"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

Féminisme

La littérature jeunesse « young adult » manque-t-elle de « sérieux » ?

De JK Rowling mère de la saga Harry Potter et autres dérivés à Twilight, Hunger games ou Divergent, les romancières anglo-américaines se taillent la part du lion sur ce marché porteur de la littérature ado et jeunes adultes. Pourtant ces histoires fantastiques et autres dystopies, particulièrement quand le personnage central est une héroïne, sont souvent réduites à de la littérature commerciale facile sans intérêt littéraire, voire médiocre dont il faudrait même tenir éloignés les jeunes… Dans sa tribune au site Bustle*, la jeune auteur américaine de romans ados à succès (la trilogie Délirium, Before I fall/ »Le dernier jour de ta vie », etc.), Lauren Oliver

Auteurs femmes et programmes scolaires : Mme de La Fayette rejoint les oeuvres du bac L

Dans le sillage d’une lycéenne en 2014, une prof de français d’un lycée d’Alfortville lançait en mai 2016 une pétition « Pour donner leur place aux femmes dans les programmes de littérature du bac L », sur change.org. Adressé à la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, le texte souligne que «jamais une auteur femme n’a été au programme de littérature en terminale L». Une requête qui aura été entendue puisqu’en 2018, un premier pas sera franchi avec l’étude d’une oeuvre de Mme de La Fayette.

Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir : Misères et splendeurs de la jeune-fille

Publié en 1949, Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir demeure une référence de la pensée féministe et est considéré comme l’oeuvre -massive de 1000 pages !- fondatrice de la 2e vague du mouvement féministe débutant dans les années 50. A la fois encensé et lynché au moment de sa publication, il reste une œuvre aujourd’hui une œuvre admirée et controversée, alors qu’on l’accuse notamment en France, d’être « dépassé ». L’oeuvre reste en réalité mal connue, l’image sulfureuse que l’on aime donner à son auteur, l’ayant tristement souvent écrasée et occultée, ajouté au fait qu’elle n’est pas ou mal et peu étudiée à l’école.

La misogynie intériorisée par les femmes

La force culturelle de la misogynie a eu pour conséquence de se trouver non pas seulement une expression masculine, mais une pensée partagée par les femmes. Celles-ci se sont trouvées persuadées de l’existence d’un ordre naturel en leur défaveur, assumant une perception péjorative de leur propre sexe. Il n’est pas rare de voir des femmes qui ont intériorisé l’anima masculin et donnent raison à la misogynie masculine, l’intégrant consciemment ou non dans une misogynie féminine

Femmes de plus de 40 ans recherchent désirabilité : figure de la femme mûre en fiction, entre cougar pathétique et rebut de la société

Si le sujet de la jeune fille succombant à l’homme d’âge mûr est un sujet/fantasme rebattu que Claire Castillon vient d’ailleurs de revisiter avec « Les messieurs », montrant notamment l’ambivalence de cette attirance dont le côté cérébral ne suit pas toujours le physique, ou du vieux libidineux séduisant une jeunette (Roth s’en étant fait une spécialité de « La tâche » à « La bête qui meurt »…), celui du désir et de la séduction chez la femme de plus de 40 ans semble encore relativement tabou ou rare, jugé indécent ou gênant (?). Quand il est abordé, chez les auteurs masculins (qui l’accable ou la tourne en ridicule) comme chez les écrivains femmes, leur portrait n’est guère flatteur ou optimiste comme le démontre le dernier roman remarqué « Celle que vous croyez » de Camille Laurens

Les femmes écrivent plus mais sont moins visibles dans les médias

Dans la lignée des études publiées précédemment sur la sous-représentativité des femmes de façon générale (des manuels scolaires aux médias), une nouvelle étude vient de paraître en Australie mettant en évidence à nouveau l’écart entre la forte production littéraire des femmes et leur faible écho dans la presse, comparé à leurs confrères masculins:

La misogynie de Flaubert (extraits de sa Correspondance)

Bien que souvent passée sous silence ou minimisée,la misogynie de Flaubert était pourtant une réalité bien concrète (et communément partagée par ses contemporains), qui permet, lorsqu’on s’y penche de plus près d’éclairer son œuvre, et en particulier ce qui est souvent considéré comme son chef-d’oeuvre, « Madame Bovary ». On en trouve ainsi d’innombrables exemples dans la Correspondance où il exprime avec véhémence son mépris voire une véritable haine pour ce qu’il considère comme « l’élément typiquement féminin », se livrant à diverses généralités de bas étage. Il serait donc bon que les professeurs rappellent cette dimension, certes peu reluisante de l’auteur, mais finalement assez essentielle à l’approche et l’analyse de ses romans.

Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe extrait: « Le génie féminin » (commentaire et explication linéaires, notes)

Dans cet extrait* de « Le deuxième sexe » la thèse (problématique) de Simone de Beauvoir, célèbre philosophe et romancière française du milieu du XXe siècle, considérée comme une pionnière féministe (même si elle rejetait « l’étiquette ») peut se résumer comme: Les contraintes sociales historiques pesant sur la femme, limitant sa liberté et ses possibilités, ont nui à l’éclosion d’un génie féminin (« Comment les femmes auraient-elle jamais eu du génie… ?« ). Elle fait notamment référence ici à la création d’une oeuvre artistique, l’écriture littéraire, poétique ou philosophique, l’art de la peinture, musique…, où les femmes pourraient occuper un rôle actif et non celui passif traditionnel de la « muse », c’est à dire réduit à un objet d’inspiration, par sa seule beauté physique.

Anaïs Nin, en rayon avec « Fifty Shades of Grey », énerve la blogueuse Diglee !

Les bien-pensants, gardiens du canon littéraire partriarcal, n’hésitent pas à réduire trop souvent l’oeuvre d’Anaïs Nin à de la littérature égrillarde d’une « chaudasse », tandis que son célèbre amant et confrère Henry Miller, dont la sexualité fait aussi partie intégrante de son oeuvre a droit à une reconnaissance plus littéraire et élogieuse.

The Battle over the Figure of Eve : the Advent of a Protofeminist Voice in Early Modern England

The figure of Eve has long been a major focus of attention for theologians, politicians, moralists, instructors, writers or even painters. The -infamous- protagonist of the garden of Eden in the myth of Genesis was a recurrent topic of debate and fuelled countless interpretations which deeply influenced the perception of women and their (god-given) role in the Western Christian societies, and are still deeply-rooted in the popular imagination. Of course these interpretations, along with the myth itself, have been put forward essentially by male authors as a so-called justification of women’s inferiority for men’s interests, in the name of God (Gabel). As Phyllis Trible has pointed out: « Throughout the ages people have used this text to legitimate partiarchy as the will of God. They maintained that it subordinates woman to man in creation, depicts her as his seducer, curses her, and authorizes man to rule over her ». However in the Early Modern period, especially in the 17th century, English women started to claim a public voice to participate in the gender discourse, monopolized by men so far . Despite the male injunction to be silent, they set out to appropriate their so-called « biblical alter-ego » and redress the detrimental literature she inspired.

4 idées reçues sur l’invisibilité des écrivains femmes à l’école

Déjà en 2009, j’écrivais un petit « manifeste » interrogeant la notion de « grand écrivain » et le manque de visibilité flagrant des plumes féminines, qui restent les grandes absentes des programmes scolaires et dont l’entrée dans le canon littéraire officiel reste encore bien problématique (pour ces messieurs).
La dessinatrice et blogueuse Diglee s’en ait fait l’écho récemment dans un billet qui a fait le buzz (repris notamment par Le Monde : »Où sont les femmes ? Pas dans les programmes du bac littéraire » puis Libé, « Les femmes de lettres, ces grandes oubliées des programmes« ), dénonçant le totalitarisme de la pensée masculine notamment dans le monde des lettres.

De la Femme, Du Féminisme, De Bénédicte Martin, de Nabilla, d’Eve et Pandora…

En mars 2014, Bénédicte Martin publiait « La femme » son 4e livre, dont la couverture faisait une nouvelle fois scandale (censuree par Apple car juge « inappropriée » sur sa plateforme numérique) 11 ans après son recueil Warm up publié en 2003 dont la couverture avait été jugée tout aussi « choquante ». Objet du courroux ? Le corps féminin, encore et toujours, éternelle entité problématique, qui ne doit pas se montrer ou « provoquer ». Un thème qui fait écho à quelques-uns des 50 chapitres de son livre où elle revendique haut et fort le droit à la féminité et à ses apparats. En novembre dernier et depuis plusieurs mois déjà, une jeune femme nommée Nabilla, attise la haine et les commentaires sexistes en tout genre. Son crime ? Outre avoir été accusée -enquête en cours- d’avoir poignardé son compagnon qui, lui, était sous l’emprise de la cocaïne lors d’une dispute et peut-être en self-défense (dans tous les cas un acte passionnel), est aussi et surtout celui de montrer (un peu trop) son corps (un peu trop) plantureux pour etre respecté. Le lynchage médiatique et publique des femmes (cf:Tristane Banon en 2011 lors de l’affaire DSK pour n’en citer qu’une), qui ne se fondent pas dans le conformisme puritain judéo-chrétien patriarcal encore si tenace, est une pratique nauséabonde courante dans notre pays…

