"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)

Anticipation, satire, thrillers

Les livres qui anticipent les évolutions de nos sociétés et/ou dénoncent ses dérives : du consumérisme extrême à la désintégration familiale en passant par le totalitarisme, l’idiotie moderne et postmoderne, les manipulations marketing, les nouvelles technologies ou l'aliénation bureaucratique... Ici et ailleurs...

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jeudi 18 octobre 2012

"Chroniques martiennes" (The martian chronicles) de Ray Bradbury: Fragments de la vie des gens... sur Mars

Ecrites dans les années 40, à la vingtaine, sous forme de nouvelles publiées dans divers fanzines ("Planet Stories", "Thrilling Wonder"...), elles ont été réunies et éditées en recueil en 1950, sous le titre "The Martian Chronicles", devenues depuis un classique culte (étudié à l'école aux US). Trois ans avant son chef d'oeuvre dystopique : "Fahrenheit 451" (1953), soit au le total prolifique de 500 nouvelles, une trentaine de romans, des contes et des poèmes.
Premier livre d'un Ray Bradbury ( son "acte de naissance littéraire" selon son expression) marqué par la seconde guerre mondiale et le début de la guerre froide qui s'annonce. La conquête spatiale se prépare mais le livre est composé 20 ans avant qu'Armstrong ne pose le pied sur la lune. Si l'étiquette science-fiction lui a été collée, Bradbury l'a néanmoins réfutée, préférant parler de "fiction d'idée". "La science-fiction est une description de la réalité. Le fantastique est une description de l'irréel. Donc les Chroniques martiennes ne sont pas de la science-fiction, c'est du fantastique. Ça pourrait arriver. C'est pour ça que ses histoires vont circuler encore longtemps." Il ajoutait encore : "La science-fiction c’est l’art du possible, le fantastique, c’est l’art de l’impossible." Et pour cause, l'homme s'est souvent revendiqué technophobe (rejetant la numérisation de ses livres), voire anti-science même s'il se situe davantage dans un rapport de fascination-répulsion. "If you're a good scientist, you're not a good writer" disait-il. Inspiré par les romans martiens d'Edgar Rice Burroughs (le créateur de Tarzan) et les illustrations des canaux martiens de Giovanni Schiaparelli qui le faisaient rêver, il a déclaré "avoir chanté l'odyssée martienne comme Homère a chanté celle d'Ulysse." Adapté de nombreuses fois, notamment sous la forme d'un feuilleton noir en trois parties réalisé par Michael Anderson, le romancier nous entraîne dans un voyage poético-imaginaire, aux accents symboliques, de 1999 à 2026, sur la planète Mars en voie de colonisation par les Terriens...

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vendredi 17 août 2012

"Total recall" ("Souvenirs à vendre") de Philip K.Dick, "Moins nous tripatouillerons dans sa tête, mieux je me porterai."

Outre sa quarantaine de romans, Philip K Dick a écrit environ 121 nouvelles au cours de sa prolifique vie d'écrivain. "We can remember for you Wholesale" (rebaptisé "Total recall") arrive en milieu de carrière, en 1966, initialement publiée dans "The Magazine of Fantasy & Science Fiction". Cette nouvelle a été réunie dans un recueil en poche chez Folio Bilingue avec "Minority report". Dans cette courte nouvelle, Philip K. Dick explore encore une fois la frontière floue et mouvante entre réalité et illusion, vérité et mensonge en choisissant cette-fois comme angle de perception : la mémoire. Il en tire une nouvelle étonnante qui une fois de plus, sous son air "simple" voire même comique, ouvre à de nombreuses réflexions passionnantes. total-recall-philip-k-dick-2012-greffe-souvenirs-001.jpg Le texte est désormais moins connu que le film réussi (quoique jugé un peu vieillot désormais du point de vue esthétique) réalisé en 1990 par Paul Verhoeven avec dans le rôle du héros, Douglas Quail, le body-buildé Arnold Schwarzenegger. Il diffère cependant du film dans son dénouement (pas forcément mieux d'ailleurs). Retour sur ce livre culte et comparaison avec le film alors que sort en août 2012 un remake de son adaptation ciné réalisée par Len Wiseman, jugée décevante par la critique, et mettant l'accent sur les effets spéciaux à base de voitures volantes/explosions en tout genre... Ce dernier a malgré tout déclaré "J'adore le fait que le personnage doit résoudre un mystère basé sur son propre esprit." :

