Les petits matins, maison d’édition nouvelle génération

Si certains (comme Mr Francis Esmenard patron d’Albin Michel) se lamentent du trop grand nombre de « petits éditeurs qui encombrent les rayonnages des librairies », d’autres (en général les lecteurs) s’en réjouissent ! En particulier quand elles choisissent de renouveler la fiction et d’apporter une bouffée d’oxygène à une publication parfois trop marketing ou sclérosée. « Les petits matins », qui fêtent leur « 1 an » d’existence, font partie de cette catégorie. Au menu : titres piquants, couvertures dignes d’une expo du Palais de Tokyo et histoires truculentes narrées par une génération urbaine, jeune et bouillonnante. Intrigué (et séduit !) le Buzz littéraire a voulu en savoir plus…


C’est au fond d’une charmante cour du boulevard Charonne, le quartier des « bobos branchés » parisiens, loin de Saint Germain, que siège la petite équipe des Petits matins. Dans un loft partagé avec une galerie d’art, l’ambiance y est décontractée mais studieuse. C’est sa co-fondatrice, Marie-Édith Alouf, qui nous accueille pour nous présenter les coulisses de sa petite maison d’édition…appelée à devenir grande !

Buzz littéraire : Racontez-nous les débuts des Petits matins. Comment décide t’on de créer une nouvelle maison d’édition quand tout le monde s’alarme sur la « sur-production littéraire » ?

Marie-Édith Alouf : Je crois que l’envie est tout simplement plus forte que « la raison ». Les petits matins résultent de la passion de ses co-fondateurs pour les livres et pour la découverte de nouveaux talents littéraires. Je suis pour ma part journaliste depuis 15 ans (chez Politis ndlr) et j’ai souhaité me reconvertir dans l’édition, étant une boulimique de livres tandis que Olivier Szulzynger, scénariste TV par ailleurs, éditait depuis près de 6 ans la revue littéraire « Rue Saint Ambroise« . Nous avions tous deux envie de tenter cette aventure, nous nous sommes dons associés.

BL : Comment vous êtes-vous lancé ?

M-E.A : Nous avons démarré avec trois manuscrits (Lola Gruber, Pablo Krantz et Nicolas Richard) puis nous sommes parvenus à publier une dizaine de livres au cours de 2005. D’emblée, nous avions envie de nous positionner aussi sur les essais de société. Nous avons donc établi pour cela un partenariat avec ARTE éditions (chaque essai est accompagné d’un CD).

BL : Comment définiriez-vous l’esprit des Petits matins ?

M-E.A : Nous publions des textes qui racontent notre époque, comment elle se transforme et évolue. Qu’il s’agisse de fictions courtes (notre collection « Bruits ») ou d’essais (faits de société contemporains). Etant donné notre âge (j’ai 39 ans et Olivier 40) et celui de nos auteurs, nous nous adressons en priorité à notre génération c’est à dire les 30-40 ans. Cela peut aller du récit un peu décalé ou loufoque sur le couple, les relations sentimentales en passant par la famille et les petits drames du quotidien, sur un ton acide et ludique ! Comme par exemple Lola Gruber (« Douze histoires d’amour à faire soi-même » : un regard drôle et cruel sur des histoires qui s’effilochent et sur la difficulté de s’aimer), Isabelle Sojfer (« A conserver au frais » : parodie contemporaine de contes de fée sur la tragédie de l’existence), ou encore « No sex, last year » un essai de David Fontaine sur le désert sexuel traversé par certains trentenaires menant par ailleurs une vie socio-professionnelle riche)

BL : Comment sélectionnez-vous les livres publiés ?

M-E.A : Nous recherchons avant tout « des voix ». L’expression de l’auteur doit être originale. Je fuis les clichés d’écriture et de situation. Le ton doit être très personnel, pas « déjà lu ». Nous recourons pour l’instant au vivier d’auteurs découverts par la Revue Saint Ambroise. Notre comité de lecture est d’ailleurs commun. Les essais sont en revanche des commandes auprès de journalistes (du Monde, La Croix…).

BL : Re-travaillez-vous le texte de vos auteurs ?

M-E.A :Cela dépend des auteurs. Parfois il n’y a quasiment rien à changer, parfois nous émettons des suggestions pour rendre le récit plus percutant en retirant un passage tunnel par exemple… Ayant exercé les fonction de secrétaire de rédaction, je suis assez familière de ces techniques.

BL: Recevez-vous des manuscrits par La Poste et y prêtez-vous attention ?

M-E.A :Oui nous en recevons environ 5 par semaine à ce jour. Nous les regardons tous mais pour l’instant la qualité n’était pas en rendez-vous.

BL : Quelles sont vos influences littéraires personnelles ?

M-E.A : Comme je le disais, je suis une boulimique de lecture mais je remarque que je suis souvent attirée par des auteurs des Editions de minuit comme J. Echenoz, J.P Toussaint, J. Rouaud, M. N’Diaye… Mais j’aime aussi les polars et suis enfin très portée sur les sujet de société de par ma culture journalistique.

BL : Après un an d’existence, avez-vous rencontré votre lectorat ?

