"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

Littérature américaine

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole : « The United States needs some theology and geometry, some taste and decency. »

La conjuration des imbéciles (The Confederacy of Dunces en VO, on pourra d’ailleurs se demander pourquoi la traduction n’a pas conservé l’idée de confédération qui outre la référence à Swift*, fait aussi écho aux états confédérés du Sud pendant la guerre de Sécession) de John Kennedy Toole, fait partie de ces livres cultes dont la légende les précède et finit presque par les écraser. En effet, Toole fait peut-être partie des refusés de l’édition les plus célèbres de l’histoire littéraire, causant tragiquement son suicide quelques années après avoir finalisé son manuscrit en 1969 (à l’âge de 32 ans).

Basketball Diaries de Jim Carroll: « J’ai toujours senti qu’il était possible de trouver de la pureté au coeur de la pire dégradation, une sorte de lumière »

Basketball Diaries est le journal de l’adolescence « sauvage » de Jim Carroll, devenu livre culte de la scène New-Yorkaise underground des années 70 et adapté sur grand écran avec dans le rôle titre un jeune Leonardo DiCaprio écorché vif dont la performance a largement été saluée. A la fin des années 90 alors que se multipliaient les « school shootings » (Heath High School en 1997 et Columbine en 1999), l’auteur a été pris dans une effroyable polémique le rendant responsable, au motif qu’un des auteurs de ces tueries aurait cité son adaptation ciné comme une de ses inspirations (plus d’infos ci-dessous). Héritier de la Beat generation, en particulier Ginsberg, ce fils d’une famille catholique irlandaise, décédé en 2009 à 60 ans, navigua entre la scène pop art (la factory d’Andy Warhol) et rock (the Velvet Ground), avant de fonder le Jim Carroll Band en 1978 en Californie). Dans les années 70, il fait partie des jeunes talents prometteurs aux côtés de ses acolythes, Patti Smith (avec qui il co-écrit les poèmes en prose de « The Book of Nods ») et Sam Shepard.

Moins que zéro de Bret Easton Ellis : Desesperados de luxe à L.A

C’est après Moins que zéro de Bret Easton Ellis, son premier roman et premier coup d’éclat en 1985, qui contient en germe toute la fureur et la folie à venir… que l’auteur écrira en écho « Vous qui entrez laissez toute espérance », la première phrase d’American Psycho, 6 ans plus tard. Une phrase qui répond directement au « Disparaître ici » que le narrateur et (anti) héros du roman, Clay, ne cesse d’entrevoir sur les immenses panneaux publicitaires qu’il croise sur les routes de LA. Le livre a connu un immense succès (il s’en vend 50 000 exemplaires la première année) et propulse son auteur, alors âgé de 21 ans, vers la gloire en parallèle de son « jumeau toxique » Jay Mc Inerney qui venait de publier « Bright lights, Big city » (« Journal d’un oiseau de nuit » en VF), une autre vision de la jeunesse et de la drogue sur la cote Est américaine.

Le bûcher des vanités de Tom Wolfe, Guerre d’egos sur fond de conflit politico-racial

Pavé culte, Le bûcher des vanités de Tom Wolfe reste l’oeuvre phare (et le premier roman) du dandy terrible des lettre américaines. Publié en 1987 et écrit en plein Reaganisme (à l’âge de 57 ans), ce best-seller mondial, porté a l’écran par Brian De Palma (affiche ci-contre), est un portrait en coupe sans complaisance d’une société américaine aveuglée par son matérialisme et sa soif de pouvoir, à travers la chute inexorable d’un golden-boy en pleine gloire.

