Buzz Littéraire
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La littérature nouvelle génération, de bouche-à-oreille

 

jeudi 30 novembre 2006

Michel Houellebecq : "Les gens ont besoin d’être rassurés. Ils ne peuvent plus supporter la moindre trace de négativité, ni même de réalisme".

Dans un intéressant entretien accordé au magazine Paris Match en date du 16 novembre 2006, Michel Houellebecq émerge -en meilleure forme- après l'effervescence de la rentrée littéraire et du phénomène Jonathan Littell. Il livre une analyse intéressante de la génération d'auteurs qu'il représente (a représenté ?), qualifiée de "nouvelle génération" du nom de la fameuse collection "J'ai lu" lancé en 1998 (dans laquelle nous nous inscrivons sur le Buzz littéraire) et de l'avenir du roman réaliste (dit "dépressif" par ses détracteurs)... Il annonce aussi ses futurs projets littéraires (science fiction), l'adaptation ciné de "La possibilité d'une île" (tournage en avril 2007), revient sur le lynchage de La possibilité d'une île, et donne son avis sur le système d'édition à la française. Après une déconvenue sur un auteur qu'il avait personnellement recommandé, il estime "qu'il soit possible qu'à l’heure actuelle de grands textes restent ignorés"... Ce qui ne manqura pas de ravir les écrivains vengeurs ! Lire la suite

"Le sens du combat" de Michel Houellebecq : Expansion du vide intérieur... et hyper-réalité entre ciel et sang

Troisième recueil de poèmes en vers et en prose de Michel Houellebecq, composé en 1996 et récompensé par le Prix de Flore, Le sens du combat déploie dans une soixantaine de textes répartis en 4 grandes parties, toutes les obsessions de l'auteur développées dans ses romans, en particulier Extension du domaine de la lutte en 1994 puis dans Les particules élémentaires en 1998. Sa lecture est oppressante, âpre, douloureuse et fascinante à la fois. Il faut avoir du courage pour le lire, s'y reprendre à plusieurs fois pour éviter de s'y noyer ou de s'effondrer. "J’ai choisi les mots comme seule arme, j’ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir", explique Michel Houellebecq. Et ses mots sont en effet dévastateurs. Ils ébranlent l'âme et le corps au plus profond. Il leur fait éprouver, dans tous les sens, leur condition angoissante dans un monde factice, leur "danse existencielle", leur agitation dans la grande organisation, où l'impossibilité et la vacuité anéantissent tous nos actes et gestes pour combattre... Lire la suite

mardi 28 novembre 2006

"Thornytorinx" de Camille de Peretti, Peut-on vivre avec l'anorexie ?

Publié en octobre 2004, Thornytorinx est le premier roman de Camille de Peretti, écrit à l’âge de 24 ans, alors jeune diplômée de Khâgnes puis de l'ESSEC, se destinant à une carrière dans la finance avant de tenter l'actorat. Ce titre percutant est un néologisme et désigne une « série d'organes du système digestif qui se coordonnent pour concourir à un résultat pathologique » selon l’explication de l’auteur. Inspirée par son expérience de l’anorexie, Thornytorinx a souvent été considéré comme un « témoignage » ce qu’a déplorée l’auteur qui a expliqué avoir travaillé le style littéraire, et lui préfère donc l’appellation de "roman d’inspiration autobiographique". Au-delà des étiquettes, ce livre est avant tout un récit bien mené qui au-delà de son approche personnelle d’une maladie complexe, s’avère aussi le roman d’apprentissage d’une jeune fille qui cherche sa voie, vit ses premières grandes relations amoureuses et apprend à se connaître, à s’accepter tout simplement. Un succès d’édition sorti en poche en 2006. Lire la suite

lundi 27 novembre 2006

Le journalisme est mort, vive le journalisme !

Arrivée à la fin l'émission Arrêt sur image sur France 5 hier midi, je n'ai pu intercepter que la fin du débat intitulé "Primaire PS : nouvelle donne médiatique ?". Débat qui ne m'intéressait pas spécialement mais les propos de Paul Nahon, directeur de l'information de France 3 en réponse à la question de Schneidermann sur les mutations du travail de journaliste face à la multiplication des documents amateurs diffusés sur Internet (en particulier les vidéos postées sur Dailymotion ou Youtube et reprises en podcast sur les blogs...) m'ont particulièrement surprise et interpellée. Ils font écho, dans une moindre mesure, aux thèses développées dans "Bandes alternées par Philippe Vasset", présenté précédemment... Lire la suite

Le bûcher des vanités de Tom Wolfe, Guerre d'egos sur fond de conflit politico-racial

