"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

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Des Cannibales, Montaigne, Les Essais : commentaire, plan, analyse thématique et citations

Voici un plan de lecture analytique d’un célèbre extrait des Essais de Montaigne intitulé « Des cannibales », souvent présenté au bac français oral ou écrit. Le commentaire présente les principaux thèmes et problématiques abordés par Montaigne dans ce texte humaniste fondateur, à contre-courant des idées préconçues et de l’étroitesse d’esprit de son époque, qui inspirera le siècle des lumières. Ces explications et éléments de réponse vous aideront à comprendre le texte et répondre aux questions de l’examinateur :

L’arrivée de Christophe Colomb dans le Nouveau Monde (San Salvador) en 1492 (gravure de Theodore de Bry)

La question de l’altérité chez Montaigne : comment est perçu l’autre à la Renaissance ?
L’impact de la découverte de l’Amérique dans le questionnement de l’Autre

Introduction commentaire Des Cannibales de Montaigne :

– Courant littéraire : L’humanisme
– Genre : argumentation
– Contexte historique : Fin de la Renaissance, guerres de religion entre catholiques et protestants (1572 : massacre de la Saint Barthélémy où sont exécutés les principaux chefs protestants venus à Paris assister au mariage du protestant Henri de Navarre à l’ordre de Catherine de Médicis) et découverte et colonisation du Nouveau Monde en Amérique (problèmes d’intolérance religieuse et de l’Autre en général).
– Auteur : Montaigne (1533-1592), philosophe, moraliste et homme politique (maire de Bordeaux)
– Oeuvre : Les Essais, dans cette oeuvre vaste de 3 livres (près de 1100 pages) composés au fil de sa vie (de 1572 à sa mort en 1592), il entreprend de se dépeindre lui-même (démarche introspective très innovante et encore inédite à l’époque) dans sa condition ordinaire d’homme dans une visée universelle (« c’est moi que je peins » ou encore « je suis moi-même la matière de mon livre », « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition »). NB : cette notion d’universalité est toutefois contestatble du fait d’une part que le masculin n’est pas synonyme d’universel comme on l’assimile encore trop souvent et d’autre part par la condition privilégiée et occidentale de l’auteur (même s’il cherche à la dépasser). Il reconnaît lui-même dans son dernier essai « De l’expérience » : « Il n’est aucune qualité si universelle, en cette image des choses, que la diversité et varieté. »). Il précise aussi par ailleurs que cet autoportrait est changeant et que rien, ni les valeurs ni les êtres (qui les créent et les portent) et leur pensée fluctuante et évolutive, n’est figé, à commencer par lui-même : « Je ne peins pas l’être, je peins le passage« .
Ce faisant, il livre son regard, sa vision sur la société de son époque et le monde qui l’entoure tel un anthropologue. Il y aborde des sujets aussi variés que l’importance de l’amitié, l’éducation, la morale humaine, la nature, l’ordre social et la justice, l’intégrisme religieux, la solitude, la mort, l’existentiel, nourris de ses voyages en Europe (en Italie et en Allemagne où il se soigne par cures thermales notamment).
– Condamnation : la liberté de ses propos pas toujours très orthodoxes (et sceptiques) lui vaudra d’être mis à l’Index (livres interdits par l’Eglise catholique pour immoralité) en 1676 à la demande de Bossuet (Montaigne n’a cependant pas été inquiété de son vivant par l’Inquisition et se disait catholique).
– Influences de Montaigne : stoicisime, épicurisme pour finalement évoluer vers le scepticisme.
– Extrait : Chapitre 31 des Essais publié en 1595
– Thème principal de l’extrait « Des cannibales » : Montaigne commente et conteste la vision habituellement péjorative des indigènes (ici de l’actuel Brésil) par les occidentaux et leur réaction (de rejet) face à des coutumes différentes des leurs. Il critique notamment l’étroitesse de vue de ces derniers.
– Annonce du plan : Tout d’abord, j’analyserai le regard humaniste que porte Montaigne sur la figure de l’Autre. Puis, j’expliquerai comment il livre une critique de l’ethnocentrisme Européens qu’il dénonce. Enfin, je présenterai la stratégie d’argumentation de Montaigne pour convaincre et persuader son lecteur.

Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage »

Notions clé du texte :
– Ethnocentrisme : la tendance à penser que sa culture est meilleure et supérieure à celle des autres peuples (terme du sociologue américain William Graham Sumner, XIXe siècle)

– Relativisme et diversité : Principe selon lequel il n’existe pas de vérité absolue. Le relativisme consiste à refuser d’établir une hiérarchie entre les différentes cultures, et s’oppose à l’ethnocentrisme qui fait d’une seule nation le centre du monde. Le relativisme s’oppose aussi à l’évolutionnisme qui tend à classer les sociétés sur la courbe d’une évolution allant des sociétés primitives aux sociétés avancées.
Montaigne a beaucoup réfléchi à la diversité des coutumes et des sensibilités humaines qui parcourt toute son œuvre et il n’a de cesse de rappeler les différences d’un individu à un autre (dans « De la tristesse » ou « De la peur » par ex.). Il revendique le voyage comme le meilleur moyen de prendre conscience de cette diversité.

– Anthropocentrisme : conception philosophique qui considère l’homme comme central dans l’univers et ne tient compte que de la perspective humaine.

– Eurocentrisme : tendance à penser que le mode de pensée et les coutumes européennes sont supérieures à celle des autres peuples

– Scepticisme : méthode philosophique consistant à douter en particulier des idées reçues et des dogmes pour rechercher la vérité. Montaigne montre que l’on ne peut pas se fier à la raison humaine : elle varie selon les individus, se contredit, et ne peut déterminer la loi morale. Il se méfie des jugements universels et catégoriques (cf la doctrine pyrhonienne).
Cet état d’esprit s’incarne dans sa célèbre interrogation : « Que sais-je ? » ( dans« Apologie de Raymond Sebond »)

– Humanisme : revalorisation de l’homme (optimisme et foi en l’homme) en dépassant son statut de « pécheur » selon la doctrine chrétienne, tolérance de l’autre et acceptation des différences, liberté de l’homme. Le XVIe siècle est marqué par la redécouverte et l’influence croissante des philosophes et des moralistes de l’antiquité (traduction des écrits de Platon, Cicéron, Sénèque, et surtout Plutarque notamment). A la morale du Moyen Âge reposant sur l’autorité de la parole divine, la morale antique oppose l’idée d’une conscience individuelle dictée par une raison humaine imparfaite et fluctuante.

A/UN REGARD HUMANISTE SUR LA FIGURE DE L’AUTRE

A.1 Bienveillance envers les indigènes du Nouveau Monde

Montaigne humaniste se situe dans la tradition humaniste par sa tolérance et son ouverture d’esprit ainsi que sa référence aux penseurs antiques (ex : Térence dramaturge latin qui disait « je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger », ce qui signifie qu’il n’avait pas de préjugés sur les autres et les acceptait tel qu’ils étaient, avec leurs différences ; Hérodote, historien grec du Ve siècle avant notre ère remarquait aussi que les gens étaient « habitués à voir leurs coûtumes comme de loin les meilleures »). Il cite ainsi Platon explicitement (pour appuyer son argument sur la supériorité de la nature) ainsi que Lycurgue.
Toutefois il s’en démarque aussi en reprochant à la connaissance, au progrès et à la philosophie son manque de « pureté » et son échec à nous rendre heureux (voir ci-dessous).

Il caractérise les sauvages à travers des démonstratifs : « cette nation » (l.2), « cette contrées-là » (l.11) qui montrent l’éloignement et la nouveauté (« nouvelles terres » l.18).
Cela montre l’élargissement progressif du champ de vision, c’est à dire une plus grande ouverture d’esprit qui accepte l’autre. On observe notamment une gradation dans sa façon de désigner le Nouveau Monde : d’abord l’emploi du singulier « cette nation » puis le pluriel « nouvelles terres » et enfin « au monde » qui a une portée universelle.

A.2 Remise en question de la culture européenne : Opposition nature/culture

– Humanistes favorisent la culture et l’éducation pour le progrès de l’homme.
Montaigne interroge la notion de culture et de hiérarchie entre les peuples.
Question clé : Les cannibales sont-ils inférieurs aux Européens car n’ayant pas la même culture ?
Citation : l.3 « Nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes. (…) la parfaite religion, etc. » → Montaigne analyse la façon dont la plupart des européens jugent autrui = relativisme (pas un jugement absolu).
Champ de vision restreint des Européens limité à leur mode de vie/façon de penser.
Citation : l.11 « Ce n’est pas raison que l’art gagne (…) sur notre grande et puissante mère nature. » = la nature doit prévaloir sur l’art et les productions humaines vu comme un « artifice ».

