jeudi 26 octobre 2006
"Anthologie des apparitions" de Simon Liberati en poche : Ivre de la jeunesse et des nuits troubles perdues...
Littérature trentenaires & urbaine #255 rss
A chaque rentrée littéraire, son phénomène d'édition. Simon Liberati fut celui de septembre 2004 avec son premier roman au titre envoûtant : "Anthologie des apparitions", publié à l'âge de 44 ans et actuellement vendu à près de 20 000 exemplaires. "Poulain" de Frédéric Beigbeder alors éditeur chez Flammarion, cet ancien journaliste (pour FHM et 20 ans) a été acclamé par une partie de la critique comme nouveau roman culte sur la grâce et la destruction adolescente au "désanchantement enchanteur", "possèdant l'éclat des futurs petits classiques", "le roman ourlé d'un moraliste" selon Libération, et accusé d'autre part de n'être qu'un roman parisianiste branché de plus dans la veine trash-bourgeoise-nihiliste (dont Alain Soral aurait rewrité plusieurs pages). Faut-il ou non lire Simon Liberati ? C'est l'occasion de vous faire une opinion puisque le roman vient de sortir en poche (J'ai lu - "Nouvelle génération")..."Ce livre contient l'apologie de la jeunesse en tant que perte d'innocence, c'est à dire prise de conscience de sa propre valeur d'échange, de la beauté en ce qu'elle porte, au désintérêt, la paresse, et au mépris de tout mérite, et plus généralement de la faiblesse, de la grâce et du manque d'appétit de ceux qui se savent convoités." S.Liberati
A la terrasse d'un café de la porte des Lilas, nous plongeons dans les souvenirs de Claude, un quadragénaire, sorte de clochard céleste parisien et archange déchu aux accents matzneffiens, lisant L'Introduction à la vie dévote de Saint François de Sales. Par réminiscence, apparaissent au fil des pages, les fantômes -désormais mortes ou vieillies- de son passé, de sa jeunesse...Retour dans les années 70/80, époque sulfureuse et légère, où du haut de ses 16 ans androgyne, il naviguait de boîtes branchées à l'Elysée-Matignon en soirées tropéziennes ou à Ibiza et se livrait à leurs plaisirs interdits (sexe, alcool, drogue...) mais aussi à leurs ogres, avec sa petite soeur Marina "sortant à demi-nue à 15 ans, titubante sur ses chaussures à talon de 12 centimètres" et ses jeunes amies toute aussi Lolita. C'est lui qui les entraînera toujours plus loin dans cet enfer du commerce de leurs corps et des apparences (échangisme, inceste...), allant jusqu'à sacrifier sa propre cadette dans ce "demi-monde", par insouciance ou égoïsme ? Il se demandait : " Pourquoi la protéger alors qu'une faiblesse aussi stupéfiante constituait l'essentiel de sa grâce ? (...) Si l'on n'est pas capable de se déshonorer, c'est qu'on accorde de la valeur aux choses de ce monde. Or il n'y a que le respect de Dieu qui puisse justifier le fait d'avoir égard à de pareilles choses, mais Dieu était mort pour ces enfants-là."
Une bande d'adolescents à la vie dissolue ("Leurs journées commençaient vers 15 heures et se terminaient rarement avant 8 heures du matin") et à la beauté du diable, abandonnés et paumés dans la vie : "Des gens aussi déplacés dans ce paysage que les banquettes de velours tâchées que l'on voit traîner en plein jour sur les trottoirs quand les bars de nuit sont rénovés", décrit-il. Des dérives glauques et flamboyantes dans une nuit pas toujours tendre avec ces jeunes âmes qui y brûleront leur innocence et se laisseront happer par "le paresseux désespoir, le conformisme pervers et les solides chaînes du libertinage".
Un quart de siècle après, Marina a disparu et n'a plus donné de ses nouvelles depuis 1987. Claude, vieil adolescent âpre vivant avec Ali, épave bisexuelle dans un miteux studio parisien après son mariage raté avec une call-girl, n'a plus que ses souvenirs, vestiges des nuits sauvages d'antan et une vie comme un crépuscule de trop. C'est peut-être le crépuscule qui l'affectionne tant, qui résume d'ailleurs bien son existence : "Lorsque la température le permettait, Claude regardait le crépuscule accomplir lentement son travail. C'était d'abord le premier plan qui était noyé dans l'ombre alors que l'horizon restait vivant, puis, comme une fumée soufflée par un grand diable, la mélancolique atmosphère s'étendait à l'ensemble du monde visible, ne laissant plus subsister qu'une ligne jaune là où la terre rejoint le ciel."
Dans cette poignante et vertigineuse anthologie, Simon Liberati décrit avec ironie, précision et nostalgie ces destins brisés et les innocences broyées d'une jeunesse fulgurante dont l'état de grâce éphèmère les aura aveuglé au point de se consumer corps et âme dans ce feu hédoniste et libertaire. Montrant que le seul pouvoir supérieur à l'argent est celui de la beauté, irrésistible mais éclair...
Entre Hubert Selby, Houellebecq et Gabriel Matzneff, le ténébreux écrivain explore avec une élégance vaporeuse l'instant où la grâce disparaît et où la lumière cruelle des petits matins rattrape même les papillons de nuit...
Et comme un étrange écho au début du roman où le narrateur lit Saint François de Sales, on peut méditer sur ses propos au sujet de la dévotion : "Vous savez que c'est une vertu extrêmement agréable à la divine majesté : mais, d'autant que les petites fautes que l'on commet au commencement des affaires s'agrandissent infiniment au progrès et sont presque irréparables, il faut avant toutes choses que vous sachiez ce que c'est que la vertu de dévotion ; car, d'autant qu'il n'y en a qu'une vraie, et qu'il y en a une quantité de fausses et vaines, si vous ne connaissiez quelle est la vraie, vous pourriez vous tromper et vous amuser à suivre quelque dévotion impertinente et superstitieuse." Mystique...








1. Le vendredi 20 octobre 2006 à 10:26, par nathalie
2. Le vendredi 20 octobre 2006 à 10:37, par Joest
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7. Le dimanche 22 octobre 2006 à 18:32, par L'oeil de la vérité
8. Le dimanche 22 octobre 2006 à 22:21, par Joest
9. Le lundi 23 octobre 2006 à 12:10, par Alexandra
10. Le vendredi 27 octobre 2006 à 12:12, par PhJ
11. Le samedi 18 novembre 2006 à 21:13, par Mylene
12. Le mercredi 7 février 2007 à 18:40, par Lilo
13. Le mercredi 8 octobre 2008 à 03:28, par Teddy
14. Le lundi 13 avril 2009 à 23:13, par exequatur