Tranches de livres

Partage d'extraits choisis... au gré des pages des livres contemporains "nouvelle génération" ou classiques-modernes. Descriptions, opinions marquantes, truculentes, émouvantes ou iconoclastes, il suffit parfois de quelques lignes pour vouloir en savoir plus !

La misogynie intériorisée par les femmes

La force culturelle de la misogynie a eu pour conséquence de se trouver non pas seulement une expression masculine, mais une pensée partagée par les femmes. Celles-ci se sont trouvées persuadées de l’existence d’un ordre naturel en leur défaveur, assumant une perception péjorative de leur propre sexe. Il n’est pas rare de voir des femmes qui ont intériorisé l’anima masculin et donnent raison à la misogynie masculine, l’intégrant consciemment ou non dans une misogynie féminine

Quand les écrivains célèbrent « la passante » (du mythe littéraire de la passante au harcèlement de rue)

Il fut un temps où l’on ne parlait pas encore de « harcèlement de rue » mais de jeux de regard, de séduction innocente et espiègle, où les passantes, (agréablement ?) surprises, conscientes ou non, devenaient les insaisissables muses des poètes et des écrivains qui leur rendaient hommage dans leurs œuvres. En 1857, Baudelaire inaugurait le mythe de la passante, cette « Fugitive beauté » dans la nuit, à « la douceur qui fascine et le plaisir qui tue« . Aujourd’hui le débat féministe divise*: en effet, où commence et s’arrête la limite entre harcèlement et compliment ? Face à l’évolution du regard social sur ces pratiques (et à leur condamnation), il est amusant de se retourner sur des œuvres antérieures -ou pas- à ce mouvement comme des extraits issus de l’étonnant et désormais un peu tombé dans l’oubli roman « Anissa Corto » de Yann Moix, mais aussi plus récemment de Philippe Vilain (« Pas son genre ») ou de Jérôme Attal, ainsi que de l’essai « Galanterie française »…, après avoir évoqué le mythe littéraire de la lectrice dans le train

« Internet est à la fois le naufrage et le radeau » (extrait choisi « Celle que vous croyez » de Camille Laurens)

Dans son très bon roman « Celle que vous croyez » paru à la rentrée littéraire de janvier 2016, Camille Laurens continue d’explorer la façon dont Internet et ses réseaux sociaux (notamment Facebook) modifie les comportements amoureux et notamment ses effets pervers. Elle livre ainsi une belle analyse et description du phénomène de traque ou de filature dans laquelle les amants éconduits peuvent s’abîmer dans une quête désespérée de l’autre…

« Les femmes qui lisent sont dangereuses » : malaise masculin, invention de « l’hystérique » et du « bovarysme »

Dans son essai/livre d’art « Les femmes qui lisent sont dangereuses » (2006), Laure Adler a exploré, avec lyrisme, le rapport particulier que les femmes entretiennent et ont entretenu au livre, et plus particulièrement au roman, en dépit des alarmes masculines craignant de voir les épouses soumises échapper à leur emprise pour celles des pages manuscrites, agissant comme « sève nourriicière ». Elle retrace dans sa préface l’histoire de cette panique masculine et leurs tentatives d’endiguer le flot de lectrices pour les renvoyer à leurs fourneaux, et livre au passage une analyse intéressante d’Emma Bovary, en figure emblématique du phénomène:

Extraits et citations choisies de « La Condition pavillonnaire » de Sophie Divry

Paru lors de la rentrée littéraire de septembre 2014, La condition pavillonnaire de Sophie Divry, se place ouvertement sous la houlette bovaryenne, citations en exergue à l’appui. « Jeune romancière qui monte » elle s’est faite notamment remarquer avec cet opus (et précédemment avec les névroses d’une bibliothécaire frustrée dans La Cote 400, puis l’analyse de sa …

Continuer à lire »

La sorcière de Charles Bukowski (extrait « Les Fiancées du diable » de Camille Laurens »)

Dans son ouvrage « les Fiancées du diable » qui explore les représentations féminines « terrifiantes » à travers les mythes, les religions et les oeuvres d’art (peintures notamment), au chapitre « Sorcières et ensorceleuses », Camille Laurens livre son analyse d’un épisode de Contes de la Folie ordinaire de Charles Bukowski qui fait écho à ce thème et à celui de la femme fatale qui a toujours hanté l’imaginaire des écrivains:

« La jouissance » de Florian Zeller, extrait choisi : « Tentative de définition du verbe « vieillir » « 

