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La littérature nouvelle génération, de bouche-à-oreille

 

vendredi 17 novembre 2006

La littérature "trentenaires" pour les nuls

"J'ai 30 ans. Ca y'est. L'âge de l'attente est fini, celui de la réalisation commence : je suis au pied du mur. Ce qu'il me faut ce n'est plus du futur, mais du passé; plus de l'espérance, mais des souvenirs. Mon âge est celui, où, en Amérique, les vedettes de cinéma se suicident, parce qu'elles n'ont plus rien à attendre de la vie. Moi, j'ai tout à en attendre." Ainsi parlait cette pauvre Andrée dans Les jeunes filles de ce cruel Montherlant ! "30 ans", l'âge de la griffe Jean-Paul Gauthier, l'âge de Julie "la femme de 30 ans" de Balzac, l'âge (éternel !) de Vincent Delerm. Age "mythique", "charnière", l'âge du premier bilan, maintes fois fantasmé et redouté aussi... Penchons-nous sur cette fameuse "littérature trentenaires" qui suscite bien des controverses et interrogations. Discrimination générationnelle, concept fumeux, étiquette marketing ou réel courant littéraire ? C'est la dernière option retenue sur Buzz littéraire. Explications…
La "bof" génération, "X", "gloubiboulga", "précaire", "spontanée", "désenchantée", "adulescente", "Tanguy apathique" ou carrément "dépressive" (en crise et/ou au chômage…)… Tout ou presque aura été dit sur nous, charmants bambins nés dans les années 70, "ayant porté des bandannas, vu trois fois Rain Man ou fusillé au blanco les tables du Lycée Carnot…"

"Les trentenaires" sont devenus un phénomène de société, analysé et décrypté sous tous les angles par les médias ou les sociologues (voir ci-dessous). Et surtout ayant inspiré les auteurs au cinéma, en musique ou en littérature… Chloé Delaume écrivait à ce sujet, dans ce fameux billet commenté précédemment, que "Les trentenaires, ça peut pas marcher. (…) Ca ne se passera pas là, génération transitionnelle, un gros souci d’outils et de vision du monde. Trop de crises dans la face et pas assez de burnes. Technologiquement périmés, attachés à des trucs qui seront morts dans dix ans. Moins dépressifs que les quadras, mais issus de la classe dominante.(…) Faut fuir ces bouquins à la con bourrés de névrose bourgeoise..."

Pourtant j'estime que "la littérature des trentenaires" n'est pas une mode mais bel et bien un nouveau courant littéraire à part entière. On pourrait le dater de la fin des années 90 aux années 2000, une époque traversée de crises économique et sociale, la remise en cause d'un modèle, celui des baby-boomers, leurs parents.
Ses auteurs (dont les précurseurs seraient Michel Houellebecq, Vincent Ravalec ou encore Virginie Despentes selon un article plutôt acide, intitulé "Culture et bonbon Haribo : Talkin' 'bout my generation..." ) sont les héritiers des romantiques et du spleen de leurs aînés des XVIIIe et XIXe siècle, d'Alfred de Musset à Chateaubriand en passant par Flaubert ou Alfred de Vigny…
Comme eux, ils ont pour maître-mot l'émotion et mettent en avant l'expression, à la première personne, de leurs sentiments et états d'âme. Comme eux, ils éprouvent le "mal du siècle", ce trouble existentiel qui ravagea toute une jeunesse désœuvrée, avide d'exprimer l'énergie de ses passions et de ses rêves, et consternée de ne pas trouver dans la société de la Restauration les appuis nécessaires à leur réalisation. Ou encore une sorte de spleen baudelairien. L'histoire se répète mais revêt de nouvelles formes, propres à l'époque et aux mutations qui la traversent.

Lorsqu'on évoque la "littérature trentenaire" ou les "romans trentenaires", ce sont d'abord des figures masculines qui viennent à l'esprit. Des anti-héros urbains, dandy et/ou looser, à la sensibilité à fleur de peau, en prise avec leurs états d'âme, leurs doutes, leurs paradoxes, tentant de faire des choix malgré tout. Plutôt maladroits ou cyniques, voire les deux parfois, ils ont gardé ce côté idéaliste de l'enfance et de l'adolescence pour lesquelles ils nourrissent la plus grande nostalgie. Des équilibristes, des personnages aériens qui ne craignent pas d'exposer leurs fragilités, leurs failles ou mêmes leurs lâchetés et qui rejettent les modèles matérialistes de leurs aînés en tentant de trouver une troisième voie. Au cinéma, ils trouvent leur incarnation parfaite dans le "Hypo" d'Un monde sans pitié ou encore dans les personnages généralement interprétés par Mathieu Amalric qui exprime toute la subtilité de leur personnalité.

Au féminin, la littérature trentenaires est encore trop associée à la célibattante du type Bridget Jones. Pas vraiment représentative de la sensibilité ci-dessus évoquée. Toutefois, des auteures comme Héléna Villovitch ou Anna Rozen ont a su dépeindre, avec originalité, leurs turpitudes féminines aussi bien affectives que professionnelles (en particulier la précarité) en restant fidèle à "l'esprit trentenaire" précédemment décrit. Au cinéma, les héroïnes de Cédric Klapisch ou Laurence Ferreira Barbosa la représentent assez bien.

Car il s'agit bien là d'un esprit, d'une attitude presque : un peu flottante, hésitante, rêveuse voire lunaire... Le personnage d'une (auto)fiction trentenaire est avant tout un personnage qui s'interroge, qui se cherche et se remet en question. Ce qui ne l'empêche pas d'enchaîner les tribulations parfois rocambolesques ! Et c'est ce qui le (ou la) rend en tout cas très attachant(e).

