Littérature intimiste
Les livres des "choses de la vie", les "fragments de la vie des gens" aux héros névrosés, paumés, losers magnifiques. Attentifs aux détails du quotidien et au désespoir ordinaire qu'ils content avec sensibilité, subtilité voire cruauté ou cynisme... Une littérature puisée au plus profond des êtres, existentielle.mercredi 20 avril 2011
« Polichinelle » et « Michael Jackson » de Pierric Bailly : Contes de la vie ordinaire d'une jeunesse prête à tout
vendredi 25 mars 2011
"Sukkwan Island" de David Vann : "Survivre au rêve de son père" (prix Médicis étranger 2010)
Encore inconnu jusqu’alors et succès inattendu de l’année 2010, couronné du prix Médicis étranger, traduit dans 45 pays, le premier roman de l’américain David Vann fait figure de « miraculé » de l’édition. Après avoir mis 10 ans à écrire son roman (tiré d’une nouvelle) et encore 10 ans pour le publier, d’abord de façon inaperçue aux Etats-Unis avant d’être mis en lumière lors de sa traduction française sous l’impulsion des éditions Gallmeister spécialisée dans les romans des grands espaces américains, dits de « nature writing ». Dans la lignée de ces auteurs (avec pour chef de file un Jim Harrisson) qui font de la nature (hostile et grandiose) un personnage à part entière, mais également un miroir psychique des héros, David Vann a été salué pour son « anti-robinsonnade » où les aventuriers, un père et son jeune fils exilés dans une île sauvage de l’Alaska, vont se trouver peu à peu aux prises avec un véritable enfer mental. Comparé à "La route" de Mc Carthy, "Into the wilde" ou encore Hemingway, le texte sur l’impossible fuite de ses responsabilités a ainsi été salué comme un « huis clos mortel et envoûtant » à « la noirceur magnifique et angoissante », au « crescendo venimeux » ou encore de « cauchemar épais et angoissant »... :lundi 25 octobre 2010
"Disgrâce" de J.M Coetzee : « Il ne reste qu'à serrer les dents et vivre ce qu'il reste à vivre »
9e roman de l’écrivain sud-africain, prix Nobel en 2003, Disgrâce est aussi celui de la consécration, couronné du Booker prize en 1999 (pour la 2e fois après « Michael K, sa vie, son temps »). Il est adapté au cinéma en février 2010 avec John Malkovich dans le rôle titre.
Souvent présenté (réduit ?) à une peinture économico-sociale de l’Afrique du Sud post-Apartheid (lui ayant même valu une accusation de racisme), Disgrâce comme son titre l’indique est avant tout le récit de la chute d’un homme. Un homme vieillissant qui s’enfonce peu à peu dans des ténèbres de plus en plus opaques.
Un homme qui perd et va perdre encore plus et c’est en cela que le roman est particulièrement poignant et marquant, allant à l’encontre des romans de reconstruction habituels. Un roman intimiste qui interroge aussi la notion de désir masculin, d’instinct primitif, la morale, la vieillesse et les rapports de domination, de violence au sens large et surtout la condition féminine dans la société sud-africaine actuelle :lundi 27 septembre 2010
"Putain" de Nelly Arcan : "(...) il faut être deux pour jouer à ce jeu là, un pour frapper à la porte et l’autre pour l’ouvrir"
En septembre 2009, il y a tout juste 1 an, le milieu littéraire était bouleversé par la mort tragique de l’écrivain québecoise Nelly Arcan, suicidée dans son appartement de Montréal à l’âge de 36 ans. Même Maurice Dantec lui rendait alors hommage en décrivant son oeuvre comme "une bizarre expérience apophatique" (voir ci-dessous*).Cette jeune-femme à la blondeur Marilyn très médiatique a rapidement marqué les esprits par son image provocante au point de faire parfois oublier les textes qui se cachaient derrière son visage. Et ce drame, le rapport conflictuel à son physique écrasant et son rapport violent aux hommes, est au centre de son œuvre, avec un poids… morbide. Il éclate dés son premier roman choc « Putain » en 2001 qui la révèle. Traumatisée par le diktat de la beauté et de la jeunesse, elle y développe sa vision très noire de la féminité et de la société ainsi que son approche sans détour du commerce du corps dans ses aspects les plus sordides. Mais aussi ses fêlures intimes, familiales notamment. Elle disait avoir choisi les titres phares de ses deux premiers romans, « Putain » et « Folle », parce qu'ils sont les qualificatifs les plus employés dans l’Histoire pour parler des femmes.
