dimanche 11 juin 2006
Gabriel Matzneff et son obsession des "Moins de 16 ans"
Au total on doit à Gabriel Matzneff huit romans, (dont le plus beau serait "Ivre du vin perdu"), ses célèbres carnets noirs c'est à dire les 10 tomes de ses journaux intimes (dont "La Passion Francesca" qui lui a inspiré également des poèmes) dans lesquels ils relatent ses passions volcaniques avec ses très jeunes amantes et 12 essais. Parmi ces derniers, le très controversé "Les moins de 16 ans" est à l'origine de sa "réputation de débauché, de pervers et de diable", selon ses propres termes. Dans cet ouvrage publié pour la première fois en 1974*, (resté longtemps introuvable en librairie et ré-édité récemment en 2005 par les éditions Léo Scheer), il dépeint et explicite, avec beaucoup de lyrisme, son "idée fixe", son "obsession" : les moins de 16 ans, filles ou garçons. Les "gosses", "les momichons et les momichonnes", comme il les surnomme "affectueusement", forment à eux seuls un sexe à part entière, estime-t-il.
Un sexe puissamment voluptueux et désirable. "Coucher avec un ou une enfant c'est une expérience hiérophanique, une épreuve baptismale, une aventure sacrée. Le champs de la conscience s'élargit, les "remparts flamboyants du monde" (Lucrèce) reculent.", s'enthousiasme-t-il.
Une attirance naturelle selon lui même si ses amis lui disent "en riant" qu'il est "un cas". Et de citer pour se justifier, sans crainte de régressionisme, force références à la Rome antique de Satiricon à Horace en passant par Catulle ou Sophocle, où "mettre des gosses dans son lit" était un sport courant. Cette fixation exprime selon lui "le refus de l'âge adulte, de la maturité du Tu seras un homme mon fils". "L'amant des très jeunes est voué à une existence de rebelle, d'outsider, d'hérétique, une existence qui est un continuel pied de nez aux grandes personnes, à leurs soucis, à leurs ambitions, à leur mode de vie.", note-t-il.
Un stupéfiant argumentaire à la fois insoutenable et fascinant.
L'œuvre de Gabriel Matzneff, revendiquée comme autobiographique, pose avec acuité la question du fond et de la forme : Doit-on juger l'écrivain ou l'homme? La qualité littéraire ou la valeur humaine, légale ou morale de ses idées ? Certainement la première en littérature. Car comme le souligne et le rappelle justement l'auteur "l'importance et la beauté d'un livre ne se mesurent pas à l'aune de sa moralité".
Les bons sentiments ou la droiture d'esprit ne sont bien sûr pas gages de génie littéraire. De même que la transgression (mot galvaudé certes) gratuite ne l'est pas non plus, comme le soulignait François Bégaudeau au Salon du livre dernier lors du débat "Ecrire la transgression".
Difficile pourtant de ne pas réagir à certains raccourcis, interprétations tendancieuses et amalgames, souvent abjectes et au danger de leur esthétisation :
Non, Monsieur Matzneff, un enfant qui demande à aller au cinéma ne "drague pas" et n'espère pas se faire sodomiser après la séance par son accompagnateur de 40 ans son aîné !
Non, Monsieur Matzneff, la phrase de Freud selon laquelle "l'enfant est un pervers polymorphe" ne signifie pas qu'un enfant soit "pute" comme vous dites, et veuille avoir des rapports génitaux avec le premier quadra ou quinqua venu. Son éveil sexuel est bien sûr beaucoup plus diffus que cela.
Non, Monsieur Matzneff, "la violence du billet de banque qu'on glisse dans la poche d'un jean ou d'une culotte (courte)" des petits prostitué d'Egypte ou du Maroc, n'est PAS "une douce violence".
Non, Monsieur Matzneff, le "tonton lucien" qui viola plus de 78 fillettes contre une pièce de 5 ou 10 francs, et "les ogres", pour lesquels vous dites avoir un faible, ne sont pas aimés et ne donnent pas de plaisir à leurs victimes. Non, l'enfant - submergé de honte, de culpabilité et d'incompréhension- qui ne se plaint pas, ni ne dénonce, n'est pas signe qu'il consent et qu'il approuve.