Monument littéraire, le bûcher des vanités reste l'oeuvre phare (et le premier roman) du dandy terrible des lettre américaines : Tom Wolfe. Publié en 1987 et écrit en plein Reaganisme (à l'âge de 57 ans), ce best-seller mondial, porté a l'écran par Brian De Palma (affiche ci-contre), est un portrait en coupe sans complaisance d'une société américaine aveuglée par son matérialisme et sa soif de pouvoir, à travers la chute inexorable d'un golden-boy en pleine gloire. Au delà du contexte politique sensible (conflits raciaux) et de la satire mordante du système américain tout entier des financiers de Wall Street aux figures politiques, judiciaires et à la manipulation médiatique, c'est surtout l'écriture et la structure de ce pavé de 700 pages qui retient l'attention (et parfois le souffle !) du lecteur. Wolfe inaugure ici un nouveau genre littéraire où la fiction se mêle à une réalité des plus précises, à mi-chemin entre le (nouveau) journalisme et les oeuvres de Balzac ou Zola. Avec un sens infini du détail, il recrée à la goutte de café et au crissement de fauteuil club en cuir près, l'ambiance des tribunaux aux bureaux de Manhattan en passant par les soirées mondaines new-yorkaises ou encore les bas fonds du Bronx... Sa plume se braque comme une caméra sur une myriade de personnages et une succession de scènes à la structure aussi calibrée qu'un storyboard. Un drame implacable à la tension et aux effets parfaitement maîtrisés. Efficace certes mais littéraire ? Lire la suite

vendredi 24 novembre 2006

"Bandes alternées" de Philippe Vasset, La société du spectacle "home-made"

Dans ce troisième et dernier roman, paru en 2006, qui vient clôturer sa fresque sur les relations entre création artistique et machines (débutée avec Exemplaire de démonstration et Carte muette), Philippe Vasset s'intéresse à un débat d'actualité sensible, à l'heure des staracs et du boom de l'auto-production ou auto-édition facilitées par Internet et la numérisation : "Un artiste, ne demandant qu'à être réveillé, sommeille-t-il en nous tous ?" En d'autres termes : Tout le monde peut-il être artiste ?, Y a-t-il un art officiel et des arts officieux ? Autant de questions soulevées dans ce petit opus, encore une fois assez surprenant, teinté d'une ironie cruelle envers les productions formatées mais aussi la prolifération d'aspirations artistiques indépendantes... Lire la suite

mardi 21 novembre 2006

Virée au salon du premier roman de Draveil et remise du prix du 1e roman

Les prix récompensant les premiers romans sont nombreux comme nous l'évoquions récemment. A Draveil (Essonne), les 18 et 19 novembre derniers, on célébrait aussi ces primo-romanciers à l'occasion de la 5ème édition du Salon du Premier Roman. A l’honneur les romanciers qui accèdent pour la première fois à la publication, tous styles et âges confondus. 55 écrivains étaient réunis au théâtre Cardwell de cette ville de banlieue parisienne. Anne-Laure Bovéron, journaliste littéraire pour le magazine Muze et nouvelle collaboratrice du Buzz littéraire, s'est glissée parmi l'assemblée et nous livre son petit compte-rendu de cet évènement un peu à part : Lire la suite

vendredi 17 novembre 2006

Coup de coeur lectrice : "Veiller tard" de Véronique Beraud de Calignon

Anne-Laure Bovéron, critique littéraire pour le magazine Muze, a choisi de partager son coup de coeur pour ce premier roman écrit à l'âge de 17 ans, un hymne à la vie tumultueux, d'une grande humanité, d'une profondeur et d'une sensibilité sincère. Dix ans plus tard, elle le publie enfin, poussée par ses amis. Dix ans, et pas une ride ! La qualité du texte et la justesse des sentiments n’ont pas vieilli, ni perdu de leurs superbes et de leurs vérités. Un livre intimiste, pudique, contemporain, pur et violent. Tant au point de vue des expériences, des rencontres, des obstacles que de la réalité de la vie qu’il dépeint. Des émotions vraies, cruellement palpable, vécues que connaissent ceux qui franchissent avec fracas la frontière invisible entre l’'adolescence et l’'âge adulte. La finesse des caractères des protagonistes, la splendeur simple des paysages marins, des scènes urbaines et du quotidien embellissent ce récit envoûtant. L’'écrivain, lectrice insatiable, a su nourrir son roman de la beauté indicible des sentiments. Les romans sur le passage des âges, de l’'enfance à l’'adolescence, de l’'adolescence à l’'âge adulte, ne manquent pas. Mais celui-ci se démarque. Singularité et puissance des mots. Un auteur à suivre donc. En attendant, vive nos nuits trop claires pour ne plus lâcher ces lignes ! Lire la suite

La littérature "trentenaires" pour les nuls

"J'ai 30 ans. Ca y'est. L'âge de l'attente est fini, celui de la réalisation commence : je suis au pied du mur. Ce qu'il me faut ce n'est plus du futur, mais du passé; plus de l'espérance, mais des souvenirs. Mon âge est celui, où, en Amérique, les vedettes de cinéma se suicident, parce qu'elles n'ont plus rien à attendre de la vie. Moi, j'ai tout à en attendre." Ainsi parlait cette pauvre Andrée dans Les jeunes filles de ce cruel Montherlant ! "30 ans", l'âge de la griffe Jean-Paul Gauthier, l'âge de Julie "la femme de 30 ans" de Balzac, l'âge (éternel !) de Vincent Delerm. Age "mythique", "charnière", l'âge du premier bilan, maintes fois fantasmé et redouté aussi... Penchons-nous sur cette fameuse "littérature trentenaires" qui suscite bien des controverses et interrogations. Discrimination générationnelle, concept fumeux, étiquette marketing ou réel courant littéraire ? C'est la dernière option retenue sur Buzz littéraire. Explications… Lire la suite