Rattachée au courant de l’autofiction, cette étudiante inconnue avait été publiée par Le Seuil après avoir envoyé son manuscrit par la poste :
jeudi 22 juillet 2010
"Tout est illuminé" de Jonathan Safran Foer : "Les juifs ont six sens : toucher, vue, goût, odorat, ouïe... mémoire."
Estampillé "prodige des lettres américaines" dés la sortie de son premier roman "Tout est illuminé" en 2002, adapté au cinéma par Liev Schreiber (réputation confirmée voire accrue avec la publication de son 2e roman "Extrêmement fort et incroyablement près" en 2005), ce diplômé de Princeton ayant eu notamment pour professeur de creative writing, la romancière Joyce Carol Oates, mariée à l'écrivain Nicole Krauss, marque l'apparition d'une nouvelle génération littéraire américaine. Une écriture inventive, hybride et innovante (aux côtés notamment de Dave Eggers...). L'auteur juif new-yorkais, de Brooklyn (non loin de chez Mister Auster !), explore dans son œuvre romanesque son identité juive et ses racines, sur fond de drame de la Shoah, sous la forme de quêtes initiatiques. "Tout est illuminé" faisait suite à un voyage de l'auteur en Ukraine sur les traces de son grand-père :lundi 12 juillet 2010
"Le mausolée des amants" d'Hervé Guibert : "Un des rôles de la littérature est l'apprentissage de la mort"
Parmi la nouvelle génération littéraire, Nina Bouraoui est sans doute l'une des voix les plus actives pour faire connaître l'œuvre d'Hervé Guibert, l'une de ses influences marquantes qu'elle cite régulièrement :
"Guibert écrit avec ses yeux, avec le corps entier. C'est une littérature sensuelle, voire charnelle. Ce n'est pas un écrivain de l'intime. C'est un écrivain de l'intérieur, c'est-à-dire de la matière vivante. Chaque livre est le livre de la vie." commente-t-elle à son sujet. De son côté Marie Darrieussecq lui a consacré en 1997 une étude dans le cadre d'un dossier "Le Corps textuel de Hervé Guibert".
Catalogué "écrivain homo atteint du sida", les livres de Guibert, à l'instar d'un Guillaume Dustan, sont hantés par le corps, source de plaisir et de douleur, dans son expression la plus organique et la plus sexuelle, mais aussi et surtout dans sa déchéance rongée par la maladie et menacée d'une mort palpable. A partir de 1990, date à laquelle est publié "A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie" -roman dans lequel il évoque son combat contre le sida et dévoile les circonstances de la mort du philosophe Michel Foucault (Muzil dans le roman)-, Hervé Guibert connaît une forte notoriété médiatique. Il restera d'ailleurs jusqu’à sa mort (sur laquelle il livra un travail acharné jusqu'à se filmer agonisant : "La Pudeur ou l'Impudeur") à un véritable « phénomène médiatico-littéraire ». Photographe, journaliste, écrivain - avec pas moins de 28 ouvrages -, chroniqueur de photographies, scénariste et vidéaste..., Guibert est un artiste aux multiples facettes. Et c'est peut-être dans son journal posthume (1976-1991), Le mausolée des amants, que l'on retrouve toute sa richesse multiple. Un journal âpre, presque pestilentiel parfois, où il pose son regard acéré sur son travail (écriture, photo...) mais aussi sur ses amours, conquêtes, son entourage familial, rencontres de hasard, voyages, la vieillesse, la maladie, le corps désirable ou repoussant.... :
mercredi 23 juin 2010
"Je m'en vais", "L'équipée malaise", "Ravel" de Jean Echenoz : Détourner le réel et les conventions