Ce n'est donc pas une question d'âge à proprement parler. Le héros d'un roman trentenaire peut être en réalité un pré-trentenaire (vingtaine) ou un quadra ("Mammifères" de Mérot). Constat que confirme Bernadette Bawin-Legros, auteur de "Génération désenchantée : le monde des trentenaires", qui explique que statistiquement les trentenaires n'existent pas (eh non !) puisque l'on parle d'une part de la tranche des 25-34 ans et d'autre part celles des 35-49 ans.
Bref, l'âge n'est finalement qu'un détail. En revanche la dimension "urbaine" est importante.
Le trentenaire est par essence une fleur de bitume comme Lamartine est indissociable des lacs ou Chateaubriand des falaises ! Il ne peut vivre que dans la ville, théâtre de ses déambulations : hanter ses bars, cafés, chambres de bonne, errer dans ses rues où à chaque carrefour une nouvelle rencontre peut surgir et changer sa vie, son agitation, son stress, son ultra-moderne solitude aussi, ses rumeurs, ses lumières naturelles ou artificielles, son chaos, sa magie, sa splendeur ou sa cruauté qui l'influencent, le guident ou l'enivrent. La littérature trentenaire est une "littérature de l'asphallte" pour reprendre l'expression de Samuel Benchetritt (auteur des "Chroniques de l'asphalte").
La littérature trentenaires exalte aussi le quotidien et sa poésie, ces "choses de la vie" qui ne font pas de bruit mais qui renferment tout.

Comme à chaque époque, la littérature des trentenaires est,elle-aussi, décriée. Parmi les deux grands reproches on trouve : sa dimension nombriliste (non "ouverte sur le monde") et d'autre part dépressive. Que répondre à ces "critiques" qui sont aussi celles généralement adressées à la littérature intimiste française ? Comme je l'ai déjà dit précédemment, on ne lit pas –nécessairement - un roman dans le but de s'instruire ou de comprendre "le monde" (les journaux remplissent très bien cette fonction). On peut aussi y rechercher avant tout des émotions (ce qui n'empêche pas la réflexion).
Entre peut-être aussi en compte une dimension d'identification pour les lecteurs appartenant à cette génération mais on constate que des lecteurs de tous âges s'y intéressent (s'y projettent et s'y reconnaissent).
Quant à la question dépressive, il suffit de se reporter à l'époque des romantiques où Goethe disait déjà "Le classicisme, c'est la santé; le romantisme, c'est la maladie". Si l'on craint la cure de prozac après ces lectures, mieux vaut en effet se contenter de regarder TF1 !

Pour conclure, citons cet autre billet du blog de Chloé Delaume où elle évoquait sa propre trentaine (finalement pas si anodine que cela...) à travers la métaphore du jeu vidéo :
"J’ai trente-trois ans. Le risque principal de la trentaine entamée, je le connais parfaitement. Des options de vie sont verrouillées, les barbelés peuvent être blessants, certaines clefs restent hors de portée, d’autres sont égarées dans les douves, des coffres enkystés triples tours le revers, les pénalités, la sortie des donjons par la porte de secours ça ne rapporte pas. Et tout se paie un jour. Chairement puisqu’en kilos. La partie est trop avancée pour envisager bien des choses, des choses comme des cheat codes en deus machina ou une arme magique transmise par l’auxiliaire au détour d’un plateau. Il y a des types et des degrés de compétences qui ne relèvent plus de l’envisageable, il faudra donc combiner sans. On peut rebooter, c’est vrai, bien sûr et heureusement. De manière générale. Reprendre un nouveau personnage, redéfinir un environnement, une temporalité externe et intérieure, le champ d’interaction, la thématique des quêtes. Mais le biotope me convient, la narration aussi, les PNJ, les autres joueurs. Ca fait sept ans que j’ai commencé, la prise en main n’était pas simple, j’ai reconfiguré des tas de fois et perdu très gros aux enchères. Pourtant c’est là que ça se passe, pour moi. C’est ce jeu là, c’est évident. D’ailleurs j’ai décidé de poursuivre. Poursuivre à la trentaine entamée, le risque principal, je connais la chanson. Couplets rancœur, refrain regret : on appelle ça la frustration." (...lire la suite : www.chloedelaume.net/rem353)

Voir aussi : une sélection de littérature trentenaires
...et au rayon socio :

1. Le vendredi 17 novembre 2006 à 14:14, par secondflore

Quand j'étais ado, je me disais "Vivement la trentaine". Et pourtant je n’avais pas lu cette belle citation de Montherlant !
Bon anniversaire – et que la « réalisation » soit au rendez-vous !
Mais je pense que tu as pris de l’avance.

Quant aux « littératures trentenaires », c’est vrai, elle sont souvent en phase avec l’époque. Parfois en plein dedans, les pieds dans le plat. Parfois un peu engluée. Souvent je préférerais qu’elle nous en fasse sortir un peu – un pied dedans un pied dehors (Jaenada était encore trentenaire quand il écrivait Le Chameau sauvage, non ?)
Il est vrai que l’époque manque cruellement de fantaisie…

Welcome in the club ! ;-))

2. Le vendredi 17 novembre 2006 à 15:18, par Christophe Greuet

Et ben très joyeux anniversaire alors... J'en profite aussi pour te souhaiter que l'année soit belle pour toi, car pour moi, l'année des trente ans, ca a été grosse déprime !

3. Le lundi 20 novembre 2006 à 11:10, par aurelhie

Je viens juste de prendre le temps de lire ton article, fort intéressant au demeurant, et... bon anniversaire ! ! ! :-)

4. Le lundi 20 novembre 2006 à 12:07, par Alexandra

Merci mes chers co-trentenaires et Aurélhie (pas encore trentenaire je crois ?) !
Mais sinon que pensez-vous de ma "thèse" selon laquelle la "littérature trentenaires" constitue un vrai courant littéraire et de ma comparaison avec le courant romantique ?
Exagérée ou pas si incohérente ? :-)

PS : oui Jaenada avait bien 30 ans au moment du Chameau sauvage.