M-E.A : Nous avons réalisé de belles ventes comme celle du recueil de Lola Gruber qui est un peu notre « best-seller » actuel (environ 1500 exemplaires vendus). Nous espérons atteindre la rentabilité d’ici 3 ans. Nous organisons régulièrement des soirées de lancement de nos nouveaux ouvrages, ce qui permet de rencontrer nos lecteurs (pour participer à ces soirées, il suffit de s’inscrire à la mailing list : lespetitsmatins@wanadoo.fr-nospam en retirant la mention nospam)

BL : Quels sont vos projets d’avenir ?

M-E.A : Nous allons publier un premier roman à la rentrée de Bernardo Torro (par ailleurs directeur littéraire de la revue « Rue Saint Ambroise », ndlr). Il s’agira d’une histoire d’amour dans le milieu des réfugiés chiliens en France dans les années 80. Nous réfléchissons aussi à élargir notre catalogue vers des ouvrages plus « grand public » tournés vers l’art de vivre ou des thèmes plus « pratique ». Le tout sans brader nos idéaux !

BL : Et enfin quel regard portez-vous sur le milieu de l’édition actuel ?

M-E.A : Je ne me sens pas en concurrence. Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde. Chaque maison est complémentaire. Nous entretenons d’ailleurs des relations amicales avec de nombreux éditeurs : L’Eclose, L’esprit des péninsules, ou même Les éditions « Autrement » qui sont un modèle pour moi… Nous nous échangeons des tuyaux, montons des opérations communes…

Plus d’infos sur : le site des Petits matins

9 Commentaires

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    • Marcel sur 8 avril 2006 à 21 h 49 min
    • Répondre

    On applaudit des deux mains et on souhaite tout le succès possible.

  1. Bien dit ! 😉

  2. Douze histoires d’amour à faire soi-même – Lola Gruber

    Ce recueil est la première publication de son auteur, Lola Gruber, jeune trentenaire parisienne, qui a su gagner la confiance d’une maison d’édition débutante, Les Petits Matins. Essentiellement pour cette raison, je vous conseille de découvrir ce…

    • Bouchra sur 24 octobre 2006 à 0 h 48 min
    • Répondre

    Bonjour
    Au début je voudrai vous dire que je suis ravie de vous lire sur le net, en vous souhaitant bon courage ainsi qu’une bonne continuation.
    Je suis une jeune marocaine sous traitante des éditions et je suis sur le point de fonder une petite société d’édition c’est pour cela que je cherche des marchés en mon compte.
    Si vous êtes interessez contactez moi sur mon e.mail : sorena55@hotmail.com
    Salutations
    Merci

  3. Marie-Edith Alouf mentionne plusieurs fois la revue Rue Saint Ambroise, comme le vivier dans lequel les Petits Matins ont puisé leurs premiers auteurs.

    Voici donc l’adresse du blog de la Revue : ruesaintambroise.blogspot…

    Les auteurs y trouveront l’adresse à laquelle envoyer leurs textes (ruesaintambroise@gmail.com), les lecteurs des chroniques de bouquins, expos, ciné et toutes les actus de la revue (sortie du numéro 18, soirée de lancement en décembre, préparation du 19 etc…)

    Merci au Buzz littéraire : je crée aujourd’hui même un lien vers votre page (commment avais-je pu ne pas le faire plus tôt ?)

    • Une passante sur 5 décembre 2006 à 11 h 31 min
    • Répondre

    Nous réfléchissons aussi à élargir notre catalogue vers des ouvrages plus "grand public" tournés vers l’art de vivre ou des thèmes plus "pratique". Le tout sans brader nos idéaux !

    En quoi en effet cela contribuerait à brader vos idéaux ? A mon humble avis, pour faire vivre une maison d’édition, il ne faut pas hésiter à travailler sur des concepts plus marketing. C’est cela qui permettra de faire sortir des ouvrages plus prestigieux. Et puis si on part du principe qu’on peut assembler marketing et qualité, tout va bien dans le meilleur du monde.

  4. Bonjour, je suis en train de terminer l’écriture de mon troisième roman. L’éditeur qui a publié mes deux premiers romans a cessé son activité. Je souhaite rencontrer un éditeur qui republie les deux premiers et le troisième. Les titres sont Blessures avec ou sans Imagination et Nuées Vespérales.Vous pourrez voir ma photo et quelques éléments d’information concernant mes livres sur le site indiqué ci-dessus. Je me tiens à votre disposition pour tout contact. Mon numéro de téléphone : 04 93 18 02 81 ou 06 20 70 20 99
    nicolemarin.monforum.com

  5. Bonjour, je suis en train de terminer l’écriture de mon troisième roman. L’éditeur qui a publié mes deux premiers romans a cessé son activité. Je souhaite rencontrer un éditeur qui republie les deux premiers et le troisième. Les titres sont Blessures avec ou sans Imagination et Nuées Vespérales.Vous pourrez voir ma photo et quelques éléments d’information concernant mes livres sur le site indiqué ci-dessus. Je me tiens à votre disposition pour tout contact. Mon numéro de téléphone : 04 93 18 02 81 ou 06 20 70 20 99
    nicolemarin.monforum.com

    • Sid sur 18 janvier 2007 à 17 h 43 min
    • Répondre

    Je suis bien content de pouvoir surfer sur un site comme le votre! je me dit moi même auteur de roman que seul mes proches peuvent lire!! J’aimerais avoir des conseils de professionnel quand aux livres que j’écris! Et pourquoi pas, pouvoir, un jour, le publier…Mais le monde de la publication m’est complètement inconnue! En attendant! Bonne lecture a tous!
    Sid.

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