"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

Littérature générationnelle

Sélection de romans, essais, nouvelles des nouvelles générations X ou Y...: au coeur de la ville et de son ultra-moderne solitude, les adulescent(e)s tentent de devenir adulte, de surmonter leurs doutes et autres angoisses existentielles, de s'adapter ou même de conquérir le monde !

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole : « The United States needs some theology and geometry, some taste and decency. »

La conjuration des imbéciles (The Confederacy of Dunces en VO, on pourra d’ailleurs se demander pourquoi la traduction n’a pas conservé l’idée de confédération qui outre la référence à Swift*, fait aussi écho aux états confédérés du Sud pendant la guerre de Sécession) de John Kennedy Toole, fait partie de ces livres cultes dont la légende les précède et finit presque par les écraser. En effet, Toole fait peut-être partie des refusés de l’édition les plus célèbres de l’histoire littéraire, causant tragiquement son suicide quelques années après avoir finalisé son manuscrit en 1969 (à l’âge de 32 ans).

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Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry : « ce long animal mou, cruel, collant, dégueulasse, que j’appelle par défaut la nécessité, la dèche, la débine, la misère, la mouise… »

Dans Quand le diable sortit de la salle de bains (2015), Sophie Divry, notamment remarquée avec « La condition pavillonnaire », revisite le genre littéraire du « galérien » tant sur le plan économique que sentimental, voire les deux. Raconté avec la bonne dose d’auto-dérision et de cynisme qui va bien, il peut s’avérer particulièrement désopilant…

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Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ? de Dany Laferrière: « On ne naît pas nègre, on le devient »

Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ? est le premier roman de Dany Laferrière, écrivain québecois d’origine haïtienne, élu à l’Académie Française en 2013. Ecrit à un moment charnière de sa vie, alors âgée d’une petite vingtaine, il venait de fuir de manière précipitée le régime dictatorial de François Duvalier (Papa Doc), à Haïti où il exerçait comme chroniqueur culturel pour Montréal, suite à l’assassinat en 1976 d’un de ses amis journalistes. Commence alors pour lui une nouvelle existence canadienne et ses débuts d’écrivain reflétés dans Comment faire l’amour avec un nègre sans sa fatiguer où il mène une vie précaire faite de petits jobs à l’usine (qu’il n’évoque toutefois pas dans le livre) et d’écriture depuis des chambres « crasseuses et lumineuses ».

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Basketball Diaries de Jim Carroll: « J’ai toujours senti qu’il était possible de trouver de la pureté au coeur de la pire dégradation, une sorte de lumière »

Basketball Diaries est le journal de l’adolescence « sauvage » de Jim Carroll, devenu livre culte de la scène New-Yorkaise underground des années 70 et adapté sur grand écran avec dans le rôle titre un jeune Leonardo DiCaprio écorché vif dont la performance a largement été saluée. A la fin des années 90 alors que se multipliaient les « school shootings » (Heath High School en 1997 et Columbine en 1999), l’auteur a été pris dans une effroyable polémique le rendant responsable, au motif qu’un des auteurs de ces tueries aurait cité son adaptation ciné comme une de ses inspirations (plus d’infos ci-dessous). Héritier de la Beat generation, en particulier Ginsberg, ce fils d’une famille catholique irlandaise, décédé en 2009 à 60 ans, navigua entre la scène pop art (la factory d’Andy Warhol) et rock (the Velvet Ground), avant de fonder le Jim Carroll Band en 1978 en Californie). Dans les années 70, il fait partie des jeunes talents prometteurs aux côtés de ses acolythes, Patti Smith (avec qui il co-écrit les poèmes en prose de « The Book of Nods ») et Sam Shepard.

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Un pur moment de rock’n roll de Vincent Ravalec : Nouvelles de zonards à la Hubert Selby, version titi parisien

Premier recueil de nouvelles de Vincent Ravalec, Un pur moment de rock’n roll, paru en 1992 est un concentré d’humanité à la fois fragile et pittoresque, émouvante et pathétique : celle des cancres, des zonards, voyous, taulards junkies ou des « petites putes »… Un microcosme interlope dans lequel il a toujours évolué, lui le banlieusard de Clamart qui a échoué à son CAP menuiserie ! « Ce milieu, j’évolue dedans depuis mon adolescence. Les héros de mes bouquins ce sont mes potes, ceux avec lesquels je vis tous les jours. », dit-il. Dans le genre qu’il maîtrise à la perfection (la nouvelle) et qui se prête le mieux à sa langue orale, nerveuse et vivace, il brosse leurs portraits avec humour et tendresse, évitant tout cynisme ou sordide et dépeint des situations toutes plus cocasses les unes que les autres… Un film (resté assez inaperçu), adapté de ce recueil (et de « Les Clefs du bonheur ») a même été réalisé par Manuel Boursinhac (avec Vincent Elbaz et Samy Naceri).