5. Le lundi 20 novembre 2006 à 14:58, par secondflore

Un "courant" ? Je n'y crois guère... Un courant, je pense, a toujours conscience de lui-même - il a ses théoriciens, ses leaders, etc.
C'est d'ailleurs bien ce qui s'est passé avec le romantisme - il s'opposait vraiment au classicisme, avec un souffle qui manque aujourd'hui.
Les "littératures trentenaires" aujourd'hui (et leurs auteurs!) me semblent pour l'instant trop modestes pour qu'on puisse parler de "courant".
Pour autant, il y a indéniablement des tendances, des points communs... Des initiatives, aussi. Qui sait, tout cela prendra peut-être bientôt une forme ?
En creusant, qui sait, tu pourrais en être la théoricienne... ;-)

(L'ensemble en tout cas mérite d'être creusé - moi-même je me sens flou sur le sujet... à suivre!)

6. Le lundi 20 novembre 2006 à 20:50, par yann

Bh déjà qu'on nous a collé les romnatique comme littérature de l'adolescence, on va pas nous la recoller dessus indéfiniment non?
Halte là merde!

Et puis les problemes des trentenaires d'aujourd'hui sont assez spécifiques, nous sommes les premier à savoir sciemment que notre economie et notre économie sombre ou va sombrer; a la limite je me/nous trouve plus proche des expressionstes des années 20 (de l'art dégénéré) que des romantiques.

Mais bon hein ce n'est que mon avis...

Yann (ne le 11/09/1976... Et vi...)
;)))

7. Le mardi 21 novembre 2006 à 12:31, par Alexandra

Oh ! un 1976 :-)
Ce que je voulais dire en rapprochant la littérature trentenaires des romantiques, c'est qu'ils partagent une inspiration commune. Par contre il est évident que la génération concernée en l'occurence la nôtre ne s'y reconnaît pas systématiquement et certains la rejettent en bloc [ en revanche si une quelconque personne sur ce site est aussi amateur qu'il se fasse connaître sans hésiter, j'avoue que ça me ferait plaisir :-) ].
Précision : la littérature trentenaires au sens romanesque, n'est pas à confondre avec les ouvrages (parfois de pseudo-) sociologie sur la question.
J'ai tout de même la sensation que lorsqu'on parle de "littérature trentenaires" ou de "courant culturel trentenaire", on a tous une perception (à laquelle on adhère ou non) de ce que cela représente d'où l'idée de courant littéraire.
Mais comme tu dis second flore, cela manque peut être encore, récence oblige, de poids.

8. Le mardi 21 novembre 2006 à 13:44, par yann

bon en fait ce qui me gene c'est de nous ramener à une classe d'age. C'est un peu con quand on y pense dans 10 ans on fera quoi? De la litterature de quarantenaire pendant que les "nouveaux trentenaires" nous tirerons dessus a boulet rouge...

Je pense qu'effectivement il y a un courant commun de questions, de vision du monde parmi les gens qui ont trente ans aujourd'hui, mais zut trouvont nous un nom quoi...

amicalement

yann (76 power!)

9. Le mardi 21 novembre 2006 à 13:53, par Alexandra

Oui c'est vrai que l'intitulé trentenaire peut dérouter alors que c'est bien plus large que cela en fait d'ailleurs comme je le dis l'âge n'est finalement qu'un détail dans ce "courant". Il s'est trouvé néanmoins que cet âge trouve une certaine symbolique romanesque (âge charnière, etc); il reste néanmoins attaché à la période de la fin des années 90 ou 2000. Les trentenaires du siècle prochain n'auront probablement pas la même vision mais le nom restera. c'est un peu comme "la nouvelle vague". Ni Godard ni Varda ne sont plus de jeunes avant-gardistes mais le terme demeure et on sait très bien ce qu'il désigne.

Alexandra (76 for ever)

10. Le mardi 21 novembre 2006 à 16:19, par secondflore

On va bien finir par le trouver, ce nom. Yann a raison, "trentenaire" est périssable, or il ne s'agit pas d'avoir trente ans (ça, c'est une invention L'Oreal/Cosmopolitan), mais d'avoir trente ans (et qqs) aujourd'hui.
Allez, on continue à lire et on le trouve, ce nom ! :-)

(B., poisson, 1974)

11. Le mardi 21 novembre 2006 à 22:36, par MonsterJack

Je pense que vous manquez singulièrement de recul.
Vous connaissez parfaitement les auteurs que vous surnommez les trentenaires et les auteurs dit classiques. Mais entre les deux?
Tous ces auteurs qui ont publié et dont la renommée n'a survécu qu'à leur brève contemporanéité?
A les lire dans les années 70, 80 je ne vois guère de différence avec ceux d'aujourd'hui.

A ce propos, il serait urgent de relire les romans de Valérie Valère à titre de comparaison pour faire avancer le débat...

12. Le mercredi 22 novembre 2006 à 12:32, par Alexandra

Oui c'est clair qu'il manque le recul mais on va dire que je suis visionnaire alors (hein rien que ça !). On se donne rendez-vous dans 50 ans ?

PS : Monster n'a pas donné son millésime...

13. Le mercredi 22 novembre 2006 à 20:07, par MonsterJack

Ce que je voulais dire c'est qu'en 1977 quand j'étais pas encore majeur, nous chantions tous No Future, déjà la crise était là, économique, politique, artistique. Une génération voulait balayer tout celà.
Je me revois en 1978 au bac de Français (dont le sujet était : "Un héros peut-il être médiocre?") prendre Candide comme contre exemple du héros classique.

Le vrai problème, c'est que depuis des lustres plus personne ne sait écrire une histoire avec un vrai héros. Tout le monde se complait dans la facilité de décrire la médiocrité de notre époque. Et je dois dire que c'est lassant de ne jamais pouvoir rêver, être transporté par un texte.

Encore reste-t-il Alexandra, pimpante trentenaire, avec ses coups de gueule, ses espoirs, sa foi...

MonsterJack

PS : Pour le millésime, je vous ai laissé quelques indices, non?

