Tag: Littérature française

Continuer de Laurent Mauvignier : « Si on croit qu’on n’a pas besoin des autres ou que les autres sont seulement des dangers, alors on est foutu. »

Continuer, 11e roman de Laurent Mauvignier, écrivain discret d’origine tourangelle, qui trace et imprime son sillon d’une force tranquille et diversifiée dans le paysage littéraire français, a connu un beau succès critique tant auprès de la presse que des lecteurs. Parmi ses louanges on trouve : une « très belle histoire d’apprivoisement entre une mère et un fils », un « grand livre d’aventures, sauvage et abrupt, [à la] splendeur visuelle » ou encore une « leçon d’endurance et de ténacité, de courage face à l’adversité ».

Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry : « ce long animal mou, cruel, collant, dégueulasse, que j’appelle par défaut la nécessité, la dèche, la débine, la misère, la mouise… »

Dans Quand le diable sortit de la salle de bains (2015), Sophie Divry, notamment remarquée avec « La condition pavillonnaire », revisite le genre littéraire du « galérien » tant sur le plan économique que sentimental, voire les deux. Raconté avec la bonne dose d’auto-dérision et de cynisme qui va bien, il peut s’avérer particulièrement désopilant…

Des Cannibales, Montaigne, Les Essais : commentaire, plan, analyse thématique et citations

Dans cet extrait du chapitre 31 des Essais, Montaigne commente et conteste la vision habituellement péjorative des indigènes (ici actuel Brésil) par les occidentaux et leur réaction (de rejet) face à des coutumes différentes des leurs.
Annonce du plan : Tout d’abord, j’analyserai le regard humaniste que porte Montaigne sur la figure de l’Autre. Puis, j’expliquerai comment il livre une critique de l’ethnocentrisme Européens qu’il dénonce. Enfin, je présenterai la stratégie d’argumentation de Montaigne pour convaincre et persuader son lecteur.

Un peu de soleil dans l’eau froide de Françoise Sagan: « On finira par empoisonner les gens tristes un jour »

Un peu de soleil dans l’eau froide est le 8e roman de Françoise Sagan publié en 1969, à l’âge de 34 ans et adapté au ciné en 1971 par J.Deray sur un scénario de Sagan. Elle reprend ici la tradition de ses jolis titres inspirés de vers de poésie (ici Paul Eluard) qui illustre parfaitement bien le propos ( de « subir sa douleur ») du roman qui aborde notamment le sujet de la dépression. Une maladie que Sagan, qui s’est toujours définie comme quelqu’un de « gaie », n’expérimentait pas elle-même au moment de l’écriture a priori, même si elle avait traversé en 1957 l’épreuve d’un accident de voiture l’ayant laissé dépendante d’un dérivé de morphine (ce qu’elle raconte dans son journal publié sous le titre de « Toxique »).

La chamade de Françoise Sagan : « Le bonheur était sa seule morale »

La chamade est le 6e roman de Françoise Sagan (après une série de pièces de théâtre notamment), publié en 1965, alors qu’elle avait 30 ans (âge également qu’elle donne à son héroïne Lucile, rajeunie à 25 ans dans l’adaptation ciné de 1968 avec l’éclatante jeune Deneuve dans le rôle titre). Dans la lignée de ses précédents opus, Sagan poursuit son exploration des affres de l’amour chez les riches parisiens de son milieu bourgeois, de l’ambiguïté des sentiments, leur part d’ombre, leurs paradoxes, les dilemmes du cœur, ou encore la cruauté de la séduction. Ici c’est la définition de l’amour heureux qui se trouve plus particulièrement questionnée ou plus précisément l’amour peut-il suffire au bonheur ? Tandis que lui fait écho la maxime de l’argent qui ne le ferait pas… Pour répondre à cette équation, abandonnant le triangle amoureux, elle met ici en scène un quatuor de deux couples de générations diverses, et s’amuse à déplacer les pions de ce nouvel échiquier à plusieurs variables…

Celle que vous croyez de Camille Laurens: « L’amour c’est vivre dans l’imagination de quelqu’un »

