"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)

Rhétorique amoureuse

La vie à deux, la séduction, le désir, la jalousie, la misère affective et/ou sexuelle, la rupture, les déviances... Sélection de livres qui explorent nos sentiments et mettent à nu les secrets de la chair et de l'âme...

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi 14 novembre 2012

"Romance nerveuse" de Camille Laurens : "Qu'est-ce qu'une histoire d'amour, sinon une scène de crime ?"

camille-laurens-romance-nerveuse-roman.jpg "On écrit toujours sur le corps mort du monde ou le corps mort de l'amour" déclare Camille Laurens, en citant Marguerite Duras, avec qui elle entretient, sans doute, une certaine filiation. Publié en 2010 (et en poche en 2012), ce 13e roman de Camille Laurens, est en effet le roman de la rupture au sens large...
Celle d'avec son éditeur de longue date P.O.L. (le roman est le premier paru chez Gallimard) suite à la polémique entre l'auteur et Marie Darrieussecq en 2007, qu'elle a accusée de "plagiat psychique" (pour son roman "Tom est mort"), une histoire douloureuse qui aura affecté tous ses protagonistes mais qui n'aura heureusement pas abattu l'auteur de "Dans ces bras là". Loin d'écrire un règlement de compte, elle ne fait de l'affaire qu'un point de départ pour nous raconter une toute autre histoire, d'amour, encore une fois. Mais d'un genre un peu particulier. Une "(very) bad romance" qui (d)étonne sous la plume de l'auteur chic de Saint Germain des prés. Loin du décevant "Une femme avec personne dedans" de Delaume, Laurens redonne à l'autofiction ses éclatantes lettres de noblesse. Ce faisant, elle dessine, contre toute attente, le portrait choc et captivant d'une certaine génération de trentenaire "désaxé" aux addictions multiples et variées...

Lire la suite...

mercredi 11 juillet 2012

"Un amour insensé" de Junichirô Tanizaki : L'attraction-répulsion de l'Occident

D'indéniables corrélations psychologiques existent entre l'oeuvre du romancier Moravia et celle de son aîné japonais Tanizaki, tous deux fins observateurs des affres amoureux et de la séduction (diabolique) des femmes. Il n'est donc pas étonnant de voir l'Italien préfacer cette œuvre majeure publiée en 1925 (peu après le tremblement de terre de 1923 qui détruisit Tokyo) au milieu de sa carrière et qui préfigure un autre de ses chefs d'oeuvre "La confession impudique" en 1965. Ce texte a été dénoncé à sa parution comme "le reflet d’un esthétisme décadent, en raison de son indécence revendiquée".
Moravia souligne le drame de l'occidentalisation du Japon qui sous-tend cette oeuvre, véritable choc culturel menant à une "dissociation schyzophrénique" entre tradition et modernité, selon lui. Il voit ainsi en son héroïne, Naomi, la figure de la corruption occidentale, ce qui est en effet certainement la volonté qu'avait Tanizaki. Et l'on se dit que Philippe K. Dick n'est alors pas loin (cf : son oeuvre qui inverse le processus Japonisation de l'Occident, Le maître du Haut-château). Mais au-delà de cet aspect historique, ce qui fait la force de ce roman est surtout le dévoilement des mécanismes psychologiques troubles de ce couple et de leur histoire d'amour singulière fondée sur un étrange pacte de départ. Entre volonté de possession, de jalousie, ambivalence, jeux de manipulation et de séduction... : Tanizaki explore avec minutie l'évolution de leur relation aux accents masochistes et fétichistes tout en s'adonnant à sa passion du corps féminin...

Lire la suite...

lundi 6 février 2012

"Les jeunes filles" d'Henry de Montherlant : "Je vous aime à mes risques et périls"

