mardi 30 juin 2009
Une conversation avec Nicolas Rey (été 2009)
Humeurs et autres curiosités littéraires #1449 rss
Ses lecteurs fidèles s'interrogent en effet sur ses projets d'écriture et la sortie prochaine d'un éventuel nouveau roman, après "Treize minutes", "Mémoire courte", "Un début prometteur", "Courir à trente ans" et "Vallauris plage", et l'avoir aperçu récemment en faux commentateur sportif de Roland Garros...

Et puis sa fragilité, vulnérabilité, le don de lui-même. C'est assez déroutant, il faut en convenir. Je n'aime pas beaucoup parler des auteurs d'un point de vue personnel mais avec Nicolas cela reste difficile de faire autrement. Parce qu'il ne sait pas être autrement. Il ne sait pas se protéger, mettre un masque professionnel et garder de la distance. Il n'y a pas besoin de gratter, il est à nu instantanément. C'est étrange pour quelqu'un comme moi qui suis si méfiante et si distante avec les gens que je ne connais pas ou peu. Lui, il fait confiance aux gens. Très vite. Trop sans doute.
Depuis 5 ans que je le connais, je crois même qu'il y a une sorte d'amitié entre nous bien que je sois foncièrement contre l'amitié avec un écrivain. Trop dangereux et incompatible avec la critique littéraire. Je cultive farouchement la distance en général. Une règle : nous ne sommes pas amis même si je dis du bien de votre travail. Nous ne sommes pas davantage ennemis si j'en dis du mal.
Mais en même temps c'est compliqué de se priver de discuter avec un être qui partage à peu près tous vos goûts et références. Quelqu'un dont la sensibilité converge avec la vôtre. Oui ça reste difficile de résister à la tentation du lien amical même si cela risque de fausser tout le reste et en particulier celui du jugement littéraire, de l'objectivité.
Nicolas m'a donc accueillie avec sa gentillesse et sa générosité habituelles dans son quartier de Montmartre.
Il a déménagé récemment et me fait visiter avec entrain. Il revient de loin mais j'ai l'impression d'avoir un homme neuf devant moi, fort d'une nouvelle sérénité. Il me montre au-dessus de son bureau une phrase de Beckett qu'il a punaisée : "Je ne peux pas continuer. Je VAIS continuer." (désolée, on ne la voit pas sur ma photo, j'ai raté le cadrage !).
Je suis contente pour lui. C'est un bon papa attentionné qui s'occupe de son petit garçon une semaine sur deux, nous parlons de Kramer contre Kramer et aussi de ce roman graphique de Braunstein qu'il a comme moi beaucoup aimé, "Les Week-ends du père célibataire". Il me raconte qu'avant ils plaignaient ces zombies qu'ils voyaient dans le square le dimanche matin en train de comater derrière leur journal tandis que leur infatigable progéniture s'ébattait dans le bac à sable en face. Maintenant il s'en sent solidaire !
C'est amusant cette fibre paternelle qui l'anime si fortement, du coup je complexe encore sur mon absence totale d'instinct maternel !
Dans son hall d'entrée, nous passons devant deux couvertures encadrées accrochées au mur. Il s'agit de deux couvertures étrangères de "Courir à trente ans", l'une en italien et l'autre... en thaïlandais ! Il m'apprend qu'il est traduit dans presque 20 langues.La transition idéale pour en savoir plus sur ses projets littéraires actuels. Je vais certainement faire de nombreux déçu(e)s mais il n'en a pas (MISE A JOUR OCT 09 : suite à cette rencontre de juin, Nicolas Rey a écrit pendant l'été 2009 un nouveau roman "Un léger passage à vide" à paraître en janvier 2010). Ce n'est pas encore le moment pour lui de se refrotter à la page blanche, même s'il n'a jamais cessé d'écrire, lui qui a enquillé cinq editos par semaine pour l'émission Starmag (TPS Star) animée par Eric Naulleau dont il est proche, auxquelles s'ajoutaient ses chroniques pour Le Fou du roi ou encore VSD... Un boulimique de travail, sa planche de salut aussi.
