Livres classiques
Une sélection d'auteurs majeurs des siècles passés, devenus des classiques de la littérature moderne, qui influencent ou constituent des maîtres pour les jeunes auteurs contemporains.mardi 29 novembre 2011
"L'ennui" d'Alberto Moravia : "Ce que je désirais en même temps ignorer et connaître, quelque chose qui éveillait en même temps appétit et dégout."
lundi 10 octobre 2011
"La cloche de détresse" ("La cloche de verre") de Sylvia Plath: "Le monde, ce mauvais rêve..."
Gallimard réunit pour la première fois en un seul volume, les œuvres essentielles de Sylvia Plath dans sa collection Quarto et retraduit au passage "La cloche de détresse" en "La cloche de verre" (également titre d'un roman d'Anaïs Nin). Il y a deux manières d’aborder l’œuvre de la poétesse américaine, celle consistant à la rapprocher et l’expliquer par le prisme de sa vie et de sa fin tragique (suicide à l’âge de 31 ans) ou bien celle se concentrant sur ses mots, son style, l’histoire distincte de sa personne qu’elle a à nous raconter.
Réduire « La cloche de détresse » à un simple « témoignage autobiographique » sur la folie et la dépression serait une erreur.C’est la deuxième approche que l’on retiendra dans cette chronique de son premier et unique roman « La cloche de détresse », publiée en 1963, roman culte même si un peu underground (elle faisait d’ailleurs partie de la sélection du "Dictionnaire de littérature à l'usage des snobs" ). Roman initiatique, roman de la fin d’adolescence (qui l’a d’ailleurs faite rapprocher d’un Salinger par les critiques de l’époque) et de la difficulté à faire des choix sur son avenir mais encore roman sur la condition féminine (lui ayant même valu l’étiquette de féministe) sur fond d’Amérique d’Eisenhower (baignant dans l’atmosphère trouble des premiers temps du maccarthysme), la condition et la vocation d’artiste, de poète et surtout roman sur le vertige du vide, de la confusion, la folie, la dépression, le suicide... Une passionnante plongée intérieure dans les méandres d’un esprit d’une haute intelligence et sensibilité qui se bat pour supporter la vie, pour accepter de rester en vie…
mercredi 27 avril 2011
"De l'inconvénient d'être né" de Cioran : "Rien n'est tragique, tout est irréel"
Ce « professeur de désespoir » selon l’expression de Nancy Huston*, préférait le terme penseur à celui d’écrivain ou de philosophe ou mieux, de "philosophe hurleur" ! D’origine roumaine, il s’est mis à écrire directement en français (avec une maestria lyrique) à partir de 1949, avec son livre « Précis de décomposition ». Longtemps cantonné à une audience confidentielle, vivant en marge de toute mondanité dans sa mansarde du Quartier Latin, ce n’est que dans les années 70, avec le développement du livre de poche, que ses bréviaires de désespoir se vendent comme autant d'évangiles, le transformant en légende vivante. Même s’il est aussi accusé de reprendre, sans originalité, les moralistes français du XVIIe ou encore les idées nietzschéennes et bergsoniennes… « De l’inconvénient d’être né », son plus célèbre (e 14e livre), publié en 1973, se présente comme un essai existentiel sous forme de fragments de pensées incisives : «L’avantage de l’aphorisme, c'est qu'on n'a pas besoin de donner des preuves. On lance un aphorisme, comme on lance une gifle.» disait l’auteur…
mercredi 16 février 2011
"L'Assommoir" d'Emile Zola : « Le premier roman sur le peuple qui ait l’odeur du peuple »
De Céline à Virginie Despentes en passant par Faiza Guène, l’usage du langage « populaire », « de la rue », aura toujours suscité la polémique en littérature. Déjà en 1877, l’Assommoir, septième tome de la fameuse saga des Rougon Macquart (l’ « Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire »), suite immédiate du roman « La fortune des Rougon », ouvrait le bal. Censurée (alors qu’il était publié en feuilleton dans le journal « Le bien public ») puis attaquée pour la « crudité » de sa langue et la « bestialité des personnages », jugées immoraux et de mauvais goût, cette ouvre emblématique du chef de file du naturalisme, l’Assommoir est aussi son premier succès. Et depuis, resté comme l’un des meilleurs des 20 tomes de sa série. Avec ce roman, Zola fait « entrer l’ouvrier dans la littérature ». Néanmoins, il se refuse à tout idéalisme ou « humanitairerie ridicule », pour lui il faut attaquer les plaies au fer rouge, celles de la bourgeoisie, comme celles du peuple « la morale se dégageant elle-même ». Il ne se veut ni philosophe ni moraliste. « J’aime les récits âpres et vrais qui fouillent hardiment en pleine nature humaine. » disait-il. Un roman, qui même s’il est étudié en cours, reste un peu moins cité qu’une Madame Bovary (dont son héroïne Gervaise Macquart est parfois considérée comme « sa petite sœur prolétarienne »). Et c’est un tort car son histoire est tout autant si ce n’est plus passionnante :
mercredi 3 novembre 2010
"Les souffrances du jeune Werther" de Goethe : "Je ris de mon propre coeur... et je fais toutes ses volontés."
