Les particules élémentaires de Michel Houellebecq, Une métaphysique de l’homme occidental post-moderne

Les particules élémentaires de Michel Houellebecq, est paru en 1998, 4 ans après « Extension du domaine de la lutte », alors que l’auteur était âgé de 40 ans. Il enfonce le clou et poursuit sa peinture désespérée et désespérante des mœurs sociales et sexuelles de la fin du XXe siècle en Occident. C’est avec ce roman Les particules élémentaires, se voulant le portrait d’une certaine génération masculine désenchantée (celle de l’auteur, né en 1958) en quête de nouveaux repères, qu’il connaît la consécration. Qualifié alors de “Karl Marx du sexe” ou bien de “ nouveau Céline”, de « génie » ou encore de « visionnaire », il incarne une nouvelle donne romanesque. Les thèmes qu’il aborde sont pourtant loin d’être novateurs et encore moins populaires (les échecs affectifs et sexuels de deux frères dépressifs). Un roman anti-commercial s’il en est. Ce « roman noir de la sexualité française » utilise aussi une forme assez austère liée à l’écriture quasi clinique de l’auteur, du moins en apparence. Alors pourquoi un tel engouement ?

La dimension polémique de l’ouvrage aura sans douté joué. En effet, le livre n’hésite pas à aborder quelques sujets tabous avec une lucidité et un cynisme parfois glacials. Une caractéristique qui aurait tout aussi bien pu lui attirer un parfait rejet du lectorat (ce qui a tout de même été le cas bien entendu avec une scission entre les pro et les anti-Houellebecq). Mais surtout la force de l’auteur est d’avoir su développer de nouveaux angles d’approche de différents problèmes de société, en tissant des parallèles inédits entre le système économique, sexuel, scientifique ou encore religieux… Sa vision sans concessions n’hésite pas à s’attaquer à quelques tabous. Et pourtant derrière le cynisme à toute épreuve de l’auteur voire la provocation idéologique, « Les particules élémentaires » cache une grande sensibilité et même un grand romantisme…

« Le nouveau ne se produit jamais par simple interpolation de l’ancien. (…) Aujourd’hui plus que jamais ils avaient besoin d’un angle neuf. »

C’est à travers le destin de deux demi-frères à première vue aux antipodes (mais plutôt les deux faces d’une même pièce), Michel, le chercheur en biologie moléculaire asexuel, entièrement voué à sa science (« Dans le cas de Djerzinski, sa bite lui servait à pisser, et c’est tout. »), et Bruno prof obsédé et frustré, victime de sa quête désespérée de sexe, que Houellebecq revisite l’histoire des mœurs sexuelles et sociales depuis 1950.

Vivant tous deux en marge de la société contemporaine et englués dans un quotidien sordide, on apprend au fil des pages à mieux les connaître et surtout à revivre leur passé : depuis leur enfance jusqu’à l’âge adulte à la quarantaine.
On replonge ainsi dans les années 50, l’extension du salariat, des banlieues de pavillons proprets, l’évolution de l’Eglise catholique, la place du Parti communiste puis les sixties en pleine période hippie, de libération sexuelle et de montée du féminisme (responsable selon lui en grande partie du déclin sexuel actuel) puis les années 70 avec la montée du sexe et de la violence, du culte du corps, de la civilisation des loisirs ou encore de l’anthropologie matérialiste jusqu’à nos jours. Il retrace la généalogie de ses deux personnages au cours de ces différentes époques qu’il radiographie sous un angle très personnel.

C’est aussi un roman d’apprentissage où l’on suit, pas à pas, l’éducation à la vie et l’éveil respectif de ces deux frères. Abandonnés par leurs parents (hippies) incapables d’assumer leurs responsabilités, ils seront tous deux élevés par leur grand-mère respective à qui ils voueront un amour et une admiration sans faille (sentiment intense inversement proportionnel à la haine de leur mère démissionnaire). Les passages sur leur enfance (le « royaume perdu » comme l’appelle Houellebecq) sont particulièrement émouvants. Ils évoquent ce bonheur insouciant, plein et entier, qui peut alors nous habiter à l’âge tendre. Ses références, de prime abord naïves, qui nous marquent durablement comme les héros des récits d’aventures de la revue « Pif » qu’il n’hésite pas à comparer à des idéaux kantiens ! Il en raconte de larges extraits avec un enthousiasme authentique et touchant, rendant par là-même un hommage à la pop culture plutôt intéressant. « Ce sont nos chef