes du bac littéraire » puis Libé, « Les femmes de lettres, ces grandes oubliées des programmes« ), dénonçant le totalitarisme de la pensée masculine notamment dans le monde des lettres.

"Femmes de lettres je vous aime" (http://diglee.com/femmes-de-lettres-je-vous-aime/) « Femmes de lettres je vous aime » (http://diglee.com/femmes-de-lettres-je-vous-aime/)

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« Passion simple » d’Annie Ernaux : « Le sens de cette passion est de ne pas en avoir »

Il est de bon ton en France -et ailleurs (cf. Rachel Cusk avec « Aftermath »)- de dévaloriser, d’attaquer, d’insulter la littérature intimiste, rebaptisée par ses détracteurs « nombriliste » (et autres qualificatifs oiseux). Combien de pseudo critiques avons-nous lu, utilisant cette formule comme argument définitif pour juger de la qualité d’un livre, alors que tant de chef d’œuvre viennent les contredire… ?
annie ernaux passion simple analyse critique et extraits citations
Comme si la littérature était affaire de sujet avant le style, comme s’il y avait des règles… Pour Annie Ernaux, cela a été clair dés le départ, le sujet de son œuvre ce sera Elle, sans mascarade, sans fards, sans pseudo transposition artificielle, tout juste des noms, des lieux masqués pour préserver son entourage et l’usage assumé du « je ». Elle déplore d’ailleurs à la fin de « Passion simple » : « (…) il est possible que l’obligation de répondre à des questions du genre « est-ce autobiographique ? », d’avoir à se justifier de ceci et cela, empêche toutes sortes de livres de voir le jour, sinon sous la forme romanesque où les apparences sont sauves. »

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« L’amant de Lady Chatterley » de D.H Lawrence : La revanche du phallus

D.H. Lawrence a écrit trois versions de L’amant de Lady Chatterley. Le roman connu sous ce titre en est la troisième; celle considérée comme définitive par Lawrence et qu’il fit éditer à compte d’auteur, en mars 1928, quelques mois avant sa mort. Sa méthode d’écriture est assez prodigieuse. En effet, il s’agit de trois livres bien distincts, écrits à plusieurs mois d’intervalle les uns des autres, afin de laisser mûrir son projet. Ils ont tous été ré-écrits en toute autonomie, avec une trame commune et des variations. Aucun passage n’est strictement similaire, aucun dialogue semblable. Les quatre personnages centraux du roman – Lady Chatterley et Clifford son mari, le garde-chasse (qui change de nom selon les versions) et Mrs Bolton, la garde-malade de Clifford – fluctuent aussi beaucoup (leurs nom, origine sociale -en particulier celle du garde chasse-, psychologie et leurs rapports).
Ce n’est qu’en 1960 que le livre est enfin publié en Angleterre après un procès pour obscénité des éditeurs Penguin Books (qui permit ensuite une plus grande liberté d’expression) « L’amant de Lady Chatterley », adapté au cinéma par Pascale Ferran (d’après « Lady Chatterley et l’homme des bois », César du meilleur film 2007) est une superbe ode à l’amour charnel porté par l’évocation poétique et lyrique de la campagne anglaise des Midlands. C’est aussi une réflexion sur les rapports hommes/femmes doublée d’un hommage et éloge, de la sexualité et du corps, mais aussi et surtout du phallus tout puissant et prioritaire dans la jouissance des femmes …

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La lectrice dans le train, vue par Jonathan Coe et Paul Auster (extraits « Testament à l’anglaise » et « Trilogie New-Yorkaise)

Récemment, un nouveau compte Instagram voyait le jour pour célébrer des lecteurs anonymes plongés dans leurs bouquins dans le métro New yorkais. Il y aurait semble-t-il une fascination/un fantasme littéraire pour l’inconnu(e)-jeune le plus souvent- lisant dans les moyens de transport en commun, et plus traditionnellement lectrice (l’équivalent de la passante dans la rue qui alimente autant de fantasmes littéraires !). En particulier si cette dernière lit un des ouvrages de l’auteur narcissique par définition. Même si rien ne se passe nécessairement comme prévu…
lectrice dans le train metro
C’est cette rencontre transurbaine que décrivent avec pittoresque et humour deux mythiques auteurs anglo-saxons : le londonien Jonathan Coe dans sa satire socio-politique britannique « Testament à l’anglaise » et le New-Yorkais Paul Auster dans « Cité de verre ». Extraits :

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