14. Le jeudi 23 novembre 2006 à 13:23, par Alexandra

hé hé, merci pour ces "indices" :-)
Mais "ton époque" est aussi,a priori, celle des auteurs que j'associe au courant trentenaires en particulier quand je parle de Ravalec ou de Houellebecq qui en sont les précurseurs donc les aspirations sont similaires aux trentenaires d'aujourd'hui.

Je ne suis - bien sûr- pas d'accord avec ton analyse. Décrire la médiocrité c'est un art et d'ailleurs ce n'est pas tant sa médiocrité qui est ici décrite mais surtout un malaise existenciel et les héros ont bel et bien une épaisseur psychologique. Bien sûr ce n'est pas Disneyland si c'est ce que tu entendais...

Question subsidiaire : je lis et entends souvent parler de néo-hussard pour certains des auteurs dits trentenaires.
Je n'ai jamais bien compris ce que cela désignait et d'où venait cette comparaison (qui m'évoque la cavalerie...) ? Pour ma part, je ne leur vois pas de parenté par exemple avec un Nimier... Si qqn pouvait m'éclairer ?

PS pour Monster : info sur une écrivain qui apparemment te fait rêver et dont le texte "te transporte" :-) buzz.litteraire.free.fr/d...

15. Le jeudi 23 novembre 2006 à 16:41, par secondflore

Les "hussards", c'est un nom qu'avait inventé Bernard Frank au début des 50s, dans un article des Temps Modernes qu'il avait intitulé "Grognards et hussards" (parmi les grognards : Paul Morand et d'autres que la guerre avait oubliés ; les "hussards" étant les jeunes Blondin, Nimier & co).

Je parierais que le qualificatif "néo-hussards" a été utilisé par des journalistes qui n'avaient pas le temps de trouver un nom à ce qu'ils pressentaient comme une génération nouvelle.
Je vais vérifier ça ! En commençant par la source : "Grognards et hussards" a été le 1er livre réédité par Le Dilettante.

A suivre !

16. Le jeudi 23 novembre 2006 à 23:24, par MonsterJack

Rhaaa! Ce que tu peux être agaçante Alexandra!!! Mais, j'aime, finalement :-)

Je ne parlais pas de Disneyland et tu le sais très bien. Et je tombe dans le panneau, mais tu as foutu en l'air une partie de ma soirée (même si elle est petite, minuscule, microscopique, mécaniquement quantique)!

Bien sûr que "les héros ont bel et bien une épaisseur psychologique", là n'est pas le problème. Bien sûr que décrire le malaise existenciel est un art mais, ILS le font tous. Toi aussi tu pourrais le faire, moi aussi. Mais nous n'écrivons pas, car nous ferions comme les autres. Car c'est difficile de bâtir une histoire qui ne parlerait pas de nous, qui ferait abstraction de notre "moi".
Je pense qu'être écrivain c'est être autre chose que soit. C'est comme pour un comédien qui ne jouerait que ce qu'il est dans la vie courante, serait-ce un comédien?

Le malaise existenciel pullule sur une quantité astronomique de pages noircies de JE...et JE me noie dans cette écriture quelque peu uniforme.

The Magical MonsterJack Tour

PS pour Alexandra : Merci pour l'info (mais il y a malheureusement aussi Marc Lévy sur la Une)! Au fait, as-tu lu A. Monnehay, avant sa "starisation"?

17. Le vendredi 24 novembre 2006 à 13:02, par Alexandra

Moi agaçante ? C'est ce que me dit mon cher et tendre à peu près tous les jours donc je vais finir par le croire ! Non en fait je donne juste mon avis avec un peu de vivacité parfois (mais ça devrait passer, avec mes 30 ans, je vais devenir lune bonne soupe bien tiède je pense :-)

Je crois qu'il ne faut pas confondre littérature trentenaires et autofiction ! Même s'il est vrai que la veine autobiographique est assez présente chez ces auteurs mais je ne crois pas que cela ait une importance.
Après que l'on apprécie pas ce style littéraire, c'est autre chose et ça je le comprends très bien.

Merci second flore pour tes éclairages très intéressants. Je vais peut être enfin percer le mystère de ces néo hussards !
J'aimerais bien savoir à quoi cela correspond... ?
A propos de Neuhoff aussi classé dans cette catégorie, on peut lire par ex : "Neuhoff a gardé ce style néo-hussard qui ravit et irrite à la fois, ce regard cruel, cet humour morbide, cinglant, mélancolique et surtout cette "futilité profonde", la marque de fabrique des adolescents géniaux dont on espère qu'un jour ils deviendront de grands écrivains."
Serait ce donc cela ? Je suis dubitative et je n'ai jamais lu Bernard Franck...

PS Monster : Je n'ai pas lu personnellement Miss Monnehay (A ou M au choix...). C'est une autre lectrice qui s'en est chargée. D'ailleurs j'attends toujours son extrait qui ne devrait plus tarder!

18. Le dimanche 26 novembre 2006 à 14:37, par yann

bon désolé mais là non. monterjack halte là aux pensums!!!

"Ce que je voulais dire c'est qu'en 1977 quand j'étais pas encore majeur, nous chantions tous No Future, déjà la crise était là, économique, politique, artistique. Une génération voulait balayer tout celà."
Déjà grosse erreur, malgres ce que la generation de post 68 (nos parents!) veulent croire nous n'avons pas les mêmes aspirations. En 70 une société se construisait et les mouvements punk voulait s'y opposer, proposer autre chose. Notre génération ne propose plus rien. Nous sommes la génération post mur, sida, consomation à outrance. Nous pressentons que le monde dans lequel nous vivons va s'écrouler et nous attendons que quelque chose arrive, pour l'instant les bases sont trop absurdes pour construire quelque chose.
D'autre part nous sommes la premiere generation de l'histoire à savoir que en gros à la fin de notre vie- quoi qu'il nous arrive- nous serons certainement plus pauvres que nos parents. Nous sommes les enfants de ceux qui ont construit un monde égotique et bouffé la planete, nous attendons qu'ils crevent pour essayer de réparer un peu tout ça.