Avec son titre plus que jamais kundérien, influence majeure de l’auteur depuis ses premiers romans comme « Les amants du n’importe quoi », le cinquième roman de Florian Zeller, publié après avoir signé diverses pièces de théâtre (à succès) dont la prochaine « Le père » sera jouée à partir du 20 septembre, suscite, comme d’habitude des réactions vives, entre ses détracteurs et admirateurs. Sous-titré « Un roman européen », le livre se veut ambitieux en cherchant à relier l’histoire d’un couple trentenaire (passion charnelle, éloignement et rupture) et celle de la construction européenne (enthousiasme, distance, indifférence). Ses deux héros, Nicolas et Pauline, incarnent une génération pour qui la quête de jouissance individuelle prime sur l’idéal collectif (de la famille ou plus largement de la société). Un beau passage, assez pessimiste, à découvrir au sujet du cap de la trentaine :

« Touriste » de Julien Blanc-Gras (extrait choisi : « Épisode brésilien, où l’on voit des pauvres en vrai »)

Julien Blanc-Gras, jeune auteur des éditions Au Diable Vauvert, s’est fait remarquer du public et de la critique depuis son premier roman Gringoland en 2005, déjà sur le thème du voyage sur fond de réflexion sociétale et générationnelle. Si ses livres ressemblent plus à des recueils de chroniques qu’à de véritables romans et peuvent paraître un peu légers, il n’en reste pas moins que son humour caustique, sa « justesse de regard » et son sens critique sont plébiscités tant par la critique que les lecteurs. Ce « routard » (qui ne veut surtout pas imiter ces gens « qui naissent, achètent un canapé et meurent ») revient nous parler, dans son 3e roman dit « géographique », paru en mai 2011 (en cours de réimpression), sélectionné pour le Prix de Flore 2011, de sa passion des voyages. Il brosse ainsi des tableaux de pays et surtout un portrait du touriste, cette figure souvent décriée, sous le signe du choc des cultures.

La beauté d’une femme sortant du bain et La fascination charnelle (extraits d’Un amour insensé de Tanizaki

Publiée en 1925 (peu après le tremblement de terre de 1923 qui détruisit Tokyo), « Une amour insensé » est l’un des chefs d’oeuvre du grand romancier japonais, Tanizaki. Dénoncé à sa parution comme « le reflet d’un esthétisme décadent, en raison de son indécence revendiquée« , il dépeint l’histoire « d’amour » singulière, entre possession et manipulations, d’un couple japonais, en pleine occidentalisation du Japon. Sa jeune héroïne Naomi exerce notamment sur son mari plus âgé une fascination charnelle qui se traduit pas de nombreux passages descriptifs d’une grande force lyrique et poétique. Tanizaki y célèbre le corps (et surtout la peau) féminin avec une minutie troublante :

Devenir un noyé heureux… (extrait de « La promesse de l’aube » de Romain Gary)

La mer exerce toujours une sorte d’aura magique et de fascination pour les écrivains.
Romain Gary l’évoque aussi dans son célèbre roman autobiographique « La promesse de l’aube », paru en 1960. Il raconte notamment sa première rencontre inoubliable, enfant, avec le grand bleu alors que sa mère l’emmène en convalescence en Italie suite à une typhoïde.

« Un roman français » de Frédéric Beigbeder dévoile ses premières pages… (rentrée littéraire 2009)

Le roman très attendu de Frédéric Beigbeder , « Un roman français« , un titre entre « Un roman russe » de Carrère et « Une vie française » de Dubois, d’ores et déjà annoncé comme un grand cru (voir la chronique de Laurence Biava qui le compare à « Les mots » de Sartre), dévoile ses premières pages. Ce roman autobiographique prend pour prétexte de flash back la garde à vue de l’auteur, incarcéré pour usage de stupéfiants et délit de fuite. Alors qu’il doit passer la nuit au Poste, l’écrivain replonge dans ses souvenirs et se livre à un bilan de la quarantaine : de son enfance bourgeoise entre Neuilly et la plage de Guéthary à son père mondain et absent, une mère déprimée par l’échec de son mariage, un frère aîné autoritaire et fortuné, des premières amours déçues…, sur fond de nouvelle société post-soixante-huitarde. Une nouvelle mise en abyme identitaire qui révèle encore sous un nouveau jour l’homme et l’oeuvre. Extrait :

« T’es sur Facebook toi ? »: Extrait du nouveau roman de Nicolas Fargues « Le Roman de l’été » (rentrée littéraire septembre 2009)