Fight Club de Chuck Palahniuk : guérilla de cols blancs anti-yuppie, anti-capitaliste, anti-ikea…

Le film choc « Fight Club adapté du livre de Chuck Palahniuk publié en 1996 (d’abord sous forme de nouvelle, le chapitre 6, à l’âge de 34 ans), puis adapté en 1999 par David Fincher, est devenu culte pour un certain nombre de spectateurs/lecteurs de la génération X ou Y. Le livre qui l’a inspiré très fidèlement reste pourtant moins connu. Son auteur, américain (prononcez son nom « paul-ah-nik »), invente ici un nouveau genre à mi chemin entre la science fiction, la fable philosophique, la farce délirante, le roman noir et l’anticipation sociale. Mais aussi roman d’amour, de fraternité, d’apprentissage… D’une richesse et d’une inventivité hors norme, il donne à voir les impasses de nos sociétés occidentales en imaginant les conséquences extrêmes du « système ».

« Tout est illuminé » de Jonathan Safran Foer : « Les juifs ont six sens : toucher, vue, goût, odorat, ouïe… mémoire. »

Estampillé « prodige des lettres américaines » dés la sortie de son premier roman « Tout est illuminé » en 2002, adapté au cinéma par Liev Schreiber (réputation confirmée voire accrue avec la publication de son 2e roman « Extrêmement fort et incroyablement près » en 2005), ce diplômé de Princeton ayant eu notamment pour professeur de creative writing, la romancière Joyce Carol Oates, mariée à l’écrivain Nicole Krauss, marque l’apparition d’une nouvelle génération littéraire américaine. Une écriture inventive, hybride et innovante (aux côtés notamment de Dave Eggers…). L’auteur juif new-yorkais, de Brooklyn (non loin de chez Mister Auster !), explore dans son œuvre romanesque son identité juive et ses racines, sur fond de drame de la Shoah, sous la forme de quêtes initiatiques. « Tout est illuminé » faisait suite à un voyage de l’auteur en Ukraine sur les traces de son grand-père :

« Les vitamines du bonheur » de Raymond Carver, La vie est un long malheur tranquille

« Les vitamines du bonheur » de Raymond Carver constitue une influence et un héritage littéraire revendiqués par de nombreux écrivains français et d’ailleurs: d’Arnaud Cathrine à Olivier Adam, Marie Desplechin, Régis Jauffret, Tanguy Viel, Christian Oster ou encore Philippe Djian… jusqu’à Haruki Murakami, Martin Amis, Jay McInerney ou Salman Rushdie à l’international… Raymond Carver, l’écrivain des rivières et des forêts de l’état de Washington, le « Tchekhov américain » comme l’avaient surnommé les critiques littéraires en raison de la même proximité au peuple qu’ils partageaient.

Contre-jour de Thomas Pynchon: Un contre-monde (rentrée littéraire 2008)

Septième ouvrage de l’une des plus grandes énigmes littéraires de notre temps, le Contre-Jour de Thomas Pynchon est un roman à énigmes justement, inépuisable, dans lequel on retrouve cette conscience sociale sans faille et chère à l’écrivain. Tous les genres littéraires y sont cultivés, exploités, détournés, pour prononcer une sévère condamnation de notre époque, toujours plus carcérale et politiquement corrompue.

Contes de la folie ordinaire de Charles Bukowski : la sacro-sainte lucidité de l’homme défoncé et dépravé

> »Contes de la folie ordinaire » de Charles Bukowski est paru en 1972 sous le titre original « Erections, ejaculations, exhibitions and general tales of ordinary madness », ce recueil de nouvelles, très dense, est l’une des pierres angulaires de l’oeuvre du mythique Beatnik, « vieux dégueulasse » ou « pas grand chose » comme il s’autoproclamait. Il fallut attendre la fin de la décennie pour pouvoir se procurer en France ce livre, sous un titre raccourci et surtout plus pudique…

« Demande à la poussière » de John Fante: « On n’était pas vraiment en vie ; on s’en approchait, mais on n’y arrivait jamais. »

« Demande à la Poussière » (1939) de John Fante constitue le troisième quart d’un cycle autobiographique débuté en 1933 par La route de Los Angeles puis Bandini (1938) et beaucoup plus tardivement de Rêves de Bunker Hill (1982). Fante nous parle de l’intérieur comme personne et fait résonner en nous tous ces êtres perdus, tous leurs désirs et douleurs, toutes ces voix des bas fonds de Los Angeles.