"Le vrai problème, c'est que depuis des lustres plus personne ne sait écrire une histoire avec un vrai héros."

Et BEE? Et echenoz? Et houellebecq?? et... il n'ont pas de heros peut etre?

"Tout le monde se complait dans la facilité de décrire la médiocrité de notre époque. "

Certes mais bon balzac, zola, flaubert, chateaubriand, proust,tolstoi, gogol, mauriac ils ont fait quoi en leur temps si ce n'est "décrire la médiocrité de leur époque"? (en fait chez les classique (hors sf ou aventure) à part dumas et vernes je ne vois pas qui n'a pas parlé de son époque)

"Le malaise existenciel pullule sur une quantité astronomique de pages noircies de JE...et JE me noie dans cette écriture quelque peu uniforme."

Bah peut etre parce que dans un génération ou les ideaux se sont severement cassé la geule, on evite de les trimballler a toutes les sauces, en plus en general c'est illisible (ex: un medecin de campagne de balzac) alors on parle de son approche du monde, de sa façon de voir. Maintenant il faut quand même bien être naif pour croire que le "je" parle forcement de l'écrivain. Dire "je" c'est proposer un point de vue, c'est souvent plus la façon de passer une idée, alors que les personnages sont bien plus souvent autobiographiques (ex flaubert et madame bovary).

Par contre dans la 30 generation, si une chose change c'est la rapport au corps, l'entrée en masse de la biologie comme sujet de discours. On peut trouver ça lassant, rebarbatif, certainement le symptome d'un repli sur soi... En tous cas c'est du nouveau les heros de la littérature contemporaines sont biologiques centrés sur le corps là ou les heros precedant étaient centrés sur le costume et les relations de classe...

allez je m'arrette là.

yann (auteur à insuccés)

ps: rassurez vous, mes mots depassent ma pensée exacte, mais aprés bourdieu, j'adapte mon discours aux medias de l'immédiat, du rapide: je con-danse...

19. Le lundi 27 novembre 2006 à 11:47, par Alexandra

Si mes calculs sont exacts, je pense que Monster appartient plutôt à la génération intermédiaire entre nos parents et nous. La génération de Ravalec on va dire (née dans les années 60).
Pour en revenir à notre génération de trentenaires, je ne sais pas si nous "ne proposons plus rien" mais j'ai la sensation que nous avons juste envie d'autre chose que les voies toutes tracées suivies par nos aînés d'où la sensation de flottement et le zapping permanent.

Pour aller plus loin, j'ai l'impression que "la définition du bonheur" même a changé. Elle rime plus avec liberté qu'avec matérialisme. Le livre récent de Flore Vasseur l'illustre bien.

Sinon suis assez d'accord avec ton développement. Mais je reste intriguée sur le rapport au corps. A quels auteurs pensais-tu ?
Je pense à l'auto-destruction alors.

20. Le lundi 27 novembre 2006 à 13:32, par yann

bah darieuseq evidemment, houellebecq dans une certaine mesure (dans platforme), mauvigner (apprendre à finir)... par exemple.

En contre exemple je pose american psycho comme absolument non biologique, pat bateman est un pur esprit on ne sait rien de son corps (même s'il dechiquete celui des autres).

Et sinon oui je crois que nous sommes un peu des "décçus du matérialisme" même si ce n'est pas aussi evident que ça et que l'argent n'est jamais vraiment loin...

amitiés

yann

21. Le lundi 27 novembre 2006 à 19:31, par MonsterJack

Ouah Yann gros coup de gueule!! Ca doit faire mal!!!

Mais quand même, je rectifie juste quelques contresens générationnels. Le message du mouvement punk (musical en europe et plutôt artistique aux states) était : virons tous ces vieux cons de soixante-huitards qui se sont arrogés tous les pouvoirs (no future) et nous emprisonnent dans une société qu'ils ont rendu sciemment lénifiante.

Vous ne faites pas partis de la génération post Mur (fin des années 80), Sida qui touche toutes les générations, Consommation à outrance car le message de 68 était déjà halte à la société de consommation.

Vous n'attendez rien. Qu'est-ce qui pourrait bien arriver qui puisse vous permettre d'agir après le D-Day? Le nucléaire menace la terre depuis 1945. Certes certains protagonistes ont changé, mais la menace n'en est ni plus ni moins vive. Quand à l'écologie, elle existe depuis le début des années 70. Notament avec un certain M. Dumont (je crois) qui nous montrait un verre d'eau du robinet appelée à devenir précieuse et rare lors des campagnes aux élections présidentielles. 30 années pour qu'une partie de la planête en prenne conscience!

Vous nous citez quelques auteurs, qui effectivement devraient certainement passer à la postérité. C'est bien peu au vu du nombre d'ouvrages publiés chaque année. Et dire que les Classiques parlaient de la médiocrité n'est pas tout à fait juste. Ils décrivaient la condition sociale et humaine, fustigeaient l'injustice, décriaient la pauvreté de la majorité défavorisée, et condamnaient le déséquilibre des classes. Ils le faisaient en Littérature. Ils ne le faisaient pas comme la plupart des auteurs d'aujourd'hui (je n'ai pas dit "tous" Alexandra!) qui regardent par leur fenêtre et décrivent le petit monde gravitant autour d'eux.

Bon j'avoue que j'exagère un peu (beaucoup!) mais, pour ne prendre que des auteurs contemporains reconnus, je pense à Cocteau, Camus, Nabokov, Faulkner etc et plus récemment Nick Mc Donell ou Hitomi Kanehara, il n'y a pas photo n'est-ce pas avec la plupart des auteurs actuels. Certes leurs écritures peuvent être cristalines, les mots s'enchaîner bien, les phrases sonner agréablement mais, ce n'est ni de la Littérature, ni de la poésie (tout le monde ne peut être Cocteau), c'est entre les deux, c'est pire car beaucoup de gens peuvent écrire ainsi, peut-être grâce à l'élévation du niveau de la scolarité, ceci expliquant le nombre sans cesse croissant de publications. Mais le nombre de "génials" écrivains ne peut croître proportionnellement, ce qui, d'un côté, est rassurant.
Ouf je sens que je fais un peu long là!

