lundi 19 juin 2006
Après la BD, Ego comme X lance ses deux premiers romans... toujours à la première personne
Romans graphiques - Rentrées littéraires #179 rss
L'éditeur Ego comme X, bien connu des adeptes de la BD intimiste a adopté depuis ses débuts, en 1994, un positionnement original basé sur l'autobiographie (les récits de vie). Parmi ses oeuvres phare, le journal intime de Fabrice Neaud écrit en temps réel (en 4 tomes, vendus à près de 30 000 exemplaires), L'épinard de Yukiko (10 000 ex), L'homme sans talent (10 000 ex) ou encore récemment le très charnel "Mon bel amour" de Frédéric Poincelet...
Signe particulier : l’exploration "égotique" du quotidien et l'introspection. Son directeur Loïc Néhou souhaite désormais revenir à ses premières amours : la littérature. Ce grand lecteur de Calaferte, Matzneff, Camus ou encore Marc Edouard Nabe..., lancera à la rentrée littéraire 2006 deux romans, toujours à la première personne. Une soirée littéraire était organisée vendredi 16 juin au Centre National du Livre à Paris afin de découvrir leurs premières pages. Retour en vidéos des lectures données par les auteurs Lionel Tran (Sida mental) et Virgine Cady (L’illusionniste). Deux trentenaires aux styles et thématiques radicalement différents :
Avant de laisser la parole aux auteurs, Loïc Néhou a présenté le nouveau domaine littéraire d'Ego comme X (voir vidéo ci-dessous). Une activité bien distincte du pôle BD. Même les couvertures sont réalisées par des dessinateurs qui ne font pas de BD. Sa diffusion par Flammarion a rendu possible son existence, ajoute t'il. Des projets de prochaines publications sont déjà en cours, a t'il confié en aparté. Notamment le prochain livre de Lionel Tran ou la ré-édition du livre PEP (Projet d'éducation prioritaire) de Vincent Ravalec datant de 1996 mais aussi l'adaptation en roman du blog de Fabrice Neaud (Le retrait du monde adapté)... En attendant, l'annonce de l'ouverture de cette nouvelle branche lui a déjà attiré l'envoi de nombreux manuscrits de jeunes auteurs. Une initiative à laquelle il n'est pas fermé dit-il. Ses critères de sélection ? L'angle intimiste, l'expérience de vie personnelle qui le touchera, "l'embarquera" et qui sonnera juste. A bon entendeur !
Coup de coeur sur le poignant "récit de vie" de Lionel Tran :"Sida Mental". Sa lecture a impressionné l'auditoire. Et pour cause.
Avec un art maîtrisé pour faire monter la tension, l'auteur (également éditeur à Lyon des éditions Terre noire) décrit dans une langue à la fois sèche, écorchée et puissante son enfance et adolescence aux côtés d'une mère tyrannique, membre du MLF (Mouvement de Libération de la Femme), génération baby-boom côté noyau dur de 68, et d'un père absent, sur fond de banlieue, de trottoirs défoncés, d'herbe "sèche et cassante" et de barres HLM.
Sous une forme fragmentée (par date mais sans ordre chronologique : l'effet est assez graphique à l'écrit), il restitue comme autant de flashs ou de polaroïdes des scènes, des ambiances, des impressions de honte, d'ennui, d'angoisse, de culpabilité, de sexualité refoulée, ou de frustration... ressenties à cette époque. Et cette violence psychologique et physique saisit à la gorge pour finalement exploser. Il y a un peu de Houellebecq (qui a lui aussi souffert du manque affectif d'une mère soixantuitarde) mélangé à la Falcoche d'Hervé Bazin (bien que cette comparaison ait fait levé les "non cheveux" de Loïc Néhou sur la tête !) dans son texte. Et ce mélange est détonnant !
Le titre de Sida mental lui a été inspiré par une expression de Louis Pauwels dans un éditorial du Figaro Magazine, en 1986, alors que les manifestations lycéennes et étudiantes battaient leur plein. Dans son édito, intitulé « le mônome des zombis » Pauwels décrit longuement son sentiment de voir une jeunesse manipulée par le PS et l'extrême gauche pour nuire au gouvernement. Dans sa conclusion, particulièrement acerbe, il s'interroge sur l'absence de consistance de cette génération et écrit : « C’est une jeunesse atteinte d’un sida mental. Elle a perdu ses immunités naturelles. Tous les virus décomposants l’atteignent. »
Il explique sur le forum d'Ego comme X : "En retravaillant le texte, j'ai pris conscience qu'il fallait inscrire ces expériences dans un contexte plus large. Ce livre "va racler ce qui a attaché au fond de la casserole", en un mélange d'intimisme et de références à l'histoire récente.
