jeudi 5 octobre 2006
"King Kong théorie" (2) : une interview de Virginie Despentes
Littérature trentenaires & urbaine - Revue de presse et des blogs #434 rss
Continuons de nous pencher sur ce nouveau livre qui risque de faire beaucoup parler de lui et attise la curiosité (et perplexité).
Une interview de Virginie Despentes permet d'en savoir plus sur en vrac : l'étrange titre de son livre, la "classe dominante" de la féminité, le rapport à son physique, à sa féminité propre, sa nouvelle homosexualité, son opinion à contre-courant sur le viol et la prostitution. Dans les coulisse de King kong théorie, son pamphlet féministe choc...Tout d'abord elle explique son titre intriguant..., en hommage au film de Peter Jackson.
Aussi étrange que cela puisse paraître cette grosse bête velue "ni franchement féminine ni franchement masculine, contemplative, protectrice et muette" qu’on capture et que l'on l’exhibe avant de la massacrer lui a semblé parler de la féminité (attention, pas d'amalgame douteux avec un défaut d'épilation !). Elle va même jusqu'à ajouter qu'elle s’identifie à cette créature ! "King Kong, c’est aussi une icône proche de Marilyn Monroe. L’un et l’autre incarnent cette faculté qu’ont les gens de briser ceux qui les fascinent ou qu’ils aiment", dit-elle.
Elle aborde ensuite son approche de la féminité en distinguant les "prolottes" de la "classe dominante" en estimant qu'elle appartient à la première catégorie, ne possédant pas "les armes" de la seconde. "Je me sens exclue de la féminité triomphante.", confie t'-elle.
Et de stigmatiser le regard sévère des hommes sur le physique d'où son parti pris d'annoncer en préambule « Je suis moche et je vous emmerde. »
Elle analyse ensuite son nouveau choix d'homosexualité : "Etre gouine maintenant, pour moi, c’est une vraie rédemption et cela réconcilie ma virilité et ma féminité." Tout en gardant une affection pour les "pétasses" ! "Je trouve Paris Hilton absolument « pétasse » et totalement charmante. Ça doit être formidable d’être Paris Hilton."
Elle réagit ensuite à quelques passages de son livre comme sa phrase sur "J’ai une chatte en travers de la gorge" qui traduit ce qu'elle a ressenti en commençant à écrire : le sentiment d'être enfermée dans son sexe.
Dans son chapitre assez polémique sur le viol, elle cite une phrase d’une féministe américaine, Camille Paglia : « Donnez-nous le droit de risquer d’être violées. », en la rapprochant de son propre viol à 17 ans. "Dans les années 60, Camille Paglia se demandait pourquoi, à la fac, les garçons avaient le droit de rester toute la nuit dehors, alors que les filles ne doivent plus sortir après 22 heures. On lui a répondu que c’était une mesure de protection contre le viol. Alors, les étudiantes ont répondu : « Donnez-nous le droit de risquer d’être violées. » Ça m’a choquée d’abord, mais, ensuite, je me suis dit que le viol n’était pas quelque chose de personnel, mais un risque que toutes les femmes prennent, un prix à payer pour la liberté et l’autonomie. J’ai été violée et je ne suis pas morte. En revanche, comment vit-on après avoir été violée. Personne ne veut en parler."
Elle expose ensuite sa perception de la prostitution qu'elle a également pratiquée. Une activité purement lucrative à ses yeux au cours de laquelle elle a réalisé que "sa valeur marchande était devenue bien supérieure à celle qu'elle avait quand elle était salariée." Et d'ajouter que cette expérience lui a permis en quelque sorte de "renouer avec la féminité et la séduction de pétasse" tout en étant touchée par l’humanité de certains hommes.
Dans King kong théorie, elle va même jusqu'à déclarer : « La prostitution n’est pas une violence faite aux femmes, c’est le mariage qui en est une. » Une pensée qui lui a été inspirée en constatant que souvent les filles couchent avec leur mari, non par envie, mais parce que ça fait partie du "deal".
Pour finir, elle donne un conseil aux filles, qui fait penser aux idées de Joy Sorman : « Tout ce que j’aime de ma vie, je le dois à ma virilité. ». En somme il s'agit de ne pas se "forcer à être féminine si ce n'est pas naturel". Et de citer les "trucs géniaux à prendre chez les mecs" comme gagner de l’argent, l’agressivité, la notoriété, l’écriture, picoler, dire des grossièretés, se marrer...
Bref, un discours inhabituel dans un magazine féminin mais franchement dans la "vraie" vie (pas celle des livres et des magazines), il semble que les filles ont compris depuis longtemps à se débrouiller aussi bien que leur alter-ego masculin...
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