lundi 5 octobre 2009
Fiction ou réalité : Les écrivains doivent-ils se justifier (et s'excuser) ?
Humeurs et autres curiosités littéraires #1510 rss
S’il y a bien une question qui m’agace plus que tout lorsque je lis l’interview d’un(e) écrivain c’est le fameux et incontournable interrogatoire sur "la part de vécu" dans l’œuvre, autre variante "la part de ressemblance entre le narrateur/héros et l’auteur" ou plus directement "la part autobiographique". Questions qui peuvent parfois se cumuler/chevaucher afin de débusquer, dépouiller, départager, avec un voyeurisme obscène et quasi-policier, le vrai du faux.
Traquenard duquel le malheureux essaie de se sortir en général par une pirouette citant alternativement le « Madame Bovary c’est moi » de Flaubert ou encore le « mentir vrai » d’Aragon.« La véracité » de la fiction.
Une préoccupation qui permet de reléguer le texte en deuxième position voire même complètement à l’arrière plan quand il n’est pas carrément occulté.
L’écrivain est sommé de répondre avec précision à cette question apparemment cruciale pour juger de son œuvre. L’écrivain est sommé de rendre des comptes sur sa vie privée, sa sphère personnelle qui ne devrait pourtant pas interférer avec son travail d’écriture. Et s’il ne le fait pas, quelques âmes charitables se chargeront pour lui d’aller inspecter son passé pour lui faire son procès le cas échéant.
J’ai la conviction que dés que l’on commence à s’intéresser de trop près à l’homme, on s’éloigne complètement de l’écrivain et on perd l’essence de son œuvre ainsi parasitée (aussi autobiographique ou « autofictionnelle » soit-elle). (voir billet « Les écrivains ont un visage »)
La valeur d’un texte semble étrangement directement corrélée (réduite) à cette dimension. Pourquoi les journalistes et les lecteurs lui accordent-ils tellement d’importance au point de s’y focaliser ? J’avoue que cela me dépasse. Je n’arrive pas à le comprendre. C’est tellement ridicule et accessoire…
Qu’est ce que cela change à la lecture du livre de savoir si l’histoire, les faits qui nous sont racontés ont vraiment eu lieu, si les personnages ont vraiment existé ?
Je veux dire, dans tous les cas on ne connaît pas personnellement ni les uns ni les autres… Et même s’il s’agit de célébrités (pour l’époque par exemple), dans quelques décennies on les aura probablement oubliés… Ne restera alors que le texte qui devra se suffire à lui-même pour durer et intéresser les générations suivantes.
Ce qui compte dans un texte c’est la justesse et non pas l’authenticité (l’un n’induisant pas forcément l’autre).
Est-ce que l’on croit à ce que l’auteur nous raconte ? Est-ce que la voix de l’auteur est suffisamment puissante, singulière pour capter l’attention et emporter le lecteur ?
Est-ce que l’émotion passe, est-ce que le texte a une âme en somme.
Qu’importe la source d’inspiration pourvu qu’on ait l’ivresse… La littérature n’est pas un fait divers ou une enquête journalistique (même lorsqu'elle s'en inspire, i.e le "non fiction novel").
Paradoxalement ce critère s’avère à double tranchant, parfois source d’engouement et de succès ou au contraire défaut sur lequel on s’acharne pour dévaluer voire assassiner le travail de l’auteur (les fameuses accusations de « nombrilisme » ou « narcissisme », je reviendrai sur ces deux (faux) "arguments" qui ne veulent strictement rien dire et son corollaire de glorification toute aussi bête des œuvres de pure imagination et autre "roman monde"). Aussi stupide l’un que l’autre. Pour ne citer que deux exemples récents de retournement d’opinion, les cas américains de J.T Leroy (Sarah, Le livre de Jérémie) et de James Frey (Mille morceaux, qui publie en cette rentrée littéraire « L.A Story »). Deux phénomènes effarants.
Alors que leur œuvre était respectivement portée aux nues, ils sont subitement devenus des pestiférés et accusés comme s’ils avaient commis le pire crime (on a alors parlé « d’imposture », encore ce problème de juger la littérature, l'art comme la société civile), parce que leur histoire n’était pas rigoureusement identique à leur vécu.
Les lecteurs se sont sentis « trahis », « trompés ». Quelle belle sottise !
Un écrivain qui donne du plaisir à son lecteur ne le trompe jamais. Et le débat ne devrait jamais dépasser ce cadre. [Alexandra pour Café livres/L'Express.fr]







1. Le jeudi 1 octobre 2009 à 08:51, par secondflore
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3. Le jeudi 1 octobre 2009 à 11:05, par Joest
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5. Le jeudi 1 octobre 2009 à 15:06, par secondflore
6. Le dimanche 4 octobre 2009 à 15:49, par yann frat
7. Le lundi 5 octobre 2009 à 14:49, par Alexandra
8. Le lundi 5 octobre 2009 à 23:55, par yann frat