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mercredi 16 mai 2012

"Un goût de rouille et d'os" de Craig Davidson, des nouvelles bien frappées aux accents Palahniukiens (adaptation ciné Audiard, mai 2012)

Alors que Jacques Audiard adapte son premier recueil de nouvelles (voir ci-dessous), retour sur notre chronique publiée en 2006 à l'occasion de la venue de Davidson au Festival America : Lecteurs (conquis) de Chuck Palahniuk, vous ne pouvez pas passer à côté de Craig Davidson ! Ce solide gaillard de 29 ans originaire de Toronto et exilé dans l'Iowa (où il a suivi un atelier d'écriture), à la fougue encore adolescente, s'annonce, non pas être son digne successeur (l'aîné est loin de prendre sa retraite fort heureusement !) mais son disciple talentueux, avec sa touche propre. Même si dés les premières lignes le style et l'ambiance rappellent immédiatement la prose de l'auteur de Fight Club ou de Choke, l'influence, jamais cannibalisante, finit par s'effacer au profit d'une voix singulière, particulièrement captivante. Des personnages marginaux, en souffrance, en proie à leurs démons familiaux, sentimentaux ou existentiels, à leurs obsessions ou leurs rêves inachevés..., repoussent leurs limites pour enrayer leurs angoisses. Avec la même faculté à faire cohabiter la farce burlesque aux situations les plus noires, l'auteur fait preuve d'une imagination étourdissante et d'un sens du détail très graphique, percutant (dans tous les sens du terme !).

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mercredi 9 mai 2012

"Dune" de Franck Herbert : "Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l'esprit"

Alors qu'il doit faire l’objet d’un remake (après son adaptation -décriée- par Lynch en 1984), le cycle de Dune, classique incontournable (et indétrônable) de la science-fiction, de l'américain Franck Herbert, publié dans les années 60, âge d'or du genre, continue de passionner les lecteurs, qui le (re)lisent régulièrement. D'autant que certaines de ses thématiques (à connotation écologique) sont plus que jamais d'actualité. Mais comment ce roman phare de "space (ou "planet" pour les puristes)-opéra" (sous-genre de la SF axé sur les grandes aventures épiques et autres batailles intergalactiques entre le Bien et le Mal... dont le film "Star Wars" est le plus connu) a-t-il pu dépasser son lectorat naturel de "geeks" pour s'imposer comme une référence littéraire à part entière (même si souvent apparentée aux ados) ? A son sujet Stéphane Audeguy, un jeune auteur français commentait : "Dune est un livre-monde. J'aime les ouvrages qui traitent de questions encyclopédiques et philosophiques, la civilisation, l'équilibre écologique, la puissance, l'individu... Autre motif de fascination : ses monstres et ses mutants."

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mardi 10 janvier 2012

"Les visages" de Jesse Kellerman : "Ce qui m’intéresse, c’est de prendre des structures conventionnelles et de les moderniser."

Troisième roman de ce trentenaire new-yorkais également auteur de pièces de théâtre, fils des célèbres auteurs de polars à succès, Jonathan et Faye Kellerman, « Les visages » est le polar qui aura buzzé en 2010 et 2011 (sorti en « mini poche » en 2011 dans la collection Point deux). Outre-atlantique, il est élu « meilleur thriller de l’année » par le New York Times et par The Guardian, tandis qu’en France, il est resté 40 semaines dans la liste des meilleures ventes et s’est écoulé à près de 370 000 exemplaires, couronné de quelques prix (Elle, Points…). Au dos de la couverture, on peut y lire un blurb d’Harlan Coben et des éloges le qualifiant de « styliste hors pair » ou le comparant notamment au Mystic River de Dennis Lehane. Alors que l’auteur publie un deuxième roman en France (« A la folie », jugé moins réussi), retour sur ce thriller d’un nouveau genre. Est-il vraiment le « chef d’œuvre » annoncé… ?

