"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)

Romans graphiques

Loin des super-héros et des extra-terrestres, une bande-dessinée intimiste et de satire sociale francophone ou anglo-américaine...

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mercredi 14 décembre 2011

"Lorsque nous vivions ensemble" (T 1, 2 et 3) de Kazuo Kamimura : « Pourquoi les hommes ne partagent-ils pas leur solitude » ?

Parmi les mangas de référence, on trouve l’ (chef d')œuvre de Kazuo Kamimura, emblématique du style « gekiga » (et maître et influence du célèbre Jiro Taniguchi qui signe sa préface), un style de manga de jeune adulte typique des années 60-70 qui rompt avec les séries enfantines (Astro boy…) du maître de la manga Tezuka Osamu. Sous l’influence du cinéma néoréaliste européen et du film noir américain, il consiste notamment en une peinture réaliste de la vie des gens tout en évitant tout manichéisme. Publié à l’origine sous forme d’un feuilleton dans un magazine, il devint un véritable phénomène de société auprès des jeunes de l’époque. Réuni en 3 volumes de près de 700 planches, ses ventes atteignirent les 3 millions d’exemplaires, avant d’être adapté au cinéma et en série TV. Plus connu en France pour sa série Lady Snowblood (dont il n’était pas scénariste) ayant inspiré le film Kill bill, Kamimura, qualifié de "peintre de l’ère Showa", livre ici une fresque intimiste et poétique sur l’apprentissage de la vie de couple et les doutes qui la jalonne dans le Tokyo des années 70, au début de la libération des mœurs :

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jeudi 30 juin 2011

La trilogie Rosalie Blum de Camille Jourdy

Camille Jourdy est une trentenaire (née en 1979), diplômée de l'Ecole Supérieure d'Art d'Epinal et des Arts décoratifs de Strasbourg, qui s'est faite remarquer, après des illustrations pour des albums jeunesse et une première BD chorale, pour sa trilogie "Rosalie Blum". Lauréate de plusieurs prix (prix Révélation pour le Tome 3 "Au hasard Balthazar !" du 37e Festival international de bande dessinée et Prix RTL 2009), cette lyonnaise cultive un univers sensible, doux-amer, sublimé par une palette chatoyante d’aquarelle. Dans une petite ville de province, elle décrit la solitude et l’ennui ordinaires en imaginant une drôle de filature croisée entre trois personnages qui essaient de se sentir vivants malgré leurs fêlures intérieures et leur sentiment d'échec et d'impasse... Très attachant :

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jeudi 10 février 2011

"Asterios Polyp" de David Mazzucchelli : "Du moment qu'on ne confond pas système et réalité"...

Publié en octobre 2010, ce 5e opus de David Mazzucchelli en tant qu’auteur (il s’est précédemment fait connaître en illustrant des aventures de superhéros avant de bifurquer vers le récit littéraire plus intimiste, à commencer par l’adaptation graphique du roman Cité de verre de Paul Auster) a été couvert de louanges et a remporté l’Eisner award 2010 "Best Graphic Album--New" ainsi que le Grand Prix de la critique 2011 décerné par l’Association descritiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) qui le décrit comme «un ouvrage innovant tant par la (dé)construction de son récit que par la transcription en images des intentions de l’auteur et des états d’âmes des personnages», «parfaitement maîtrisé , jusque dans ses audaces formelles». Ce portrait foisonnant d’un architecte quinqua (du même âge que l’auteur…), à un moment charnière de sa vie, impressionne en effet par sa mise en scène et « mise en traits » mais est-ce vraiment le « chef d’œuvre » dont tout le monde parle ?

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mardi 28 décembre 2010

"Blankets" de Craig Thompson, le roman phare de la nouvelle génération BD américaine indé

