"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)

Littérature intimiste

Les livres des "choses de la vie", les "fragments de la vie des gens" aux héros névrosés, paumés, losers magnifiques. Attentifs aux détails du quotidien et au désespoir ordinaire qu'ils content avec sensibilité, subtilité voire cruauté ou cynisme... Une littérature puisée au plus profond des êtres, existentielle.

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lundi 3 juin 2013

"Valley of the Dolls" ("La Vallée des poupées") de Jacqueline Susann : "It's a brutal climb to reach that peak (...) You never knew what was really up there..."

C'est en 1966 que Jacqueline Susann, originaire de Philadelphie exilée à New York à l'âge de 16 ans pour s'essayer au mannequinat avant de monter sur les planches de Broadway, d'écrire quelques pièces pour finir chroniqueuse TV, publie ce qui deviendra un best-seller record vendu à plusieurs dizaines de millions d'exemplaires : Valley of the Dolls. En 1967, il est adapté dans un film éponyme où Susann y fait une brève apparition. Considéré comme le premier roman à clefs, "sexy-trash" ou encore "shoking" (pour l'époque, car abordant notamment les thèmes de la drogue ou de l'homosexualité), le roman déchaîne les critiques qui le taxent de "soap-opera" tandis que d'autres louent son énergie et sa liberté de ton. Il est depuis souvent comparé aux romans de Bret Easton Ellis (en particulier Glamorama) pour la peinture acerbe qu'il fait du milieu du show-biz et de la célébrité, la vie dissolue (et accro aux pilules) de sa faune bling bling. On pourrait aussi le croiser au Diable s'habille en Prada même si le ton est d'une plus grande noirceur. Car en effet, sous ses allures de chick lit' des années 50/60, ce roman "vintage" se révèle finalement plus profond et révélateur d'une condition féminine pas si glamour... Une sorte de "Mad (wo)men" version féminine :

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lundi 14 janvier 2013

"Nicolas Pages" de Guillaume Dustan, Pop(pers) littérature et radiographie de l'identité homo

Alors que le débat sur la légalisation mariage gay enflamme la place publique, donnant lieu à une triste manifestation d'opposants hier, il est temps de se remémorer l'oeuvre de Guillaume Dustan qui doit se retourner dans sa tombe... : Inconstant, insolent, indécent, trash, anticonformiste, provocateur... autant de qualificatifs employés pour désigner cet enfant terrible des lettres parisiennes : Guillaume Dustan. Tout en s’autoproclamant « l’écrivain l’plus doué d’sa générosité », il déplorait amèrement son manque de visibilité dans les médias. Du moins dans « ceux qui comptent », répétait-il. Mais Guillaume Dustan, décédé à l’âge de 40 ans en 2004 d’une intoxication médicamenteuse, a-t-il été réellement un "oublié des médias" ? Beaucoup d’auteurs contemporains auraient sans doute aimé bénéficié de l’attention qu’il a reçue... Et du bouche à oreille entre lecteurs qui continue de faire connaître son oeuvre. Mais l’homme, écorché, énarque ayant abandonné la magistrature après avoir appris sa séropositivité, cultive sa soif de pouvoir et de reconnaissance qui s’exprime d’ailleurs dans ses livres. Une soif liée à la discrimination homosexuelle subie avec plus ou moins de violence tout au long de sa vie et de ses anciens complexes. Personnalité controversée pour ses prises de position sur le sexe à risque (en 2000 il est la cible d'une polémique contre Act' Up après avoir déclaré que "la capote, ça ne sert plus à rien" et pour défendre le bareback, relations sans préservatif) ou la drogue, il ose parler, sans faux-semblant, de sexualité, de désir et de fantasme homosexuels, inaugurant par là-même une "littérature gay" (étiquette qu'il revendique) non plus douloureuse ou honteuse mais épicurienne et joyeuse sans pour autant verser dans l’idéalisme. Il crée même aux éditions Balland une éphémère collection de littérature gay et lesbienne : "Le Rayon gay". Avec sa langue minimaliste, hyper-réaliste et nerveuse, l'auteur a sinon inventé tout du moins renouvelé l'écriture et apporté ainsi une voix singulière à la littérature française. "Venant de Warhol, de Duras, de Céline, il a expérimenté et inventé des formes. Des formes littéraires, des formes de vie, des formes où littérature et vie s'entremêlent." , analysent les spécialistes de son travail.
A travers ses livres (huit au total), tous basés sur sa propre vie, il n’aura de cesse de défendre ce qu’il nomme la « culture gay » et ses modes de vie. Ses trois premiers opus (dont « Dans ma chambre »-1996 et « Je sors ce soir » -1997) relataient assez crûment ses « épopées noctambulo-pornographiques ». Une seconde période s’ouvre ensuite avec notamment la publication de "Nicolas Pages" en 1999 qui sera récompensé du Prix de Flore et Génie divin en 2001. Il livre ici une analyse très riche qui embrasse les aspects socio-culturels mais aussi politiques, toujours à travers son expérience : "Je fais du militantisme homo avec ces livres, mais aussi du militantisme en faveur d'une forme de vie underground", revendiquait-il. Pourtant son discours et ses idées dépassent largement la communauté gay pour toucher tous les lecteurs quelque soit leur appartenance sexuelle :