La définition du bonheur n'a pas changé. Elle rime plus avec la liberté que le matérialisme, tel était déjà le message des années 60. Mais le bonheur existe-t-il vraiment? Ne se réfugie-t-il pas tout simplement dans la futilité de l'instant présent?

MonsterJack

PS : j'ai conscience que tout cela est fatalement réducteur, la faute à l'étroitesse du support. Mais en attendant qu'Alexandra nous organise de temps à autre un débat dans un café ou ailleurs, faisons avec ce merveilleux outil qu'est le Buzz Littéraire. Amitiés MJ

22. Le lundi 27 novembre 2006 à 23:20, par yann

bon alors.

Les punk voulaient virer les 68 ard, nous attendons qu'ils crevent en bouffant les restes de leur monde.

Pas partie de la génération post mur? Ah ben merde j'avais 13 ans en 1989, je pense pouvoir dire que la bipolarité a peu influencé la construction de ma pensée politique.

Le Sida touche toutes les générations, certes mais nous avons TOUJOURS baisé avec des capotes, nous avons eu cette menace avant même de commencer à baiser, ce qui n'est pas le cas de toutes les generations.

Consomation à outance; désolé mais le coup du discours ne m'interresse pas je regarde les faits. Et dans les faits notre soicété est dans la consomation à outrance ce qu'elle n'était pas encore en 1968...

Nous n'attendons rien??? Bah simplement le systeme economique va se peter la geule. Nous le savons tous. Et cela va changer nos vies autant qu'hiroshima. Quant à l'ecologie elle servait de bonne conscience au 68 ard qui roulait en wv , nous nous savons qu'avant que nous ayons 40 ans le pétrole n'existera plus, et les glaciers pas sur...

Enfin, enfin... La diatribe sur le nombre d'auteur inutile est vraiment à se taper la tete contre les murs. Dans chaque generation il y a 98% de pertes et dans tous les arts. Evidemment que les oeuvres ne passeront pas toutes a la postérité mais si on ecrit rien aujourd'hui comment savoir ce qui restera demain?

Et accesoirement je pense que l'ouverture des moyens de pubication est une chance pour la littérature pour la premiere fois presque toutes les couches sociales ont accés à l'ecrit et non plus seulement les bourgeois...

Quant au bonheur on est d'accord, dans le fond je le trouve un peu vain... Mais bon c'est un autre debat.

yann

23. Le mardi 28 novembre 2006 à 13:06, par Alexandra

Ah oui effectivement, l'hyperconscience quasi biologique du corps m'avait marqué chez Houellebecq (son profil de scientifique ?). Nous allons bientôt en parler d'ailleurs plus précisément sur le Buzz littéraire. Egalement chez Nicolas Fargues récemment qu'on aime ou pas...

Bon Monster, je vais te rajouter des points sur ta copie sur Virgine Despentes suite à ta brillante démonstration de trentenaires !
En ce qui concerne la question de passer ou non à la postérité, je pense qu'il est difficile de l'estimer aujourd'hui. En tout cas la tendance (ou le courant) devrait marquer l'époque et qu'on s'en souviendra en l'an 2050 quand on évoquera les années 90/2000 après je ne sais pas quel qualificatif sera retenu (autofiction ? trentenaire ? nombriliste ?). Je vote juste pour trentenaire. Perso, à l'époque de Sagan, je n'aurai pas parié un sous sur sa postérité donc bon... Cela n'a rien de mathématique il me semble...

En ce qui concerne le désintérêt matérialiste, la génération 68 l'a chanté sans l'appliquer et nous l'appliquons.

24. Le mardi 28 novembre 2006 à 19:54, par MonsterJack

Parfois, (j'ai dis parfois, pas toujours), Alexandra, je me demande dans quel monde tu vis?

"En ce qui concerne le désintérêt matérialiste, la génération 68 l'a chanté sans l'appliquer et nous l'appliquons."

A notre époque où le gadget technologique est roi? Où la génération trentenaire est rivée à ses jeux vidéo sur ordi ou console?
Où le téléphone portable ne décroche plus de l'oreille et devient même un objet de mode?
Où, selon les sondages d'opinion, une majorité de jeunes souhaiteraient avoir une carrière de fonctionnaires?

Dans quel monde vis-tu Alexandra? Dis-le moi en toute hâte, car j'aimerais vraiment survivre dans le tiens...


25. Le mardi 28 novembre 2006 à 20:31, par yann

ouh là, alors là perso je passe la main; j'ai déjà un fan de finkelkraut (?) (un antimoderne quoi) à la maison...

bon courage alex!!!

yann

26. Le mercredi 29 novembre 2006 à 09:37, par Nicolas Cauchy

Ils sont trentenaire, urbains et engagés, ils tiennent un blog. Manquerait plus qu'ils écrivent un livre pour paraitre dans le Buzz:

www.dailymotion.com/video...

27. Le mercredi 29 novembre 2006 à 11:29, par secondflore

Tiens! Cette fois je me retrouve chez MonsterJack...
Quand tu parles de "désintérêt matérliaste", tu ne parles pas sérieusement de dédain pour le matérialisme ?
S'il s'agit d'un certain désintérêt général (type "bof génération") qui se traduit dans un matérialisme mou (genre je consomme sans avoir conscience de consommer), alors là oui, je comprends mieux !