Internet affirme sa place de découverte et de vente de livres... et préfigure de nouvelles formes de lecture

Selon un récent sondage un sondage CSA/la Web Radio du Livre sur radiofrance.fr, 19% des internautes achètent au moins un livre par an sur Internet. Lire la suite

Les malveillantes de Paul-Eric Blanrue : Les bienveillantes de Jonathan Littell, une imposture littéraire ?

Le phénomène des Bienveillantes de Jonathan Littell, Goncourt et Grand prix du roman de l'Académie française 2006, continue d'enfler (et de déchaîner les passions) au point de ressembler étrangement à un certain Da Vinci Code... Comme lui, il a désormais ses ouvrages polémiques dédiés (qui au passage comptent bien surfer sur le succès de celui qu'il dénonce). Paul-Eric Blanrue ouvre le bal avec "Les malveillantes", une enquête visant à démontrer que Jonathan Littell est un imposteur. Écrit en trois semaines grâce à un réseau d'informateurs écrivains, journalistes, éditeurs, et historiens, il annoncerait quelques révélations qui intéresseront les amateurs du genre et laisseront indifférents les vrais lecteurs... Lire la suite

jeudi 16 novembre 2006

"Borderline" de Marie-Sissi Labrèche : entre Virginie Despentes et Chloé Delaume côté Québec

La littérature québécoise et en particulier ses jeunes auteurs restent encore assez méconnus en France. Récemment le festival « Les belles étrangères » essayait de nous y intéresser ; lors du festival America de 2006 de nombreuses conférences avaient aussi été consacrée à la nouvelle génération littéraire canadienne. Marie-Sissi Labrèche (journaliste en presse féminine par ailleurs) fait partie de ses représentants (aux côtés de Nelly Arcan, Andrée Laberge et Pauline Gélinas), ayant bénéficié d’un bon bouche à oreille.
Remarquée avec son premier roman Borderline (paru en 2000) écrit en parallèle à une thérapie psycho-analytique, elle a ensuite enchaînée avec un deuxième (« La brèche ») qui ont tous deux été portés à l’écran début 2008 (en fusionnant leur histoire) avec entre autres Jean-Hugues Anglade au casting. Le film est sorti uniquement outre Atlantique hélas pour l’instant.
Clairement assimilée au courant de l’autofiction, la jeune-femme livre un récit touchant et plutôt fascinant dans sa manière d’exorciser ses névroses et de raconter le matriarcat étouffant de son enfance… Lire la suite

Philippe Vasset, le Orwell moderne du roman d'anticipation culturelle

Quel est l'avenir de la création littéraire dans un monde où le marché fait sa loi ? Peut-on cartographier Internet ou encore tout à chacun peut-il se proclamer "artiste" dans un monde où la création est désormais à portée de clic ? Autant de questions passionnantes auxquelles Philippe Vasset tente de répondre depuis 2003 avec son premier roman intitulé "Exemplaire de démonstration", premier tome d'une trilogie (suivie de "Carte muette" et "Bandes alternées") qui analyse les rapports entre la création artistique et "les machines". Très discret, ce trentenaire atypique, rédacteur en chef du magazine Africa, spécialiste du renseignement industriel et politique, a révélé au fil de ses trois livres, une réflexion des plus originales sur les enjeux culturels actuels et plus précisément sur l'avenir de la littérature. Sorte d'Orwell moderne, il met à jour les nouvelles régles du jeu à l'heure d'Internet, des logiciels, de la virtualisation et de la démocratisation des moyens de création. Cela fait froid dans le dos... Et appelle à réfléchir sur les mutations en cours de "l'acte de création"... Des romans en forme d'essai, courts mais denses et surtout passionnants, désormais disponibles en poche ! Lire la suite

mercredi 15 novembre 2006

"Jouer juste" de François Bégaudeau : Aimer comme un match de foot

Si vous êtes allergique au ballond rond et à toutes les grands messes/exhaltations qu'il engendre, vous serez peut-être réticent(e) à vous plonger dans ce premier roman de François Bégaudeau, "écrivain-ex-joueur de foot-prof et accessoirement chroniqueur ciné"..., couronné de toute part en 2005 pour son roman "Entre les murs". On pourrait alors vous dire que ce roman vous réconcilliera avec les hommes montés sur crampons... Et si vous êtes un adepte de ce sport national, alors vous n'aurez aucune hésitation. Mais les choses ne sont pas si simples... Lire la suite

