vendredi 6 mars 2009
« Grand écrivain » au féminin : la bataille de la visibilité (1/2)
Humeurs et autres curiosités littéraires - Lien permanent

On peut donc assez facilement en déduire que les choix, les mises en avant, les mises en lumière qui sont faites de tel ou tel auteur ainsi que leur enseignement scolaire, sont (ou au moins ont été) donc opérés majoritairement par des hommes.
Historiquement, les hommes parlent beaucoup, et plus que les femmes. Ils parlent aussi plus fort et plus violemment assez souvent. Les hommes occupent le terrain, les hommes font la guerre. La guerre littéraire (titre d’un ouvrage récent d’ailleurs). Pour imposer leurs choix. Pour gagner.
Ce sont donc les hommes qui, majoritairement, œuvrent à la promotion, à la mémoire, à la visibilité d’un auteur et contribuent ensuite à ce que le bouche à oreille soit entretenu de siècle en siècle. Citer un auteur plutôt qu’un autre, dans un discours, un article… fait aussi partie du jeu, qui loin d'être anodin, permet d’entretenir cette visibilité constante. Enfin un conditionnement naturel se fait et vient consolider tout cela : hommes et femmes sont exposés aux mêmes références, aux mêmes discours sur ce qui est « bon », « beau » et sur ce qui est « grand » donc. Il est toujours possible de s’en affranchir par la suite et de se forger sa propre culture personnelle, d’aller découvrir par soi-même d’autres références, mais cela reste beaucoup plus difficile, nécessite beaucoup de temps et parfois de moyens que nous n’avons pas, donc le plus simple est d’adhérer à la culture officielle.
La culture officielle c'est à dire la culture dominante des hommes (plutôt blancs et hétérosexuels) de nos sociétés patriarcales donc. Sans cette bataille pour la visibilité, les écrivains, quelque soit leur grandeur, tomberaient inévitablement dans l’oubli. Certes la démonstration est un peu schématique et les mécanismes qui entrent en jeu sont certainement plus complexes, mais le principe est là. [Alexandra pour Café livres/L'Express]
Lire la 2e partie de l'article : Le "Grand écrivain" au féminin : la bataille de la visibilité (2/2)
Visuel d'illustration : Film sur Jane Austen "Becoming Jane".







Commentaires
Votre article est excellent. Je cherchais des renseignements sur Carson McCullers citée par Françoise Sagan dans "Mon meilleur souvenir", en m'irritant déjà de ne jamais en avoir entendu parlé jusque là, tout comme de n'avoir jamais étudié Sagan à l'école puis à l'université en lettres modernes. Bref je suis en colère et découragée une fois de plus face à ce grand silence, cet effacement systématique des oeuvres de femmes. Je suis féministe en ce monde misogyne comme on est intellectuel dans la France antidreyfusarde. Enfin merci pour votre article et votre blog que je vais mettre dans mes favoris en espérant que vous gagniez en visibilité. Claire Menu.