Bon, j'exagère... Mais le dédain pour le matérialisme se fait plutôt sentir dans la génération à venir - peut-être que nous autres, tout jeunes trentenaires, sommes en avance ;-))

28. Le mercredi 29 novembre 2006 à 13:00, par Alexandra

Monster, dans quel monde je vis ?
lol mais dans le même que le tien (enfin je crois !).
Une économie capitaliste occidentale, gangrenée par un système social en crise, une société terrorisée par le changement, cherchant toujours des responsables à ses maux divers et variés (en général les hommes politiques font très bien l'affaire). Mais bref je m'égare...
Plus sérieusement, je ne sais pas si mon cas et celui de mon entourage proche est représentatif.
Mais... Mais j'ai l'impression que notre génération donc celle née au cours des années 70 et début des années 80 n'a pas pour priorité absolue le travail, au sens de valeur et de statut social, et donc de gagner toujours plus d'argent. Le mythe du golden boy qui s'épuise au travail a passé. Je constate plutôt un rejet de l'entreprise et la volonté d'avoir plus de temps libre même si cela doit passer par quelques renoncements financiers. Cela ne veut pas dire que notre génération n'a plus d'ambition mais qu'elle la situe ailleurs. La littérature trentenaires reflète bien ce changement de priorités avec des héros qui sont souvent entre 2 jobs ou qui ne travaillent pas (Rmiste, chomeur, intérimaire, parasite mondain dit "crevard" pr certains...)...
Pour citer la bible de cet esprit : le fameux Génération X de Douglas Coupland, ma référence personelle :
buzz.litteraire.free.fr/d...

Plus récemment Flore Vasseur s'est essayée au même style (sans en avoir hélas la puissance littéraire) et tourne en satire un système économique qui n'apporte plus aucune satisfaction personnelle :
buzz.litteraire.free.fr/d...

ou encore Gringoland, sans succès non plus : buzz.litteraire.free.fr/d...

Mais l'idée est là : le désintérêt pour un système d'entreprise rigide et un salariat, certes source de confort matériel, mais tellement inhibant et frustrant d'un point de vue personnel...

Et pour en finir, j'aurais plutôt tendance à penser que la génération suivante, née à la fin des années 80/début des années 90 rejoint plutôt la mentalité baby-boomer, avec la sécurité de l'emploi et le confort matériel, sans aucune prise de risque, liberté de pensée ou imagination. Une nette tendance régressive se fait sentir... Ce qui n'est guère réjouissant...

29. Le mercredi 29 novembre 2006 à 20:26, par MonsterJack

Ca y est, je crois que nous avons réussi à caler (temporairement?)nos fréquences (l'aiguille est bien centrée)!

En effet, je partage sans réserve ton analyse si tu places le terme "matérialisme" sous ce regard. Oui effectivement, la génération trentenaire ne situe pas la reconnaissance sociale dans le travail et place sa priorité dans un allongement du temps libre. Pour en faire quoi? (léger tressautement de l'aiguille)

Je suis également en accord avec ta définition sur la littérature trentenaire et en particulier sur ses héros (beau fixe, aiguille plein centre)qui comme tu le soulignes sont le reflet du quotidien de cette génération. Mais comme je le disais précédemment,ce réalisme manque singulièrement de poésie et d'enthousiasme (aie, légère déviance de l'aiguille). Plutôt que de transporter (je sais j'utilise souvent ce terme) ses lecteurs (trentenaire pour la plupart?) ailleurs, l'écrivain les replonge dans leur quotidien(aiguille franchement décentrée).

"Cela ne veut pas dire que notre génération n'a plus d'ambition mais qu'elle la situe ailleurs." où? (aiguille dans le rouge, tu m'entends encore?) J'attends quelques éclaircissements, sachant que toi, tu es effectivement ailleurs (on en rediscutera peut-être plus tard), ce qui n'est pas le cas de la majorité.

Quand à ma position sur le matérialisme de la génération trentenaire, peut-être faut-il, comme tu le penses, que je la décale à la génération suivante (il faut bien que quelqu'un paie la note!) et dans ce cas je vois que nous partageons la même approche (pas vu passer l'aiguille!).

Tout comme j'ai bien aimé le commentaire de secondflore : "je consomme sans avoir conscience de consommer" qui résume bien ce que je voulais exprimer, mais lui... il est écrivain trentenaire! :-)

30. Le vendredi 1 décembre 2006 à 12:27, par Alexandra

Monster a encore frappé (et à coup d'aiguilles cette fois, attention ou je sors mes pics à glace !)
Je rebondis sur ta question intéressante : Oui effectivement, la génération trentenaire ne situe pas la reconnaissance sociale dans le travail et place sa priorité dans un allongement du temps libre. Pour en faire quoi?

Si je prends mon cas perso, qui est aussi celui de pas mal de mes proches même si je suis la plus extrémiste dans l'application, j'ai décidé l'année de mes 30 ans, disons depuis le début 2006 de vraiment m'extraire du système (le processus est engagé depuis un certain temps, depuis que j'ai mis les pieds sur le marché du travail soit vers l'âge de 21 ans) dans le sens où je ne tiens plus du tout à dépendre de qui que ce soit (statut indépendant et rejet du salariat) mais également que j'ai décidé de "travailler" au sens alimentaire du terme le strict minimum et de disposer de mon temps comme j'en ai envie. Pour moi la vraie richesse c'est le temps. ce n'est pas du tout de posséder un loft ou une belle voiture... Pour en faire quoi ? Des choses toutes simples mais finalement essentielles avec en 1e lieu passer le plus de temps avec mon amoureux, ma famille, mes amis, lire, écrire (sur ce que je veux et non des sujets imposés), rêver, créer (le buzz littéraire par ex !), pouvoir ne pas me lever un matin si je ne le sens pas, prendre un billet de train pour n'importe où sur un coup de tête... Surtout, avoir le minimum de contraintes et de comptes à rendre, garder la tête libre de tout formatage ou de culture d'entreprise / système de consommation... Avoir le temps de vivre en somme et ne pas attendre l'âge de la retraite (que nous n'aurons pas de toute façon) pour cela...
Autres petits détails révélateurs : je n'ai pas de portable (oui je sais "sacrilège" !) ni de montre. Je me fous royalement de l'opinion sociale sur ma vie et mes choix.
Ce comportement a aussi une dimension égocentrique il faut quand même l'avouer (enfin certains choisissent de s'engager dans l'humanitaire ou autre donc je ne suis pas forcément la plus représentative là-dessus !).