La voyeuse interdite de Nina Bouraoui : Les évasions barbares du corps étouffé

Ce premier roman de Nina Bouraoui, écrit à l'âge de 34 ans (prix du livre Inter 1991) entre directement par la grande porte dans la catégorie "Chef d'oeuvre". Si la loghorrée cathartique de "Mes mauvaises pensées" (prix Renaudot 2005), son dernier roman, vous a dérouté (voire dégouté), découvrez ce premier petit bijou qui vous réconciliera avec l'auteur. Puisée au plus profond de ses origines algériennes, cette tragédie en quatre actes dénonce l'horreur de la condition féminine au Maghreb au nom de la pesante "tradition" et de la "pureté". Une écriture vibrante à la puissance évocatrice rare pour un livre disponible en poche à prix mini. A découvrir en priorité dans l'oeuvre de l'auteur ! Lire la suite

"Les particules élémentaires" de Michel Houellebecq, Une métaphysique de l’homme occidental post-moderne

En 1998, 4 ans après « Extension du domaine de la lutte », Michel Houellebecq, âgé de 40 ans, enfonce le clou et poursuit sa peinture désespérée et désespérante des mœurs sociales et sexuelles de la fin du XXe siècle. C'est avec ce roman "Les particules élémentaires", se voulant le portrait d’une certaine génération masculine désenchantée (celle de l’auteur, né en 1958) en quête de nouveaux repères, qu'il connaît la consécration. Qualifié alors de “Karl Marx du sexe” ou bien de “ nouveau Céline”, de « génie » ou encore de « visionnaire », il incarne une nouvelle donne romanesque. Les thèmes qu'il aborde sont pourtant loin d'être novateurs et encore moins populaires (les échecs affectifs et sexuels de deux frères dépressifs). Un roman anti-commercial s'il en est. Ce « roman noir de la sexualité française » utilise aussi une forme assez austère liée à l'écriture quasi clinique de l'auteur, du moins en apparence. Alors pourquoi un tel engouement ? La dimension polémique de l’ouvrage aura sans douté joué. En effet, le livre n’hésite pas à aborder quelques sujets tabous avec une lucidité et un cynisme parfois glacials. Une caractéristique qui aurait tout aussi bien pu lui attirer un parfait rejet du lectorat (ce qui a tout de même été le cas bien entendu avec une scission entre les pro et les anti-houellebecq). Mais surtout la force de l'auteur est d'avoir su développer de nouveaux angles d'approche de différents problèmes de société, en tissant des parallèles inédits entre le système économique, sexuel, scientifique ou encore religieux… Sa vision sans concessions n'hésite pas à s'attaquer à quelques tabous. Et pourtant derrière le cynisme à toute épreuve de l'auteur voire la provocation idéologique, « Les particules élémentaires » cache une grande sensibilité et même un grand romantisme… Lire la suite

"Les particules élémentaires" de Michel Houellebecq, Une métaphysique de l’homme occidental post-moderne (2)

Suite de la critique du roman "Les particules élémentaires" : la lecture politique et sociologique Lire la suite

lundi 13 novembre 2006

Appel à textes jeunes auteurs : nouvelle revue littéraire "En attendant l’or"

Antoine Dole, jeune écrivain aux talents artistiques multiples, nous fait suivre un communiqué annonçant la création d'une nouvelle revue littéraire. Les jeunes auteurs sont appelés à envoyer leurs textes... Lire la suite

Léonora Miano, Goncourt du lycéen pour "Contours du jour qui vient"

Une bonne nouvelle ! La romancière camerounaise Léonora Miano s'est vu décerné, lundi 13 novembre, le 19e prix Goncourt des lycéens pour son deuxième livre, "Contours du jour qui vient", édité chez Plon et qui figurait dans la première sélection du Goncourt. Je vous avais présenté cette romancière à l'occasion d'une soirée littéraire au Thé des écrivains. Sa très forte personnalité et son esprit aiguisé m'avaient particulièrement marquée. Un livre à la fois touchant et violent à découvrir assurément ! Lire la suite

dimanche 12 novembre 2006

De "Superstars" à "Héroïne" d'Ann Scott : Passion sulfureuse et destructrice entre filles de la génération techno...

Ex-musicienne et mannequin devenue écrivain, Ann Scott, proche de Virginie Despentes et Patrick Eudeline, est sacrée auteur culte en 2000 avec la sortie de son deuxième roman Superstars, publié après Asphyxie, à l'âge de 35 ans. Ce roman (étiqueté "pop" et "générationnel") dense, moite, sensuel doux et violent à la fois est empli de la sueur des dance-floors, de ses effluves hallucinogènes, des bits hypnotiques de la musique électro-techno des années 80-90 (chère à la célèbre DJ Sextoy décédée en 2002, amie de l'auteur ayant inspiré le roman) mais aussi des larmes des héroïnes... C'est aussi et surtout une palpitante histoire d'amour passionnée, une histoire de dépendance, de jalousie amoureuse dans "le milieu des filles" selon son expression, et qui l'a placée un peu malgré elle comme le porte-voix de la communauté homosexuelle. Une sorte de "L World" (photo ci-contre) d'avant l'heure qui garde une dimension universelle où chacun peut se projeter. Un coup de maître, un roman must-have ! Début 2006, la romancière star lui a donné une suite, controversée : "Héroïne". Lire la suite

