Humeurs et autres curiosités littéraires

Des questions et des bouts de réponses sur le petit monde merveilleux des livres, de l'écriture et de l'édition...

Femmes de plus de 40 ans recherchent désirabilité : figure de la femme mûre en fiction, entre cougar pathétique et rebut de la société

Si le sujet de la jeune fille succombant à l’homme d’âge mûr est un sujet/fantasme rebattu que Claire Castillon vient d’ailleurs de revisiter avec « Les messieurs », montrant notamment l’ambivalence de cette attirance dont le côté cérébral ne suit pas toujours le physique, ou du vieux libidineux séduisant une jeunette (Roth s’en étant fait une spécialité de « La tâche » à « La bête qui meurt »…), celui du désir et de la séduction chez la femme de plus de 40 ans semble encore relativement tabou ou rare, jugé indécent ou gênant (?). Quand il est abordé, chez les auteurs masculins (qui l’accable ou la tourne en ridicule) comme chez les écrivains femmes, leur portrait n’est guère flatteur ou optimiste comme le démontre le dernier roman remarqué « Celle que vous croyez » de Camille Laurens

Le complexe socio-culturel d’Olivier Adam et le mépris de la culture populaire (« Les lisières »)

Alors que je lisais Les lisières d’Olivier Adam, je m’amusais de l’écart entre l’image que l’on peut avoir de cet écrivain et la réalité finalement de ses idées, de son « idéologie », qui ressort de façon assez abrupte dans ce roman qui m’a assez étonnée (malheureusement dans le mauvais sens…). En effet, je tenais Adam pour cet écrivain plutôt empathique sensible à la « France d’en bas » (aussi laid que soit le dénominatif), de la condition ouvrière, des déshérités, défavorisés, et tout autre synonyme que l’on voudra bien trouver pour désigner en gros tous ceux qui doivent trimer pour joindre difficilement les deux bouts quand ils ne s’abîment pas dans un chômage désespérant, ceux qui ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche ou autres milieux à paillettes.

Le problème avec la Bovary et ses descendantes… (de Flaubert à S. Divry, L.Slimani, Reinhardt…)

Le roman « Madame Bovary » de Flaubert compte parmi les livres qui me hérissent le plus. J’avais immédiatement ressenti un malaise à sa première lecture et un décalage entre la façon dont il est couramment présenté et son contenu véritable. En effet, le livre, qui trône chaque année en position frontale des programmes et des annales du bac français comme représentant ultime de la condition féminine, est devenu une affreuse imposture.
Etalage au rayon parascolaire/bac français du libraire Gibert jeunes où Madame Bovary règne...

4 idées reçues sur l’invisibilité des écrivains femmes à l’école

Déjà en 2009, j’écrivais un petit « manifeste » interrogeant la notion de « grand écrivain » et le manque de visibilité flagrant des plumes féminines, qui restent les grandes absentes des programmes scolaires et dont l’entrée dans le canon littéraire officiel reste encore bien problématique (pour ces messieurs).
La dessinatrice et blogueuse Diglee s’en ait fait l’écho récemment dans un billet qui a fait le buzz (repris notamment par Le Monde : »Où sont les femmes ? Pas dans les programmes du bac littéraire » puis Libé, « Les femmes de lettres, ces grandes oubliées des programmes« ), dénonçant le totalitarisme de la pensée masculine notamment dans le monde des lettres.

« Home-writing » : quand les écrivains se font décorateurs d’intérieur… (autour de Moravia, Tanizaki, Anais Nin, Sagan, Colette…)

En regardant les photos des magazines déco (ou maintenant les « planches d’inspiration » des réseaux sociaux), l’imagination vagabonde… : on peut parfois se raconter toute une histoire rien qu’à la vue d’un salon, d’une chambre ou même d’un fauteuil… Certains romanciers (à commencer par les réalistes et les victoriens du XIXe siecle qui ont peut-etre inauguré cette tendance), l’ont bien compris et décrivent avec minutie les intérieurs de leurs personnages qui reflètent leurs personnalités, enrichissent leurs psychologies, tout comme la façon dont les personnages occupent et utilisent cet espace. A l’instar du « nature-writing », on pourrait peut-être ici parler de « home-writing » ?! 🙂
De l’appartement ultra-design et siglé de l’Upper East Side du glacial Patrick Bateman dans American psycho ou dans un tout autre genre les vieux châteaux venteux et inquiétants des Hauts de Hurle-Vent aux vastes cheminées et escaliers grinçants ! Ces décors jouent un rôle à part entière dans l’intrigue.