Publié en France en 2004 (ré-édité fin 2009), Blankets, 2e opus d’un jeune auteur de 28 ans (après un premier livre en forme de fable animalière « Adieu Chunky rice » Harvey Award du meilleur espoir en 1999), s’est imposé parmi les romans graphiques majeurs. Selon Neil Gaiman, Blankets est "probablement le meilleur roman graphique depuis Jimmy Corrigan". Lauréat aux USA de trois Harvey Award et de deux Eisner Award (Meilleur album - matériel inédit et Meilleur scénariste/dessinateur) et en France du prestigieux prix de la critique décerné par l'ACBD. Dans la veine intimiste d’inspiration autobiographique, ce grand admirateur d’auteurs français de l’Association (Baudoin, Blutch, Trondheim, Sfar, Christophe Blain…), évoque avec poésie et profondeur son enfance et adolescence dans l’Amérique profonde du Wisconsin, au sein d’une famille middle class très religieuse. Fresque monumentale de 600 pages, Blankets est à la fois roman d’apprentissage, l’histoire pure d’un premier amour et une réflexion sur l’héritage filial, la vocation artistique, la religion, l’intégration sociale…, où affleurent les représentations de l'inconscient :

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lundi 6 décembre 2010

Anthologie "American Splendor" d'Harvey Pekar (1 et 2) : "La vie ordinaire c'est un truc assez complexe"

Disparu en juillet 2010 à l’âge de 70 ans, Harvey Pekar était un auteur de comics américains à part. D’une part par son statut d’employé de bureau (archiviste dans un hôpital jusqu’à la fin de sa vie) et critique de jazz qui ne dessinait pas lui-même ses histoires mais faisait appel à la fine fleur de la scène underground, de Crumb à Gary Dumm ou même Alan Moore. Mais aussi par son ton singulier pour raconter sa vie et restituer en même temps un témoignage humain et parfois quasi sociologique sur la middle class américaine dans sa ville de Cleveland. Il est ainsi à l’origine de l’émergence d’une nouvelle bande dessinée intimiste et intellectuelle (qui n'oublie pas d'être drôle !), loin des super-héros qui dominaient alors. Lauréat de l'American Book Award en 1987 tandis qu'en 1989, le New York Times écrivait : « M. Pekar fut comparé par de nombreux critiques littéraires à Tchekhov ou Dostoevski, et l'on comprend pourquoi ».

L’éditeur Çà et Là publie ce que beaucoup considère comme son chef d’œuvre : ses « shorts cuts » réunies sous le titre d’American Splendor (une revue à l’origine, adaptée au cinéma en 2003, ), suivi des éditions Cornélius ("Harv & Bob"). Depuis 1976, il retrace plus de 30 ans de vie, entre précarité économique et frustration intellectuelle, vie de couple et de célibataire en manque, de rencontres en tout genre, d’amitiés, de colères, de passions, d’angoisse et de compromis nécessaires… :

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lundi 15 novembre 2010

"Quartier lointain" (1 et 2) de Jirô Taniguchi : « Personne ne devient jamais vraiment adulte… »

Prix du meilleur scénario au Festival d'Angoulême 2003 et primé au Forum de Monaco 2004, la série en 2 tomes « Quartier lointain », publiée en 2002 et 2003, aura consacré le mangaka Jiro Taniguchi. Après quelques œuvres historiques, il s’oriente sur des récits intimistes et sensibles autour du foyer familial, le quotidien, la nostalgie de l’enfance ou encore la beauté de la nature. Apparenté à la Nouvelle Manga (« manga d’auteur »), mouvement initié par Frédéric Boilet qui est aussi son traducteur en France, il fait l’objet le 24 novembre d’une adaptation au cinéma (accompagnée d’une édition spéciale de Casterman de son livre). Le voyage dans le temps est un vieux fantasme qui aura alimenté plus d’un livre ou film. La possibilité de revivre sa jeunesse, son passé et éventuellement de les corriger fait aussi figure de classique du genre. Si Riad Sattouf (« Retour au collège » ) se confrontait de nouveau à l’époque ingrate de son adolescence dans sa peau d’adulte, Taniguchi imagine lui, un quadragénaire qui rajeunit soudain tout en conservant sa mémoire et son expérience d’homme. Un conte teinté de fantastique qui mêle efficacement introspection personnelle et réflexion sur notre destinée et identité sur fond de Japon traditionnel des années 60 :