vendredi 10 novembre 2006

"Trapéziste" de Tristane Banon : Les malheurs de Flore au pays des V.I.P

Deuxième roman (après "J'ai oublié de la tuer" en 2004, un succès d'édition vendu à plus de 10 000 exemplaires) de la jeune romancière Tristane Banon âgée de 27 ans, "Trapéziste" nous entraîne dans la vie d'une jeune parisienne, savant mélange de Bridget Jones et Cosette, victime du miroir aux alouettes des célébrités de Saint Germain des prés et de ses hommes prédateurs... Un roman, d'actualité au lendemain de la remise du prix de Flore 2006... Très autobiographique, il revêt des accents de réglement de compte : la revanche d'une blonde ? Lire la suite

Un nouveau prix pour honorer le pamphlet

Saison oblige, continuons sur la voie des prix littéraires (n'oubliez pas de voter !), avec la création d'un prix du Pamphlet qui sera décerné le 15 novembre prochain, en présence des membres du jury, avec Zoé Félix, Jennifer Flay, Nathalie Heinich, Xavier Leherpeur, Michael Lonsdale, et Rudy Ricciotti. Lire la suite

Prix du style 2006 : And the winner is...

Né sous le label littéraire Plume et plomb, le prix du Style a vocation à distinguer pour sa qualité stylistique un livre écrit par un auteur vivant et francophone paru dans l'année écoulée. A l’origine de cette initiative originale, Antoine Buéno a d’abord souhaité pallier un manque : aucun autre Prix ne récompense explicitement la qualité artistique d’une œuvre. Son essence même. Il a été remis pour la première fois le 23 novembre 2005 à Stéphane Audeguy. Le Prix du Style 2006 est parrainé et doté par le Cercle mbc. Il a été remis le mercredi 8 novembre au Fouquet's (avenue des Champs-Elysées à Paris). Lire la suite

Prix de Flore 2006 : And the winner is...

Les premières sélections du prix de Flore 2006, créé par Frédéric Beigbeder en 1994, dont les critères sont l'originalité, la modernité et la jeunesse, ont été communiquées. (mise à jour : 10/11/2006)
Le Flore se distingue en mélangeant noms médiatiques et romans moins connus.
Pour la seconde année consécutive, c'est une lauréate (après Joy Sorman) qui semble bien peu correspondre aux critères ci-dessus énoncés... Coup de fatigue des jurés ? Lire la suite

jeudi 9 novembre 2006

"Nous sommes cruels" de Camille de Peretti, Manipulations amoureuses plus Lolita Pille que Laclos...

Vous devriez entendre beaucoup parler de cette jeune auteure de 26 ans (née en 1980) qui a déjà fait couler beaucoup d'encre pour son premier roman Thornytorinx (récemment ré-édité en poche chez Pocket et prix du premier roman de Chambéry 2005) où elle décrivait l'horreur de la boulimie dont elle a souffert. Avec son deuxième roman, elle s'affranchit de l'autobiographie pure (même si elle s'inspire tout de même de sa propre adolescence) et revisite "Les liaisons dangereuses" de Laclos pour livrer un récit épistolaire moderne (à base d'e-mails et de textos) où une jeunesse dorée, orgueilleuse et cynique, fascinée par les libertins du XVIIIe, rejouera, à sa façon, les défis romantiques et cruels de Madame de Merteuil et de Valmont. Lire la suite

mercredi 8 novembre 2006

L’âge des possibles, extrait de "L’élégance du hérisson" de Muriel Barbery

Salué par la critique et véritable succès d'édition, ce deuxième roman écrit par une prof de philo est une leçon de vie à deux voix que tout opposent, Renée, une concierge de 54 ans, "petite, laide, grassouillette, des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth", d'un immeuble chic parisien et Paloma 12 ans riche petite occupante de ce même immeuble aux tendances suicidaires. Démontant les clichés, ce roman démontre que la finesse d'esprit n'est pas toujours là où on l'attend. Emouvant, étonnant, bouleversant... Empli de petites sagesses qu'il fait bon de ré-entendre comme cet extrait choisi : Lire la suite

"King Kong théorie" de Virginie Despentes (4) : 2e extrait

Quelques citations supplémentaires extraites de ce "manifeste pour un nouveau féminisme" signé Virginie Despentes : du métier "d'écrivain-prostitué" jusqu'au bourrage de crâne social ou encore "la looseuse de la féminité"... Un livre plus dense et riche qu'il n'y paraît au premier abord : Lire la suite

mardi 7 novembre 2006

"Cours" de libertinage par Stéphane Audeguy (Fils unique) aux lycéens (vidéos)