– Montaigne fait de nombreuses références à la nature et redéfinit le terme de « sauvage » sous une forme plus positive, méliorative.
Citation : « fruits sauvages » l.5/6
Il revient à l’origine étymologique du mot qui se rattache à une vie en harmonie avec la nature (cf. latin : silvaticus : fait pour les forêts). + Idem redéfinition valorisante du mot « barbare » (qui à l’origine vient du grec barbaros = les non grecs)
>> Nature et culture sont en concurrence : Montaigne remet en question la notion de culture.

A.3 Le « colloque » avec le lecteur (= le dialogue)

– Un style d’écriture innovant qui invite le lecteur à réfléchir et qui le prend à parti comme dans une conversation.
– Invention d’une nouvelle forme littéraire : l’essai, une forme libre faite de digressions et de réflexion personnelle, saute d’une idée à l’autre.
– Référence à d’autres interlocuteurs « à ce qu’on m’en a rapporté »
– Implication constante du lecteur : usage constant du « nous », rapport d’égalité.
– Parenté entre l’esssai et le genre épistolaire (= lettre)
= 3 caractéristiques clé de l’essai pour une efficacité pédagogique (afin de transmettre ses idées facilement au lecteur).

B/UN REGARD CRITIQUE SUR LES EUROPEENS

Citation (l.2) « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. »
>> Montaigne rejette l’idée d’hommes supérieurs aux autres et que la différence soit synonyme de barbarie. Remise en question des valeurs socio-culturelles de son époque et en particulier du regard méprisant des Européens sur les Indiens ” Attitude humaniste qui se reflète ds son esprit critique et sa liberté de penser (libre-arbitre > libre jugement).
Montaigne met en doute les croyances populaires.

B.1 Le duel Nature/Culture : la condamnation de la Culture au profit de la Nature

La Renaissance célèbre la puissance et la vertu de la Culture, ce que Montaigne conteste à travers plusieurs termes en opposition :
Champ lexical Culture/Progrès/Système politico-économique : Police (l.4), guerre (l.16), conquête (l.18 >> rapport à la colonisation), propriété (l. 8), « contrats », « inventions », « la connaissance » >> signes d’une société éduquée qui a perdu sa « pureté » originelle, organisée et hiérarchisée basée sur la répression et la soif de possession. Il dénonce aussi le fléau de la guerre comme « une maladie » partagée par l’Ancien et le Nouveau monde toutefois.

Jugement désapprobateur de Montaigne sur ces caractéristiques des sociétés occidentales : artifice (l.7), goût corrompu, « vaines et frivoles entreprises » – »altérés » – « détournés »– « toute sorte de barbarie ».

Montaigne fait au contraire l’éloge de l’état de nature c’est à dire vivre en harmonie avec la nature à l’état brut et de ses ressources naturelles non transformées (nature= « mère nourricière » > qui nourrit) qui correspond à l’idée du bien et de la raison (ce qu’il définit comme « l’ordre commun » incarné par la nature et que l’homme civilisé a « détourné » c’est à dire perverti et dégradé), c’est à dire la pureté. Pour Montaigne, l’homme est bon tant qu’il suit la Nature, et il ne devrait jamais s’en écarter.

A l’inverse l’état de culture mènerait à la violence, au conflit, l’appât du gain etc.
Citation (l.20) : « Ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites » (à propos des Amérindiens)
Ils jouissent de leur « uberté naturelle » (c’est à dire des fruits que la nature met naturellement à leur disposition). Ils ne désirent pas plus que ce qu’ils ont : Ils se contentent et sont heureux de ce qu’ils ont, ils n’ont pas l’appât du gain et du « toujours plus » comme les Européens défaut dénoncé et reproché ici en filigrane par Montaigne.

