lundi 7 juin 2010
"Et je t'emmène" de Niccolo Ammaniti, nouvelle génération italienne entre Bret Easton Ellis et Chuck Palahniuk
Anticipation, polémique et satire sociale
« Et je t’emmène », troisième opus (après notamment un excellent recueil de nouvelles « Dernier réveillon » dont l’une a été adaptée avec Monica Bellucci) paru en 2001 n’est pas encore le roman de la consécration pour Niccolo Ammaniti, jeune auteur italien assimilé à ses débuts au courant « Cannibale » en Italie (la nouvelle génération littéraire qui rompt avec l’académisme et introduit une langue moderne et « sanguine », nourrie de pop culture et assez décriée dans les années 90), traduit aujourd'hui dans une trentaine de langues. Riche en rebondissements et personnages hauts en couleurs aussi grinçants que cocasses, il est pourtant remarquablement construit. Il préfigure le grand succès de son roman suivant en 2002, « Je n’ai pas peur » (prix Viareggio) puis de « Comme Dieu le veut » (prix Strega, où son pessimisme social se radicalise), en mettant en scène la cruauté des enfants et du monde en général, la violence des milieux déshérités où les plus faibles et les plus doux sont toujours victimes des fortes têtes… En filigrane, il dresse aussi le portrait de l’Italie profonde, de ses bleds paumés, aborde la –douloureuse- fin de l’enfance, la perte brutale de l'innocence, la fin des rêves et des illusions sous le soleil assassin où ce ne sont pas les plus gentils ni l'amour qui gagnent… Lire la suite 


Paru en Angleterre en 1994, prix Femina étranger en 1995, c’est à ce quatrième roman que Jonathan Coe doit sa notoriété. Cet originaire de Birmingham né en 1961, s'est notamment distingué pour ses romans « à la construction complexe, avec une intrigue sophistiquée, un décor social très détaillé, une multiplicité de personnages liés les uns aux autres par un écheveau dense de relations » selon sa définition. Exercice qu’il réitèrera avec succès avec son diptyque « Bienvenue au club » et « Le cercle fermé » (des bombes de l’IRA aux années Blair en passant par la dérive des tabloïds). Présenté comme l’héritier d’un Oscar Wilde, Evelyn Vaugh ou encore de Dickens pour sa littérature réaliste et caustique, il est salué pour sa peinture de l’époque acérée, perspicace et drôlatique façon Tom Sharpe.
A la fois satire mordante de l'establishment britannique des années Thatcher, entre la fable et la farce, Testament à l’anglaise est aussi une truculente (et cruelle !) histoire de famille, une fausse enquête policière, un pastiche mais aussi un récit intimiste touchant, humaniste... Le tour de force de l’auteur est d’avoir réussi à réunir tous ces genres dans un seul et même roman foisonnant. Véritable ovni littéraire qui ne cesse d’enthousiasmer et captiver les lecteurs :
C’est en 2004, que l’anglais (et cosmopolite) David Mitchell, sélectionné en 2003 par le journal Granta comme l'un des meilleurs jeunes romanciers, est révélé en France avec la traduction d’Ecrits fantôme et consacré en 2007 avec Cartographie des nuages. Il est alors propulsé, aux côtés d’auteurs comme Mark Z. Danielewski ou James Flint comme représentant du renouveau de la littérature anglo-saxonne. Avec ses deux premiers livres, il impressionne avec une littérature transgenre (de la SF au fantastique en passant par l’historique) presque expérimentale. Entre la fresque romanesque et le recueil polyphonique, ils explorent de nouvelles formes narratives (notamment l’intertextualité et l’interconnexion de faits dans le temps et l’espace…) et des jeux sur le langage, les registres..., pour raconter (le déclin de) l’humanité à travers les âges et le monde. Son dernier paru en 2009, Le fond des forêts, récit initiatique tranche par sa forme intimiste à tendance autobiographique :
Paru sous le titre originale de « Fear and Loathing in Las Vegas » en 1971 et adapté au cinéma en 1998 par Terry Gilliam, « Las vegas parano » en VF fait partie des livres culte de cette génération d’écrivains enfantés par l’Amérique des 60’s/70’s, celles du Vietnam et du LSD, icônes de la contre-culture (aux côtés de Crash de Ballard, de l’Homme-dé de Luke Rhinehart ou encore Easy Rider de Dennis Hopper et Deus Irae de Philip K. Dick et Roger Zelazny). La génération « gonzo » comme ils se sont surnommés, en référence à leur pratique du journalisme gonzo, méthode d’écriture proche de la fiction prenant la forme de reportages subjectifs. Hunter le définit en ces termes : « Le reportage gonzo conjugue la vivacité de plume du reporter confirmé, l’acuité visuelle du photographe de guerre et les couilles du quaterback au moment du lancer ».