Le jeune romancier, auteur du très remarqué et salué "La théorie des nuages" dont les terribles pages sur Hiroshima lui ont valu le prix du style 2005, revient en cette rentrée littéraire avec "Fils unique", une biographie apocryphe haute en couleur et une étonnante traversée dans le XVIIIe siècle libertin, du côté des boudoirs et bordels, aux accents Sadiens. En lice pour plusieurs prix littéraires, il a aussi été sélectionné pour le Goncourt des lycéens. L'occasion de visionner quelques vidéos de l'auteur où celui-ci réagit aux interrogations de ses jeunes lecteurs sur l'omniprésence de la sexualité dans son ouvrage. Libertinage, sexe ou pornographie : Non ce n'est pas "sale", martèle celui qui ne supporte pas que le sexe soit séparé de la vie et l'analyse dans son rapport à l'histoire avant tout... Lire la suite

"Rhésus" d'Héléna Marienské, prix du "15 minutes plus tard" (extrait)

Suite à la remise du premier "prix du 15 minutes plus tard", voici un extrait de ce roman de la rentrée littéraire 2006, salué unanimement par la critique et les lecteurs. Dans son épilogue intitulé "D'après moi", Héléna Marienské exprime, dans son style malicieux et poétique, ce que signifie pour elle l'acte d'écrire : l'oubli de son moi, si pesant. « Je non-suis avec passion », décrit-elle avec humour... Lire la suite

lundi 6 novembre 2006

SONDAGE : Les prix littéraires ça vous chatouille ou ça vous gratouille ?

Depuis quelques semaines, ils monopolisent l'attention (des médias en tout cas) et font l'objet de pronostics, calculs et autres spéculations. Qui ? Les prix littéraires bien sûr ! Un marathon auquel se livrent chaque année les éditeurs et leurs poulains du moment. Plus de 3 000 prix littéraires sont décernés en France et entre 500 000 et un million de Français achètent un livre couronné par l'un des six grands jurys - Goncourt, Renaudot, Femina, Académie française, Médicis ou Interallié, selon le Figaro (qui propose aussi des idées pour les réformer et les rendre plus transparents et plus justes...). Ils alimentent les petites polémiques habituelles (comme le récent "scandale" Desforges/Chapsal pour le Femina ) qui finalement intéressent plus que le livre de la lauréate (Lignes de faille de Nancy Huston ). Car c'est bien ce qui me gêne dans tout ce cirque : les stratégies (les magouilles dénoncées de toute part) semblent davantage passionner que les textes des auteurs eux-mêmes. Quant à l'utilité de ces dits prix, j'avoue ne leur accorder guère d'attention... Lire la suite

Le "Quinze minutes plus tard" : Après le Goncourt décerné à Jonathan Littell, le prix créé par la revue Décapage (Jean-Baptiste Gendarme) désigne son premier lauréat

Philippe Jaenada, membre du jury du tout nouveau prix littéraire "Le 15 minutes plus tard", au concept très original (remis au café le K1ze, 15 minutes après l’annonce du lauréat du prix Goncourt) signé Jean-Baptiste Gendarme, écrivain et fondateur de la revue Décapage, nous informe des sélections d'ouvrages retenus pour cette première édition 2006 et de sa lauréate. (mise à jour) Lire la suite

vendredi 3 novembre 2006

Dossier : Identification d'une femme... (Virginie Despentes, Chloé Delaume, Joy Sorman, Sofia Guellaty, Bénédicte Martin, Tristane Banon...)

A l'occasion de la sortie de King Kong théorie de Virginie Despentes, qui livre sa vision plutôt radicale sur la "condition féminine", voici une petite sélection d'autres jeunes romancières, qui chacune dans leur style, pose leur regard sur les multiples visages de la féminité, "l'éternel féminin"... Virulente, cynique, satirique ou au contraire douce, poétique, mélancolique voire romantique ou sensuelle, ces jeunes femmes incarnent, à elles toutes, une pièce de "l'énigme" féminine au XXIe siècle et nous révèlent des trésors de subtilité, d'humour et de lucidité... La génération post-68, post-moderne, héritière de l'émancipation, à la fois forte et fragile, entre "Sue perdue dans Manhattan" et "Chacun cherche son chat", vogue entre cet "idéal féminin" dicté par la norme sociale, leurs propres aspirations et la quête de leur identité dans ce grand bazar des sexes des "temps modernes"... Refusant de se laisser étiqueter ! Découvrez-les dans ce petit dossier que nous leur consacrons et n'hésitez pas à partager vos références ! Lire la suite

"Viande" de Claire Legendre : Les dévorations amoureuses...