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mercredi 14 mars 2012

"Kitchen" de Banana Yoshimoto, Le goût de la vie vient des cuisines…

A l'occasion du salon du livre 2012 consacré au Japon retour sur un premier roman emblématique de la nouvelle génération littéraire nipponne, rapidement devenu un best-seller au Japon (vendu à plus de 2,5 millions d'exemplaires). Cette oeuvre initiatique est signée d’une jeune japonaise alors âgée de 23 ans en 1988. A la fois onirique, poétique et étrange, il contient d’ores et déjà les thèmes essentiels de l’univers que la romancière développera dans ses romans suivants (moins marquants que ce premier néanmoins): les pulsions de vie et de mort, la solitude et la fragilité émotive à travers les destinées de plusieurs jeunes à l’aube de leur vie d’adulte dans laquelle ils ont bien du mal à s’engager…

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mercredi 20 avril 2011

« Polichinelle » et « Michael Jackson » de Pierric Bailly : Contes de la vie ordinaire d'une jeunesse prête à tout

Au rayon "jeunes auteurs français qui montent", on trouve actuellement le nom de Pierric Bailly. Apparu sur la scène littéraire en 2008 avec un premier roman "Polichinelle" aux éditions POL (sorti en poche chez Folio en février 2010), il se fait remarquer pour sa voix singulière et marquante. Un teen-novel rural côté France profonde, dans le Jura, région dont l'auteur âgé d'à peine 30 ans est originaire, et où domine sa nostalgie pour l'adolescence (une tendance qui perdure chez les jeunes romanciers hexagonaux). Le tout servi par une verve trépidante et des portraits déjantés. Il planche même actuellement sur le scénario en vue d'une adaptation pour le cinéma en cours de production.

Son deuxième opus,"Michael Jackson", publié à la rentrée de janvier 2011, aux allures de fausse suite, reprend les mêmes ingrédients, en décrivant des héros, sortis de l'adolescence, dans leur vie estudiantine à Montpellier. Leurs rituels, joutes, us et coutumes, entre désinvolture, temps qui passe, ennui, paresse, oisiveté, trafic sentimental sous influence du porno d’internet et confusion manifeste entre amour et sexualité... :

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vendredi 25 mars 2011

"Sukkwan Island" de David Vann : "Survivre au rêve de son père" (prix Médicis étranger 2010)

Encore inconnu jusqu’alors et succès inattendu de l’année 2010, couronné du prix Médicis étranger, traduit dans 45 pays, le premier roman de l’américain David Vann fait figure de « miraculé » de l’édition. Après avoir mis 10 ans à écrire son roman (tiré d’une nouvelle) et encore 10 ans pour le publier, d’abord de façon inaperçue aux Etats-Unis avant d’être mis en lumière lors de sa traduction française sous l’impulsion des éditions Gallmeister spécialisée dans les romans des grands espaces américains, dits de « nature writing ». Dans la lignée de ces auteurs (avec pour chef de file un Jim Harrisson) qui font de la nature (hostile et grandiose) un personnage à part entière, mais également un miroir psychique des héros, David Vann a été salué pour son « anti-robinsonnade » où les aventuriers, un père et son jeune fils exilés dans une île sauvage de l’Alaska, vont se trouver peu à peu aux prises avec un véritable enfer mental. Comparé à "La route" de Mc Carthy, "Into the wilde" ou encore Hemingway, le texte sur l’impossible fuite de ses responsabilités a ainsi été salué comme un « huis clos mortel et envoûtant » à « la noirceur magnifique et angoissante », au « crescendo venimeux » ou encore de « cauchemar épais et angoissant »... :