De la Femme, Du Féminisme, De Bénédicte Martin, de Nabilla, d’Eve et Pandora…

En mars 2014, Bénédicte Martin publiait « La femme » son 4e livre, dont la couverture faisait une nouvelle fois scandale 11 ans après son recueil Warm up en 2003 dont la couverture avait été jugée tout aussi « choquante ». Objet du courroux ? Le corps féminin, encore et toujours, éternelle entité problématique…

Top 10 : Mes plus beaux livres d’amour…

A l’occasion de la saint Valentin, retour sur l’un des plus beaux genres littéraires, si ce n’est peut-être le premier ! : l’histoire d’amour ou roman d’amour (même s’il a toujours été assez méprisé paradoxalement, jugé trop « sentimental »). Le sentiment, exalté, déçu ou encore contrarié aura donné ses plus belles pages à la littérature. Alors que précedemment je m’interrogeais sur les difficultés d’écriture d’un roman d’amour contemporain (« Peut-on encore écrire une histoire d’amour ? »), je vais tenter aujourd’hui de dresser une petite liste des livres d’amour, d’hier et d’aujourd’hui, qui m’ont le plus marquée et surtout fait rêver. Selon moi, une « belle histoire d’amour », au sens romantique du terme, c’est d’abord l’émotion, l’intensité, l’enchantement qu’elle peut susciter en nous et une certaine idéalisation en filigrane.

Blondes… MAIS écrivains : De Marilyn Monroe (« Fragments ») à Nelly Arcan (« A ciel ouvert »)

Contre toute attente, l’auteur phare de la rentrée littéraire 2010 aura peut-être été celle dont on ne soupçonnait même pas qu’elle sache tenir un stylo : Marilyn Monroe ! On s’arrache ses « Fragments » de poésie, de lettres et autres bribes intimes posthumes. Et tout le monde de s’étonner, de s’exclamer : « La plus belle femme du monde était aussi intelligente« .
L’incompatibilité d’un quelconque talent ou au moins sensibilité intellectuel(le), littéraire et de la beauté, du sex-appeal (surtout féminin): un préjugé toujours bien ancré dans les mentalités, même 50 ans plus tard… Pourtant une idiote n’aurait pas pu avoir la carrière de Marilyn, quelle que soit sa plastique. Autre blonde, autre suicide -au même âge : 36 ans-, celui de Nelly Arcan , l’an dernier, en septembre 2009. Elle n’était pas actrice mais bien écrivain même si elle aura dû batailler pour en obtenir la reconnaissance. Trop belle, trop photogénique…

Qui écrira le « roman choc » de la rentrée littéraire ?

La rentrée littéraire vient de débarquer dans les médias et divers noms reviennent en boucle comme chaque année. Je ne suis pas fan de l’évènement qui ressemble plus à un déboulement, mais je m’intéresse bien sûr à ce qui émerge, à ce qui s’écrit. Et j’avoue que la première réflexion qui me vient est une certaine « tendance » (le terme est sans doute un peu exagéré mais à défaut je l’utilise) au toujours plus trash, au toujours plus provocateur, dérangeant, insoutenable et malsain. Inceste, pédophilie, viol, éloge du crime et de l’extrémisme… Comme si les auteurs cédaient à la tentation d’écrits toujours plus choc pour mieux se démarquer, se faire remarquer par la polémique ou en choquant l’opinion… ?

De la domination des machines : Regard sur la science-fiction de P.K. Dick à Franck Herbert jusqu’à nos jours…

Si la science-fiction peut être notamment définie comme l’art d’imaginer un futur possible pour l’humanité, elle s’appuie souvent sur tout un folklore de machines et de technologies merveilleuses ou effrayantes, censées symboliser l’évolution de la civilisation. En un mot : du « progrès ». « La science fiction traite de l’avenir, en particulier d’un avenir où la science aura progressé par rapport à ce qu’elle est aujourd’hui » fait ainsi dire K. Dick à l’un de ses personnages dans Le maître du haut château.

De Philip K.Dick à Franck Herbert, deux maîtres incontournables du genre dans les années 50-60 (coïncidant avec l’apparition des premiers ordinateurs, avant que ne se développe le cyberpunk dans les années 80 autour des réseaux informatiques avec W.Gibson pour chef de file), un thème se retrouve : la peur voire la haine des machines susceptibles d’asservir l’Homme… A l’aune de notre quotidien moderne, fait de technologie de plus en plus sophistiquée, que penser de leurs « avertissements » du siècle dernier… ?