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lundi 10 mai 2010

"Je ne t'ai jamais aimé" de Chester Brown

Avec Seth et Joe Matt ses deux confrères et amis canadiens, Chester Brown fait partie des auteurs majeurs du "graphic novel" indé des années 90. Considérés comme référence du genre autobiographique et de l’introspection, ils ont largement contribué à le renouveler en y apportant des petits chef d'œuvres de sensibilité et de retenue unanimement reconnus et influence de toute la nouvelle génération. C'est d'abord Seth, sous l’impulsion de Dupuy et Berbérian qui s'est vu traduire en français, inaugurant la collection Tohu-Bohu des Humanoïdes puis Chester Brown avec deux de ses albums indispensables : Le playboy (The Playboy) et Je ne t’ai jamais aimé (I never like you). Initialement publié dans Yummi fur en 1983, le comics auto-édité de l’auteur, puis repris en recueil par l’éditeur canadien Drawn and Quatterly, il vient d'être ré-édité en France aux éditions Delcourt dans la nouvelle collection Outsider dirigée par Vincent Bernière (mai 2010). Chester Brown se démarque par son esthétique poétique et épurée gommant tout accent mélodramatique d'où une sensation parfois étrange d'impassibilité. Il revient ainsi sur son enfance et adolescence sur un ton neutre en apparence mais pourtant poignant :

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mercredi 3 mars 2010

"De mal en pis" d'Alex Robinson : L'âge des possibles... avant 30 ans

De mal en pis (« Box Office Poison » en VO) est le premier roman graphique du new-yorkais Alex Robinson, publié en 21 fascicules par Top Shelf en 1996. Compilés en un volume, il sera ensuite nommé aux prix les plus prestigieux. Il remportera l’Eisner Award puis le prix du 1er album lors du 32e festival d’Angoulême 2005, largement plébiscité par les lecteurs qui ne peuvent plus décrocher une fois entamé ! Véritable « roman fleuve » (nouvelle tendance des romans graphiques de « Lucille » de L.Debeurme à « Blankets » de Craig Thompson) de 600 pages, ce récit chorale nous entraîne dans la vie d’une bande de 5 jeunes new-yorkais, pré-trentenaires, à l’aube de leur vie professionnelle et de couple. A l'heure des premiers vrais choix qui façonneront leur vie, leur avenir... Un roman de formation moderne et urbain, d’une grande richesse, drôle et attachant dans la veine des séries "Friends" ou "How I met your mother" sur fond de "Génération X". Il traite aussi en filigrane de la difficulté d’écrire, de vivre de son art et pose un regard sur le milieu des comics actuel :

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lundi 25 janvier 2010

"La Vie est belle malgré tout" de Seth

Auteur emblématique du graphic novel indépendant américain aux côtés de ses collègues et amis Joe Matt (qui l’a d’ailleurs mis en scène dans d’hilarantes scènes de collectionnite régressive aigue dans « Strip-tease »), Chester Brown, Chris Ware (l’un de ses maîtres), Adrian Tomine et Charles Burns, le canadien Seth, illustrateur du « New Yorker » et du « Washington Post », développe une œuvre autofictionnelle et introspective. Jusqu’en 1991, il se consacre essentiellement à l'écriture et au dessin de Palooka-Ville, sa grande série de bande dessinée, dont La Vie est belle malgré tout (It's a Good Life if you don't weaken en VO) représente cinq chapitres. Avec son titre qui semble faire un clin d’œil au film de Capra, il nous plonge dans un voyage onirique fait de réminiscences d’enfance et d’une quête presque impossible d’un mystérieux illustrateur d’antan…

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mercredi 7 octobre 2009

"Joséphine 2" de Pénélope Bagieu : "Le bonheur c'est comme les abdos ça se travaille !" (dédicace)

Mais qu'attendaient donc toutes ces jeunes-filles, femmes en ballerines et jean slim ou leggings, sagement alignées, un précieux manuel bleu turquoise serré contre elles, dans un magasin de lingerie de la rue de Rennes, vendredi dernier ?

Non ce ne sont ni Marc Lévy ni Amélie Nothomb, coutumiers de ces files d'attentes interminables, qui sont ainsi attendus mais une célébrité de la blogosphère... La fameuse Pénélope Bagieu, blogueuse, illustratrice et auteur, qui est apparue timidement en talons hauts et corsage fifties, fidèle à ses héroïnes si féminines. Au programme : séance de dédicace chez Etam pour qui elle a dessiné une collection de lingerie, à l'occasion de la sortie du tome 2 des aventures de Joséphine. Penchée consciencieusement sur son pupitre-commode, elle s'est appliquée à dessiner pour chacune de ses fans un petit souvenir personnel sur leur exemplaire. Un nouvel opus aussi réussi que le premier !