Pour reprendre un axe littéraire, je dirai que je me situe en plein dans "la génération fight club" (livre qui rejoint d'ailleurs la dimension corporelle qu'évoquait Yann)

Je cite : ""Tu as une classe entière de jeunes hommes et femmes forts et solides, et ils veulent donner leur vie pour quelque chose. La publicité les fait tous courir après des voitures ou des vêtements dont ils n'ont pas besoin. Des générations entières travaillent dans des métiers qu'ils haïssent, uniquement pour qu'ils puissent acheter ce dont ils n'ont pas vraiment besoin. Nous n'avons pas de grande guerre dans notre génération, ni de grande dépression, mais si, pourtant, nous avons bien une grande guerre de l'esprit. Nous avons une grande révolution contre la culture. La grande dépression c'est nos existences. Nous avons une grande dépression spirituelle."
buzz.litteraire.free.fr/d...

31. Le vendredi 1 décembre 2006 à 14:25, par yann

Alexandra je ne sais pas si cette "generation" existe mais en tout cas sans se connaitre nous avons suivi les mêmes chemin.
J'ai pour ma part divisé par trois mon salaire afin d'avoir du temps pour écrire.

Peut etre sommes nous des jumeaux comsiques???
;)))

yann (cosmic generation?)

32. Le vendredi 1 décembre 2006 à 21:18, par MonsterJack

Alexandra, c'est marrant ton coup du téléphone portable!

Figure-toi que je voulais te lancer une petite provoc -dont j'ai le secret :-) quand nous abordions le thème du matérialisme et que j'évoquais plus particulièrement les gadgets technologiques. Je voulais te lancer : « Il y a un an j'ai rendu mon téléphone portable à mon opérateur, si tu n'es pas matérialiste, ose le rendre! » C'était bien entendu avant que nous tombions d'accord sur la génération trentenaire et du coup je n'ai pas eu l'occasion de te l'écrire.
C'est vrai je l'ai rendu et je ne suis pas un anti-moderne, Yann!

Alexandra, il y a tant de similitude dans notre façon de penser, d'agir et comme tu te plais à me traiter (mal parfois!) de doyen, je pense que cela dépasse le cadre générationnel. Mais je ne veux pas te faire une réponse sans prendre le temps de poser mes mots, vu que tu as pris la peine de bien rédiger les réponses à mes questions. Et ce soir je suis un peu las. Je reprendrai plus tard...

En tout cas, tout ce que je peux déjà te dire, c'est que tu as raison d'entreprendre cette démarche.

The Tired MonsterJack Tour

PS : « Nous avons une grande dépression spirituelle », Michel Houellebecq vient d'y mettre fin !!! (On ne se refait pas, n'est-ce-pas? ;-) )

33. Le lundi 4 décembre 2006 à 12:25, par Alexandra

Oh ! un autre non-porteur de téléphone mobile !
Tu as remarqué comme cela jette un froid et un trouble proche de l'apoplexie lorsque tu annonces à ton interlocuteur que tu n'as pas de bip-bip portable ?
J'adore cet instant d'effroi presque palpable ou d'amusement incrédule qui se dessine alors sur son visage. Jouissif ! lol

The Buzz littéraire tour en pleine forme !

34. Le mardi 5 décembre 2006 à 08:47, par MonsterJack

Je tente de leur expliquer pourquoi le téléphone mobile est une ineptie et je ne reçois en retour qu’incrédulité ou pire, compassion.

De toute façon, j’ai souvent prêché dans le désert. Parfois quelques personnes m’ont accompagnées un bout de chemin, parfois plus. Alors la relation est intense et le débat enrichissant.
C’est ainsi que l’on se fait. Et on se sent bien dans sa peau, un autre être dans notre satanée époque, car au fond de nos yeux brille la lueur de ces rencontres qui nous rapprochent de notre absolu enfin vécu.
Ainsi, le cercle s’agrandit au hasard des rencontres, aux détours de quelques pages électroniques, à l’infini de l’ailleurs. Alors notre univers s’accroît et s’émancipe de la pensée monothéiste. (Amen)

Pour en revenir à tes piges, tu dois parfois te sentir très écartelée entre ton métier de journaliste, qui entretient et perpétue le système via les médias, et ton être profond. J’ai moi-même renoncé dès le départ à ce que je croyais être ma vocation, le journalisme, pour ces raisons.
Le formatage des journalistes qui doivent donner ce que les gens attendent, au contraire des philosophes qui sont dans un rôle d’éclaireur.
Mais ces propos devraient aller sur la page traitant du rôle des journalistes. Sacré découpage, je suis contre l’étanchéité des cloisons ! :-)

Bon j’abrège, il y a du monde qui attend derrière la porte…

The MMT

Un dernier mot, je n’y résiste pas, je constate que « mon héroïne préférée » s’émancipe en prenant son destin en main, ce que ses congénères trentenaires couchés sur le papier sont bien incapable de faire ! :-)

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Cet espace est destiné à échanger sur l'article ci-dessus, en évitant les hors-sujets, selon la nétiquette. Merci à vous.


1. Le lundi 20 novembre 2006 à 17:20, de Second Flore

Est-ce que j’ai une gueule de génération sacrifiée?

La thèse n’est pas neuve : la génération 68 s’est installée au pouvoir en évinçant parents et enfants; la génération nouvelle se prépare à la révolte. Et entre les deux, celle des trentenaires, génération oubliée qui n’aura jamais...

2. Le lundi 27 novembre 2006 à 10:05, de Jour et heure - Nicolas Cauchy

Aurore au Boobies

Voici donc Aurore retravaillée. Ce n’est plus la jolie blonde qui danse autour d’un bâton, mais une post-trentenaire vraiment très seule qui espère bien faire la rencontre décisive. Voilà Jean, justement. Elle raconte sa version de...

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