"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)

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mardi 29 novembre 2011

"L'ennui" d'Alberto Moravia : "Ce que je désirais en même temps ignorer et connaître, quelque chose qui éveillait en même temps appétit et dégout."

Publié en 1960, 6 ans après Le mépris, L'ennui (un roman également adapté au cinéma notamment par Cédric Kahn avec Charles Berling en 1998 dont l'affiche -racoleuse et moins poétique- a d'ailleurs été reprise sur la couverture du livre*) s'inscrit dans la droite lignée du premier, presque comme une œuvre symétrique autour du thème central de la quête de vérité. Et plus précisément la "vérité féminine", ce que l'on appelle couramment le "mystère féminin"... Moravia (qui n'a eu de cesse de "décrire et d'expliquer l'insatisfaction de l'homme moderne" comme le dit la préface à juste titre) reste hanté par cette question et ses héroïnes sont sondées, interrogées sans relâche par les narrateurs. A l'instar de Molteni frappé d'incompréhension face au désamour soudain de sa femme Emilie, Dino, le héros de l'Ennui se perd dans un tortueux et torturant labyrinthe mental pour tenter de saisir (et posséder) l'essence de sa jeune amante : Cecilia. Passionnant :

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lundi 18 juillet 2011

"Home-writing" : quand les écrivains se font décorateurs... (autour de Moravia, Tanizaki, Anais Nin, Sagan, Colette...)

Ayant récemment déménagé, j'ai beaucoup compulsé de catalogues et magazines déco histoire de trouver un peu d'inspiration. En regardant leurs photos, l'imagination vagabonde... : on peut parfois se raconter toute une histoire rien qu'à la vue d'un salon, d'une chambre ou même d'un fauteuil... Certains romanciers, que j'affectionne en général, l'ont bien compris et décrivent avec minutie les intérieurs de leurs personnages qui reflètent leurs personnalités, enrichissent leurs psychologies, tout comme la façon dont les personnages occupent et utilisent cet espace. A l'instar du "nature-writing", on pourrait peut-être ici parler de "home-writing" ?! :-)
De l'appartement ultra-design et siglé de l'Upper East Side du glacial Patrick Bateman dans American psycho ou dans un tout autre genre les vieux châteaux venteux et inquiétants des Hauts de Hurle-Vent aux vastes cheminées et escaliers grinçants !
Ces décors jouent un rôle à part entière dans l'intrigue.

A tel point que l'on visualise et que l'on s'y projette parfaitement : du style, des détails jusqu'à la disposition des meubles et bibelots, l'éclairage, les couleurs ou même la géométrie des pièces et leur agencement. Ces descriptions contribuent grandement à installer l'atmosphère d'un livre et nous immerge dans l'univers des héros :

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lundi 13 juin 2011

"Le mépris" d'Alberto Moravia : "J'éprouvais une sensation précise d'abandon et l'épouvante de cet abandon..."

Si en France ses adaptations ciné sont plus connues que ses romans, Alberto Moravia, également essayiste, scénariste et journaliste, n’en reste pas moins un des grands romanciers italiens du XXe siècle (1907-1990), étudié dans les programmes scolaires transalpins. Maître de l’analyse psychologique en particulier des relations amoureuses, on trouve au cœur de son œuvre, l’obsession récurrente (et déçue) d’une quête de pureté, de vérité mais aussi l’incommunicabilité entre les êtres et plus particulièrement entre hommes et femmes qui côtoient une lutte pour la possession de l’Autre, le dilemme entre désir et sentiments, l’intellect et l’instinct. «Chacun a une clé pour comprendre la réalité. Balzac, c'est l'argent. Moi, c'est plutôt les femmes.» a-t-il résumé. Profondément influencé par Dostoïevski qu’il considère comme le créateur de l’existentialisme ainsi que par les surréalistes, il se qualifie de « réaliste existentialiste », avant Sartre et Camus, ainsi que de « symboliste ».

Retour sur son chef d’œuvre, moins connu, à tort !, que sa célèbre adaptation par Godard : « Le mépris » :

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mardi 19 avril 2011

"Un amour insensé" de Junichirô Tanizaki : L'attraction-répulsion de l'Occident

D'indéniables corrélations psychologiques existent entre l'oeuvre du romancier Moravia et celle de son aîné japonais Tanizaki, tous deux fins observateurs des affres amoureux et de la séduction (diabolique) des femmes. Il n'est donc pas étonnant de voir l'Italien préfacer cette œuvre majeure publiée en 1925 (peu après le tremblement de terre de 1923 qui détruisit Tokyo) au milieu de sa carrière et qui préfigure un autre de ses chefs d'oeuvre "La confession impudique" en 1965. Ce texte a été dénoncé à sa parution comme "le reflet d’un esthétisme décadent, en raison de son indécence revendiquée". Moravia souligne le drame de l'occidentalisation du Japon qui sous-tend cette oeuvre, véritable choc culturel menant à une "dissociation schyzophrénique" entre tradition et modernité, selon lui. Il voit ainsi en son héroïne, Naomi, la figure de la corruption occidentale, ce qui est en effet certainement la volonté qu'avait Tanizaki. Et l'on se dit que Philippe K. Dick n'est alors pas loin (cf : son oeuvre qui inverse le processus Japonisation de l'Occident, Le maître du Haut-château). Mais au-delà de cet aspect historique, ce qui fait la force de ce roman est surtout le dévoilement des mécanismes psychologiques troubles de ce couple et de leur histoire d'amour singulière fondée sur un étrange pacte de départ. Entre volonté de possession, de jalousie, ambivalence, jeux de manipulation et de séduction... : Tanizaki explore avec minutie l'évolution de leur relation aux accents masochistes et fétichistes tout en s'adonnant à sa passion du corps féminin...

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