Rétrograde, réalisme populiste, puritaniste : les polémiques littéraires en 2012…

Le monde littéraire a toujours fluctué au gré de polémiques et débats : depuis la querelle des anciens et des modernes en passant par celle des réalistes contre les romantiques ou parnassiens… En 2007, un manifeste appelait à une « littérature-monde » ouverte sur le monde et l’imaginaire.polemique-litterature-realisme-populisme-retrograde.jpg En 2012, de nouvelles polémiques ont agité récemment le petit monde littéraire par presse interposée, de Charles Dantzig à Michel Crépu en passant par Frédéric Beigbeder, etc :

La guerre contre les « couillidés » : de Virginie Despentes à Chloé Delaume et Véronique Ovaldé…

« Un couillidé » : c’est le surnom imaginé par Chloé Delaume, jamais à court de néologismes pour désigner les hommes dans son dernier opus « Une femme avec personne dedans », déjà usité dans son premier roman « Les mouflettes d’Atropos ». Cette fatigue des hommes voire ce dégoût ou colère, du moins de certains hommes – les salauds-, se ressent étrangement chez plusieurs romancières contemporaines ces dernières années :

De Gervaise Macquart à Mallaury Nataf : même combat ?

J’ai eu le plaisir de redécouvrir récemment l’un des plus célèbres tomes de la saga des Rougon-Macquart d’Emile Zola : l’Assommoir. J’avais gardé le très mauvais souvenir scolaire d’une œuvre misérabiliste et plombante mais j’ai retrouvé un roman foisonnant, plein de vie et même d’une effervescence joyeuse souvent, même si la fatalité finira par abattre froidement son héroïne.

« Les jeunes écrivains sont-ils si cons ? » (se demande le magazine Transfuge)

Je lisais le dernier numéro de janvier 2012 du magazine littéraire Transfuge, essentiellement pour l’interview de Chloé Delaume (qui persiste et signe dans son dogme de ne pas être divertie par la littérature : « On n’a pas le droit, quand on veut faire quelque chose d’inscrit dans l’époque, d’être dans le divertissement, divertir étant détourner de ce qui occupe. Des romanciers qui font des aventures, il y en aura toujours mais ceux qui savent faire ne peuvent pas se contenter d’utiliser l’esthétisme pour être ce miroir au long du chemin. Il faudrait leur couper la tête. » Rien que ça ! ) venant de publier « Une femme avec personne dedans » (titre très bon, en espérant que j’y trouverai quelque chose de plus intéressant que son interview quand je le lirai…), lorsque je suis tombée sur une « enquête » à l’élégant titre : « Les jeunes écrivains sont-ils si cons ? ». Sympathique marronnier s’il en est… article-jeunes-ecrivains2.jpg

Comment écrire un best-seller ?!

En cette rentrée littéraire de septembre 2011, un petit livre malin commence à faire parler de lui : «Une histoire des best-sellers» (Flammarion) de l’écrivain et professeur de droit public Frédéric Rouvillois. Quels sont les plus grands best-sellers de tous les temps et existe-t-il des « ingrédients » qui feraient le best-seller ?

« Premier bilan après l’apocalypse » : Où je juge les jugements littéraires de Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder reprend sa casquette de passeur de livres en publiant en cette rentrée littéraire 2011 une anthologie de ses 100 romans favoris: « un hit parade » comme le qualifie la 4e de couv’. Jouant sur l’idée que les livres sont menacés avec l’arrivée du numérique (et qui donne lieu à une préface régressiste et ennuyeuse sur le sujet, recyclé d’une de ses chroniques pour le magazine Lire : « Fahrenheit 451 »), il nous présente donc les livres qu’il souhaite « sauver » de « l’apocalypse », au XXIe siècle. Voila pour le concept (on n’a pas été publicitaire pour rien hein ! :-).
Dans le texte, cela donne des petites chroniques légères (que son ami Yann Moix, d’ailleurs référencé dans son ouvrage qualifiait, dans une interview sur France Inter, de « critiques bâclées sans fond », « drôles et brillantes mais pas profondes », et vlan !), comme l’auteur en a le secret, agrémenté de souvenirs personnels de lecteurs (qui pourront plaire ou bien agacer c’est selon votre empathie à l’auteur) et de quelques analyses parfois bien vues. Romans cultes ou plus confidentiels voire controversés, d’hier et d’aujourd’hui, je me suis amusée à comparer mes perceptions aux siennes :

« I don’t wanna lose my job » (Nafissatou Diallo) : pourquoi les femmes violées ne se défendent pas.