"Auteur léger", "décalé", "exigeant", héritier du nouveau roman, novateur... : autant de qualificatifs attribués à Jean Echenoz, auteur emblématique des éditions de Minuit, et auteur d’une vingtaine de romans depuis 1979 (son premier roman « Le Méridien de Greenwich », prix Fénéon).Echenoz, l’un des rares contemporains étudié à l’Université, ayant participé à la nouvelle traduction de la Bible dirigée par Frédéric Boyer, fait partie des grands auteurs français actuels, aux côtés d’un Modiano ou de Le Clézio, régulièrement couvert de louanges aussi bien des critiques ( « Jean Echenoz construit l'une des entreprises littéraires les plus originales et les plus fécondes du roman français d'aujourd'hui : la subversion du roman par déstabilisation douce. » ) que des lecteurs mais aussi fait plus rare par ses confrères contemporains* (cf : l’enquête de Télérama sur les 10 livres préférés de 100 écrivains francophones en 2009 où il était cité pour Ravel notamment). Philippe Djian le considère même comme le meilleur styliste actuel* tandis que Nicolas Fargues* le cite régulièrement comme modèle d’inspiration. Sa marque de fabrique ? Sans doute son art à croiser les registres et les genres : roman policier, d’espionnage d’aventures, sur fond de (satire des) mœurs contemporaines, le tout avec un humour fait d’ironie douce et de gravité, et un culte du détail. Au sujet de son œuvre, l’auteur indique vouloir « brouiller les pistes » ou encore écrire des « romans géographiques (…) avec du mouvement ». Tout ceci peut sembler bien mystérieux pour le néophyte échenozien. La lecture de trois de ces romans phares, « Je m’en vais » (prix Goncourt 1999), « L’équipée Malaise » et « Ravel » éclaire quelque peu ces déclarations :
lundi 12 avril 2010
"Chaos calme" de Sandro Veronesi : "Pourquoi je continue à bander au lieu de souffrir ?"

vendredi 15 janvier 2010
"Le Théorème d’Almodóvar" d'Antoni Casas Ros : "Il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l’horreur en beauté"
jeudi 29 octobre 2009
Faire l’amour - Fuir - La vérité sur Marie (PRIX DECEMBRE 2009) : Trilogie du (dés)amour par Jean Philippe Toussaint /

vendredi 16 octobre 2009
"Le livre de Jérémie"/ "Sarah" de J.T Leroy : 4 ans après l'imposture, que penser du "surdoué" de la littérature américaine ?
Surgi de nulle part en 2001 et immédiatement proclamé comme le nouveau jeune prodige de la nouvelle génération littéraire américaine, J.T Leroy (J comme Jeremiah, et T pour... Terminator !) fascine autant qu'il intrigue. Tant par ses histoires troubles, sulfureuses et violentes, son style à la fois brut et poétique que son personnage, celui d'une créature postmoderne branchée pétrie de pop-culture, icône underground (un jeune-homme androgyne ne sortant jamais sans sa perruque blonde et ses lunettes noires). Porté au pinacle par les grands noms de la littérature, de Chuck Palahniuk à Dennis Cooper en passant par Mary Gaitskill et vénéré par le réalisateur Gus Van Sant (avec qui il a co-écrit le scénario de Elephant) Lou Reed ou encore Garbage (qui lui a dédié deux morceaux), ces deux premiers opus "Sarah" et "Le livre de Jérémy" (adapté au cinéma en 2004 par Asia Argento) accèdent très vite au rang de livres culte. Mais en 2005, le New-York Times révèle que le jeune surdoué serait en réalité une quadragénaire mal dans sa peau : Laura Albert. Le mythe s'écroule et le scandale éclate..."Cette camisole de flammes" de Gabriel Matzneff : journal d'un jeune-homme rebelle [1953-62]
L'adolescence, la jeunesse dorée sont des thèmes dont nous avons parlé en cette rentrée littéraire 2009. Ils sont aussi au cœur de ce premier tome des journaux, ses "carnets noirs" comme il les a baptisés, de Gabriel Matzneff. Un auteur aujourd'hui boycotté par les médias (mais bénéficiant toujours d'une communauté de lecteurs très active et du soutien de quelques auteurs contemporains) après un certain âge d'or dans les années 70-80. En cause sa pédophilie ouvertement revendiquée qui s'affirme déjà dans ce premier journal. Il est donc toujours difficile de lire Matzneff pour cette raison et encore plus d'avouer une admiration pour la force de son style ou de ses idées, sa liberté, ses obsessions... "Une œuvre qui suscite admiration et débat, scandale et fascination", comme le résume à juste titre son éditeur. Car si ses actes peuvent parfois révolter, on ne peut lui enlever le courage (ou l'inconscience ?) de toujours les assumer et