Anna Gavalda boycotte la presse pour son nouveau roman (03/08)

De plus en plus d’écrivains commencent à refuser de jouer le jeu (cirque ?) de la promo médias, face à des journalistes qui s’intéressent plus à leur vie privée, leurs cheveux…, ou à leurs réactions sur des phénomènes de société/politique, la météo…, sans réellement s’intéresser à leur travail littéraire. On se souvient par exemple de Frédéric Beigbeder qui, pour la sortie d' »Au secours… pardon » avait refusé tout passage TV et accepté seulement les interviews longues, permettant de réellement développer sa pensée et ses réponses, déplorant les journaux qui pratiquent l’interview express de type « trois questions à » dont le rendu ne reflète pas la pensée de l’auteur. Lucia Etxebarria faisait le même constat en déplorant qu’en Espagne les journalistes ne s’intéressaient jamais à ses livres mais plutôt à son image sulfureuse.

Anna Gavalda en a également assez de prendre la pose et de se mettre en avant alors que c’est son livre qu’elle souhaite avant tout offrir au public. (A noter qu’elle avait tout de même accepter, exceptionnellement une interview -assez flottante du reste- sur France Inter l’été dernier pour évoquer en avant- première ses nouveaux personnages).
Elle a donc décidé de ne pas rencontrer les journalistes pour la sortie de son prochain roman « La consolante » (l’histoire d’un homme architecte quadra, qui entreprend un long travail de deuil après avoir appris incidemment la mort d’une femme qu’il a connue quand il était enfant, tiré à 200 000 exemplaires). Elle répondra seulement par mail aux questions portant sur son roman et sur son écriture.
Elle s’en explique dans une lettre :

« Avant j’étais jeune et docile, je ne savais pas dire non et voulais faire plaisir à tout le monde, écrit Anna Gavalda. J’acceptais les demandes des photographes et répondais aux interviews alors même que je détestais cela, prendre la pose. Aujourd’hui, je suis vieille et revêche et voudrais n’en faire qu’à ma petite tête (de linotte?), c’est-à-dire continuer d’écrire, mais le plus discrètement possible. Ai-je tort, ai-je raison, je l’ignore, seulement je viens de passer deux ans (trois en comptant les rêveries préliminaires) dans la peau d’un homme qui, pour se réconcilier avec lui-même, décide de prendre le risque de (se) décevoir et me dis qu’il serait bon d’en prendre de la graine. Et puis j’ai toujours pensé que mes personnages avaient des vies plus intéressantes que la mienne…
Les malveillants diront « Elle se la pète », les bienveillants penseront « Elle a de la chance… ».
La chance, ou la faiblesse, de croire que ses personnages justement, sauront bien se défendre tout seuls…
Vieille, revêche et écervelée.
Voilà pour le cru 2008.
Mais attentive cependant.
Assez attentive pour répondre à toutes les interrogations que pourrait éveiller chez vous la lecture de ce nouveau roman.
Sachez donc que je me tiendrai de l’autre côté de l’écran et répliquerai de mon mieux pour me faire pardonner mon “manque de visibilité”…
Bien à vous,

A. G. »

5 Commentaires

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  1. Il y a aussi une différence. Elle peut vendre rien qu’avec son nom, pas comme les autres qui n’existent qu’à travers les rares minutes médiatiques.
    Pouvoir refuser montre le combien elle est "bankable".

    • laurence biava sur 1 février 2008 à 0 h 22 min
    • Répondre

    oui…, je suis partagée. Je lirais néanmoins son roman et lui
    dirai ce que j’en pense.
    lo

  2. N’oublions pas qu’A.Gavalda n’a pas toujours été une "bankable" pour reprendre ton expression (mais quelle expression horrible non ?!).

    A la sortie de "Je voudrais que quelqu’un…", elle était une parfaite inconnue, sans aucun réseau, elle n’a donné aucune itv et le bouche à oreille sur le livre (et uniquement le livre) s’est chargé du reste… Littell avait aussi refusé les interviews je crois (TV en tout cas de sûr). Cela n’a pas empêché son succès.

    Aujourd’hui il y a un vrai pb des médias (y compris ceux qui ne sont normalement pas du tout sur ce créneau là) voulant à tout prix peopoliser les écrivains (mais aussi tout artiste/personnalité…), en prenant les lecteurs pour des cons.

    Très peu de questions portent sur le travail littéraire/artistique, tout tourne autour de la personne en tant que telle et de sa vie privée. Je peux comprendre le ras le bol des auteurs…
    c’est courageux la démarche de Gavalda (je précise que je ne suis pas amateur de ses écrits par ailleurs, même si je les respecte.)

    • genye sur 15 février 2008 à 0 h 40 min
    • Répondre

    c’est fou, parce qu’elle dit de manière humble et discrète qu’elle laisse le livre vivre sa vie, on la croit ‘au dessus de la basse oeuvre’ que constituerait la promo…

    elle n’a en effet, jamais fait de vraie promo pour ses livres, et ça a marché…

    qu’importe de l’entendre parler, c’est la lire qui nous importe, non ?

    • mayol sur 4 mars 2009 à 15 h 15 min
    • Répondre

    merci Anna pour (enfin) un beau style d’écriture, pour le beau roman "la consolante", à lire, à….

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