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mardi 8 septembre 2009

"Buzz-moi": Aurélia Aurita dévoile les coulisses du buzz "Fraise et chocolat"

Souvenez-vous en 2006, une jeune inconnue déclenchait un buzz incroyable autour de son album "Fraise et chocolat". Derrière ce titre gentiment sucré, Aurélia Aurita nous racontait ni plus ni moins le détail de son initiation érotique et surtout de sa folle passion avec un autre dessinateur avec pour toile de fond, Tokyo. La jeune dessinatrice devient alors un "phénomène" et est invitée sur tous les plateaux et dans tous les grands magazines. Trois ans plus tard, alors que la fièvre est retombée, elle entreprend de nous raconter cette année de folie et surtout de nous dévoiler ses déconvenues avec les journalistes. On y croise même un certain Frédéric Beigbeder alors chroniqueur littéraire au Grand journal (Canal+)...

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mercredi 5 août 2009

La grâce féminine saisie par le trait (passionné) de Bastien Vivès

Bastien Vivès est le jeune auteur, âgé d'une vingtaine d'années, qui monte et dont on parle beaucoup. Tout d'abord avec un premier album " Le goût du chlore" (2008), multi-récompensé au festival d'Angoulême 2009, étonnante plongée aquatique dans l'univers bleu-vert-gris de la piscine et surtout rencontre d'une belle nageuse qui fascinera le narrateur venu ré-éduquer son dos. C'est encore une histoire de fascination que signe ce diplôme de l’école des Gobelins, avec "Dans mes yeux", un superbe hommage à une jeune étudiante, femme-enfant, aux yeux de chat et à la chevelure flamboyante, que l'on découvre, par les yeux -fous amoureux- de l'auteur, de la B.U au restaurant, ciné ou soirée d'anniversaire...

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lundi 5 janvier 2009

"Miss.Tic, Femme de l'être" (Beau livre)

Pour cette nouvelle année 2009, nous vous souhaitons des histoires émouvantes, poignantes, envoûtantes... "à dormir debout ou à coucher dehors", comme le dit Miss.Tic à qui l'on emprunte sa plume en forme de bombe, à l'occasion de la sortie d'un beau livre qui lui est dédié : "Miss.Tic, Femme de l'être".

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mardi 30 décembre 2008

"Joséphine" de P. Bagieu, "Seule en solo" d’Oxolaterre/S.Zuber, "Moi, je" A. Picault, "Péchés mignons" de M.Mazaurette/A. de Pins : les Bridget Jones version BD

Pas évident de s’attaquer au sujet ultra-rebattu de la célibataire trentenaire après le phénomène Bridget Jones (et ses épigones). Le thème est épuisé serait-on tenté de penser après les innombrables variations tant littéraires qu'audiovisuelles.

Et pourtant trois jeunes auteurs n’ont pas hésité à s’approprier cette désormais figure classique. Originalité c’est en version BD qu’elle se réinvente avec plus ou moins d’humour et de singularité. La célibattante, un sujet inépuisable ? (à noter également la sortie d'un nouvel opus d'Aurélia Aurita : "Je ne verrai pas Okinawa")

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mercredi 12 décembre 2007

"Fraise et chocolat 2" d'Aurélia Aurita, un tome 2 au goût sucré-salé... (+ Interview d'Aurélia Aurita)

Après le succès de "Fraise et chocolat", son roman graphique érotico-nippon d'initiation amoureuse, vendu à plus de 20.000 ouvrages, la jeune Aurélia Aurita désormais âgée de 27 ans nous offre la suite de ses aventures. Son appétit et sa curiosité érotiques n'ont rien perdu de leur énergie ni de leur charme même si ses pages font aussi la place à des sujets plus graves sur son identité métissée de "française aux yeux bridés", des ennuis de santé de son amour ou encore ses doutes sur sa fidélité et son engagement... Si l'ensemble peut laisser une impression moins enthousiaste que son précédent opus (qui présentait l'avantage de la nouveauté), le charme continue d'opérer car l'auteur possède une qualité supérieure à toutes les autres : sa fragilité touchante même (et cela relève de l'exploit) dans les scènes les plus crues !

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