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Le corps exquis de Poppy Z Brite: Poétique des égorgeurs ou les dévorations amoureuses…

Le corps exquis de Poppy Z Brite vient d’être ré-édité en 2015 par les éditions du Diable Vauvert, roman culte de l’ensorceleuse gothique (devenu transgenre depuis 2011, se faisant désormais appelé Billy Martin) de la Nouvelle-Orléans. Dans ce troisième roman (« Exquisite corpse » en VO), elle délaisse, les vampires pour les serial-killers qui sont selon elle, les vampires modernes de notre époque et signe du même coup son chef d’œuvre absolu à ce jour. Paru en 1996 (cinq ans après American psycho), et publié avec difficulté en France grâce au soutien notamment de Virginie Despentes ou de Marie Darrieussecq, il dresse un double portrait de serial-killers et une inédite et sanglante histoire d’amour entre eux. Réflexion sur l’amour, le désir, la mort, la douleur, la violence, la solitude ou encore la souffrance…

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« Un début prometteur » de Nicolas Rey : Portrait de l’artiste en adolescent… (adaptation ciné)

Il aura fallu attendre 12 ans pour voir enfin porté sur grand écranle troisième roman de Nicolas Rey, »Un début prometteur », initialement publié en 2003 et sorti au cinéma le 30 septembre 2015. A cette époque le jeune auteur, cinéphile passionné qui cite régulièrement son film culte « Un monde sans Pitié » (d’Eric Rochant), avouait déjà rêver de transposer son univers sur pellicule… Ce sera finalement sa compagne Emma Luchini qui s’y collera (en l’associant au scénario), en réactualisant quelque peu sa structure mais en conservant les préoccupations de l’auteur: le premier amour, les désillusions de la jeunesse, ses renoncements, mais également ses espoirs.

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Eureka Street de Robert McLiam Wilson: Balade irlandaise

Eureka Street de Robert McLiam Wilson au titre inspiré du nom d’une rue de Belfast, celle où vit depuis trente ans, c’est à dire depuis sa naissance, Chuckie Lurgan. Ce dernier, avec Jake Jackson (Poetry Street), est un des personnages principaux d’Eureka Street. A travers le regard et le destin de ces deux trentenaires, c’est le Belfast des années 2000, morose et dévastée, l’Irlande contemporaine, un peu de notre monde aussi, qui se laissent découvrir.

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Baise moi de Virginie Despentes : Sexe, flingues et girl power…

C’est en 1993 que « Baise moi » de Virginie Despentes a déboulé dans le paysage plutôt bourgeois de la littérature française. On a tout entendu au sujet de ce premier opus « choc » : trash, sordide, malsain, cru, ultra-violent, porno, outrancier, amoral, dérangeant… Ecrit d’une traite (en 3 semaines), dans un moment de haine totale, il impose une voix puissante et authentique, sans volonté esthétisante, bien loin de Saint Germain des prés… Refusé par sept éditeurs, seule la maison d’édition Florent Massot l’acceptera.

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« La revanche d’un solitaire » (The social network) de Ben Mezrich : Histoire d’une « killer application »

Sexe, millions de dollars, trahison, scandale…, l’histoire de la création et du créateur (Mark Zuckerberg) de Facebook réunit tous les ingrédients d’une histoire palpitante ! Nick Mc Donnel en 2008 l’avait d’ailleurs déjà esquissé dans « Guerre à Harvard » en évoquant son ex camarade de promo. Ben Mezrich, auteur de livres documentaires (dont l’un déjà adapté sous le titre de « Las Vegas 21 »), s’en ait aussi saisi pour tenter de retracer cette épopée et dessiner le portrait de l’intrigant étudiant. Adapté par Fincher, le film sera à l’affiche le 13 octobre 2010. Entre campus, geek et business novel… « La revanche d’un solitaire » (« The accidental billionnaires en VO) nous entraîne dans les coulisses de cette aventure incroyable qui sait se faire haletante dans ses rivalités et rebondissements. Et nous dévoile au passage les univers d’Harvard jusqu’à la Silicon Valley… Un récit intéressant qui suscite quelques réflexions sur le nouveau rêve américain :