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vendredi 9 décembre 2011

"Minority report" de Philip K Dick : "L'existence d'une majorité implique logiquement l'existence d'une minorité correspondante."

minority-Report-livre-philip-k-dick.png Outre sa quarantaine de romans, Philip K Dick a écrit environ 121 nouvelles au cours de sa prolifique vie d'écrivain. Dans une de ses préfaces, Dick expliquait : "What a science fiction story really requires is the initial premise which cuts it off entirely from our present world. This break must be made in the reading of, and the writing of, all good fiction... a made-up world must be presented." "The Minority Report" est un texte datant de 1956 et publié pour la première fois dans la revue de SF américaine "Fantastic Universe", alors qu'il en était encore à ses débuts (avant la 1e reconnaissance arrivée avec "Le maître du Haut château") : on en admirera d'autant plus la maîtrise narrative, l'originalité visionnaire et la profondeur sous-jaçente qu'elle recèle ! "We can remember for you wholesale" (rebaptisé "Total recall") arrive en milieu de carrière, en 1966, initialement publiée dans "The Magazine of Fantasy & Science Fiction". Ces deux nouvelles, toutes deux adaptées (et quasiment faites pour !) au cinéma, ont été réunies dans un recueil en poche chez Folio Bilingue. Chacune dans leur univers, elles développent les thèmes majeurs parcourant l'oeuvre du célèbre auteur de science-fiction : l'angoisse face à une réalité/identité trompeuse ou simulacre ou les manipulations en tout genre et en particulier celle de l'esprit à la frontière de la paranoïa...

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mardi 6 décembre 2011

"Le maître du haut château" de Philip K.Dick : "La vérité, se disait-elle. Aussi terrible que la mort."

Ecrit en 1962 et fruit de sept années de recherche, « Le maître du haut château » est le neuvième roman de Philip K Dick. Couronné du prestigieux prix Hugo (SF), c’est le roman qui lui apportera une plus large reconnaissance et lui ouvrira la voie vers le succès. Ridley Scott vient d’ailleurs de s’en emparer pour produire une mini-série de quatre épisodes pour la BBC1 au sujet duquel il disait : « He is the master of creating worlds which not only spark the imagination, but offer deeper commentary on the human condition ». Fruit d’un meting-pot d’inspirations et d’expériences du moment de l’écrivain, l’ouvrage peut dérouter malgré son pitch alléchant. En effet quel rapport peut-il bien y avoir entre le régime nazi, la fabrication de bijoux fantaisie, une boutique d’art artisanal et la divination asiatique ? Pas grand-chose a priori, mais l’écrivain parvient, malgré tout à réunir ces ingrédients disparates dans une uchronie qui ne tient pourtant pas toutes ses promesses… :

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mardi 22 novembre 2011

"Le couperet" de Donald Westlake : "Les PDG et les actionnaires sont l'ennemi mais ils ne sont pas le problème."

27e roman du prolifique maître du roman noir américain héritier du "hard boiled" (Hammett, Chandler, Burnett, McCoy...), Donald Westlake, et presque l'un de ces derniers, "Le couperet" occupe aussi une place à part dans sa bibliographie. Considéré comme l'un de ses meilleurs et adapté au ciné par Costa-Gavras en 2005 (avec José Garcia dans le rôle titre), il sort un peu de la veine "polar humoristique" (sa marque de fabrique avec ses séries Dortmunder et Parker, deux cambrioleurs aux aventures rocambolesques) même si l'humour (glacial et sarcastique) reste présent en arrière-plan. En s'attaquant au problème du chômage, à la suite de la vague de "downsizing" (compression du personnel) dans l'Amérique des années 90, la critique sociale d'un monde tourné uniquement vers le profit domine. Quelques années après American psycho (1991) et avant la vague des romans des années 2000 sur la crise économique, le capitalisme triomphant, l'obsession de la performance au détriment de l'humain ou encore de l'exploitation..., Westlake aborde le sujet sous un angle particulièrement original et frappant, d'une façon plus profonde qu'il n'en a l'air à première vue :

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lundi 14 novembre 2011

"Blade runner" de Philip K. Dick : "C’est le fondement de la vie : avoir à violer sa propre identité."