montherlant-jeunes-filles-roman.jpg

"Je lus pour la première fois le roman que j’allais le plus relire – plus de cent fois –, Les Jeunes Filles de Montherlant. Cette lecture jubilatoire me confirma dans l’idée qu’il fallait tout devenir, sauf une femme. J’étais sur la bonne voie, puisque j’étais un cancrelat", déclarait Amélie Nothomb. De son côté Frédéric Beigbeder rend hommage à ce brûlot épistolaire dans son panthéon personnel, comme "un pamphlet contre le sentiment amoureux et l'amour bourgeois". Montherlant, contemporain de Camus, Sartre ou encore Céline (qui le surnommait "Buste-à-pattes" en raison de son style guindé) ne jouit pas pour autant de la même célébrité posthume. L'aristocrate est même jugé démodé, de "réac poussiéreux", bien qu'il ait fait son entrée à la pléiade de son vivant. Ce qui est regrettable ! Immense succès et scandale (dont Simone de Beauvoir s’est faite la plus célèbre critique*) de 1936, ce cinquième roman de Montherlant est le premier tome d’un cycle de 4 (suivi de "Pitié pour les femmes", "Le Démon du bien" et "Les Lépreuses"). A travers la figure de la "groupie", il dessine le portrait d'une certaine féminité et masculinité, de la misère affective et du drame d'aimer sans retour. Avant Bridget Jones ou Clémence Picot, il y avait donc "les jeunes filles", terribles et magnifiques :

Lire la suite...

mercredi 25 janvier 2012

"Avant, pendant, après" / "Les aimants" de Jean-Marc Parisis (+ interview) : Boy meets girl...

Le 11/01/2012 est sortie la version poche de "Les aimants", roman phare de la rentrée littéraire 2009 (et sixième) de Jean-Marc Parisis , qui avait été sélectionné pour les prix de Flore et Renaudot Entré sur la scène littéraire en 1987 avec un premier roman « La mélancolie des fast-foods » qui met en scène un jeune punk en rébellion contre la société et adepte d’un « fascisme passif » (ressorti en poche en janv. 2010 chez J’ai lu). 45e prix Roger Nimier (courant néo-hussard) en 2007, il est salué pour son "style ciselé" et sa "finesse". Qualifié "d'orfèvre du battement de coeur", l’auteur porte bien son nom car son univers est en effet très parisien, « bobo » diront certains, dans la lignée d’auteurs tels que Beigbeder, N.Rey, Jaenada, Mérot ou encore Joncour. On boit des mojitos dans les cafés de la rue Buci, on se sépare rive droite pour mieux se retrouver rive gauche, on s’échange des numéros de téléphone dans des appartements haussmanniens ou à la Sorbonne, on travaille dans la pub ou les médias, on noie son chagrin dans un rail de coke… Si vous aimez l’un de ces auteurs, alors vous entrerez avec plaisir dans ses histoires d’amour où les hommes sont toujours des Casanovas un peu lâches, fuyants, faux blasés et vrais romantiques, errant de femme en femme avant de se laisser harponner par l’une d’elles et en souffrir… Retour sur ses romans phare, « Avant, pendant, après » et « Les aimants » suivi d’une interview de l’auteur :

Lire la suite...

mercredi 18 janvier 2012

"L'amour dure trois ans" de Frédéric Beigbeder, Anti-traité de l'amour moderne... "Flirting with disaster"...

Alors que son adaptation ciné sort sur les écrans en ce 18 janvier 2012, et que le roman culte est ré-édité avec une nouvelle couverture (classé septième des meilleures ventes poches du 2 au 8 janvier d'après le classement Relay-Relaxnews), retour sur ce troisième roman (et dernier volet de la trilogie dont Marc Marronnier est le principal protagoniste) de Frédéric Beigbeder. Après le succès relatif (mais néanmoins très honorable pour un jeune auteur) de ces deux premiers opus ("Mémoires d'un jeune-homme dérangé" et "Vacances dans le coma"), c'est avec "L'amour dure trois ans", que Frédéric Beigbeder s'impose en 1997, alors âgé de 31 ans, avec "ses aphorismes trash mâtinés de romantisme fleur bleue" selon l'expression du magazine Lire ou encore son "cynisme à l'eau de rose" selon sa propre expression. Derrière une fausse simplicité et une apparente superficialité, il revisite sous une forme inédite le thème éternel de la rencontre amoureuse, du mariage et des ruptures. Et signe du même coup l'un de ses romans les plus réussis. Un petit condensé frais, réjouissant, à l'humour mordant, sur le couple moderne et l'impossibilité de l'amour longue durée pour les enfants du divorce et de la génération zapping...

Lire la suite...

lundi 31 octobre 2011

"Contribution à la théorie du baiser" d’Alexandre Lacroix : "Le baiser est l'alpha et l'oméga de l'expérience amoureuse."