« Mon chien Stupide » de John Fante, Crise middle life sur fond d’irruption canine…

Publié après sa mort, en 1986, « Mon chien stupide » de John Fante (sous le titre original de « West of Rome), fait partie de ses courts récits non intégrés au cycle « Bandini » dont « Demande à la poussière » est le plus emblématique. C’est une œuvre plus tardive de l’auteur, qui même si elle est encore d’inspiration autobiographique, emprunte un autre ton, plus amer et désabusé que ses œuvres de jeunesse.

« Journaux » de Sylvia Plath 1950-1962 : « Je dois me souvenir, c’est de cette matière qu’est faite la littérature, de cette matière de vie remémorée »

Les « Journaux » de Sylvia Plath montrent le lien indéniable entre la vie et l’œuvre de la poétesse et romancière américaine, devenue une icône à la suite de son suicide à l’âge de 30 ans. L’une nourrissant l’autre et vice versa, participant de la fascination qu’elle exerce. C’est ainsi que ses journaux des années 1950 à 1962 (le carnet relatant les dernières années de sa vie jusqu’en 1963 ont été détruits par son mari Ted Hughes) nous offrent une superbe antichambre de son travail de création littéraire et poétique.

« Martin Eden » de Jack London, « La vie volait haut. Le bonheur de créer, qui était censé n’appartenir qu’aux dieux, était en lui. »

Jack London publie en 1909, « Martin Eden », 7 ans avant qu’il ne meure d’empoisonnement. Considéré comme l’autobiographie romancée (autofiction dirait-on aujourd’hui !) du prolifique écrivain américain, un des précurseurs du « nature writing », et devenu livre culte des aspirants écrivains. L’auteur est alors un écrivain reconnu, notamment pour ses récits d’aventures et de nature sauvage (avec en tête « L’appel de la forêt » et « Croc blanc »), plus particulièrement prisés par la jeunesse.

Le magicien d’Oz (« The Wonderful Wizard of Oz ») de L. Frank Baum : derrière le conte, l’histoire de l’Amérique et de ses pionniers (1/2)

Le magicien d’Oz de L. Frank Baum est moins connu des lecteurs francophones que les contes de Grimm ou d’Andersen (deux influences reconnues aussi par Baum, avec également celle de Lewis Carroll en 1865) ayant souvent bercé notre enfance. Le magicien d’Oz (publié -pour la 1e fois !- en intégralité en VF, « Le cycle d’Oz » en 2013 au Cherche Midi, sous la houlette de Claro qui avait d’ailleurs revisité le conte dans « Cosmoz » en 2010) est plus souvent associé au souvenir de son adaptation cinématographique de 1939 par Victor Fleming avec Judy Garland dans le rôle de la sémillante Dorothy et sa fameuse petite robe tablier vichy bleue.
Aux Etats-Unis, c’est bien plus que cela : une véritable institution et une histoire profondément ancrée dans son ADN, tout un symbole qui irrigue régulièrement encore sa culture populaire moderne.

« Confession inachevée » (« My story ») de Marilyn Monroe (avec Ben Hecht) : Auto-portrait subjectif de Norma à Marilyn… et d’Hollywood

« Confession inachevée » (« My story ») de Marilyn Monroe (avec Ben Hecht), réimprimé aux U.S en 2000 après une première publication en 1974 (traduit en 2011 en France), le livre court de son enfance dans les années 30 (née en 1926) jusqu’au moment de son show devant les soldats sur le front de la guerre coréenne en 1954. Année également de ses mémoires, rédigées par le scénariste Ben Hecht pour mettre fin aux potins des feuilles à scandale notamment. Elle est alors une star montante, après avoir notamment tourné « Gentlemen Prefer Blondes » (« Les hommes préfèrent les blondes »), « How to Marry a Millionaire » et « Niagara » en 1953. On avait découvert la sensibilité de sa voix à travers la publication de ses écrits intimes en 2010 (« Fragments »), dont on retrouve la force et la justesse frappantes ici. Arthur Miller la définissait comme « portée par une sensibilité lyrique et poétique que peu de gens parviennent à conserver au-delà du début de l’adolescence« . Au milieu de bon nombre de phrases devenues anthologiques, elle dessine autant son auto-portrait que celui d’une époque et du milieu du showbiz. On croyait tout savoir de Marilyn, mais en fait non !

