Romans graphiques

Loin des super-héros et des extra-terrestres, une bande-dessinée intimiste, autobiographique ou de satire sociale francophone, japonaise ou anglo-américaine...

« De mal en pis » d’Alex Robinson : L’âge des possibles… avant 30 ans

De mal en pis (« Box Office Poison » en VO) d’Alex Robinson est le premier roman graphique de ce new-yorkais, publié en 21 fascicules par Top Shelf en 1996. Compilés en un volume, il sera ensuite nommé aux prix les plus prestigieux. Il remportera l’Eisner Award puis le prix du 1er album lors du 32e festival d’Angoulême 2005, largement plébiscité par les lecteurs qui ne peuvent plus décrocher une fois entamé ! Véritable « roman fleuve » (nouvelle tendance des romans graphiques de « Lucille » de L.Debeurme à « Blankets » de Craig Thompson) de 600 pages, ce récit chorale nous entraîne dans la vie d’une bande de 5 jeunes new-yorkais, pré-trentenaires, à l’aube de leur vie professionnelle et de couple. A l’heure des premiers vrais choix qui façonneront leur vie,

Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh: « Mettre en scène la communion »

« Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh, prix du public au festival d’Angoulême en 2011, cette bande dessinée (ou roman graphique?), imaginée à l’âge de 19 ans, a gagné une incroyable notoriété en 2013 alors que son adaptation ciné (« La vie d’Adèle » réalisé par Abdellatif Kechiche) remportait la palme d’or au Festival de Cannes. Un succès auréolé de diverses controverses. Outre certaines scènes sulfureuses ou les « galères de tournage », l’auteur s’était aussi manifestée sur son blog pour analyser le film qu’elle juge bien différent de son œuvre, sans pour autant dévaluer la vision du réalisateur. « C’est une autre version / vision / réalité d’une même histoire », écrivait-elle en juin dernier.

« Lorsque nous vivions ensemble » (T 1, 2 et 3) de Kazuo Kamimura : « Pourquoi les hommes ne partagent-ils pas leur solitude » ?

Parmi les mangas de référence, on trouve l’œuvre de Kazuo Kamimura, et notamment Lorsque nous vivions ensemble, emblématique du style « gekiga » (et maître et influence du célèbre Jiro Taniguchi qui signe sa préface), un style de manga de jeune adulte typique des années 60-70 qui rompt avec les séries enfantines (Astro boy…) du maître de la manga Tezuka Osamu. Sous l’influence du cinéma néoréaliste européen et du film noir américain, il consiste notamment en une peinture réaliste de la vie des gens tout en évitant tout manichéisme.

La trilogie « Rosalie Blum » de Camille Jourdy: De l’art de ré-enchanter la routine quotidienne…

C’est avec sa trilogie « Rosalie Blum » que Camille Jourdy, trentenaire (née en 1979), diplômée de l’Ecole Supérieure d’Art d’Epinal et des Arts décoratifs de Strasbourg, s’est faite remarquer, après des illustrations pour des albums jeunesse et une première BD chorale. Lauréate de plusieurs prix (prix Révélation pour le Tome 3 « Au hasard Balthazar ! » du 37e Festival international de bande dessinée et Prix RTL 2009), cette lyonnaise cultive un univers sensible, doux-amer, sublimé par une palette chatoyante d’aquarelle.

« Asterios Polyp » de David Mazzucchelli : « Du moment qu’on ne confond pas système et réalité »…

« Asterios Polyp », publié en 2010, ce 5e opus de David Mazzucchelli en tant qu’auteur (il s’est précédemment fait connaître en illustrant des aventures de superhéros avant de bifurquer vers le récit littéraire plus intimiste, à commencer par l’adaptation graphique du roman Cité de verre de Paul Auster) a été couvert de louanges et remporté l’Eisner award 2010 « Best Graphic Album–New » ainsi que le Grand Prix de la critique 2011 décerné par l’Association descritiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) qui le décrit comme «un ouvrage innovant tant par la (dé)construction de son récit que par la transcription en images des intentions de l’auteur et des états d’âmes des personnages»

BodyWorld de Dash Shaw : Les portes de la perception

D’abord publiée sur le web, BodyWorld, la nouvelle BD de Dash Shaw, existe désormais en tant qu’objet, et un bel objet. L’auteur de Bottomless Belly Button abandonne le huis clos familial pour livrer un véritable trip dans un campus américain en 2060. Drôle, expérimental, hallucinatoire.