Dans ce deuxième roman qui l'a révélée au grand public en 1999, après un premier coup d'essai remarqué "Making of" (inspiré du polar américain), Claire Legendre, alors âgée de seulement 20 ans (née en 1979), dresse un portrait de la féminité moderne troublant et vindicatif à travers les trajectoires de deux jeunes filles, Un roman original aux accents surréalistes voire féministes, "écrit comme un cri". Le roman d'une jeune femme désenchantée des hommes à la fin de son adolescence, "sur le malaise de devenir une femme" selon l'analyse de l'auteur. Elle dit à ce sujet qu'elle ne dénonce pas la domination masculine "comme une injustice sociale, mais comme une évidence physiologique. On ne peut pas changer cet état des choses : la domination masculine est intrinsèque, corporelle, incorrigible. Si l’on peut changer quelque chose, ce sont les consciences, les regards, mais contre les corps on ne peut rien." A l'époque la jeune femme pensait que ce livre serait "confidentiel" et ne s'attendait pas à ce qu'il soit interprété comme une immense provocation ! "C'était un livre dur, violent où je dénonçais tout ce qui me posait problème dans le fait d'être une femme publiquement. C'est à dire le fait qu'elle ne soit jamais vraiment un objet légitime qui a la parole mais qu'on soit toujours un objet dans le regard de l'autre et de l'homme en particulier. C'est quelque chose qui m'agressait terriblement." Aujourd'hui elle porte un regard critique sur son roman mais estime qu'il dévoile "des idées essentielles sur l'identité féminine". Qualifiée par la critique "d'auteur de la jeune garde montante", elle a également été taxée de "littérature trash" et rapprocher d'auteurs telles que Virginie Despentes ou Catherine Breillat... Niçoise, elle vit toujours dans le sud de la France où elle écrit et enseigne la sémiologie théâtrale et l'écriture dramatique à l’Université, loin du sérail parisien de l’édition française. Lire la suite

"Les mouflettes d'Atropos" de Chloé Delaume : Les monologues du vagin dévasté...

A l'occasion de la parution du nouveau roman de Virginie Despentes (King Kong théorie) qui aborde notamment son rapport à la prostitution (à travers sa propre expérience), il est intéressant de se (re)pencher en parallèle sur le premier opus de Chloé Delaume : Les mouflettes d'Atropos. Un nom ésotérique (inspiré de l'une des trois Parques qui coupait le fil de la vie), comme elle seule en a le secret, qui cache un texte tendu à la fois déroutant, troublant et dérangeant. Mais aussi, fait inattendu : drôle ! Au meilleur de sa forme, Chloé Delaume décrit l'oppression, le rapport au corps, à la féminité et les tentatives de survie mentale et physique de son héroïne prostituée, son alter-ego, sans jamais tomber dans le sordide ou le pathos. Un récit servi par une langue créative voire expérimentale (mais pas verbieuse) nourrie de matériaux insolites... Lire la suite

"Perspectives de paradis" de Bénédicte Martin : Instantanés de féminité, sensoriels et poétiques

Dans son deuxième recueil (après Warm-up en 2003), la jeune romancière Bénédicte Marin, âgée de 28 ans, dévoile, à travers 25 courtes nouvelles (de 2 à 8 pages), comme autant d'instantanés dans le vie d'une femme, les jours ou les nuits d'attente amoureuse, de passion, d'ennui, de jalousie, de plaisir ou d'angoisse de jeunes femmes acidulées, romantiques, vulnérables, émouvantes ou sexy. Elle semble nous entrouvrir la porte, comme sur la couverture de son livre, de leur intimité, de quelques instants volés à leur Féminité... Lire la suite

jeudi 2 novembre 2006

Chambre sous oxygène (et Table rase) de Jean Baptiste Gendarme : Les souffrances du jeune Jean-Baptiste ou les monologues du coeur en chamade

Premier roman du jeune Jean-Baptiste Gendarme (publié à l'âge de 26 ans) qui ne se doutait pas du succès qui l'attendait (obtention de la bourse Hachette, investissement de Lagardère...), la coqueluche des auteurs wanna-be (dont certains sont publiés dans sa désormais célèbre revue littéraire Décapage), écrit ici un livre qui ne ressemble à aucun autre et dévoile une sensibilité aïgue de même qu'une écriture aux effets parfaitement maîtrisés. Choisissant la forme risquée de l'exercice de style (l'histoire se passe entièrement dans une chambre d'hôpital et alterne réalité, fantasme et flash-back), il décrit sous la forme d'une parabole poético-médicale les tourments du coeur dans tous les sens du terme. Un premier coup de maître pour ce jeune homme discret et secret. Et décidément très étonnant. Lire la suite

mercredi 1 novembre 2006

Extrait de "Indécision", de Benjamin Kunkel (prix du premier roman étranger 2006)

Un long extrait offert par son éditeur Belfond de ce jeune romancier new-yorkais, plébiscité par la critique américaine (“Le plus drôle et le plus intelligent des romans sur la crise de la post adolescence”, affirme Jay McInerney), et française (en particulier pour l'impact du 11 semptembre subtilement abordé dans le roman), qualifié de "nouveau Douglas Coupland" (voir aussi notre chronique). A vous de vous faire votre opinion... Lire la suite

Lolita Pille "incognito" sur mySpace ?