Loin d'être une tare, ses "épanchements" sont au contraire d'une grande profondeur et dépassent d'ailleurs largement le thème du cœur blessé et de l'amour impossible, pour interroger, plus largement, le sens de l'existence humaine. Et se double d'une réflexion philosophique, à la recherche d'une "sagesse souriante".
lundi 26 juillet 2010
"Le désert des tartares" de Dino Buzzati : « Et puis, on est pas tous nés pour faire des héros »…
Publié en 1940 (en VF en 1949 , adapté au cinéma en 1976 ), ce roman majeur de l’écrivain et journaliste italien Dino Buzzati a connu un succès mondial qui ne se dément pas (ayant inspiré le Zangra de Brel). Cette fable philosophico-existentielle, (la non) épopée d’un jeune officier -en quête de gloire- affecté dans un fort au milieu du désert, est marquée du trauma des deux grandes guerres et s’inscrit sous le prisme de plusieurs influences de l’époque : de la plus évidente Kafkaïenne (reniée par l’auteur) aux existentialistes de Sartre à Camus en passant par la montagne magique de Thomas Mann…C’est l’observation de ses collègues de bureau, fossilisés dans leur travail routinier, à la rédaction du Corrier della serra où il travailla (et s’ennuya) jusqu’à sa mort qui fait germer l’idée du Désert des tartares chez Buzzati. L'escalier tortueux qui conduit à son bureau lui inspire les boyaux du fort Bastiani. Le cadre militaire lui permet de renforcer l’allégorie de son histoire, à la fois réflexion sur la fuite du temps, la mort, les destinées et aspirations humaines mais aussi un roman d’atmosphère à la poésie onirique… :
lundi 5 juillet 2010
"Aimez-vous Brahms ?" de Françoise Sagan
Après le succès phénoménal de « Bonjour tristesse » en 1954, roman qui reste le plus connu de Françoise Sagan, le charmant petit monstre ne s’est pourtant pas reposé sur ses lauriers. Près d’une vingtaine de romans et nouvelles ont suivi jusqu’en 1996 (à quoi s’ajoutent une quarantaine d’essais, journaux, pièces de théâtre et scénarios) ! Ils restent pourtant méconnus même si certains ont fait l’objet d’adaptation ciné (comme le très réussi « La chamade »). Et pour cause, leur réédition s’est trouvée bloquée suite aux ennuis fiscaux de l’auteur avant d’être jugée « démodés »*. Lors de la sortie du biopic « Sagan » en 2008, Julliard* a ainsi ré-édité neuf de ses titres. Même démarche en 2009 des éditions Stock (avec en plus un inédit : Toxique, un succès vendu à plus de 65.000 exemplaires). Et même une version iphone ! Le tout sous l’impulsion de son fils Denis Westhoff qui se bat pour la sauvegarde de son œuvre : « J'ai tout relu et ça m'a convaincu qu'il fallait absolument rééditer l'œuvre dans son intégralité. C'est moderne, agréable à lire, son style est percutant, on se retrouve à chaque page… J'aimerais que les jeunes s'inspirent de son goût pour la liberté. Elle considérait que les livres étaient le vecteur essentiel pour s'ouvrir l'esprit et faire appel à son imagination. » Il a aussi lancé cette année un prix Françoise Sagan récompensant le meilleur roman du printemps. Parmi les plus marquants de sa « petite musique », « Aimez-vous Brahms ? », son 4e roman - drame amoureux triangulaire- écrit à l’âge de 24 ans (adapté en 1961 avec Ingrid Bergman et Yves Montand) :lundi 28 juin 2010
Le loup des steppes d'Herman Hesse : « La folie, au sens élevé du terme, est le fondement de toute sagesse »
Ce roman, censuré pendant le régime nazi (pour ses thèses anti-militaristes), puis devenu roman culte des années 60 et 70 (notamment récupéré par le mouvement hippie et beat generation bien que Kerouac ne l'aimât pas), adoubée comme « œuvre phare de la littérature du XXe siècle », marque de son influence de nombreux auteurs contemporains (voir par ex, l’interview de Florian Zeller qui l’évoquait pour l’écriture de Julien Parme). Thomas Mann a déclaré à sa sortie : « Ce livre m’a réappris à lire ».