Alors que la société de production de Warner Bros (Alcon Entertainment) vient de racheter les droits de préquels et séquels (un remake étant interdit) du célèbre film Blade Runner (qui occulte, au passage, de nombreuses facettes du livre pour le réduire à "la chasse aux androïdes" façon cop movie...), réalisé en 1982 par Ridley Scott (avec Harrison Ford dans le rôle titre, le réalisateur de 74 ans prépare aussi un "Blade runner 2" selon une interview du WSJ de nov 2011), le livre de Philip K Dick dont il est adapté reste un indétrônable de la science fiction et de la littérature de façon générale. Publié en 1968 (1 an avant Ubik), originellement intitulé "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?", il interroge plus particulièrement le genre humain et la notion d’identité. Plutôt pessimiste, le livre a pourtant été écrit dans un contexte où tout souriait à l’auteur comme il a pu l’expliquer mais c’est le monde extérieur froid qui l’a inspiré : « À ce moment-là, j'opposais la chaleur de Nancy [sa femme] et la froideur des gens que j'avais connus auparavant. Je commençais à élaborer ma théorie de l'humain contre l'androïde, cet humanoïde bipède qui n'est pas d'essence humaine. Nancy m'avait révélé pour la première fois quel pouvait être le portrait d'un être humain vrai : tendre, aimant, vulnérable. Et je commençais donc à opposer cela à la façon dont j'avais grandi et été élevé. ». Ce roman reflète aussi les préoccupations de l'époque (la menace de la guerre nucléaire, la chasse aux sorcières, le totalitarisme…) et s'inspire aussi du test du mathématicien Turing (intelligence artificielle) en 1950 qui passionna Dick :

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jeudi 29 septembre 2011

"Ubik" de Philip K. Dick : "Le monde entier est-il contenu en moi ? Est-il englobé par mon corps ?"

Alors que Michel Gondry planche sur une adaptation ciné du roman qui pourrait sortir en 2014, le roman culte de la science fiction n’en finit pas de passionner et de soulever des débats*. Ecrit en 1966, classé en 2005 parmi les 100 meilleurs romans écrits en anglais depuis 1923 par le magazine Time, le critique Lev Grossman l’a qualifié d’« histoire d'horreur existentielle profondément troublante, un cauchemar dont vous ne serez jamais sûr de vous être réveillé. ». Si le livre a pu accéder au « sésame » de la littérature générale, c’est que derrière le « décorum futuriste », Dick s’attache à décrire (et dénoncer) les dérives de notre société contemporaine mais touche aussi à l’existentiel voire au métaphysique. Bien avant "99 francs" et "Mad men", il s'attaque plus particulièrement à la publicité et concentre les obsessions de l’auteur : manipulation de la pensée, déformation du réel, schizophrénie, mort..., sans jamais se départir de son humour décalé. Mais une question demeure : qu’est-ce qu’Ubik ?...

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lundi 1 août 2011

La série Wilt de Tom Sharpe : une bonne lecture de plage !

Maître de la comédie satirique british, héritier d'Evelyn Waugh ou encore de PG Wodehouse, Tom Sharpe est salué, comme ses cadets Jonathan Coe ou David Lodge et dans une moindre mesure Douglas Adams, pour sa plume acérée qui "ésharpe" joyeusement la société anglaise thatcheriénne puis blairienne. Sa marque de fabrique ? Les situations quelque peu abracadabrantes voire absurdes... Ce trublion des lettres britanniques a connu le succès avec sa série des Wilt (qui demeure sa plus belle réussite à ce jour) et plus particulièrement son tome 1 paru en 1976 : "Comment se sortir d'une poupée gonflable et de beaucoup d'autres ennuis". Le titre donne immédiatement le ton: celui de la franche gaudriole qui ne l'empêche pas de brocarder les mœurs de l'époque, celle des seventies et de la libération sexuelle ou encore le milieu scolaire, la bureaucratie, l'industrie ou les services de police stupides... :

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vendredi 11 mars 2011

"Le monde selon Garp" de John Irving : C'est l'histoire d'un story-teller...

Publié en 1978 en France, lauréat du National Book Award après trois premiers romans passés relativement inaperçus, « Le Monde selon Garp » révéla John Irving au grand public et inaugura une série de best-sellers (« L’Hôtel New-Hampshire », « L’œuvre de Dieu, la part du Diable » ou encore « Un prière pour Owen »). Dans ce roman culte des années 80, le célèbre story-teller, grand lecteur de Dickens passé par les cours de creative writing de l’Iowa, pose les jalons de ce qui fera son succès : des romans tragicomiques foisonnants sur plusieurs décennies, où le loufoque côtoie l'introspection et les réflexions de société, et où s’enchaînent les péripéties rocambolesques servies par une galerie de personnages hauts en couleurs. Le destin hors du commun de Garp, tel un Forrest Gump d'avant l'heure, adapté au cinéma en 1983 avec Robin Williams dans le rôle titre, aura ainsi enthousiasmé toute une génération de lecteurs restés fidèles à l’auteur, malgré quelques romans récents jugés plus décevants. Retour sur les raisons de son succès :