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« Blankets » de Craig Thompson, le roman phare de la nouvelle génération BD américaine indé

Blankets, 2e opus de Craig Thompson, a été publié en France en 2004 (ré-édité fin 2009), alors que le jeune auteur américain (du Wisconsin) était âgé de 28 ans (après un premier livre en forme de fable animalière « Adieu Chunky rice » Harvey Award du meilleur espoir en 1999). Dans la veine intimiste d’inspiration autobiographique, ce grand admirateur d’auteurs français de l’Association (Baudoin, Blutch, Trondheim, Sfar, Christophe Blain…), évoque avec poésie et profondeur son enfance et adolescence dans l’Amérique profonde du Wisconsin…

Anthologie American Splendor d’Harvey Pekar (1 et 2) : « La vie ordinaire c’est un truc assez complexe »

Disparu en juillet 2010 à l’âge de 70 ans, Harvey Pekar, auteur d’American Splendor était un auteur de comics américains à part. D’une part par son statut d’employé de bureau (archiviste dans un hôpital jusqu’à la fin de sa vie) et critique de jazz qui ne dessinait pas lui-même ses histoires mais faisait appel à la fine fleur de la scène underground, de Crumb à Gary Dumm ou même Alan Moore. Mais aussi par son ton singulier pour raconter sa vie et restituer en même temps un témoignage humain et parfois quasi sociologique sur la middle class américaine dans sa ville de Cleveland.

« Quartier lointain » (1 et 2) de Jirô Taniguchi : « Personne ne devient jamais vraiment adulte… »

« Quartier lointain » (1 et 2) de Jirô Taniguchi: prix du meilleur scénario au Festival d’Angoulême 2003 et primé au Forum de Monaco 2004, la série en 2 tomes, publiée en 2002 et 2003, aura consacré le mangaka Jiro Taniguchi. Après quelques œuvres historiques, il s’oriente sur des récits intimistes et sensibles autour du foyer familial, le quotidien, la nostalgie de l’enfance ou encore la beauté de la nature.

« Je ne t’ai jamais aimé » de Chester Brown, Scènes poétiques de la vie enfantine et adolescente

« Je ne t’ai jamais aimé » (I never like you)de Chester Brown (ainsi que Le playboy), deux de ses albums indispensables se sont vus traduire en français sous l’impulsion de Dupuy et Berbérian, inaugurant la collection Tohu-Bohu des Humanoïdes, à la suite de Seth. Chester Brown, aux côtés de Seth et Joe Matt ses deux confrères et amis canadiens, fait partie des auteurs majeurs du « graphic novel » indé des années 90. Considérés comme référence du genre autobiographique et de l’introspection, ils ont largement contribué à le renouveler en y apportant des petits chef d’œuvres de sensibilité et de retenue unanimement reconnus et influence de toute la nouvelle génération.

Stagiaire exploitée, publicitaire désabusée et aphorismes en bulles : des blogs BD à découvrir !

En attendant que la BD entre à l’Académie française comme le souhaiterait Erick Orsenna qui la considère comme « un art à part entière où il y a de l’imaginaire, de la politique, de l’humour…« , on continue de se régaler sur Internet de quelques strips bien sentis de jeunes auteurs prometteurs. Parmi les (plus ou moins) nouveaux venus qui buzzent sur la toile : une « bande pas dessinée » (si, si c’est possible !), une stagiaire qui raconte son exploitation avec humour et une DA qui se défoule sur les travers d’une agence de pub :

« La Vie est belle malgré tout » de Seth

« La Vie est belle malgré tout » de Seth, auteur emblématique du graphic novel indépendant américain aux côtés de ses collègues et amis Joe Matt (qui l’a d’ailleurs mis en scène dans d’hilarantes scènes de collectionnite régressive aigue dans « Strip-tease »), Chester Brown, Chris Ware (l’un de ses maîtres), Adrian Tomine et Charles Burns. Ce canadien, illustrateur du « New Yorker » et du « Washington Post », développe une œuvre autofictionnelle et introspective.