de ne jamais rien renier ("Mieux vaut périr en restant soi-même que prospérer en se reniant..." écrit-il d'ailleurs en guise de philosophie de vie). Entre 16 et 25 ans, on retrouve en germe tous les thèmes qui habiteront ces futurs tomes ("A seize ans, j'étais pour l'essentiel celui que je suis aujourd'hui", écrit-il en préface). Sa noirceur peut-être à son paroxysme, sans cesse concurrencée par son appétit, son ardeur pour la vie et de ses plaisirs. Entre tentation du suicide et hédonisme. C'est le deuxième qui l'emportera. On dévore ce journal qui insuffle une énergie à la fois sombre et lumineuse : c'est d'ailleurs ce qui est étonnant chez cet auteur, sa personnalité à la fois angélique et perverse, "l'archange aux pieds fourchus" comme il a intitulé un autre tome de ses journaux. Oscillant en permanence entre la pureté par son goût de l'absolu et l'égocentrisme cynique.Une œuvre "nocturne et solaire" qui doit faire taire, une bonne fois pour toutes les détracteurs du "nombrilisme" en littérature (expression qui ne veut rien dire et qu'il analyse d'ailleurs avec brio) mais qui n'est pas à mettre entre toutes les mains...
lundi 12 octobre 2009
De "Mille morceaux" à "L.A Story" : James Frey, écrivain de la modernité et des névroses urbaines
Devenu célèbre et porté aux nues suite à l'émission d'Oprah Winfrey en 2003, célèbre talk show américain réputé pour son effet prescripteur, avant d'être traité comme un pestiféré, James Frey est avant tout connu par le scandale qu’il a suscité lors de la sortie de son premier roman « Mille morceaux ». Objet du courroux : l’histoire de sa rehab pour sortir de sa double dépendance à l’alcool et au crack, qui serait trop librement inspirée de la réalité. En résumé, l’écrivain est condamné parce qu'il aurait « trop romancé»... Au-delà de cette polémique stérile, il est intéressant de se pencher sur l’œuvre de cet écrivain considéré comme « le livre sur la toxicomanie le plus intense de sa génération » par Bret Easton Ellis himself, dont certains le considèrent comme son digne héritier. Entre calomnie et éloge, tous deux disproportionnés, revenons sur cette première œuvre controversée jusqu’à son dernier opus paru en cette rentrée littéraire L.A Story :jeudi 21 mai 2009
"La chaussure sur le toit" de Vincent Delecroix (sortie poche): Chacun cherche sa chaussure...
J’ai découvert Vincent Delecroix grâce à ma curiosité pour Sören Kierkegaard. Publiant depuis 2003 avec son "Retour à Bruxelles", un récit lyrique, Vincent Delecroix, philosophe de formation (et collaborateur de la revue Décapages où il raconte avec humour la vie des philosophes), ne cesse en effet d’écrire dans le compagnonnage du célèbre philosophe danois du XIXe siècle. Moins dans son ombre, cependant, que dans l’imitation d’une philosophie qui existe plus efficacement dans un style littéraire et dont il nous parle, d’ailleurs, avec clarté, dans "Singulière philosophie : essai sur Kierkegaard". Avec ce dernier il partage des thèmes de prédilection que sont l’amour, Dieu, mais surtout l’irréductible solitude, cette solitude d’autant plus éprouvée qu’on prend conscience de notre existence qui se forme, devient singulière (ou « idiote », au sens grec du terme : qui est particulière)… Que cela soit dans ses monologues de "La preuve de l’existence de Dieu" (2004), dans ses romans "A la porte" (2004) - mis en scène par Marcel Bluwal, dans une pièce jouée par Michel Aumont, en 2008 -, ou "Ce qui est perdu" (2006). Et évidemment dans "La chaussure sur le toit", un roman choral et "topographique", passant du délire philosophique à la complainte élégiaque, poétique jusqu'à la satire de mœurs... Publié et très remarqué (même s'il a pu dérouter) lors de la rentrée littéraire de septembre 2007, cette oeuvre singulière vient d'être rééditée en poche...lundi 9 février 2009
"Léviathan" de Paul Auster, L'effet papillon...
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