Dans son nouveau roman, « Le roman de l’été » chez P.O.L, Nicolas Fargues, un des auteurs très attendus de la rentrée littéraire de septembre 2009, choisit de mettre en scène un héros quinquagénaire relativement amer et cynique, le temps d’un été avec sa fille dans le Cotentin. A travers cette comédie de mœurs, il dénonce les dérives de notre époque, confirmant quelques-uns de ses chevaux de bataille déjà observés dans ses précédents opus, en particulier « Beau rôle » qui vient de sortir en poche : les préjugés sur l’apparence, l’ego, la représentation publique, la liberté, les petites jalousies province-paris, l’intégration, le racisme à l’envers, la difficulté de vivre ensemble sans se sentir agressé, le spectre de la réalité étendue et encore de nombreuses réflexions socio-politiques… Le tout fermé par un bel épilogue avec une « surprise » de taille vraiment inattendue ! Bref un roman riche et dense même s’il n’est peut-être pas son meilleur… On pourra lui reprocher de flirter avec les stéréotypes et la caricature à tel point qu’on ne sait plus si l’on est dans la dénonciation du cliché ou le cliché lui-même. Le roman d’un anti-snob qui pourrait bien agacer…
En avant-première, découvrez ce petit extrait sur Facebook qui vient compléter les opinions d’autres écrivains comme Frédéric Beigbeder ou Luis de Miranda

Combien de fois je t’aime de Serge Joncour : Les amoureux précaires, « L’amour, cette désolation scandée de merveilleuses surprises »

Sorti en 2006, « Combien de fois je t’aime » de Serge Joncour, qui vient d’être ré-édité en poche (J’ai lu) est son septième livre, remarqué notamment pour son roman U.V, faux thriller à la Tom Ripley, adapté au cinéma en 2007 (avec entre autres Laura Smet, d’après un scénario co-signé de Lolita Pille). L’auteur fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs qui aime à analyser notre époque et à tourner en satire ses dérives, en particulier médiatiques (c.f ses romans « Une idole » ou « Que la paix soit avec vous »).

Extrait d’ « Entretien avec un vampire » d’Anne Rice : Devenir vampire…

Grand succès des années 80, « Entretien avec un vampire » est le roman qui a révélé Anne Rice, auteur américaine originaire de La Nouvelle-Orléans, estampillée gothique ou fantastique. Et dépoussiéré la figure du vampire, avant que Stephenie Meyer ne s’en empare ! Premier opus de sa série « Les Chronique des Vampires », il est considéré comme l’un des plus intéressants. Un roman qui explore des thèmes aussi vastes que le désir, la fascination, la domination, la révulsion, la perversité, l’immortalité, la quête existentielle. Un roman crépusculaire plébiscité pour sa profondeur psychologique et la richesse de son style, sur fond historique, des Etats-Unis en Europe… Cet extrait choisi porte sur la scène où le narrateur et héros du roman, Louis, est fait vampire par son mentor, le vénéneux Lestat :

« Les déferlantes » de Claudie Gallay: extraits choisis

Si vous êtes passé à côté du raz-de-marée de ce roman, best et long-seller à l’image de sa consœur Muriel Barbery, voici quelques extraits choisis pour vous « mettre dans le bain » de son style elliptique et de son écriture abrupte et dépouillée comme les landes normandes qu’elle décrit… :

Miss Saturne de Barbara Israël, De l’autre côté de l’été d’Audrey Diwan et Les petites morsures d’Aurore Guitry : extraits choisis

En cette rentrée littéraire de janvier, les jeunes plumes au féminin font entendre leurs voix. La niçoise Barbara Israël qu’évoquait Stéphane Million, son éditeur, dans sa chronique nous parle d’adolescence, l’âge des premières fois, des bars et des révoltes, dans son deuxième roman « Miss Saturne », toujours sur fond de bande-son rock et de Côte d’azur. C’est aussi le sujet du premier roman, « Les petites morsures » d’Aurore Guitry (qui publie déjà en parallèle un deuxième roman : « Les âmes fardées ») qui vous avait été présenté l’an passé et qui sort aujourd’hui au Livre de Poche. De son côté, Audrey Diwan revient aussi avec un deuxième roman, « De l’autre côté de l’été » chez Flammarion et essaie de revisiter les affres de la femme de la cinquantaine qui s’offre les services d’un escort boy comme l’a déjà fait Balasko dans son roman (puis film) « Cliente » (voir article à ce sujet).