Avec Celle que vous croyez, paru lors de la rentrée littéraire de janvier 2016 dernière, Camille Laurens frappe fort et poursuit son exploration des rapports amoureux à l’heure d’Internet, débuté avec le très bon « Romance nerveuse » (2010) dont il pourrait être le tome 2. Elle continue de tisser ses motifs de « bad romance » où des femmes mûres, vieillissantes, sont malmenées par leur attirance pour leurs cadets trentenaires goujats et glandeurs, incapables de leur donner l’attention et l’amour qu’elles recherchent désespérément. Elle livre au passage une réflexion intéressante sur le désir amoureux qu’elle associe à l’écriture et à la fiction, au travers d’un dispositif narratif original où Internet devient la scène où les amants jouent avec leur imaginaire et leur identité jusqu’à s’y perdre…

Le coeur régulier d’Olivier Adam: « Il s’occupe de nous, c’est tout. Ca fait du bien par moments d’avoir quelqu’un pour s’occuper de vous. »

Le cœur régulier est le 7e roman d’Olivier Adam, publié lors de la rentrée littéraire de septembre 2010, grand succès de librairie adapté sur grand écran en 2016. La critique a souligné les corrélations et la filiation avec ses précédents romans. En effet, Le coeur régulier met en scène une certaine Sarah, qui était aussi le prénom de l’épouse disparue dans « Des vents contraires ». La disparition est une nouvelle fois centrale dans le roman.
Olivier Adam se glisse aussi pour la 2e fois dans la peau d’un personnage féminin après Marie, l’héroïne d’A l’abri de rien. L’auteur lui-même rapproche le duo d’un frère « ingérable » et « inflammable » et d’une soeur « posée », « responsable » à celui de « Poids léger » 10 ans après.

Le complexe socio-culturel d’Olivier Adam et le mépris de la culture populaire (« Les lisières »)

Alors que je lisais Les lisières d’Olivier Adam, je m’amusais de l’écart entre l’image que l’on peut avoir de cet écrivain et la réalité finalement de ses idées, de son « idéologie », qui ressort de façon assez abrupte dans ce roman qui m’a assez étonnée (malheureusement dans le mauvais sens…). En effet, je tenais Adam pour cet écrivain plutôt empathique sensible à la « France d’en bas » (aussi laid que soit le dénominatif), de la condition ouvrière, des déshérités, défavorisés, et tout autre synonyme que l’on voudra bien trouver pour désigner en gros tous ceux qui doivent trimer pour joindre difficilement les deux bouts quand ils ne s’abîment pas dans un chômage désespérant, ceux qui ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche ou autres milieux à paillettes.

La série des Rougon-Macquart d’Emile Zola : présentation et résumés

Composé par Zola entre 1870 et 1893, le cycle des Rougon Macquart, est constitué de 20 volumes publiés au rythme d’un rythme par an environ. Zola s’est inspiré de la Comédie humaine  de Balzac, entreprise dés 1842, vaste fresque romanesque qui rassemble des personnages appartenant aux milieux les plus divers de la société du 1e …

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Chéri de Colette: « Elle battit des paupières, éblouie par l’approche du visage éclatant qui descendait sur elle… « 

Avec Chéri, Colette écrit l’un de ses peut-être plus célèbres et sulfureux romans en 1912 (publié en 1920) alors qu’elle traverse la quarantaine, et vivra elle-même une liaison avec son jeune beau-fils Bertrand de Jouvenel. Chéri est un violent drame en trois actes sur le désir et la cruauté de la séduction mais aussi et surtout la difficulté de renoncer à séduire, à voir sa beauté se faner en particulier lorsque l’on est femme (double critère/double standard oblige !).

Le problème avec la Bovary et ses descendantes… (de Flaubert à S. Divry, L.Slimani, Reinhardt…)

Le roman « Madame Bovary » de Flaubert compte parmi les livres qui me hérissent le plus. J’avais immédiatement ressenti un malaise à sa première lecture et un décalage entre la façon dont il est couramment présenté et son contenu véritable. En effet, le livre, qui trône chaque année en position frontale des programmes et des annales du bac français comme représentant ultime de la condition féminine, est devenu une affreuse imposture.
Etalage au rayon parascolaire/bac français du libraire Gibert jeunes où Madame Bovary règne...

