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La littérature nouvelle génération, de bouche-à-oreille

 

jeudi 13 août 2009

Les français traduisent l'américain comme des cons ! [BUZZ... littéraire Guest]

Quand un québecois aux ascendances anisnnabée/algonquine, amoureux de littérature américaine et lui-même auteur de plusieurs récits, s'en prend aux traducteurs germanopratins, cela fait mal !
Avec son franc-parler caustique, notre invité Gaétan Bouchard, créateur du blog(ue) "Simplement" et véritable touche à tout, donne à ces messieurs lettrés de la rive gauche une petite leçon de "slang" américain. D'Hunter S. Thompson à Henry Miller en passant par Kerouac...
Tabernacle !
Alors que je termine la lecture de "Gonzo Highway", une sélection de la correspondance de l'écrivain et journaliste Hunter S. Thompson, je regrette presque de le lire en traduction française. Les Français ne comprennent rien au slang américain. Ils traduisent you're fucking right man par tu dis foutrement vrai mec. Un Québécois aurait traduit ça par t'as crissement raison man.

Et c'est ainsi tout le long de ma lecture, des bordel de merde, des nom de Dieu, des je pige que dalle. Cela donne l'impression que Thompson est né sur la rive gauche et qu'il allait au Café des Deux Magots fréquenté par la bande de ploucs existentialistes dont seulement Boris Vian mérite quelques éloges.

J'ai eu le même sentiment de manger du caca bouilli la fois où j'ai lu On The Road traduit en français. En anglais, le livre-culte de Jack Kerouac est parsemé d'expressions canadiennes-françaises écrites en phonétique, avec un orthographe approximatif, du genre man je veu du la (maman, je veux du lait). Quand à la langue anglaise elle-même, le niveau de langage de Kerouac est plus près de t'as crissement raison man que de tu dis foutrement vrai mec, qui fait un peu efféminé pour un Québécois.

De plus, quand un Américain écrit He gave me a dime for dinner, ça ne veut pas dire il m'a donné la dîme pour dîner, mais plutôt il m'a donné dix cents pour dîner.

Lire On The Road en version française de Paris, c'est comme lire Gonzo Highway traduit de l'anglais par Nicolas Richard. L'effort est louable mais le résultat est nul à chier. J'aimerais mieux lire Hunter S. Thompson en anglais même si je ne comprenais rien à l'anglais. Je le lirais à voix haute en le traduisant comme bon me semble, quitte à écrire n'importe quoi. Je ferais de Hunter S. Thompson un commis d'un magasin de chaussures bon marché qui s'en prend à Timothy Leary à grands coups de bouteilles de rhum et je serais en plein dans le mille ou presque. En tout cas, ça ne saurait être pire que ces traductions stupides produites par des types qui ont mis les pieds une seule fois aux États-Unis lors d'un voyage organisé de trois jours à Disneyland.

Bref, ma critique de Gonzo Highway doit d'abord passer par celle du traducteur, voire de tous les traducteurs de la Vieille France, qui sont des enculés de première, des types qui font semblant de comprendre quelque chose à l'Amérique juste parce qu'ils ont bu deux gallons de ketchup.

Ça prend plus que d'avoir bu du ketchup ou du café filtre dégueulasse à l'américaine pour comprendre l'esprit américain dans ce qu'il a de plus sublime.

Un autre qui souffre d'avoir été mal traduit est sans doute Henry Miller. Tu lis Miller en français et tu as l'impression d'avoir affaire à Jean-Paul Sartre en plus chauve. Ça ne colle pas du tout.

Les Québécois ont une mission importante à remplir pour sauver la littérature américaine des traductions parisiennes nulles à vomir. Je pense que nous saisissons mieux ce que disent, écrivent ou pensent nos cousins, pas nos cousins français bien sûr, mais nos cousins américains. Le général Lafayette comprendrait ce que je veux dire même si Napoléon a vendu la Louisiane pour payer ses guerres en Europe.

Cela dit, Hunter S. Thompson est l'auteur américain le plus authentique que j'ai lu depuis Henry Miller et Charles Bukowski. Évidemment, je n'inclus pas Kerouac. Kerouac faisait semblant d'être un aventurier alors qu'il a passé 99,9% de sa vie à picoler chez maman, à Lowell. On en a fait une icône mais ça sonne creux un peu quand on le relit à jeun. Kerouac a fait une demie heure d'auto-stop dans sa vie et s'est mis à écrire là-dessus pendant vingt ans.

Henry Miller fait figure de père fondateur d'un type de littérature tout à fait nouveau. L'homme a tenté de décrire ce qu'il ressentait, ce qu'il expérimentait, ce qu'il faisait le plus simplement du monde, et il le faisait parfois en France.

On en a fait une icône du sexe, alors que Miller passerait pour un pudibond de nos jours puisque plus personne ne s'offusque aujourd'hui d'une bite rentrée dans une chatte ou bien de quelques Montréalais minables et désabusés qui participent à des soirées sado-masochistes dans un bar qui sent le plastique frais.

Hunter S. Thompson est un peu dans la lignée de Miller. Mais c'est comme si Henry Miller avait consommé un ou deux buvards de LSD avant d'écrire. Ça décoiffe, mec, même si j'en suis à le lire en verlan grotesque, avec les meufs, les laisse béton et tout le tralala fadasse de Français qui a toujours l'air coincé quand il essaie d'avoir l'air peuple.