Gabriel Matzneff s'insurge contre l'Ordre moral et les "sourcilleux censeurs" qui l'empêchent (empêchaient) d'assouvir librement ses pulsions ou les parents qui bouclent leurs enfants comme "des lingots d'or dans un coffre-fort". Mais les bonnes mœurs ne sont pas le fond du problème. Si le désir de jeunesse par les adultes vieillissants existe bel et bien, la réciproque est loin d'être systématique, et même plutôt rarissime. Les dommages psychologiques ou physiques de la simple expression même de ce désir, et encore plus du passage à l'acte, sont eux les véritables dangers. L'odieuse concupiscence soufflée au visage d'une écolière, collégienne ou lycéenne, qui a eu le malheur de porter une jupe ce jour-là, à longueur de trottoirs par de "respectables messieurs" qui pourraient être leur (grand-)père n'est pas une partie de plaisir, Monsieur Matzneff, croyez-moi.Même si en effet, une adolescente pubère de 16 ans peut éprouver (mais ne les mélangeons/confondons pas aux enfants de 10 à 12 ans ou même moins !) un amour sincère pour un majeur (comme le démontrent les superbes lettres des petites amies de l'auteur publiées dans cet essai), ce n'est pas une généralité pour autant.
Gabriel Matzneff est assurément un grand écrivain très cultivé, très sensible, mais un homme aux idées et aux actes dangereux**. Alexandra (merci à Amandine et à Stéphane)
A lire aussi :
"Ivre du vin perdu" par Gabriel Matzneff : Pladoyer pour le souvenir amoureux
"De la rupture" de Gabriel Matzneff, Hommage à la "rupture féconde"
"Cette camisole de flammes" de Gabriel Matzneff : journal d'un jeune-homme rebelle [1953-62]
L'esprit Matzneff et les jeunes auteurs
*Au même moment Tony Duvert publiait Paysages de fantaisie et Le bon sexe illustré mettant en scène des aventures sexuelles impliquant des enfants parfois de seulement 8 ans.
** Gabriel Matzneff ne se réduit bien sûr pas à cette thématique. "Dès le milieu des années 60, dans les colonnes de Combat ou des Lettres françaises, il a milité en faveur des intellectuels russes persécutés en URSS pour cause de dissidence. Il effectua, à l'époque, deux séjours à Moscou, et en revint avec des valises bourrées de manuscrits interdits là-bas. On lui doit ainsi la première publication en France de poèmes de Soljénitsine. Il fut aussi un ardent militant de la cause palestinienne, à une époque où elle était moins populaire qu'aujourd'hui, et n'hésita pas à aller porter son soutien aux Palestiniens dans leurs camps bombardés (lire son "Carnet arabe")." rappelle,à juste titre, un de ses fervents lecteurs ici au cours d'un débat houleux qui a dérivé sur Gabriel Matzneff.
Pour plus d'infos sur le sujet, citons aussi l'inquiétante association North American Man/Boy Love Association qui milite pour les libres rapports entre enfants et adultes (de sexe masculin), cité par l'écrivain Bruce Benderson dans son ouvrage "Sexe et solitude
Ajout du 16/08/2006 : signalons l'intéressante note "La pédophilie a-t-elle droit de cité ?" de Maïa Mazaurette sur le blog "sexe" de Fluctuat citant un extrait du blog du Monde consacré au droit des enfants à propos du parti pédophile hollandais :
"On n'a pas réussi à convaincre au lendemain de 1968 qu'il y avait égalité entre un adulte et un jeune enfant. L'un avec son expérience et en son entre-gent social a par principe moyen de pression de l'autre. il n'y a pas égalité. Gabriel Mazneff a pu l'admettre dans certains propos publics Je ne sais pas s'il fallait interdire ce parti en terme de droit public hollandais. En tous cas je suis sûr du fait qu'il ne faut pas aujourd'hui, pas plus qu'hier céder d'un pouce devant ceux qui prône la liberté sexuelle des enfants au nom de leurs désirs d'adultes."
Et sa réaction fort juste : "Je reste sur cette idée mille fois développée : si les enfants ont droit à l'amour, on n'a pas le droit de leur faire! A défaut c'est la correctionnelle ou la cour d'assises."
Retour au sommaire du dossier : Les écrivains et la tentation des adolescentes







1. Le lundi 28 août 2006 à 16:34, par aigidos
2. Le vendredi 1 septembre 2006 à 20:24, par Alexandra - Buzz littéraire
3. Le mardi 19 septembre 2006 à 17:09, par frederic k
4. Le vendredi 8 décembre 2006 à 14:04, par svdesign
5. Le dimanche 25 février 2007 à 04:16, par thom
6. Le vendredi 1 juin 2007 à 21:01, par DAVID
7. Le lundi 6 août 2007 à 00:49, par cortex
8. Le lundi 6 août 2007 à 12:27, par Alexandra
9. Le jeudi 28 février 2008 à 14:13, par niels
10. Le jeudi 1 mai 2008 à 02:36, par cynique69
11. Le jeudi 9 octobre 2008 à 18:13, par paulvert