Un soir, la femme de l’auteur lui fait le reproche de ne pas l’embrasser assez et d’être « aride ». Au lieu de la prendre dans ses bras et la couvrir de baisers, Alexandre Lacroix (auteur de divers romans autofictifs et directeur de Philosophie magazine) hausse les épaules et… rédige un traité sur l’Histoire du baiser ! Sous tous les angles : historique, artistique, littéraire, physiologique voire métaphysique (comme la présence des dents qui lui donnent « une saveur d’outre-tombe »). Mais aussi ses significations cachées dans le langage amoureux (l’oubli du baiser, le sacrilège d’embrasser les yeux ouverts…) et un appel à sa réhabilitation (car il serait menacé d'extinction selon lui !). De son origine chrétienne sous la Rome Antique aux poètes de la Renaissance jusqu'au cinéma hollywoodien, il retrace son évolution.


Le baiser dominateur et viril de Rhett Butler à la rétive Scarlett Ohara...

On ne sait pas si son épouse aura finalement obtenu satisfaction mais le lecteur lui, se régalera à la lecture de cet essai brillant, original, étonnant, drôle, émouvant et instructif qui mêle habilement divers prismes et registres : de l’analyse académique aux souvenirs plus personnels (de son premier baiser de collégien à l'homme divorcé en quête d'aventures...) à divers passages poétiques et sensibles sur l’art du baiser. Extraits choisis de ce magnifique livre sur lequel le bouche à oreille, voire bouche à bouche (!), est indispensable :

Lire la suite...

mardi 21 juin 2011

"La patience des buffles sous la pluie" de David Thomas : "(...) S'il te plaît, avant de me réveiller, laisse-moi finir mon rêve"

Présenté en 2009, ce premier roman, coup de coeur de Buzz littéraire, vient d'être publié au Livre de poche (après une adaptation au théâtre à la Manufacture des Abbesses), l'occasion de le remettre à la Une et de le découvrir en urgence !
Conseillé par Nicolas Rey, préfacé/encensé par Jean-Paul Dubois et plébiscité par le jury de lecteurs du prix Orange, "La patience des buffles sous la pluie" (titre animalier non sans rappeler "Le chameau sauvage" de Jaenada et la résonnance ne s'arrête pas là !) est un premier roman/recueil sorti tout droit de la même maison que Christophe Nicolle, les éditions Bernard Pascuito. Cet auteur de théâtre partage avec son confrère un style direct et rapide ainsi qu'un univers commun : celui des affres sentimentales modernes, du couple, de la séduction et du désir... A travers les voix d'une multitude d'hommes et femmes, de tous âges, il revisite toutes les équations amoureuses. Une sorte de strip-tease où les antihéros nous dévoilent, tour à tour, leurs doutes, paradoxes, malaise et souffrance dans leurs relations et incompréhension mutuelle. A la façon d'un "Combien de fois je t'aime" de Serge Joncour, il brosse en près de 70 "microfictions" (parfois des instantanés d'une seule page ou d'un gros paragraphe), la palette des sentiments, frustrations, obsessions, rancœurs, désillusions mais aussi l'envie, la tendresse, la pureté de l'amour porté à un être. Plutôt noir, parfois grinçant mais toujours émouvant et juste.

Lire la suite...

lundi 13 juin 2011

"Le mépris" d'Alberto Moravia : "J'éprouvais une sensation précise d'abandon et l'épouvante de cet abandon..."

Si en France ses adaptations ciné sont plus connues que ses romans, Alberto Moravia, également essayiste, scénariste et journaliste, n’en reste pas moins un des grands romanciers italiens du XXe siècle (1907-1990), étudié dans les programmes scolaires transalpins. Maître de l’analyse psychologique en particulier des relations amoureuses, on trouve au cœur de son œuvre, l’obsession récurrente (et déçue) d’une quête de pureté, de vérité mais aussi l’incommunicabilité entre les êtres et plus particulièrement entre hommes et femmes qui côtoient une lutte pour la possession de l’Autre, le dilemme entre désir et sentiments, l’intellect et l’instinct. «Chacun a une clé pour comprendre la réalité. Balzac, c'est l'argent. Moi, c'est plutôt les femmes.» a-t-il résumé. Profondément influencé par Dostoïevski qu’il considère comme le créateur de l’existentialisme ainsi que par les surréalistes, il se qualifie de « réaliste existentialiste », avant Sartre et Camus, ainsi que de « symboliste ».