Succès : Un téléfilm sur l’enfer des femmes battues (L’emprise) et un livre … qui détrône Houellebecq !

En mars 2012, la Cour d’assises du Nord acquittait Alexandra Lange, une femme battue de 32 ans qui était jugée pour le meurtre de son mari, en 2009 à Douai, d’un coup de couteau à la gorge alors que celui-ci tentait de l’étrangler. Un verdict important qui marque une nouvelle étape dans la reconnaissance des enfers subis par les femmes battues (pour rappel, 1 femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son mari).

Le dénigrement de l’autofiction pour dénigrer les écrivains femmes ? (interview Annie Ernaux et Camille Laurens)

Dans une interview donnée au journal « Le Monde » en février 2011, les deux reines de l’autofiction française, Camille Laurens et Annie Ernaux (qui rejette l’étiquette et lui préfère le terme d' »autosociobiographie » en ce qui concerne son travail littéraire) réagissent aux préjugés, parfois sexistes, qui entourent le genre souvent décrié en France…

Manuels scolaires, critiques littéraires et Wikipédia…: les femmes toujours sous représentées

Au XXIe siècle, les femmes ont-elles encore besoin du féminisme ? Si l’on en juge par les résultats de récentes études, il semble bien que leur combat ne soit pas fini pour s’imposer et faire reconnaître leur place dans le monde littéraire et des connaissances de façon plus générale :

Jane Austen, 3e femme représentée sur les billets anglais

Un peu de littérature et de féminisme sur la monnaie anglaise avec le portrait de la célèbre auteur victorienne de « Raison et sentiments » ou encore « Orgueils et préjugés » qui vient d’être sélectionné pour figurer sur le nouveau billet de 10 livres sterling. Tout un symbole et le fruit d’une lutte acharnée

Les dix héroïnes les plus fortes de la littérature

Le site américain Flavorwire a réalisé un diaporama des dix personnages féminins littéraires les plus forts (« Ten of the most powerful female characters in literature »). Le terme doit être compris comme les femmes ayant eu un impact positif et durable sur nos vies (« the women who have had positive and lasting impacts on our lives »).

La guerre contre les « couillidés » : de Virginie Despentes à Chloé Delaume et Véronique Ovaldé…

« Un couillidé » : c’est le surnom imaginé par Chloé Delaume, jamais à court de néologismes pour désigner les hommes dans son dernier opus « Une femme avec personne dedans », déjà usité dans son premier roman « Les mouflettes d’Atropos ». Cette fatigue des hommes voire ce dégoût ou colère, du moins de certains hommes – les salauds-, se ressent étrangement chez plusieurs romancières contemporaines ces dernières années :

« Un troussage de domestique », un livre sur les réactions à l’affaire DSK (+ livre témoignage de Tristane Banon « Le bal des hypocrites »)

L’Affaire Dominique Strauss Kahn n’a pas fini d’indigner et de mobiliser l’opinion et les associations. Alors qu’un rassemblement de soutien est organisé le 24 septembre devant le Palais de justice pour la romancière Tristane Banon ayant porté plainte pour tentative de viol, un ouvrage sort également en cette rentrée littéraire. Avec son titre évocateur qui reprend l’expression malheureuse et révélatrice de Jean-François Kahn, il analyse les réactions de nos élites à l’Affaire… Parmi les auteurs, on remarque la présence de Clémentine Autain ou encore de Titiou Lecoq (qui vient de publier « Les morues » en cette rentrée littéraire aux éditions du Diable Vauvert).

« Grand écrivain » au féminin : la bataille de la visibilité (2/2)

Après avoir identifié les raisons et les mécanismes qui permettent à un auteur d’être consacré socialement comme « Grand écrivain » et d’accèder à la postérité, dans la première partie de cet article, penchons-nous maintenant sur les conséquences de la situation actuelle :

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