J’ai le cerveau sens dessus dessous de David Heatley

Chez David Heatley comme chez Chris Ware, les personnages de J’ai le cerveau sens dessus dessous se succèdent, détraqués, crus et cruels – mignons malgré tout – pour rejouer avec une incroyable contemporanéité – en couleur et en argot – une comédie humaine en cinq actes : « Histoire sexuelle », « Histoire noire », « Portrait de ma mère », …

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« Joséphine 2 » de Pénélope Bagieu : « Le bonheur c’est comme les abdos ça se travaille ! » (dédicace)

Séance de dédicace de Pénélope Bagieu, blogueuses, illustratrice et auteur, pour la sortie du tome 2 des aventures de Joséphine, chez Etam pour qui elle a dessiné une collection de lingerie. Penchée consciencieusement sur son pupitre-commode, elle s’est appliquée à dessiner pour chacune de ses fans un petit souvenir personnel sur leur exemplaire. Un nouvel opus aussi réussi que le premier !

« Buzz-moi »: Aurélia Aurita dévoile les coulisses du buzz « Fraise et chocolat »

Avec « Buzz-moi », Aurélia Aurita entreprend de raconter trois ans plus tard, alors que la fièvre de son premier roman graphique phénomène « Fraise et chocolat » est retombée, cette année de succès fou en 2006 et surtout de nous dévoiler ses déconvenues avec les journalistes. On y croise même un certain Frédéric Beigbeder alors chroniqueur littéraire au Grand journal (Canal+)…

« Dans mes yeux » de Bastien Vivès: La grâce féminine saisie par un trait (passionné)

« Dans mes yeux » de Bastien Vivès, est le second opus de ce jeune auteur, âgé d’une vingtaine d’années, qui monte et dont on parle beaucoup. Tout d’abord avec un premier album  » Le goût du chlore » (2008), multi-récompensé au festival d’Angoulême 2009, étonnante plongée aquatique dans l’univers bleu-vert-gris de la piscine et surtout rencontre d’une belle nageuse qui fascinera le narrateur venu ré-éduquer son dos. C’est encore une histoire de fascination que signe ce diplôme de l’école des Gobelins,

Le Combat ordinaire de Manu Larcenet: Fuir pour mieux se retrouver et se reconstruire

Avec sa série Le Combat ordinaire, réflexion subtile sur la difficulté de vivre, Manu Larcenet fait rayonner, une nouvelle fois, sur la bédé contemporaine toute sa classe et suggère, accessoirement, que la psychanalyse est un sport de combat. Fuir, dit-on, c’est refuser le combat. A contre-pied du sens commun, Larcenet nous montre que la fuite, …

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Bottomless Belly Button de Dash Shaw : Famille au bord de la crise de nerfs

On voit mal comment le superbe Bottomless Belly Button de Dash Shaw pourrait échapper à une récompense au festival d’Angoulême 2009. Les 700 et quelques pages de ce jeune prodige californien de 25 ans, membre du groupe pop Love Eats Brains !, ont fait sensation des deux côtés de l’Atlantique : une réussite aussi évidente …

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Loin d’être parfait d’Adrian Tomine : L’erreur est humaine

Avec Loin d’être parfait, Adrian Tomine, jeune prodige de la bande dessinée indépendante, figure dans la sélection officielle du Festival d’Angoulême 2009 pour. Et contrairement aux personnages désoeuvrés qu’il met en scène, ce petit bijou de roman graphique frôle la perfection.

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« Joséphine » de P. Bagieu, « Seule en solo » d’Oxolaterre/S.Zuber, « Moi, je » A. Picault, « Péchés mignons » de M.Mazaurette/A. de Pins : les Bridget Jones version BD

Pas évident de s’attaquer au sujet ultra-rebattu de la célibataire trentenaire après le phénomène Bridget Jones (et ses épigones). Le thème est épuisé serait-on tenté de penser après les innombrables variations tant littéraires qu’audiovisuelles.

Et pourtant trois jeunes auteurs n’ont pas hésité à s’approprier cette désormais figure classique. Originalité c’est en version BD qu’elle se réinvente avec plus ou moins d’humour et de singularité. La célibattante, un sujet inépuisable ? (à noter également la sortie d’un nouvel opus d’Aurélia Aurita : « Je ne verrai pas Okinawa »)