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lundi 25 octobre 2010

"Disgrâce" de J.M Coetzee : « Il ne reste qu'à serrer les dents et vivre ce qu'il reste à vivre »

9e roman de l’écrivain sud-africain, prix Nobel en 2003, Disgrâce est aussi celui de la consécration, couronné du Booker prize en 1999 (pour la 2e fois après « Michael K, sa vie, son temps »). Il est adapté au cinéma en février 2010 avec John Malkovich dans le rôle titre. Souvent présenté (réduit ?) à une peinture économico-sociale de l’Afrique du Sud post-Apartheid (lui ayant même valu une accusation de racisme), Disgrâce comme son titre l’indique est avant tout le récit de la chute d’un homme. Un homme vieillissant qui s’enfonce peu à peu dans des ténèbres de plus en plus opaques. Un homme qui perd et va perdre encore plus et c’est en cela que le roman est particulièrement poignant et marquant, allant à l’encontre des romans de reconstruction habituels. Un roman intimiste qui interroge aussi la notion de désir masculin, d’instinct primitif, la morale, la vieillesse et les rapports de domination, de violence au sens large et surtout la condition féminine dans la société sud-africaine actuelle :

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lundi 27 septembre 2010

"Putain" de Nelly Arcan : "(...) il faut être deux pour jouer à ce jeu là, un pour frapper à la porte et l’autre pour l’ouvrir"

En septembre 2009, il y a tout juste 1 an, le milieu littéraire était bouleversé par la mort tragique de l’écrivain québecoise Nelly Arcan, suicidée dans son appartement de Montréal à l’âge de 36 ans. Même Maurice Dantec lui rendait alors hommage en décrivant son oeuvre comme "une bizarre expérience apophatique" (voir ci-dessous*).
Cette jeune-femme à la blondeur Marilyn très médiatique a rapidement marqué les esprits par son image provocante au point de faire parfois oublier les textes qui se cachaient derrière son visage. Et ce drame, le rapport conflictuel à son physique écrasant et son rapport violent aux hommes, est au centre de son œuvre, avec un poids… morbide. Il éclate dés son premier roman choc « Putain » en 2001 qui la révèle. Traumatisée par le diktat de la beauté et de la jeunesse, elle y développe sa vision très noire de la féminité et de la société ainsi que son approche sans détour du commerce du corps dans ses aspects les plus sordides. Mais aussi ses fêlures intimes, familiales notamment. Elle disait avoir choisi les titres phares de ses deux premiers romans, « Putain » et « Folle », parce qu'ils sont les qualificatifs les plus employés dans l’Histoire pour parler des femmes.
Rattachée au courant de l’autofiction, cette étudiante inconnue avait été publiée par Le Seuil après avoir envoyé son manuscrit par la poste :

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jeudi 22 juillet 2010

"Tout est illuminé" de Jonathan Safran Foer : "Les juifs ont six sens : toucher, vue, goût, odorat, ouïe... mémoire."

Estampillé "prodige des lettres américaines" dés la sortie de son premier roman "Tout est illuminé" en 2002, adapté au cinéma par Liev Schreiber (réputation confirmée voire accrue avec la publication de son 2e roman "Extrêmement fort et incroyablement près" en 2005), ce diplômé de Princeton ayant eu notamment pour professeur de creative writing, la romancière Joyce Carol Oates, mariée à l'écrivain Nicole Krauss, marque l'apparition d'une nouvelle génération littéraire américaine. Une écriture inventive, hybride et innovante (aux côtés notamment de Dave Eggers...). L'auteur juif new-yorkais, de Brooklyn (non loin de chez Mister Auster !), explore dans son œuvre romanesque son identité juive et ses racines, sur fond de drame de la Shoah, sous la forme de quêtes initiatiques. "Tout est illuminé" faisait suite à un voyage de l'auteur en Ukraine sur les traces de son grand-père :