Je lui demande si ses chroniques, souvent très littéraires et parodiques, ne pourraient pas faire l'objet d'un recueil mais cela semble difficile car elles s'inscrivaient vraiment dans un contexte et une actualité faisant références à des personnes précises.
Il m'annonce aussi avec joie qu'il va retrouver sa chère Pascale Clark à la rentrée sur France Inter pour une grande émission de 22h à minuit, en direct. Récemment il était au festival de Cannes où il enchaîné les films et a en particulier beaucoup apprécié celui de Jane Campion, ce qui m'étonne. Le cinéma et tout particulièrement les séries TV l'accaparent beaucoup ces derniers temps et son séjour est jonché de coffrets DVD dont celui de la série "How I met your mother", une série que j'adore justement, moi la nostalgique de Friends. Nous rions en évoquant les facéties de Barney, le dragueur invétéré de la série. Il me conseille une autre série que je ne connais pas : "Entourage". Nous parlons ensuite de HBO. Il me dit aussi qu'il aime beaucoup les séries policières ou de suspense tel qu'Engrenage ou encore la saison 1 de Prison break (et bien d'autres dont j'ai oublié les noms désolée mais ce genre ne m'intéresse guère). Ensuite nous parlons de nos séries culte, il me parle notamment de Twin Peaks, nous évoquons ces personnages déjantés qui peuplent la série. Il estime qu'il y a un "avant" et un "après" Twin Peaks, son avant-gardisme. Il est vrai qu'à l'origine c'est le cinéma sa première passion. Nous reparlons aussi du film "Un monde sans pitié" que j'avais découvert sur ses conseils et adoré. Un film en concordance parfaite avec ses romans.
Nous évoquons aussi le film "Rois et reines" (la fameuse corde dans l'appartement d'Amalric) en parlant de l'univers psychiatrique.
Il n'aime pas tellement parler de littérature du reste, bien que sa bibliothèque soit pleine à craquer et que j'aperçois sur sa table basse le roman "Chaos calme". Il en est au premier chapitre, mais il me dit qu'ayant déjà vu le film, le livre perd un peu de sa saveur.
Ensuite nous nous dirigeons vers son ordinateur afin de lui montrer un peu Buzz littéraire et l'univers des blogs. Nicolas a une sorte d'aversion pour Internet. Un monde qu'il connaît peu et qui l'effraie j'ai l'impression. Il me dit ne pas comprendre ces gens qui "googlisent" leur nom pour voir ce qu'on dit d'eux, lui préfère ne pas savoir, qu'il n'a pas "le cuir assez dur pour tout ça". Il a d'ailleurs mal vécu qu'une personne crée une page Myspace à son nom sans l'en avertir, même si comme je lui disais cela n'avait pas l'air de partir d'une mauvaise intention.Il vient tout juste de créer son adresse e-mail et je me moque gentiment de lui tandis qu'il me réplique que n'ayant pas de portable je n'ai rien à dire. Nous avions déjà plaisanté à ce sujet précédemment, je lui disais que je n'en avais pas l'utilité puisque je n'avais pas de "double-vie"...
Nous parlons aussi un peu de Facebook, il s'interroge sur ce site dont tous ses amis écrivains lui parlent. Je lui déconseille.
Plusieurs heures se sont écoulées et nous n'avons cessé de bavarder. Il est temps de prendre congé et de lui souhaiter de bonnes vacances, il s'envole pour le Maroc. Avant de partir, il tient à me donner quelque chose et son choix se porte sur un livre des éditions Pascuito dont j'avais apprécié les romans de Christophe Nicolle, là il s'agit du premier roman d'un jeune auteur nommé David Thomas, "La patience des buffles sous la pluie". J'essaierai de le lire bien que ma pile soit fort chargée mais cela m'a l'air bien, à en juger de la préface de J.P Dubois.
Nous convenons de nous revoir dans quelque temps. Je vous redonnerai des nouvelles à cette occasion. [Alexandra]








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