Le rejet de la connaissance

De façon très surprenante, il va jusqu’à rejeter, dans la dernière partie, le savoir acquis par les Européens dans le sens où il ne mène pas au bonheur (fait d’autant plus étonnant pour un homme de lettres humaniste!) en nous enlevant notre innocence (« naïveté »). On retrouve ici un écho de la genèse et du paradis perdu par Adam et Eve pour avoir croqué le fruit interdit de la connaissance.
Il assimile l’éloquence et les lettres (« les paroles ») à une cohorte de vices (« mensonge », « trahison » ou encore la « dissimulation » ou « l’avarice », etc) propres à l’Ancien Monde civilisé. Comme si le langage même, qui nous permet de progresser, était aussi la source de notre malheur et de notre corruption en nous éloignant de l’état de nature à mesure que notre pensée se développe et se sophistique pas forcément dans la bonne direction…

Une vision utopique et idéalisée des sociétés primaires

Montaigne décrit le peuple Indien de façon idéalisée voire utopique comme un âge d’or perdu (cf. mythe de l’âge d’or d’Hésiode) à travers une série de termes mélioratifs : « vraies et plus utiles et naturelles vertus », « noble », « généreux », « une vie sans travail » (« uberté naturelle » l.19)
Fraternité, humanité et cohésion familiale entre tous, comme une grande famille, une vie communautaire axée sur le partage sans ni jalousie.
Absence de propriété, de loi (« leurs héritiers (…) que nature donne à ses créatures » l.23-4-5)

>> L’objectif pour Montaigne est de (faire) réfléchir à un modèle alternatif à la culture Européenne par contraste.

B.2 La déconstruction du sens des mots

Montaigne démontre que les mots qu’on utilise sont biaisés (préjugés culturels, pas un jugement objectif). Il redéfinit certains termes péjoratifs :
Ex : le mot « barbarie » qui change selon le point de vue et « l’usage » comme il le dit.
Les plus barbares sont en réalité les européens au vue de leur cruauté et de leur soif de conquête (cupidité) au détriment de la liberté d’autrui (« eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous »).
L’acte de conquête, la prise de possession des terres et des hommes ne sont pas un signe de supériorité, rappelle Montaigne. Le mot « sauvage » : les européens sont en réalité « sauvages » selon lui car ils ont altéré c’est à dire qu’ils n’ont pas respecté la nature avec leurs « artifices » > Antanaclase (répétition d’un mot avec un sens différent).
Montaigne interroge le sens véritable des mots et leurs connotations péjoratives (cf. étymologie antique du mot « barbare »qui fait référence à la violence et à la décadence), en montrant que finalement ils ne reflètent pas forcément la réalité/vérité. Technique de l’exagium (ancêtre du mot « essai ») qui signifie juger, examiner, peser.
Le langage n’est qu’un instrument de notre subjectivité (=notre façon de penser) , et non vérité absolue d’essence divine.
Dans la lignée des philosophes grecs antiques sceptiques (scepticisme), Montaigne doute du bien-fondé des convictions de ses pairs.

C/LE DISPOSITIF D’ARGUMENTATION DE MONTAIGNE : CONVAINCRE ET PERSUADER

L’essai de Montaigne suit une structure rhétorique savamment construite pour certes engager le dialogue avec le lecteur mais qui vise aussi à le convaincre et à le persuader.

C.1 Une démonstration en trois temps

1/ Les premières lignes exposent la thèse de l’auteur (= l’opinion qu’il défend) sous une forme provocatrice donc de nature à susciter l’intérêt : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Puis, il réfute l’idée commune eurocentrique : « il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation »

2/Il développe ensuite un premier argument basé sur l’opposition entre nature et culture comme vu précédemment, en valorisant la première au détriment de la seconde. Ce qui va encore une fois à contre-courant de l’opinion courante.

3/Enfin dans le 2nd paragraphe, il dresse un portrait idyllique de la vie des cannibales, ce qui renforce sa thèse initiale ainsi que la supériorité de l’état de nature sur celui de l’état dit « civilisé ».

Il s’agit d’une argumentation déductive. Elle consite à démontrer la validité de sa thèse à l’aide d’arguments à la fois logiques et démonstratifs (à partir de l’exemple des natifs de l’actuel Brésil et des colons portugais). Elle repose sur l’antithèse entre nature et culture (opposition dialectique = raisonnement qui met en parallèle une thèse et son antithèse), symbolisant les mœurs et valeurs des peuples amérindiens d’une part et ceux des Occidentaux d’autre part. Il déconstruit les préjugés de son époque sur un sujet sensible en démontrant que leurs fondements ne sont pas rationnels ni objectifs donc pas raisonnables ni valables…