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lundi 12 juillet 2010

"Le mausolée des amants" d'Hervé Guibert : "Un des rôles de la littérature est l'apprentissage de la mort"

Parmi la nouvelle génération littéraire, Nina Bouraoui est sans doute l'une des voix les plus actives pour faire connaître l'œuvre d'Hervé Guibert, l'une de ses influences marquantes qu'elle cite régulièrement : "Guibert écrit avec ses yeux, avec le corps entier. C'est une littérature sensuelle, voire charnelle. Ce n'est pas un écrivain de l'intime. C'est un écrivain de l'intérieur, c'est-à-dire de la matière vivante. Chaque livre est le livre de la vie." commente-t-elle à son sujet. De son côté Marie Darrieussecq lui a consacré en 1997 une étude dans le cadre d'un dossier "Le Corps textuel de Hervé Guibert". Catalogué "écrivain homo atteint du sida", les livres de Guibert, à l'instar d'un Guillaume Dustan, sont hantés par le corps, source de plaisir et de douleur, dans son expression la plus organique et la plus sexuelle, mais aussi et surtout dans sa déchéance rongée par la maladie et menacée d'une mort palpable. A partir de 1990, date à laquelle est publié "A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie" -roman dans lequel il évoque son combat contre le sida et dévoile les circonstances de la mort du philosophe Michel Foucault (Muzil dans le roman)-, Hervé Guibert connaît une forte notoriété médiatique. Il restera d'ailleurs jusqu’à sa mort (sur laquelle il livra un travail acharné jusqu'à se filmer agonisant : "La Pudeur ou l'Impudeur") à un véritable « phénomène médiatico-littéraire ».
Photographe, journaliste, écrivain - avec pas moins de 28 ouvrages -, chroniqueur de photographies, scénariste et vidéaste..., Guibert est un artiste aux multiples facettes. Et c'est peut-être dans son journal posthume (1976-1991), Le mausolée des amants, que l'on retrouve toute sa richesse multiple. Un journal âpre, presque pestilentiel parfois, où il pose son regard acéré sur son travail (écriture, photo...) mais aussi sur ses amours, conquêtes, son entourage familial, rencontres de hasard, voyages, la vieillesse, la maladie, le corps désirable ou repoussant.... :

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mercredi 23 juin 2010

"Je m'en vais", "L'équipée malaise", "Ravel" de Jean Echenoz : Détourner le réel et les conventions

"Auteur léger", "décalé", "exigeant", héritier du nouveau roman, novateur... : autant de qualificatifs attribués à Jean Echenoz, auteur emblématique des éditions de Minuit, et auteur d’une vingtaine de romans depuis 1979 (son premier roman « Le Méridien de Greenwich », prix Fénéon).
Echenoz, l’un des rares contemporains étudié à l’Université, ayant participé à la nouvelle traduction de la Bible dirigée par Frédéric Boyer, fait partie des grands auteurs français actuels, aux côtés d’un Modiano ou de Le Clézio, régulièrement couvert de louanges aussi bien des critiques ( « Jean Echenoz construit l'une des entreprises littéraires les plus originales et les plus fécondes du roman français d'aujourd'hui : la subversion du roman par déstabilisation douce. » ) que des lecteurs mais aussi fait plus rare par ses confrères contemporains* (cf : l’enquête de Télérama sur les 10 livres préférés de 100 écrivains francophones en 2009 où il était cité pour Ravel notamment). Philippe Djian le considère même comme le meilleur styliste actuel* tandis que Nicolas Fargues* le cite régulièrement comme modèle d’inspiration. Sa marque de fabrique ? Sans doute son art à croiser les registres et les genres : roman policier, d’espionnage d’aventures, sur fond de (satire des) mœurs contemporaines, le tout avec un humour fait d’ironie douce et de gravité, et un culte du détail. Au sujet de son œuvre, l’auteur indique vouloir « brouiller les pistes » ou encore écrire des « romans géographiques (…) avec du mouvement ». Tout ceci peut sembler bien mystérieux pour le néophyte échenozien. La lecture de trois de ces romans phares, « Je m’en vais » (prix Goncourt 1999), « L’équipée Malaise » et « Ravel » éclaire quelque peu ces déclarations :

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lundi 12 avril 2010

"Chaos calme" de Sandro Veronesi : "Pourquoi je continue à bander au lieu de souffrir ?"