Ainsi, Las Vegas Parano fait figure d’ovni littéraire avec ses délires hallucinogènes voire kamikazes et ses personnages à la marge aussi déjantés qu’irréductiblement libertaires, le tout sur fond de rock’n roll. En filigrane de ce road-trip héritier de Kerouac, il livre une critique féroce du rêve américain…
James Graham (J.G) Ballard, l'un des chefs de file de la nouvelle fiction britannique dans les années 60 (avec Aldiss, Brunner ou Priest) nous a quittés en avril dernier. Artisan du renouveau stylistique et thématique de la science-fiction ("speculative fiction"), il invente une narration très visuelle inspirée du cinéma. Ballard disait vouloir « photographier la psychologie du futur », collision apocalyptique entre la technologie la plus avancée et les instincts les plus primitifs. Taxés de scandaleux, ces romans visent surtout à explorer le devenir de l’homme et de son corps dans un monde dominé par la machine. Et à dénoncer "un monde brutal aux lueurs criardes qui nous sollicite de façon toujours plus pressante en marge du paysage technologique.", selon l'auteur.
Grand succès des années 80, « Entretien avec un vampire » est le roman qui a révélé Anne Rice, auteur américaine originaire de La Nouvelle-Orléans, estampillée gothique ou fantastique. Et dépoussiéré la figure du vampire, avant que
Kazuo Ishiguro, « écrivain britannique japonais » comme il se qualifie, doit sa renommée à son roman phare "Les vestiges du jour", Booker Prize en 1989 adapté par Jame Ivory, cette histoire d’amour platonique et contemplative d’avant guerre, toute en retenue et pudeur, entre une gouvernante et un majordome dans un vieux manoir anglais où l’ordre doit toujours régner… L’écrivain est reconnu pour exceller à créer des univers et instaurer des atmosphères prenantes où affleurent nostalgie, réminiscences et mélancolie flottante. C’est d’ailleurs ce qui a valu le grand succès de son dernier roman, Auprès de moi toujours (Never let me go en VO), paru en 2006 en France et prochainement au cinéma (avec Keira Knightley, photo ci-contre, BA ci-dessous). Les superlatifs ont plu sur l’ouvrage tant du côté de la presse que des lecteurs-blogueurs : « une narration d’une stupéfiante limpidité et fluidité », « un beau voyage », « un mystère latent captivant », les pages qui se tournent avec « frénésie », « l’épaisseur psychologique des protagonistes » ou encore « ses réflexions riches sur la condition humaine »… Entre le campus novel et le récit d’anticipation, il nous entraîne, par flash-back, dans le quotidien de jeunes élèves d’une mystérieuse école anglaise. Pourtant, on pourra aussi s’ennuyer à sa lecture à la fois lourde et creuse…
Considérée comme la chef de file d'une nouvelle génération d'auteurs entre littérature underground et terreur, Poppy Z. Brite a été étiquetée de "Stephen KING-trash-punk" ou d'écrivain "gothico-branchée". Si ses romans s'ancrent bien dans un univers plutôt noir voire macabre, dit "amoral" orienté "sex, drug et rock", c'est avant tout l'esthétique et l'écriture organique qu'il faut retenir de la dame de la Nouvelle Orléans. Dans son premier roman, "Ames perdues" ("Lost souls" en VO) publié à 25 ans, en 1992, elle impose déjà, magistralement, toute la virtuosité de son style à la fois lyrique, cruel, violent et passionné en décrivant une réalité teintée de fantastique (notamment par la présence de vampires). Mais derrière les scènes "choc", c'est le désespoir, la profonde solitude et la peur de la jeunesse urbaine que l'auteur dépeint sous une forme allégorique...



