jeudi 14 mai 2009
Coco Chanel : Get rich or die ("Coco avant Chanel" et "Mémoires de Coco" de Louise de Vilmorin)
Humeurs et autres curiosités littéraires #1389 rss

Mais aussi Louise de Vilmorin, figure mondaine des années 40, connue notamment pour son roman "Madame De" (également adapté à l'écran avec Carole Bouquet) et qui a donc également recueilli les confidences de Coco, largement faussées par cette dernière connue pour son goût de l'invention, dans un court ouvrage "Mémoires de Coco". C'est ce dernier que j'ai eu envie de lire, le préférant aux biographies sans doute plus exactes mais qui me semblaient très fastidieuses. Je n'aime pas les biographies au sens classique du terme qui n'ont en général aucun intérêt littéraire. C'est pourquoi ces Mémoires écrites par un écrivain m'attiraient davantage même si je n'aime pas spécialement la plume de Vilmorin (dont j'ai lu notamment "La lettre dans un taxi"), plume qui me rappelle celle de Françoise Sagan et qui a un je ne sais quoi de préciosité et de facilité, dans le mauvais sens du terme, qui m'agace.
Au final, j'aurais été déçue tant par le film que par ce livre... Et puis aussi un peu, par ricochet, par le personnage de Chanel.
Je crois qu'en voulant expliquer, décortiquer le mythe, on n'a fait finalement que l'érafler voire l'écorner et l'abîmer.
Alors que je m'attendais à découvrir une femme passionnée, une vocation chevillée au corps et à l'âme, Mademoiselle Chanel apparaît avant tout comme une arriviste de base, prête à tout pour devenir riche. Car tel est son but premier : faire fortune et être célèbre. Get rich or die, comme le chante le rappeur US, 50 Cent. Cela aurait pu aussi être la devise de Coco...
Ce n'est pas spécialement l'amour de la mode, de son art, qui l'a conduit là où elle est arrivée et après tout on ne peut l'en blâmer, mais cela reste un peu décevant. En tous les cas c'est vraiment cette vision qui ressort du film (où l'on reste complètement sur sa faim côté création, même des étapes clé comme la création de sa fameuse petite robe noire, de son parfum ou encore son utilisation assez révolutionnaire du jersey sont complètement occultés, tout juste la voit-on rajuster quelques épingles de ci de là ou remuer quelques étoffes...).
Gabrielle Chanel apparaît avant tout comme une vénale qui utilise les hommes (riches) pour se sortir de sa condition.
Dans "Mémoires de Coco", on en apprend tout de même un peu plus et le personnage nous apparaît ainsi plus intéressant, un peu plus profond du moins. C'est ainsi que l'on réalise que la créatrice était une grande lectrice (ce que l'on voit aussi, dans une moindre mesure, dans le film d'Anne Fontaine sans en comprendre l'influence néanmoins). Et même si ses lectures de jeunesse tenaient plus du roman de gare, elle en a gardé toute sa vie un goût prononcé pour le romanesque et sans doute une source d'inspiration. Un genre d'Emma Bovary qui aurait bien tourné au fond (d'ailleurs, l'ennui ressenti par Coco est un des moteurs de sa carrière) :
"Pourtant, je ne savais pas ce que la lecture allait m'apporter : elle devient l'élément nourricier de mes rêveries et de mes rêves. (...) Quel que soit le livre que je lisais, je m'identifiais au personnage le plus intéressant du récit et, de ligne en ligne, j'en suivais la vie, croyant vivre la mienne. Mon imagination trouvait enfin des complices. Mes bijoux champêtres se cristallisèrent en parures de pierreries, mon extravagance et mon autorité bâtirent des demeures à mon goût (...) C'est alors que se forma alors l'alliage entre l'éducation que je recevais et les lumières que mes lectures projetaient, pour moi seule, sur mes tendances créatrices, mes ambitions matérielles, mes aspirations sentimentales et l'ensemble de mon avenir. C'est à ce moment-là aussi que je compris clairement ce qui m'était absolument nécessaire : briser les entraves de la pauvreté et, pour être libre, uniquement pour cela, gagner beaucoup d'argent. Mes lectures me permirent de comparer ce qui m'entourait et ce qui m'attirait."
A ce sujet, j'ai bien aimé dans le film cette réplique sur la plage de Deauville où elle déplore les fanfreluches des femmes ("des dames d'ameublement" comme elle les surnomme dans le livre de Vilmorin), mode de l'époque qu'elle rejette : "J'ai le dégoût très sûr." Une phrase qu'elle tire de Jules Renard, un auteur qui lui aurait été conseillé par Boy Capel, le grand amour de sa vie. Je ne sais pas si l'anecdote est véridique mais force est de reconnaître que Chanel avait le sens de la formule et de l'à-propos comme en témoigne certaines de ses répliques devenues cultes comme "La mode se démode, le style jamais." ou encore "Une femme sans parfum est une femme sans avenir" . Dommage que cette facette de sa personnalité, son intelligence en somme, n'ait pas été davantage exploitée à l'écran comme à l'écrit...[Alexandra pour Café livres/Lexpress.fr]






1. Le jeudi 14 mai 2009 à 21:32, par Benoit
2. Le jeudi 14 mai 2009 à 22:44, par Métalleux
3. Le vendredi 15 mai 2009 à 08:37, par yann frat
4. Le vendredi 15 mai 2009 à 12:43, par Alexandra