Sarko au secours des filières littéraires : les mal-aimées de l’entreprise ?

Notre président de la république, Nicolas Sarkozy, fustigé pour sa discrimination littéraire au sujet de la désormais fameuse affaire de la princesse de Clèves, opère depuis un volte-face à 180°. Bouquinant Proust pendant ses voyages diplomatiques, déclarant ses lectures sur sa page Facebook, il vole au secours aujourd’hui des filières littéraires qui souffrent de dévalorisation professionnelle :

Le Figaro rapporte que le président a déclaré vouloir « réhabiliter la filière littéraire » dans le cadre de son discours du 13 octobre sur la réforme du lycée. Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur, a confirmé à l’AFP : « C’est évident qu’il faut revaloriser les filières littéraires. Aujourd’hui, nous sommes un des seuls pays du monde, et je le déplore, où les filières L ne sont pas toujours synonymes d’excellence et n’ouvrent pas à tous les métiers. (…) Un seul exemple : aujourd’hui, un littéraire ne peut pas devenir médecin. On est un des seuls pays du monde où la sélection pour devenir médecin est pratiquement uniquement sur les sciences. Or, la médecine, pour moi, c’est la moitié évidemment de sciences, et c’est la moitié d’humain. »

Pour autant comme le pointe le Nouvel observateur, l’ex candidat à la présidentielle affirmait, le 16 avril 2007 : « Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne. » Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !

A noter qu’avec une diminution de 28% des effectifs en quinze ans, au profit des filières économique (la plus forte progression, +14%) et scientifique (+4%), les effectifs littéraires s’approchent du seuil fatidique des 10%, sous lequel l’Education Nationale considère qu’une voie n’est plus viable et ne peut plus être « exploitée » (selon le rapport publié en juillet 2006 par le groupe de travail Forstmann – Becchetti-Bizot « Evaluation des mesures prises pour revaloriser la série littéraire au lycée »).

Quelques articles de Cadremploi.fr font preuve d’un peu plus d’optimisme sur l’intégration des littéraires en entreprise :
Dans un article de 2007, « Les grandes entreprises s’entichent des littéraires », on apprend que Renault, Coca, Siemens, la Société Générale et d’autres multinationales s’engagent à embaucher des universitaires issues des filières littéraires dans le cadre de l’opération Phénix. (…) Les entreprises participantes de vanter les qualités « d’autonomie, de curiosité, d’imagination de ces jeunes. » Simple mains tendues sans lendemain ou début prometteur ? Chez Renault, qui emploie déjà 30 % d’universitaires, cette action répond à une nécessité. « Car la diversification des profils permet de mieux comprendre les marchés. Les universitaires apportent une richesse complémentaire par rapport à la vision plus business des jeunes issus des grandes écoles ». (…) C’est que les diplômés formés dans les filières littéraires possèdent mine de rien des qualités très recherchées par les entreprises : culture générale, capacité à prendre du recul, à rechercher des informations, à rédiger, à établir des relations humaines, sensibilité à des phénomènes complexes… Ce qui fait dire à Vincent Merle, professeur au Cnam et fervent soutien du programme Elsa dans un récent entretien : « Un jeune qui a fait de la sociologie ou de l’histoire dispose d’un recul critique, d’un cadre intellectuel : autant de qualités qui feraient le bonheur de certaines entreprises peuplées de clones. » (1)

Dans un autre article de 2009 intitulé, « Littéraire et cadre, où est le problème? », on apprend que cette initiative (Phoenix) engagée par la société de conseil PricewaterhouseCoopers a permis à 70 étudiants de master de recherche en Littérature, Histoire, Géographie ou Philosophie (entre autres !) de décrocher des CDI à des postes de gestionnaires de grandes entreprises. « L‘intention initiale de cette action, décrypte Jean-François Lochet, correspondant de l’opération Phénix à Paris I, était de copier le modèle anglo-saxon qui fait de la diversité des profils une richesse dans la société. » Et de rappeler aux responsables de ressources humaines que les capacités d’analyse développées par les « Humanités » peuvent être un plus pour le développement de stratégies d’entreprise.

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