Bref, je vous déconseille de lire Gonzo Highway en français. Lisez-le en anglais. Ou bien lisez des romanciers québécois subventionnés à l'os pour s'assurer que notre littérature soit toujours terne, nulle et non avenue, piquée de vacuité et de fatuité, bref de la copie pour parlementaires.

Pour ce qui est de Thompson, il s'est tiré une balle dans la tête il y a peu de temps. Je ne sais pas s'il faut tracer un lien entre son décès et sa parution en traduction française. En fait si, on l'a traduit après qu'il se soit suicidé. On n'attendait que ça pour livrer aux locuteurs francophones ces traductions qui ressemblent toutes à des chansons ennuyantes de Renaud. On voudrait lire le type qui disait fuck you, you're just a fuckin' ass hole! Et, par le manque de génie des éditeurs, on découvre un type qui fréquente des loubards tout à fait nazes qui ont cramé la dellechan par les deux tubes, putain d'enfoirés de merde!
Tabarnak! Traducteurs français, apprenez donc le Québécois! Ça vous aidera pour traduire l'américain. [Gaétan Bouchard]

A propos de l'auteur :
Gaétan Bouchard alias Makwa Grizzli est un écrivain québécois, artiste-peintre et auteur-compositeur-interprète né à Trois-Rivières en 1968. C'est un métis d'ascendance qui habite l'Île de la Tortue, la terre comprise entre l'Alaska et la Terre de Feu.
Bloguiste impénitent, il est l'auteur de plusieurs centaines de récits d'événements inhabituels qui rappellent un peu l'univers de ses auteurs préférés: Charles Bukowski, Mikhaïl Boulgakov, Hunter S. Thompson, Henry Miller, Anton Tchékov, Nicolas Gogol.
Il a beaucoup vadrouillé entre l'Alaska et Terre-Neuve et rapporte dans ses récits des tas de rencontres inopinées. Il raffole de mettre en scène de petites gens dans lesquelles il voit surtout des personnes vraies.
Gaétan Bouchard a été le premier directeur de la programmation de la radio communautaire CFOU 89,1 FM, radio qui a profondément modifié le paysage sonore trifluvien.
Il a aussi participé activement à la création du premier journal de rue de Trois-Rivières, Le Vagabond, qui suscita de vives polémiques. En plus d'y occuper les fonctions de rédacteur en chef, il y exerçait la profession de travailleur de rue auprès de jeunes chômeurs.
Il se définit lui-même comme un «jack-of-all-trade», un type qui pratique tous les métiers.
Gaétan Bouchard a été successivement commis d'épicerie, caricaturiste, préposé aux bénéficiaires, concierge, travailleur dans une fabrique de supports de bois, aide-cuisinier, croupier, organisateur communautaire, musicien de rue, artiste-peintre, directeur des communications, directeur de radio, journaliste, rédacteur en chef, transcripteur, traducteur, infographiste, portier: vraiment, un type qui pratique tous les métiers.
Dont celui d'écrivain. (présentation transmise par l'auteur via Wikipédia)

1. Le jeudi 13 août 2009 à 20:34, par LeReilly

Possédant une licence de traducteur anglais et étant consterné par le travail souvent de piètre qualité de gens qui sont payés pour faire ça, je ne peux qu'applaudir des deux mains.

Surtout qu'à mon petit niveau, et celui de mes camarades de promo, il nous est impossible de comprendre comment il est possible d'être aussi mauvais, même en le faisant exprès.

Une nouvelle énigme de l'univers, résolue par l'association de cours d'anglais et des librairies en ligne.

Réponse de BUZZ... littéraire le vendredi 14 août 2009

A noter que le pb de traduction du langage parlé ou familier se retrouve aussi ds l'autre sens français vers l'anglais (cf : difficulté de traduction d'une Faïza Guene par ex)...

2. Le mardi 26 janvier 2010 à 17:15, par Joest

Moi, je pense que les traductions sont surtout guidées par le temps (quitte à bâcler.) Pour le dernier Dan Brown, l'éditeur a mis dessus deux tacherons et au bout d'un mois, la V.F. était prête!
Au moins, cela explique pourquoi Google traduction ferait mieux que les traductions d'Harry Potter ou de Jurassic Park.

Pour des romanciers moins à la mode, là, il n'y a plus d'excuse. C'est ridicule de trouver des "boites à ordures", des "trou du cul" (en guise d'insulte) et plein de faux-amis (cf. "collecter" à la place de "collectionner".)
Parfois, j'ai l'impression que le traducteur n'avait pour langue maternelle ni le français, ni l'anglais!

Remarquez, moi qui parle également (un peu) allemand et japonais, j'ai pareillement vu des traductions très approximatives de ces langues et j'imagine que c'est pareil dans toutes les autres langues...

3. Le lundi 31 mai 2010 à 16:20, par Nadj

MERCI ! Enfin je rencontre quelqu'un de mon avis ! J'ai voulu lire Kerouac en français pour que mon mari (qui ne comprends pas l'anglais) puisse le lire aussi, et je me suis endormie avant d'avoir lu dix pages. En anglais, ça passe tout seul ! Du coup, je m'étais mise en tête de le retraduire... Gros défaut des traducteurs débutants qui veulent retraduire les classiques... J'ai commencé et vite abandonné, trop ardu pour moi pour l'instant ! Mais qui sait, un jour... Mais il est clair que ce livre a crissement besoin d'être retraduit !

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