Publié en 2005 en Italie et en 2008 en France (prix Méditerranée étranger , prix Femina du roman étranger), « Chaos calme » est le roman de la consécration pour Sandro Veronesi. Cet écrivain toscan avait été remarqué pour « sa liberté de ton, son ironie désinvolte et son goût de la transgression » autour de thèmes familiaux. Adapté au cinéma en 2008 avec Nanni Morretti dans le rôle titre, il vient de sortir en poche en février 2010.

Encensé par la critique, ce roman intimiste foisonnant raconte le (non) traumatisme d’un homme et de sa fillette à la suite de la perte de sa femme. Pour détourner le titre d’Annie Ernaux, ce héros est une sorte d’ « homme gelé ». Incapable de laisser jaillir sa peine, il se détourne sur son entourage dans une sorte de fuite existentielle. Le prix Strega (équivalent du Goncourt en Italie) qui lui a été décerné évoque « l'extraordinaire qualité de l'ouvrage, émouvant et magistralement tissé ». Plébiscité pour "son originalité narrative, sa plume rapide et bondissante, son analyse psychologique, sa chronique acide de l'époque, sa maîtrise pour passer du particulier à l’universel ou encore ses rebondissements entre humour et tendresse" : des louanges méritées ?

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vendredi 15 janvier 2010

"Le Théorème d’Almodóvar" d'Antoni Casas Ros : "Il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l’horreur en beauté"

Automne 2007 : Richard Millet, éditeur chez Gallimard, reçoit un mystérieux manuscrit d'une agent littéraire barcelonaise, intitulé Le théorème d'Almodovar, premier roman d'un certain Antoni Casas Ros. Né en 1972 en Catalogne française, vivant actuellement à Rome et écrivant en français. Personne ne l'a jamais vu chez Gallimard. Comme le narrateur de son roman, il a été défiguré suite à un grave accident de voiture et a décidé de ne pas se montrer. «Je ne sais rien d'autre de lui que ce qu'il veut bien en dire, et je l'accepte comme tel : un écrivain sans visage», a confié Richard Millet. Ce « secret » n’aura pas manqué d’attiser toutes les suspicions sur son identité allant d’Enrique Vila-Matas (contraint à publier un démenti dans El pais), Eduardo Mendoza, Sergi Pamiès. Mais au-delà de cette polémique c’est surtout le talent du jeune auteur qui a été salué et reconnu de toute part : « un premier roman magistral, transgressif », « admirablement écrit dans une prose enchanteresse et réparatrice », « envoûtante », « une formidable leçon d’humanité assénée au narcissisme fade de notre époque »… Retour sur cet opus sorti en poche en 2009, à l'occasion de la sortie de son nouveau roman "Enigma" :

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jeudi 29 octobre 2009

Faire l’amour - Fuir - La vérité sur Marie (PRIX DECEMBRE 2009) : Trilogie du (dés)amour par Jean-Philippe Toussaint

Jean-Philippe Toussaint compte parmi les auteurs contemporains phares des éditions de Minuit aux côté de Jean Echenoz, Marie N’Dyae ou encore Eric Chevillard, revendiquant haut et fort leur exigence littéraire. C’est plus particulièrement avec son 1e roman « La salle de bain » (1985, qui compte parmi les livres cultes de David Foenkinos) puis son 8e « Fuir », prix Médicis 2005 qu’il connaît une certaine notoriété. Ce dernier est la suite de son précédent opus « Faire l’amour » (2002), qu’il complète en cette rentrée littéraire 2009 de « La vérité sur Marie », clôturant cette trilogie alors que les deux premiers sortent en poche (chez Double).