« Valley of the Dolls » (« La Vallée des poupées ») de Jacqueline Susann: « It’s a brutal climb to reach that peak (…) You never knew what was really up there… »

C’est en 1966 que Jacqueline Susann publie Valley of the Dolls (« La Vallée des poupées »), qui deviendra un best-seller record vendu à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires. Originaire de Philadelphie, elle s’exile à New York à l’âge de 16 ans pour s’essayer au mannequinat avant de monter sur les planches de Broadway, puis écrire quelques pièces pour finir chroniqueuse TV. En 1967, « La vallée des poupées » est adaptée dans un film éponyme où Susann y fait une brève apparition. Considéré comme le premier roman à clefs, « sexy-trash » ou encore « shoking » (pour l’époque, car abordant notamment les thèmes de la drogue ou de l’homosexualité), le roman déchaîne les critiques qui le taxent de « soap-opera » tandis que d’autres louent son énergie et sa liberté de ton.

Le magicien d’Oz (« The Wonderful Wizard of Oz ») de L. Frank Baum : derrière le conte, l’histoire de l’Amérique et de ses pionniers (2/2)

Deuxième partie de l’analyse du livre Le magicien d’Oz : les thèmes de la survie alimentaire, de l’auto-suffisance, de la subsistance, de l’escalvage, de la civilisation, la dichotomie du bien et du mal, le pouvoir de l’illusion, l’humour de Baum, etc.

« Le couperet » de Donald Westlake : « Les PDG et les actionnaires sont l’ennemi mais ils ne sont pas le problème. »

« Le couperet » (« The Ax » en VO), 27e roman de Donald Westlake, prolifique maître du roman noir américain héritier du « hard boiled » (Hammett, Chandler, Burnett, McCoy…), et presque l’un de ces derniers, « Le couperet » occupe aussi une place à part dans sa bibliographie. Considéré comme l’un de ses meilleurs et adapté au ciné par Costa-Gavras en 2005 (avec José Garcia dans le rôle titre), il sort un peu de la veine « polar humoristique » (sa marque de fabrique avec ses séries Dortmunder et Parker, deux cambrioleurs aux aventures rocambolesques) même si l’humour (glacial et sarcastique) reste présent en arrière-plan. En s’attaquant au problème du chômage, à la suite de la vague de « downsizing » (compression du personnel) dans l’Amérique des années 90, la critique sociale d’un monde tourné uniquement vers le profit domine.

« La cloche de détresse » (« La cloche de verre ») de Sylvia Plath: « Le monde, ce mauvais rêve… »

« La cloche de détresse » de Sylvia Plath retraduit sous « La cloche de verre » (également titre d’un roman d’Anaïs Nin). Roman initiatique, de la fin d’adolescence et de la difficulté à faire des choix sur son avenir mais encore roman sur la condition féminine sur fond d’Amérique d’Eisenhower (baignant dans l’atmosphère trouble des premiers temps du maccarthysme), la condition et la vocation d’artiste, de poète et surtout sur le vertige du vide, de la confusion, la folie, la dépression, le suicide…

« Le monde selon Garp » de John Irving: C’est l’histoire d’un story-teller…

« Le monde selon Garp » de John Irving, publié en 1978 en France, lauréat du National Book Award après trois premiers romans passés relativement inaperçus, révéla son auteur au grand public et inaugura une série de best-sellers (« L’Hôtel New-Hampshire », « L’œuvre de Dieu, la part du Diable » ou encore « Un prière pour Owen »). Dans ce roman culte des années 80, le célèbre story-teller, grand lecteur de Dickens passé par les cours de creative writing de l’Iowa, pose les jalons de ce qui fera son succès : des romans tragicomiques foisonnants sur plusieurs décennies, où le loufoque côtoie l’introspection et les réflexions de société, et où s’enchaînent les péripéties rocambolesques…

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