L'idée est celle d'un livre fort, violent, dérangeant, qui interroge.Depuis plusieurs années, je m'interroge sur l'identité, la réalité sociale, les impossibilités auxquelles est confronté la génération à laquelle j'appartiens. Souvent ces questions prennent la forme de : pourquoi sommes nous dépolitisé, pourquoi nous sentons nous aussi impuissants, pourquoi une telle réticence au collectif, pourquoi avons nous ce besoin de nous mentir en permanence en croyant à des destins impossibles, pourquoi avons nous le sentiment systématique d'être des imposteurs, etc...
Je ne suis pas loin de penser que nous sommes effectivement atteint d'une sorte de sida mental. Que nous n'avons pas la capacité de résister au monde qui nous entoure. La question est : pourquoi cette incapacité ?" En me penchant sur ma jeunesse, j'essaie d'amorcer une réflexion sur l'absence de transmission qu'il y a eut entre la génération de nos parents, celle du baby boom, et la nôtre."
Il justifie aussi, avec une très grande lucidité et humilité, son choix d'être publié par Ego comme X et non par sa propre maison d'édition :
"Je n'ai jamais cherché à démarcher des éditeurs, j'ai envoyé un ou deux manuscrits, mais sans y croire. Je crois que c'est pour ça que je me suis toujours auto publié. C'est plus difficile, parce qu'il faut porter son travail seul, le défendre, mais ça reste à une échelle tellement restreinte, que l'idée qu'il y a des lecteurs est somme toute assez abstraite. Sida Mental a failli sortir en septembre prochain chez Terre noire, à 100 exemplaires, ce qui aurait aussi été très bien. Peut-être que le fait que le livre soit publié par Ego va lui permettre de rencontrer d'autres lecteurs. Loïc Néhou est intéressé pour publier d'autres livres de moi, si je l’écoute et que je termine les livres en cours d’écriture, j’ai de quoi publier chez Ego pour les 3 prochaines années. Mais j’ai la certitude, le sentiment intime, que tout peut s'arrêter d'un instant à l'autre, et qu’à ce moment là, je continuerai comme je l'ai toujours fait : en sortant mes bouquins en photocopie numérique à 100 ou 200 exemplaires. C'est là où j'en suis. Là où j'en ai toujours été. Il faudrait que j’ai peur, si cette possibilité là venait à disparaître."
Dans un genre complétement différent, Virgine Cady, dont c’est le premier roman publié, analyse et relate, elle, sa passion amoureuse adultère avec son éditeur, dans "L’illusionniste". Sa prose est ciselée et rappelle celle de Catherine Cusset ou Camille Laurens avec une pointe de Modiano. Séduction, étreintes répétées, espérance et douleur... : en dépit du sujet un brin sur-exploité (dernier exemple en date : le très médiatisé "Un homme dans la poche" d'Aurélie Filippetti), on accroche à cette histoire de destruction amoureuse insidieuse qui intervient contre toute attente.Ci-dessous les vidéos de cette soirée littéraire qui vous donneront un avant-goût de ces romans de la rentrée 2006 (sortie : le 25 août 2006), très prometteurs.
Dans l'ordre : l'introduction de Loïc Néhou, directeur littéraire d'Ego Comme X, Lecture de Lionel Tran d'extraits de "Sida Mental", Lecture de Virginie Cady d'un extrait du premier chapitre de "L'illusioniste".
Bonne écoute !
Nb : En raison de difficulté technique, les lectures sont malheureusement coupées, avant leur fin.
Merci de votre compréhension :







1. Le lundi 19 juin 2006 à 10:35, par no way
2. Le lundi 19 juin 2006 à 10:42, par Alexandra
3. Le lundi 19 juin 2006 à 12:42, par easywriter
4. Le lundi 19 juin 2006 à 13:58, par Milie
5. Le lundi 19 juin 2006 à 15:23, par Fred
6. Le lundi 19 juin 2006 à 23:02, par Lionel Tran
7. Le lundi 19 juin 2006 à 23:09, par ff.
8. Le lundi 19 juin 2006 à 23:18, par serpentine
9. Le mardi 20 juin 2006 à 11:09, par Lionel Tran
10. Le mardi 20 juin 2006 à 11:26, par Alexandra
11. Le mardi 20 juin 2006 à 14:18, par Fred
12. Le mercredi 21 juin 2006 à 01:06, par almasty
13. Le mercredi 21 juin 2006 à 01:08, par Loin
14. Le vendredi 30 juin 2006 à 10:53, par trallant !
15. Le vendredi 30 juin 2006 à 19:18, par Buzz littéraire
16. Le lundi 2 juin 2008 à 13:50, par Almasty