Plus particulièrement lu par la jeunesse (bien que mettant en scène un homme mûr), il mêle différents registres allant du « roman de crise existentielle », quête initiatique à l’expérience spirituelle. Mais aussi réflexions psychanalytique, artistique, critique socio-politique et conte philosophique… A noter qu'une nouvelle traduction en 2004 a redonné une nouvelle jeunesse au texte* :
mardi 5 janvier 2010
L'étranger d'Albert Camus, « De toute façon on est toujours un peu fautif »... (1/2)
Auréolé du titre de « livre de poche le plus vendu en France » avec ses 6,7 millions d'exemplaires écoulés en Folio, l’Etranger, ce bref premier roman publié en 1942, traduit en 40 langues et adapté au cinéma par Luchino Visconti en 1967, aura connu une postérité qu’un Sartre (par ailleurs ardent et enthousiaste critique dans Situations I*) lui envierait alors que sa
Nausée, publiée 4 ans plus tôt, n’a pas aujourd’hui le même succès… Revenant plus que jamais dans l’actualité à l’occasion des 50 ans de sa mort (dans un accident de voiture à l’âge de 47 ans) mais aussi suite à la polémique engendrée par la proposition du président Sarkozy de transférer ses cendres au Panthéon (refusée par le fils de l’écrivain craignant la récupération politique et ayant suscité de nombreuses indignations comme la Tribune rédigée par le philosophe Michel Onfray fervent camusien), l’écrivain, prix Nobel de littérature en 1957 n’a jamais cessé d’alimenter le débat. « L’étranger », deuxième opus de sa trilogie de l’absurde (aux côtés de sa pièce « Caligula » et de son essai « Le mythe de Sisyphe ») tout particulièrement, suscitant une infinité d’interprétations allant du politique au philosophique jusqu’au psychanalytique…mercredi 2 septembre 2009
"Mon chien Stupide" de John Fante, Crise middle life sur fond d'irruption canine...
mardi 18 août 2009
"Crime et châtiment" de Dostoïevski : « La pensée que le juge le croyait innocent l’effrayait »
Pourquoi a-t-il tué ? En avait-il le droit ?, telles sont les deux questions majeures qui agitent ce roman philosophico-métaphysique. Questions auxquelles les lecteurs tentent de répondre, depuis des décennies, en explorant la psychologie complexe de ce personnage ambivalent et torturé… :
lundi 17 août 2009
"Sur la route" de Jack Kerouac
"Il faut lire « Sur la route » à 15 ans après c’est trop tard", entend-on souvent au sujet du livre culte de Jack Kerouac, emblématique de la « beat generation ». Errance éthylique, fuite, quête initiatique, refus des conventions sociale, « dèche », esprit de rébellion, liberté enivrante de la route et de l’aventure loin des responsabilités, … : des thèmes qui s’apparentent en effet plus particulièrement à la jeunesse mais qui vont plus loin en touchant à la réflexion existentielle, sous une forme allégorique.