C.2 Ton et registre de l’argumentation de Montaigne

Le ton employé est ferme et reflète la certitude de l’auteur à travers la modalisation de son discours  : « Comme de vrai », « A la vérité ». Il utilise aussi l’emphase et la généralisation : « Là où (…) Là est… » (anaphore), « Ce sont eux que… », « Ce n’est pas… », « rien », « chacun », « partout », des adverbes d’intensité comme « tant », « toute noble… », « la perfection », l’emploi du rythme ternaire et binaire, de comparatifs (« Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages… »)
>> Procédés d’insistance et de répétition qui donne une impression de martèlement et renforce le degré de conviction
Enfin son registre est à la fois polémique (il égratine durement l’image des Européens avec notamment un champ lexical de la corruption : « abâtardies », « corrompu », « étouffée », « vaines et frivoles » ou l’usage de l’ironie « la parfaite religion, la parfaite police… » ou l’oxymore «  une merveilleuse honte » pour tourner en dérision l’orgueil des Européens) et laudatif (éloge du mode de vie Amérindien et de la nature).

De façon générale, Montaigne remet ainsi en cause le système de valeurs européennes sur plusieurs niveaux :
les valeurs éthiques (morales) : opposition entre la pureté des Amérindiens encore innocents et les européens corrompus plein de vices.
les valeurs intellectuelles : la raison et la réflexion prime sur les préjugés
les valeurs esthétiques : les créations de la Nature sont supérieures aux produits de l’art humain.

Montaigne reproche aux civilisations occidentales qui dominent le monde d’oublier qu’une civilisation ne se définit pas seulement par des acquis matériels, mais aussi par des valeurs culturelles et morales.

Conclusioncommentaire Des Cannibales de Montaigne

Des cannibales est un essai de Montaigne particulièrement audacieux et novateur pour son époque et reste toujours d’ailleurs d’actualité (cf. les difficultés de tolérance et d’intégration qui font toujours débat à l’heure de la diversité multiculturelle et multiraciale) en prenant le contre-pied des idées en vigueur : le détournement des qualificatifs sauvage et barbare et l’inversion hiérarchique entre nature et culture.
Ouverture : Dans son sillage, au XVIIIe s., les romantiques (anglais notamment) et plus particulièrement Rousseau en France (cf. « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes », 1755) reprendront ses idées en louant la nature et du « bon sauvage » et de l’état de nature puis au XXe siècle Lévy-Strauss achèvera de récuser l’ethnocentrisme européen.
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Avis personnel: La vision de Montaigne témoigne de son humanité, de son ouverture d’esprit (et de sa mentalité écologique d’avant l’heure!) ainsi que d’une saine et admirable capacité à se remettre en question, toutefois elle peut paraître excessive et extrême par son idolâtrie des mœurs primitives et son rejet du progrès et du savoir. Un entre-deux entre nature et culture, bien difficile à atteindre certes, paraîtrait plus souhaitable et réaliste.

Pour aller plus loin sur l’état de nature :
Dans son livre Léviathan (1650), Hobbes lance le débat sur l’état de nature qu’on retrouvera au XVIIIe s. Montaigne peint le sauvage comme un être naturellement bon, libre et heureux. Pour Hobbes, « l’homme est un loup pour l’homme », et la vie du primitif est « solitaire, désagréable, brutale et de courte durée ». Le philosophe anglais Locke, se rapproche davantage de la pensée de Montaigne : dans l’état de nature, les hommes étaient libres et ils ne connaissaient que la loi naturelle. Ils devaient tenir parole et mettre tout en oeuvre pour assurer la sécurité des autres (Traité du gouvernement civil, 1690).

Avant la fin du XVIIe s., c’est surtout chez le dramaturge anglais Shakespeare que Montaigne trouve un écho. Dans La Tempête (1611), il imagine la rencontre sur une île de personnages civilisés, tels que Prospero, avec un sauvage, Caliban (déformation du mot « cannibale »). Il ne fait pas de Caliban « un bon sauvage », mais il dénonce la relation entre le civilisé et le « sauvage », considéré comme inférieur parce qu’il est différent. La pièce s’interroge sur les justifications que les Occidentaux ont alléguées pour la colonisation et l’esclavage. Shakespeare connaissait bien l’essai Des cannibales de Montaigne et son influence est significative.
En 1721, Montesquieu imagine la venue à Paris de deux persans, pour dénoncer les basurdités de la société française. Le conte de Voltaire Micromégas (1752) remet en cause la prétention d’une humanité qui se croit seule au monde. L’ingénu, le huron, non corrompu par les préjugés, jette un regard critique sur les moeurs de la société française.

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