Retour sur son chef d’œuvre, moins connu, à tort !, que sa célèbre adaptation par Godard : « Le mépris » :

Lire la suite...

mercredi 4 mai 2011

"La ballade de l'impossible" d'Haruki Murakami : Dérive nostalgique et sensuelle dans le Tokyo étudiant post 68

Après 4 ans d’âpres négociations, l’adaptation (à la photographie envoûtante et prometteuse…) du premier succès du célèbre écrivain japonais sort sur nos écrans en ce mois de mai 2011 sous la caméra du français d'origine vietnamienne, Tran Anh Hung ("L'Odeur de la papaye verte", "A la verticale de l'été"). Et une BO signée Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead s’il vous plaît ! Le livre qui a propulsé l'auteur sur le devant de la scène internationale (paru en 1987 au Japon et vendu à plus de 4 millions et demi, et 8 millions si l’on compte les éditions poche, exemplaires, traduit dans 36 langues) et qui fait écho à son beau conte sur le désir et la nostalgie "Au Sud de la frontière, à l'ouest du soleil". "Soudain, par surprise, on s’aperçoit trop tard qu’on n’a pas suffisamment vécu, suffisamment aimé, suffisamment souffert par amour. Trop tard. On n’aura vécu qu’une infime partie des aspirations de la jeunesse, cette époque des grandes affirmations, des certitudes proclamées les larmes aux yeux. Le temps du saut dans l’inconnu qu’est le sentiment amoureux est passé. Passées également, les grandes frayeurs éprouvées dans l’amour. Et une poignante mélancolie vous saisit, une mélancolie de l’existence telle que même un sentiment amoureux renouvelé ne pourrait qu’en accentuer l’intensité. Voilà ce qu’il y a de saisissant dans La ballade de l'impossible." a expliqué le réalisateur connu pour sa sensibilité intimiste. A mi-chemin entre un roman d’apprentissage et un "campus-novel" asiatique, poétique et sensuel, l'écrivain japonais revient sur les traces de sa jeunesse étudiante dans les années 70 :

Lire la suite...

mercredi 16 mars 2011

"Risibles amours" de Milan Kundera : « Toute vie humaine a d’incalculables significations... »

Ecrit en 1959 et 1968, ce recueil de nouvelles est considéré comme le point de départ de l’entreprise romanesque de Milan Kundera. Une œuvre incontournable donc pour saisir toute les subtilités des romans qui vont suivre, en particulier « La plaisanterie » ou dans une moindre mesure « La vie est ailleurs » écrites dans le même cycle. Puis d’autre part « La Valse aux adieux » (qui fait écho à la nouvelle « Le Colloque ») ainsi que « Le livre du rire et de l’oubli » qui est en quelque sorte un retour aux sources. Kundera considère même que c’est avec la première nouvelle « Personne ne va rire » qu’il est parvenu à « trouver sa voix d’écrivain ». Cette « œuvre de jeunesse » n’en reste pas moins fort élaborée déjà, même si inégale (les avis varient d’ailleurs sur le sujet bien évidemment) :

Lire la suite...

lundi 7 décembre 2009

"Lunes de fiel" de Pascal Bruckner (adapté par Polanski) : « Vivre une passion d’où je ne reviendrai pas »

Pascal Bruckner s’est fait connaître dans les années 70 pour son essai « Le nouveau désordre amoureux » (critique de la révolution sexuelle des années 1960 et 1970) écrit en collaboration avec Alain Finkielkraut. Depuis cette publication, ce romancier et philosophe ne cesse d’interroger et d’analyser, avec une certaine noirceur, l’évolution des rapports amoureux, le couple et le désir occidentaux. Des thèmes qui ne sont pas sans rappeler ceux d’un Michel Houellebecq avec lequel il partage d’ailleurs un certain cynisme pessimiste, un goût pour les théories, le rejet des utopies de mai 68 ainsi qu’une vision consumériste des rapports de séduction.

Dans son roman « Lunes de fiel » (1981), adapté par Roman Polanski, et l’un de ses grands succès sans pour autant avoir la notoriété des Particules élémentaires (publié plus de 15 ans après en 1998), il aborde notamment le thème de la faillite du couple à travers l’usure inévitable du désir. Un classique qu’il revisite d’une façon très sulfureuse, à tel point que l’ouvrage a essuyé de nombreux refus d’éditeurs et fait l’objet de différentes censures avant d’être publié. Il questionne aussi les rapports de domination, d’humiliation, de souffrance et de destruction, la monogamie, la fidélité… et dresse un portrait cruel des hommes :

Lire la suite...

lundi 12 octobre 2009

"Fanfan" d'Alexandre Jardin : « La passion expire quand l’espérance est morte »