Quelques petits extraits qui vous donneront peut-être envie de découvrir l’une ou l’autre de ces jeunes romancières…

« 11 femmes, 11 nouvelles » (Camille de Peretti, Jessica L. Nelson, Audrey Diwan, Anna Rozen…) : Variations sur l’identité féminine

A l’occasion de leur cinquante ans, les éditions « J’ai lu » qui se revendiquent comme « la plus féminine des maisons d’édition de poche » choisit de donner exclusivement la parole aux femmes, « héritières et filles des féministes » et de les interroger sur l’identité féminine, dans un beau recueil de nouvelles « 11 femmes, 11 nouvelles ». Et de répondre plus particulièrement à la question : Etre une femme aujourd’hui, est-ce seulement avoir un corps de femme ? En parallèle, le photographe portraitiste Olivier Roller illustre par des portraits intimistes voire naturalistes (voir ci-dessous) des 11 auteurs (écrivain, journaliste, éditrice…) leurs onze nouvelles inédites qui explorent la féminité à travers des situations tour à tour douloureuse, surprenante ou cocasse. Un tour d’horizon qui se lit avec intérêt même si l’on pourra regretter une vision finalement bien traditionnelle de l’identité féminine qui reste cantonnée à son rôle de séductrice ou de victime des hommes… Pour ces romancières, il semble que oui, être femme passe avant tout par le corps.

« Crépuscule Ville » le nouveau roman de Lolita Pille : premier aperçu et extrait choisi

Comme nous vous l’annoncions en septembre dernier, le prochain et troisième roman de Lolita Pille, « Crépuscule Ville », à paraître le 13 mai 2008 se place sous le signe de l’anticipation sociale. Un thriller d’action qui répond aux codes du genre et qui tente malgré tout d’apporter sa propre originalité, ce qui reste périlleux dans un genre fortement marqué par des références poids lourds (Orwell, Huxley, Gibson, K.Dick ou même un Dantec en littérature ou des films comme « Minority report », « Bienvenue à Gattaca » ou encore « Brazil » pour ne citer qu’eux…). Références qui hantent l’imaginaire des lecteurs dés que sont abordés les thèmes du totalitarisme, de l’eugénisme, de la désinformation, de l’apocalypse, la surveillance « big brother » ou encore les cyber-technologies. Ces deux dernières années ont d’ailleurs été marquées par plusieurs tentatives plus ou moins réussies des jeunes romanciers (Céline Minard, Céline Curiol, Anna Borrel, Elise Fontenaille, Benjamin Berton, Antoine Bello, Julien Capron, Mathieu Terence…) de créer la « french touch » de l’anticipation. La petite Pille (qui devient grande assurément), n’en déplaise à ses détracteurs, ne s’y casse pas les dents, et fait même preuve d’une belle imagination… (couverture ci-contre non officielle)

Lucia Etxebarria règle ses comptes avec Bridget Jones ! (extrait de « Je ne souffrirai plus par amour »)

En cette année 2008, la pétulante écrivain espagnole auteur de l’excellent « Amour, prozac et autres curiosités » nous revient avec un opus inattendu qui, à première vue, ressemble à un manuel de développement personnel mais qu’elle préfère qualifier d' »essai littéraire ». A l’intérieur, l’auteur du pays des telenovelas, décrypte comme toujours les comportements amoureux de ses contemporaines et cherche surtout à répondre à un problème qui la concerne au premier chef : la dépendance émotionnelle liée notamment au manque d’estime de soi. Les « junkies de l’amour » comme elle les surnomme. A l’aide d’une impressionnante bibliographie psycho-sociologique illustrée des vicissitudes sentimentales de ses amies ou des siennes, elle explique donc les racines et les mécanismes de ce fléau qui entraîne souffrance et peut aller jusqu’à l’autodestruction (et la maltraitance). Cette féministe convaincue brocarde au passage les représentations sociales de l’idéal de l’amour romantique occidental notamment véhiculées par notre patrimoine culturel, l’éducation ou le « bombardement médiatique ». Et de passer au crible les grandes héroïnes de la littérature : d’Anna Karénine à Emma Bovary jusqu’à Bridget Jones (et la chick lit’) qui en prend particulièrement pour son grade. Extrait choisi :

« L’important n’est pas ce qu’on est mais ce qu’on aime… » (extrait de « Haute fidélité » de Nick Hornby)

En préambule de la présentation du nouveau roman de Christophe Nicolle « Eastwood, mes femmes et moi », voici un extrait du cultissime « Haute fidélité », deuxième roman du britannique Nick Hornby paru en 1995 (eh oui déjà !). Son héros « Rob », adulescent trentenaire passionné de pop music, qui sort d’une rupture douloureuse s’interroge avec ses deux acolytes (Dick et Barry) travaillant dans son magasin de disques, sur l’importance des goûts culturels communs dans un couple. Les films, les disques ou les livres que l’on aime conditionnent-ils ou du moins influencent-ils l’avenir d’un couple et la « durée » de son amour… ? Voici sa petite théorie assaisonnée de son humour habituel :