Lui-même inspiré par « La Route » de Jack London, Kerouac est aussi une influence majeure de nombreux auteurs d’aujourd’hui, à commencer par Philippe Djian qui lui a rendu hommage dans son anthologie « Ardoise ». Outre-Atlantique, Hunter S. Thompson, Brautigan, Russel Banks ou encore Cormac McCarthy (avec « La route » qui semble lui faire écho près de 50 ans après et avec qui il partage cette hantise du chaos) le revendiquent tandis que les héros d’un Paul Auster, Douglas Coupland ou même Palahniuk, dans leur errance et/ou anti-matéralisme s’inscrivent dans sa filiation.
Même si un Truman Capote, persifleur à ses heures, disait au sujet de cet ennemi de la virgule : "That's not writing, that's typing" ("C'est pas de l'écriture, c'est de la dactylo")... Dans ce road-book à travers l’Amérique des fifties, le « clochard céleste » chante un hymne à la fraternité et à l'anticonformisme, alors que grondent les menaces de guerre...lundi 27 juillet 2009
"La promesse de l'aube" de Romain Gary : Tu seras un héros mon fils
A l'occasion de la parution de "Légendes du je", une anthologie des œuvres de l'écrivain au double goncourt et de "S. ou l'espérance de vie"de son fils Alexandre Diego Gary, retour sur son roman emblématique : La promesse de l’aube. Paru en 1960 et adapté au cinéma par Jules Dassin en 1971, il consacre la renommée de Romain Gary après le Goncourt obtenu pour « Les racines du ciel ». C’est aussi un roman clé pour comprendre toute son œuvre où l’inspiration de sa mère est omniprésente (en particulier son autre grand succès « La vie devant soi » et son personnage de « Madame Rosa »). Car avant d’être un roman autobiographique (qui tient d’ailleurs plus de l’autofiction, au regard de sa large part d’invention), La promesse de l’aube est surtout un vibrant portrait et hommage à sa mère, véritable héroïne de cet autoportrait réinventé. On aurait d’ailleurs pu le sous-titrer « La gloire de ma mère » ! Une femme incroyable de ténacité, d’orgueil et de panache qui dessine en ombre chinoise le portrait de l’homme(-enfant) qu’est devenu Romain Gary. De sa vocation d'écrivain à sa carrière militaire...mardi 14 juillet 2009
"Les belles endormies"/ "Pays de neige" de Kawabata : Voyages sensoriels au royaume du désir et de la mort
"Saisir l'impression à l'état pur", tel était l'obsession de l'écrivain japonais Yasunari Kawabata, prix Nobel de littérature en 1968 (il se suicide en 1972), contemporain de Borges et de Joyce, et sans doute l'écrivain japonais le plus lu et connu en Occident. Son œuvre tout entière est vouée à cette expression de l'éphémère ressenti à la vision d'un paysage, d'un visage, de la peau d'une femme ou du vol d'un papillon de nuit... A restituer cet imperceptible qui ne dure que quelques instants. Cette hyper-réalité qui rend encore plus palpable les élans indicibles des sentiments.Ces impressions fugaces, "claires-obscures", qui font toute la richesse des nuances de l'âme humaine. Ces romans peuvent ainsi être lus comme des tableaux contrastés et épurés, des estampes dont les milliers de nuances et la profondeur, transportent le lecteur dans un monde multi-sensoriel riche et ambigu. Ces romans sont des expériences picturales sur l'amour, la mort, la beauté, la solitude... Des romans qui s'éprouvent plus qu'ils ne se lisent, et qui résonnent longtemps dans l'âme du lecteur qui en perçoit progressivement les différents niveaux et leur symbolique. "Les belles endormies" comme "Pays de neige" sont ses deux chefs d'œuvre à la poésie ensorcelante, à la fois pure, noire et sensuelle :
lundi 13 juillet 2009
"La clef, la confession impudique" de Tanizaki et "Les belles endormies" de Kawabata
Ils explorent avec finesse l’ambivalence, les méandres parfois tortueux voire contradictoires qu’empruntent le désir. Et célèbrent avec lyrisme le corps féminin dans sa volupté sensorielle tout en exprimant l'angoisse de l'homme vieillissant et du déclin de sa vigueur... Une littérature symbolique et poétique, entre Eros et Thanatos :
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