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mercredi 2 mars 2011

"Auprès de moi toujours" de Kazuo Ishiguro (et présentation de l'adaptation ciné)

Kazuo Ishiguro, « écrivain britannique japonais » comme il se qualifie, doit sa renommée à son roman phare "Les vestiges du jour", Booker Prize en 1989 adapté par Jame Ivory, cette histoire d’amour platonique et contemplative d’avant guerre, toute en retenue et pudeur, entre une gouvernante et un majordome dans un vieux manoir anglais où l’ordre régne… L’écrivain est reconnu pour exceller à créer des univers et instaurer des atmosphères prenantes où affleurent nostalgie, réminiscences et mélancolie flottante. C’est ce qui lui a aussi valu le grand succès de son dernier roman, "Auprès de moi toujours" ("Never let me go" en VO), paru en 2006 en France et sortant au cinéma le 5 mars 2011 (avec Keira Knightley en photo ci-contre, présentation ci-dessous). Les superlatifs ont plu sur l’ouvrage tant du côté de la presse que des lecteurs : « une narration d’une stupéfiante limpidité et fluidité », « un beau voyage », « un mystère latent captivant », des pages qui se tournent avec « frénésie », « l’épaisseur psychologique des protagonistes » ou encore « ses réflexions riches sur la condition humaine »… Entre le campus novel et le récit d’anticipation, il nous entraîne, par flashs-back, dans le quotidien de jeunes élèves d’une mystérieuse école anglaise. Pourtant, on pourra aussi s’ennuyer à sa lecture à la fois lourde et creuse…

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lundi 24 janvier 2011

"La confrérie des mutilés" de Brian Evenson : "Chair ou vérité ? Qu’est-ce qui compte le plus ?"

Publié dans la célèbre collection « Lot 49 » dirigée notamment par Claro (dont l’ambition est de « publier les écrivains d’aujourd’hui qui (…) bouleversent la donne du langage et l’équilibre chimiquement instable de la narration » et qui aura, entre autres, révélé en France Richard Powers, William Gass ou Vollmann…), Brian Evenson (également prof de « creative writing » et traducteur du français -Gailly, Claro…-) s’inscrit dans la lignée des « enfants terribles » de la nouvelle littérature américaine à la fois transgenre, paranoïaque, trash et déjantée (de Cooper à Bret Easton Ellis, Chuck Palahniuk jusqu’à Danielewski également poulain du Lot 49…). Remarqué tout d’abord par son recueil de nouvelles « Contagion » puis son roman « Inversion », cet ancien Mormon (répudié par sa communauté en raison de ses livres jugés amoraux) est hanté par l'oppression religieuse, la violence spirituelle, psychologique et sociale, la lutte entre le bien et le mal mais aussi la schizophrénie. C’est avec « La confrérie des mutilés », son 4e opus qu’il s’impose plus particulièrement lors de la rentrée littéraire de septembre 2008 (sorti en poche fin 2010). Entre le polar gothique, le roman d’horreur et la farce philosophique, ce roman a alimenté le buzz sur les blogs qui l’ont successivement comparé à Kafka, Borges, Jim Thompson ou encore Tarantino... :

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lundi 1 novembre 2010

"L'homme qui voulait vivre sa vie" de Douglas Kennedy : "Lorsqu'on efface entièrement l'ardoise, qu'est-ce qu'on obtient ? La liberté. L'existence, délivrée de tout..."

Deuxième roman de Douglas Kennedy, publié en 1997, "L’Homme qui voulait vivre sa vie" s’inscrit dans la droite lignée du premier (« Cul de Sac », republié en 2008 sous le titre « Piège nuptial »). Ce thriller psychologique reprend en effet la thématique chère à l’auteur : comment une vie peut basculer en un instant et changer du tout au tout. L'histoire d'un homme qui veut changer de vie et surtout reprendre sa liberté. Brodant sur le désormais classique « blues du businessman qui aurait voulu être un artiste » sur fond d’american dream et de banlieue consumériste étriquée, le roi du page-turner compose une histoire à rebondissements servie par son sens de la formule percutante. A l’occasion de son adaptation au cinéma (le 3 novembre avec Romain Duris et Marina Foïs, voir ci-dessous), retour sur ce livre devenu culte :

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