Après avoir présenté la supposée page de Frédéric Beigbeder sur mySpace (un doute m'assaille ?), un(e ?) certain(e ?) Johann sème, sur le Buzz littéraire, des petits commentaires pour signaler l'existence d'une supposée page/blog de Lolita Pille (auteur de "Hell" et "Bubble gum") sur mySpace. Lire la suite

SONDAGE : Avez-vous déjà lu ou seriez-vous tenté de lire un auteur auto-édité ?

Face à la difficulté de trouver un éditeur certains jeunes auteurs choisissent la voie de l'auto-édition (Editions Le Manuscrit.com ou Lulu.com...). Mais une fois, le livre imprimé et relié, difficile de rencontrer son lectorat sans moyen de promotion approprié. En tant que lecteur, avez-vous déjà lu l'un de ces auteurs ou envisageriez-vous d'acquérir l'un de leurs livres afin de les découvrir ? Pour ma part, je reste sceptique, rencontrant déjà de nombreuses déceptions en lisant des livres censés avoir été sélectionnés par des professionnels. Ma seule motivation serait, par exemple, de lire le blog de l'auteur et d'être suffisamment séduite par son style et univers littéraires pour avoir envie d'en lire plus. Pour un auteur surgi de nulle part, il est peu probable que je fasse l'effort d'aller à sa rencontre face à la foule de livres déjà proposée dans le "circuit traditionnel". Voici les résultats et "conclusions" de ce sondage auquel vous avez été 112 à participer. Merci à tous les votants ! Lire la suite

Les (petites) hontes des écrivains "de chez nous"

A l'occasion d'un récent billet, étaient présentés les ouvrages "Le livre des hontes" de Jean-Pierre Martin et "Hontes" de Robin Robertson, Cuné qui vient de faire un billet sur le second ouvrage confie qu'elle rêverait de trouver la même anthologie des écrivains de l'hexagone. En écho à son interrogation, voici deux revues de presse sur la question : le Figaro s'est prêté à l'exercice en interrogeant Eliette Abécassis, Stephen Carrière, Serge Joncour, Charles Dantzig, Valentine Goby, Philippe Labro, Robert Sabatier, Marc Lambron et Jean-Marie Rouart... Le magazine Elle en a fait de même il y a quelques semaines avec notamment Yann Moix, Marie Desplechin ou encore Alice Ferney et Laurence Tardieu... Lire la suite

"Une femme normale" d'Emilie Frèche : Reconstitution polyphonique de l'éternel féminin...

Deuxième roman de cette jeune romancière, écrit à l'âge de 28 ans et publié en 2002 pour la première fois (sorti en poche en mai 2006), "Une femme normale" est un étonnant puzzle qui reconstitue, chapitre après chapitre, le visage et la personnalité d'une femme dont on ne sait, a priori, rien. Une adaptation au cinéma avec Charlotte Gainsbourg, Yvan Attal et Cécile de France était également en préparation... A la fois exercice de style et véritable récit, l'auteur réussit à se glisser dans la peau d'une infinité de personnages et de restituer de multiples perspectives, angles et facettes différentes de cette fameuse "femme normale", trentenaire, qui pourrait bien incarner "le mystère féminin"... Lire la suite

"Une femme diplômée et qualifiée" vue par Bernard Mourad ("Les actifs corporels")

La redoutable Laurence qui jette son dévolu à la manière d'un prédateur sur son collègue Alexandre Guyot dans l'excellent premier roman de Bernard Mourad "Les actifs corporels", est une figure féminine -romanesque- peu habituelle. Celle de la working-girl, diplômée hautement qualifiée, qui a géré sa carrière "comme un homme" et qui bien sûr en paie le prix (cliché ?). Un petit extrait corrosif et cruel qui brosse son portrait (et jette un regard fort lucide sur le diktat physique imposé aux femmes) alors qu'elle s'apprête à fondre sur sa proie sexuelle : Lire la suite

"Extension du domaine de la lutte" par Michel Houellebecq : Contes de de la frustration ordinaire

C'est un petit roman : un peu plus de 150 pages dans sa version poche. Un roman dont on ne soupçonne pas au premier abord la puissance existentielle et sociologique qu'il renferme. Et pourtant. Tout est là. Tout est dit. Simplement, sans emphase. Avec la force de la lucidité qui n'a besoin de rien de plus pour ébranler parce qu'elle puise au plus profond. Nos vies, leur insignifiance, leur vaine contenance, l'impuissance, la frustration affective, l'absurdité des "objectifs professionnels" ou du "statut", de la modernité, de la société, l'injustice sociale et physique : toutes ces micro-violences sourdes qui vrillent les êtres et les relations. Une humanité à la dérive... Houellebecq tire de son passé d'ingénieur agronome un petit chef d'œuvre. Un drame en trois actes parfaitement orchestré sur le désespoir et la violence ordinaire des bureaux de province ou de Paris et de leurs "acteurs" qui sentent bien qu'ils n'ont pas hérité du bon rôle..., mais qui tentent malgré tout de trouver leur place, d'exister. De rester vivant... Lire la suite

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