Considéré comme héritier du nouveau roman (Robbe-Grillet notamment), cet écrivain d’origine bruxelloise également cinéaste et plasticien, dit vouloir « construire des rêves de pierre »* selon l’expression baudelairienne, révélant un monde où s’entrecroisent visions, fantasmes et réflexion existentielle. D’une œuvre à l’origine portée par un certain comique par l’absurde et philosophie du quotidien il est désormais passé à une œuvre plus esthétique voire esthétisante… « Insipide et ennuyeux » pour certains, il est porté au pinacle par d’autres (dont le New-York Times qui regrette d’avoir attendu 20 ans pour qu’il soit traduit). Retour sur ces trois œuvres et sur le style singulier de cet auteur que l’on appréciera… ou pas :

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vendredi 16 octobre 2009

"Le livre de Jérémie"/ "Sarah" de J.T Leroy : 4 ans après l'imposture, que penser du "surdoué" de la littérature américaine ?

Surgi de nulle part en 2001 et immédiatement proclamé comme le nouveau jeune prodige de la nouvelle génération littéraire américaine, J.T Leroy (J comme Jeremiah, et T pour... Terminator !) fascine autant qu'il intrigue. Tant par ses histoires troubles, sulfureuses et violentes, son style à la fois brut et poétique que son personnage, celui d'une créature postmoderne branchée pétrie de pop-culture, icône underground (un jeune-homme androgyne ne sortant jamais sans sa perruque blonde et ses lunettes noires). Porté au pinacle par les grands noms de la littérature, de Chuck Palahniuk à Dennis Cooper en passant par Mary Gaitskill et vénéré par le réalisateur Gus Van Sant (avec qui il a co-écrit le scénario de Elephant) Lou Reed ou encore Garbage (qui lui a dédié deux morceaux), ces deux premiers opus "Sarah" et "Le livre de Jérémy" (adapté au cinéma en 2004 par Asia Argento) accèdent très vite au rang de livres culte. Mais en 2005, le New-York Times révèle que le jeune surdoué serait en réalité une quadragénaire mal dans sa peau : Laura Albert. Le mythe s'écroule et le scandale éclate...

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"Cette camisole de flammes" de Gabriel Matzneff : journal d'un jeune-homme rebelle [1953-62]

L'adolescence, la jeunesse dorée sont des thèmes dont nous avons parlé en cette rentrée littéraire 2009. Ils sont aussi au cœur de ce premier tome des journaux, ses "carnets noirs" comme il les a baptisés, de Gabriel Matzneff. Un auteur aujourd'hui boycotté par les médias (mais bénéficiant toujours d'une communauté de lecteurs très active et du soutien de quelques auteurs contemporains) après un certain âge d'or dans les années 70-80. En cause sa pédophilie ouvertement revendiquée qui s'affirme déjà dans ce premier journal. Il est donc toujours difficile de lire Matzneff pour cette raison et encore plus d'avouer une admiration pour la force de son style ou de ses idées, sa liberté, ses obsessions... "Une œuvre qui suscite admiration et débat, scandale et fascination", comme le résume à juste titre son éditeur. Car si ses actes peuvent parfois révolter, on ne peut lui enlever le courage (ou l'inconscience ?) de toujours les assumer et de ne jamais rien renier ("Mieux vaut périr en restant soi-même que prospérer en se reniant..." écrit-il d'ailleurs en guise de philosophie de vie). Entre 16 et 25 ans, on retrouve en germe tous les thèmes qui habiteront ces futurs tomes ("A seize ans, j'étais pour l'essentiel celui que je suis aujourd'hui", écrit-il en préface). Sa noirceur peut-être à son paroxysme, sans cesse concurrencée par son appétit, son ardeur pour la vie et de ses plaisirs. Entre tentation du suicide et hédonisme. C'est le deuxième qui l'emportera. On dévore ce journal qui insuffle une énergie à la fois sombre et lumineuse : c'est d'ailleurs ce qui est étonnant chez cet auteur, sa personnalité à la fois angélique et perverse, "l'archange aux pieds fourchus" comme il a intitulé un autre tome de ses journaux. Oscillant en permanence entre la pureté par son goût de l'absolu et l'égocentrisme cynique.
Une œuvre "nocturne et solaire" qui doit faire taire, une bonne fois pour toutes les détracteurs du "nombrilisme" en littérature (expression qui ne veut rien dire et qu'il analyse d'ailleurs avec brio) mais qui n'est pas à mettre entre toutes les mains...

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