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« Génération X » de Douglas Coupland: le manifeste idéaliste anti-yuppie

Génération X de Douglas Coupland fait partie de ces petites bibles, de ces guides de survie qui vous donnent soudain l’impression d’y voir clair. Ces livres qui renversent les perspectives et soulèvent le voile poussièreux du prêt-à-penser. Publié en 1989 par Douglas Coupland alors jeune auteur canadien pour la presse, le roman, initialement un feuilleton dans le Vancouver Magazine strictement alimentaire, n’a rien perdu de son actualité. La génération Y ou Z s’y retrouvera. Et c’est même un pur bonheur de le relire régulièrement et de s’émerveiller de l’avant-gardisme de l’auteur, de sa lucidité et de son humour à la fois cynique et tendre.

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« Une simple mélodie » d’Arthur Philips « la musique pouvait insuffler du sens, du lyrisme, de l’extraordinaire dans le quotidien. »

« Une simple mélodie » d’Arthur Philips, publié en France en février 2012, après deux précédentes traductions (Angelica, L’Egyptologue), « The song is you » en VO, inspiré de la chanson éponyme interprétée notamment par Franck Sinatra, est signée d’un jeune auteur new-yorkais ex d’Harvard. Ce qui attire immédiatement l’attention sur ce roman c’est son accroche marketing « élu meilleur roman de l’année par le New York Times » (après vérification, il s’agit d’une mention dans les 100 livres « notables » de 2009). Histoire d’amour sur fond d’i-pods…

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« Richard Yates » de Tao Lin : Amour et génération hyper-connectée

« Richard Yates » premier roman traduit un France de Tao Lin, jeune auteur américano-taiwanais de 28 ans de Brooklyn, qui n’a pas manqué d’interpeller la critique anglo-saxonne en 2010, saluant son avant-gardisme (Le Guardian l’a surnommé le « Kafka de la génération iPhone ») ou le comparant à Bret Easton Ellis ou encore Douglas Coupland. Si ce dernier avait écrit le traité de la génération X, Tao Lin dresse le portrait de la génération Y (encore elle !), adepte des technologies digitales.

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« D’autres prendront nos places » de Pierre Noirclerc : « C’est peut-être ça, ce mélange de désir et de frustration, qui vous garde en vie. »

« D’autres prendront nos places » de Pierre Noirclerc est le lauréat d’un concours littéraire du site WeLoveWords,en partenariat avec les éditions Flammarion sur le thème de la comédie romantique « mauvais genre ». Dans son roman « corrosif, sensible et sentimental« , ce parisien d’une vingtaine d’années ayant participé un peu par hasard au concours, trace « le portrait de la génération Y -née entre 1980 et 1999 et adeptes d’Internet- engluée dans la précarité et l’impossibilité de rêver » -, nous dit la 4e de couv’.

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« Polichinelle » et « Michael Jackson » de Pierric Bailly : Contes de la vie ordinaire d’une jeunesse prête à tout

Au rayon « jeunes auteurs français qui montent », on trouve actuellement le nom de Pierric Bailly. Apparu sur la scène littéraire en 2008 avec « Polichinelle » son premier roman aux éditions POL (sorti en poche chez Folio en février 2010), il se fait remarquer pour sa voix singulière et marquante. Un teen-novel rural côté France profonde, dans le Jura, région dont l’auteur âgé d’à peine 30 ans est originaire, et où domine sa nostalgie pour l’adolescence (une tendance qui perdure chez les jeunes romanciers hexagonaux). Le tout servi par une verve trépidante et des portraits déjantés. Il planche même actuellement sur le scénario en vue d’une adaptation pour le cinéma en cours de production.

Son deuxième opus,« Michael Jackson », publié à la rentrée de janvier 2011, aux allures de fausse suite, reprend les mêmes ingrédients, en décrivant des héros, sortis de l’adolescence,

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« Putain » de Nelly Arcan : « (…) il faut être deux pour jouer à ce jeu là, un pour frapper à la porte et l’autre pour l’ouvrir »