La rentrée littéraire s’apprête à débarquer mais le « roman DSK de l’été » (ou tragédie plutôt) continue d’accaparer mon esprit. Sur Internet le débat a fait rage (et même les écrivains sont nombreux à réagir, de part et d’autre, depuis mai : je partage d’ailleurs complètement l’avis de Virginie Despentes tant sur le harcèlement sexuel que sur la prison). Et force est de tristement constater que les défenseurs du violeur présumé dominent depuis le début.

Extrait ou résumé ? Enquête sur la 4e de couv’…

Le réflexe du lecteur flânant dans les rayons d’une librairie est bien souvent de se saisir d’un livre et de le retourner fissa, afin d’en avoir un rapide aperçu par le petit texte de présentation, rédigé au dos. Outre le titre (voire le blurb) et la couverture du livre, la 4e de couv’ joue donc un rôle assez stratégique comme invitation à la lecture et dans le choix d’un livre… :

Affaire DSK : Le « bûcher des vanités » du « Démon » tombé en « Disgrâce »…

Difficile de ne pas parler de l’affaire qui obsède l’actualité du moment, l’affaire DSK, les images de son audience qui tournent en boucle sur tous les médias, à commencer par Internet, les gros plans impudiques et inquisiteurs sur son visage au gris bronzé et ridé, ses lèvres anorexiques crispées, ses yeux vitreux qui courent de son avocat à la juge, comme si la caméra ou l’objectif des photographes tentait d’y lire, d’y débusquer ce qui s’est réellement passé dans cette suite du Sofitel samedi dernier. Et surtout pourquoi… ? J’avoue une fascination assez malsaine pour ce procès dont je ne peux m’empêcher de suivre chaque minute dés qu’une nouvelle actu surgit sur le Net. Qui, comme tout grand procès agit comme révélateur de notre société et de ses failles. Comme plusieurs blogs littéraires (cf : Aymeric Patricot qui évoquait le déni de la violence faite aux femmes qu’il a cherché à aborder dans ses romans), j’ai tendance à rapprocher cette « histoire » (qui ne manquera pas d’être récupérée par les scénaristes ou écrivains) de mon imaginaire littéraire, et je constate aussi que sur la toile on évoque plusieurs grands livres pour tenter de mieux comprendre peut-être ce nouveau « séisme » qui nous secoue actuellement :

Le plagiat littéraire existe-t-il ? (autour d’ »Axolotl Roadkill » d’Helene Hegemann)

Pas une semaine ne passe, sans qu’un nouveau scandale de plagiat littéraire ne soit déclaré. Le dernier en date concernant ce pauvre PPDA qui les accumule ces temps-ci… Si cette affaire peut faire sourire (une ancienne maîtresse l’accuse d’avoir utilisé ses lettres d’amour, apparemment écrites avec les pieds, après l’en avoir a priori autorisé avant leur rupture…), celle concernant Michel Houellebecq et Wikipédia était moins risible, démontrant la stupidité de quelques intégristes incapable de différencier une simple information de type encyclopédique d’une oeuvre littéraire, sans parler du « plagiat psychique » que nous inventait Camille Laurens à l’encontre de sa consœur Darrieussecq en 2007. Même George Orwell a eu droit à son accusation, 60 ans plus tard : on lui reprochait ainsi d’avoir emprunté son intrigue et ses personnages à un ouvrage russe des années 1920, intitulé «Nous autres» d’un obscure Ievgueni Zamiatine. En cette rentrée littéraire de janvier 2011, paraît en France la traduction d’un premier roman, Axolotl Roadkill signée d’une jeune allemande de 17 ans, Hélène Hegemann, ayant défrayé la chronique pour son (soi-disant) talent, son jeune âge, mais aussi et surtout pour ses multiples emprunts à d’autres auteurs, dont fait nouveau : à un blogueur. A l’heure d’Internet, cette dernière, pur produit de la génération Facebook, estime que l’écriture est une démarche consistant à mixer différentes sources jusqu’à créer une nouvelle œuvre à partir de ce « mix » d’influences… :