Publié en 1990, « Fanfan » est le 3e roman d’Alexandre Jardin, écrivain précoce qui n’avait alors que 25 ans. Tout juste auréolé du prix du premier roman pour « Bille en tête » et jeune diplômé de sciences-po, il est finalement l’un des précurseurs non avoués de ces héros bobos à mi chemin entre Peter-Pan et le prince charmant, qui ont ensuite fleuri dans les romans de Florian Zeller, David Foenkinos, Nicolas Rey ou encore Frédéric Beigbeder qui publiait la même année que Fanfan, ses mémoires d’un jeune-homme dérangé (7 ans plus tard il écrit « L’amour dure 3 ans », également sur le thème de l’usure inéluctable des sentiments). Un romantisme moderne qui lui aura valu le succès mais aussi bon nombre de sarcasmes. Moqué pour sa « mièvrerie », son style « mielleux » ou encore « prétentieux », il est aussi plébiscité pour son inventivité et l’humour de ce conte d’amour contemporain, emprunt d’autoficton (notamment sur ses études et milieu familial). Retour sur son roman phare à l’occasion de la sortie de la suite « Quinze ans après » :

Lire la suite...

mardi 7 avril 2009

"Néfertiti dans un champ de canne à sucre" : Quand Philippe Jaenada tente d'écrire son "37°2 le matin"...

Après le succès de son premier roman "Le chameau sauvage", prix de Flore 1997, Philippe Jaenada publiait en 1999 « Néfertiti dans un champ de canne à sucre », que les éditions Points ré-éditent aujourd'hui en poche (après une première parution chez Pocket). Il confirmait ainsi son talent pour les histoires d’amour insolites et cocasses portées par des anti-héros trentenaires aussi maladroits qu’attachants. Toutefois la désinvolture et la légèreté prennent ici des accents plus sombres voire violents (et amorcent son quatrième roman dans la même veine, « Le cosmonaute », qui en est en quelque sorte la suite). Un roman qu'il qualifie de "très lourd à porter" et de "très intime". A travers cette histoire de « star-crossed lovers », il nous raconte sa rencontre avec une « Betty Blue » qui l’entraîne dans une passion aussi intense (et torride !) que destructrice. Malheureusement contrairement à Djian, le récit, qui ne manque pas d’étincelles, finit par piétiner, à l’image de ses deux personnages, faute de vrai crescendo...

Lire la suite...

mardi 13 janvier 2009

"Warm-up" de Bénédicte Martin, Chattes sur toit brûlant (sortie poche)

Il aura fallu attendre presque 5 ans pour que le fameux recueil de Miss Martin sorte en poche (mai 2008), aux éditions Pocket ! L'occasion de découvrir enfin ce qui se cachait derrière sa "scandaleuse" petite culotte couverture remplacée ici par une silhouette de femme en ombre chinoise, qui laisse planer le mystère. En fait Bénédicte Martin avait inventé la microfiction bien avant Régis Jauffret ! Mais contrairement à ce dernier qui fait plutôt dans le noir charbon, la demoiselle préfère au contraire butiner le rose et le rouge. A travers 41 saynètes ou tranches de vie, cette admiratrice d'Anaïs Nin et de Colette nous offre un condensé d'hédonisme, d'insouciance effrontée et de féminité mutine et insolente. A lire comme on se parfumerait d'un flacon à la fois fruité et capiteux, mi-nymphe mi-satyre...

Lire la suite...

jeudi 9 octobre 2008

"Peut-être une histoire d'amour" de Martin Page : Allégorie poétique ou verbiage prétentieux ? (1/2)

Repéré en 2001 avec un premier roman prometteur "Comment je suis devenu stupide" (voir chronique), Martin Page tente depuis de construire une œuvre suivie avec attention mais qui peut dérouter.
Problème: si le trentenaire tient souvent des idées de départ inventives et alléchantes, il peine à tenir la longueur en essayant d’étirer en roman ce qui ferait surtout une bonne nouvelle…
On salue pourtant sa « tendresse insolente » ou encore son « impertinence mêlée de gravité » même si on lui reproche en parallèle d’être « prétentieux, élitiste ou scolaire » ! Chronique à deux voix (énergiques !) pour faire le tour de ce drôle d’oiseau littéraire à l'occasion de la sortie de "Peut-être une histoire d'amour", en cette rentrée littéraire :

Lire la suite...

- page 1 de 4