En septembre 2009, il y a tout juste 1 an, le milieu littéraire était bouleversé par la mort tragique de l’écrivain québecoise Nelly Arcan, suicidée dans son appartement de Montréal à l’âge de 36 ans. Même Maurice Dantec lui rendait alors hommage en décrivant son oeuvre comme « une bizarre expérience apophatique » (voir ci-dessous*).
Cette jeune-femme à la blondeur Marilyn très médiatique a rapidement marqué les esprits par son image provocante au point de faire parfois oublier les textes qui se cachaient derrière son visage. Et ce drame, le rapport conflictuel à son physique écrasant et son rapport violent aux hommes, est au centre de son œuvre, avec un poids… morbide. Il éclate dés son premier roman choc « Putain » en 2001 qui la révèle. Traumatisée par le diktat de la beauté et de la jeunesse, elle y développe sa vision très noire de la féminité et de la société ainsi que son approche sans détour du commerce du corps dans ses aspects les plus sordides. Mais aussi ses fêlures intimes, familiales notamment. Elle disait avoir choisi les titres phares de ses deux premiers romans, « Putain » et « Folle », parce qu’ils sont les qualificatifs les plus employés dans l’Histoire pour parler des femmes.
Rattachée au courant de l’autofiction, cette étudiante inconnue avait été publiée par Le Seuil après avoir envoyé son manuscrit par la poste :

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« Jpod » de Douglas Coupland : Génération web 2.0

Après avoir dénoncé le déclassement et les désillusions matérialistes de la Génération X (son roman phare paru en 1991) ou encore le quotidien morose de programmeurs chez Microsoft en pleine Silicon Valley (Microserfs en 1995), Douglas Coupland revient avec un nouveau manifeste sociétal autour de la communauté des « geeks » dans l’univers du jeu vidéo. Toujours aussi démotivés et en quête de nouveaux idéaux… Publié en 2006 aux Etats-Unis et à la rentrée de janvier 2010 en France, Jpod de Douglas Coupland est une nouvelle radiographie de la modernité et de la culture pop. Entre satire burlesque et délire absurde, Jpod se joue des codes (dans tous les sens du terme) de notre société (de la vie d’open space à la vie de famille…) à l’heure de Google et des jeux en réseau… Rien de bien nouveau sur le fond mais la forme – même si « foutraque »- vaut le coup d’œil :

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« J’ai fait HEC et je m’en excuse » (F.Noiville), « On vous rappellera… » (S.Talneau), « Je suis morte et je n’ai rien appris » (S.Colleter) : radiographie de l’élite côté campus

La critique du monde du travail et de l’entreprise est devenue un classique avec quelques romans et essais polémiques emblématiques. Mais les « racines du mal » sont peut-être à débusquer en amont, là où se formatent les esprits des managers de demain. Les prestigieuses écoles, de HEC aux prépas scientifiques, sont ainsi passées au crible par les jeunes auteurs pour leur enseignement ou leurs pratiques pas toujours très saines… Et lorsque l’on sort de ces « usines à produire de l’élite », les promesses d’avenir brillant ne sont pas toujours tenues sur un marché de l’emploi morose pour les jeunes diplômé(e)s… Décryptage de quelques désillusions scolaires modernes :

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Succès premier roman : « Mes illusions donnent sur la cour » de Sacha Sperling

Avec ses 23000 exemplaires écoulés en 2 mois de « Mes illusions donnent sur la cour », Sacha Sperling a donc de quoi se réjouir doublement. En effet de nos jours, il est très difficile pour un premier roman d’émerger. Alors qu’il y a encore quelques décennies, un auteur inconnu pouvait espérer vendre quelques 3000 exemplaires, ce chiffre a été divisé par 5 pour descendre à 500… Sperling revient sur le succès de son roman ellisien « Mes illusions donnent sur la cour » que nous vous recommandions lors de la rentrée de septembre 2009 :

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Fake de Giulio Minghini: « Il suffit de s’inscrire, tu verras »…

Finaliste du prix de Flore 2009 et très soutenu notamment sur Facebook (un comité a été créé à l’initiative de Richard Duvalec), Fake est le premier roman d’un trentenaire italien immigré à Paris et traducteur, Giulio Minghini. Publié en avril 2009 et salué par la critique, ce livre d’inspiration autobiographique a aussi provoqué un petit scandale au sein des communautés qu’il tourne en satire : celles des sites de rencontres (voir ci-dessous*). En retraçant son expérience pendant près d’un an, à la suite d’une rupture amoureuse, il nous plonge dans les méandres de ces labyrinthes virtuels faits de solitude, manipulation, vanité et (dés)illusions. Dans la lignée de Mammifères de Pierre Mérot, un texte érudit, cinglant, glacial voire terrifiant… et en cela fascinant voire magistral :

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