jeudi 17 décembre 2009
L’identité nationale vue par le milieu littéraire... côté web
Revue de presse et des blogs #1560 rss
Dans la famille des (nombreux) sujets du moment qui fâchent, demandons l’identité nationale. « Le débat sur l’identité nationale ». Oui, le fameux.
Chacun n’hésite pas à prendre la parole pour réagir et tenter de donner sa définition de ce concept périlleux, sujet aux amalgames.
Si Romain Gary disait à l'époque « Pas une seule goutte de sang français ne coule dans mes veines, seule la France coule en moi », le discours est un peu différent lorsqu'on parcourt les blogs des écrivains ou journaliste littéraire... Mais l’inspiration ne manque pas ! Après tout, la littérature est en quelque sorte "le visage d'un pays" disait Louis Aragon. Florilège :Il raconte aussi les ateliers d'écriture ("des armes de transmission massive") qu'il donne dans les collèges et lycées des quartiers sensibles, avec des jeunes qui "vivent avec 400 mots" ou encore dans un billet assez poignant ("Nous sommes tous des Mustapha"), le racisme ordinaire en France, entre moqueries et contrôle d'identité musclés : "Je me prénomme Mabrouck, homonyme du chien de « 30 millions d’amis ». Je suis la cible des quolibets de mes camarades de classe mais ce n’est pas du racisme, juste des gamineries. En revanche, la maîtresse qui m’appelle Rachid « parce que c’est plus facile que mon drôle de nom » n’a pas 10 ans. Et quand l’année d’après un Rachid squatte les bancs de ma classe, elle me rebaptise Marc...". En contrepoids, il rend aussi dans un billet "Enfant de France" un hommage à ceux et celles qui l'ont aidé de l'école à la bibliothèque en passant par un recruteur ou son éditeur... : "Quelques années plus tard, ma prof de français me glisse entre les mains « Le Père Goriot » de Balzac. Il n’est pas au programme. Vu mon intérêt croissant pour la lecture, elle suppose que l’histoire de ce Rastignac pourrait me plaire. J’ai dévoré le livre en un jour. J’ai écrit ma première fiction le lendemain. Cela s’appelait « Mektoub, le destin » qui deviendrait « Le Poids d’une âme » mon premier roman. Madame, vous avez su voir en un gamin de 15 ans une passion qu’il ne soupçonnait pas. C’est aussi à l’Ecole Républicaine que j’ai appris que Mabrouck Rachedi était l’égal de n’importe qui avec un stylo à la main. L’école française et ses professeurs ont contribué à m’élever et je les remercie."
De son côté, le journaliste Frédéric Ferney (l'ancien présentateur de l'émission littéraire "Le bateau livre" sur France 5) et actuellement critique pour Le Point, se fend d'une "petite contribution un peu décousue au débat sur l'identité nationale". Il considère que "la culture, en France, forme un lien plus solide que la religion, la peau ou le sang. Et d'ajouter : "Rien n'est plus éloigné de la tradition française que ce que les Américains appellent "l'ethnicité". On peut devenir français si on le veut, d'où qu'on vienne."
Pour lui c'est l'esprit de dissension et la vanité qui font le français. "(...) la vanité. Vous me direz: c'est humain. Vous me citerez Pascal: "La vanité est si ancrée dans le coeur de l'homme qu'un soldat, un goujat, un cuisinier un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs, et les philosophes mêmes en veulent, et ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit, et ceux qui les lisent veulent avoir la gloire de les avoir lus, et moi qui écris ceci ai peut-être cette envie, et peut-être que ceux qui le liront..." ("Pensées", 627-150). Non, ce n'est pas humain, c'est français, la vanité - c'est une singularité nationale, comme le camembert ou le Gevrey-Chambertin."
Avant de conclure en citant Bardamu: "La race, ce que t'appelles comme ça, c'est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C'est ça, la France, et pis c'est ça, les Français".
Enfin Gabriel Matzneff qui se surnomme "le métèque" du fait de ses origines russes, a aussi consacré une chronique un peu polémique sur son site avant que le sujet n'éclate officiellement à l'occasion des émeutes en banlieue de 2005. Il compare notamment la situation des émigrés russes, italiens... dans les années 20 avec l'immigration maghrébine et africaine et les difficultés d'intégration : "(...) Entre les deux guerres, c’est-à-dire dans les années 20 et 30, les étrangers qui émigrèrent en France, qu’ils fussent russes, ou italiens, ou arméniens, ou grecs, connurent, eux aussi, la misère, les logements insalubres, la xénophobie. A l’époque, il n’y avait ni les allocations familiales, ni la sécurité sociale, ni le RMI, ni le SMIG, et les conditions de vie étaient beaucoup plus difficiles qu’elles ne le sont aujourd’hui."
"La question que je me pose est : pourquoi, contrairement aux adolescents d’origine italienne, ou russe, ou arménienne, ou grecque (pour ne rien dire des émigrations plus récentes, l’espagnole, la portugaise, l’asiatique), ces garçons d’origine africaine traînent-ils toute la journée, ne s’intéressent-ils à rien, s’ennuient, semblent n’avoir aucune curiosité intellectuelle, aucune soif d’apprendre, de s’instruire, de lire de beaux livres ? Mystère et boule de gomme."
Il avance un début d'explication néanmoins : « (...) Lorsque j’étais enfant et adolescent, personne ne me parlait de la République, des valeurs républicaines, de l’engagement « citoyen ». Personne ne me parlait cet abstrait et ridicule charabia. On se bornait à me parler de la France et de l’amour de la France, c’était suffisant. Le baragouin idéologique et politiquement correct à la mode est si répugnant qu’il peut en effet donner aux plus pacifiques d’entre nous la soudaine envie de brûler des voitures. »
(On pense aussi à ce sujet au Arturo Bandini de John Fante, l'américain d'origine italienne qui tombe amoureux d'une américaine d'origine mexicaine (Demande à la poussière) : « Mais je suis pauvre et mon nom se termine par une voyelle, alors ils me haïssent, moi et mon père et le père de mon père, et ils n’aimeraient rien tant que de me faire la peau et m’humilier encore (…) ; alors quand je te traite de métèque ce n’est pas mon cœur qui parle mais cette vieille blessure qui m’élance encore, et j’ai honte de cette chose terrible que je t’ai faite, tu peux pas savoir. »)
Précédents buzz des blogs :
Colum McCann et National Book Award, fin de l'âge d'or de la littérature américaine, Cormac McCarthy au ciné, écrivains sponsorisés par Disney...
La nouvelle génération doit-elle écrire des livres écolo ?
"J'irai cracher sur vos blogs" : Quand les blogs fustigent les blogs...







1. Le jeudi 17 décembre 2009 à 23:39, par Bizarre
2. Le vendredi 18 décembre 2009 à 12:18, par Alexandra
3. Le vendredi 18 décembre 2009 à 13:50, par Gwen
4. Le vendredi 18 décembre 2009 à 17:32, par O
5. Le vendredi 18 décembre 2009 à 20:52, par Bizarre
6. Le lundi 21 décembre 2009 à 15:43, par pop's star