La misogynie de Flaubert (extraits de sa Correspondance)

Bien que souvent passée sous silence ou minimisée,la misogynie de Flaubert était pourtant une réalité bien concrète (et communément partagée par ses contemporains), qui permet, lorsqu’on s’y penche de plus près d’éclairer son œuvre, et en particulier ce qui est souvent considéré comme son chef-d’oeuvre, « Madame Bovary ». On en trouve ainsi d’innombrables exemples dans la Correspondance où il exprime avec véhémence son mépris voire une véritable haine pour ce qu’il considère comme « l’élément typiquement féminin », se livrant à diverses généralités de bas étage. Il serait donc bon que les professeurs rappellent cette dimension, certes peu reluisante de l’auteur, mais finalement assez essentielle à l’approche et l’analyse de ses romans.

La princesse de Clèves de Madame de La Fayette : Un thriller des sentiments haletant !

La pauvre princesse de Clèves est l’une des rares héroïnes (mal) mariées des classiques, qui confrontée à l’adultère, choisira de ne pas passer à l’acte. Aux remords, elle préfère les regrets… Loin d’une Emma Bovary ou d’une Anna Karénine, elle ne cessera de lutter contre le feu de la passion –interdite- qui l’anime pour l’irrésistible Duc de Nemours, tandis que les premières y succomberont ! « Un exemple de vertu inimitable » selon les derniers mots qui clôturent le roman…

« Truismes » de Marie Darrieussecq, Les « cochonneries » de la parfumeuse (+ recueil de nouvelles « Zoo »)

Mariée à un astrophysicien, passionnée de sciences (« pures » et « fiction ») et amie fidèle de Virginie Despentes, la normalienne Marie Darrieussecq alors âgée de 27 ans, publie en 1996 un premier roman – Truismes- que s’arrache les éditeurs (acceptés par POL, Grasset, le Seuil, et la collection bleue de Jean-Marc Roberts, chez Fayard à l’époque) et qui deviendra immédiatement un best-seller mondial (un million d’exemplaires vendu dans le monde, traduit en trente langues pour trente-quatre pays, qui l’affranchissent à jamais des affres de l’écrivain) : « J’ai d’abord eu le choc d’être publiée. Je me souviendrai toujours de ce mois de mai 1995 où j’ai reçu le coup de téléphone de P.O.L. Puis le succès a été en quelque sorte la cerise sur le gâteau et j’ai vécu une année de folie. J’ai connu l’adoration et la haine (l’écrivain Marie Ndiaye l’a même accusée de plagiat : « Ce qui pour un écrivain équivaut à un meurtre. Cela m’a appris que le monde littéraire ressemblait à une jungle, je me suis beaucoup repliée sur moi-même »). Ecrire, c’est être seule. Je me protège beaucoup. Cela m’a débarrassée de la peur ou de l’envie du succès. », se remémore-t-elle. Ecrit en 6 semaines (!) parallèlement à sa thèse de Doctorat (« Moments critiques dans l’autobiographie contemporaine. Ironie tragique et autofiction chez George Perec, Michel Leiris, Serge Doubrovsky et Hervé Guibert »), Truismes est en fait son sixième roman.

« Un début prometteur » de Nicolas Rey : Portrait de l’artiste en adolescent… (adaptation ciné)

Il aura fallu attendre 12 ans pour voir enfin porté sur grand écranle troisième roman de Nicolas Rey, »Un début prometteur », initialement publié en 2003 et sorti au cinéma le 30 septembre 2015. A cette époque le jeune auteur, cinéphile passionné qui cite régulièrement son film culte « Un monde sans Pitié » (d’Eric Rochant), avouait déjà rêver de transposer son univers sur pellicule… Ce sera finalement sa compagne Emma Luchini qui s’y collera (en l’associant au scénario), en réactualisant quelque peu sa structure mais en conservant les préoccupations de l’auteur: le premier amour, les désillusions de la jeunesse, ses renoncements, mais également ses espoirs.

« La place » d’Annie Ernaux : « Un jour, avec un regard fier: « Je ne t’ai jamais fait honte. »

L’écriture de « La place », 5e livre d’Annie Ernaux, prix Renaudot 1984, marque un tournant dans l’œuvre de l’auteur, tout en lui apportant une notoriété accrue. En effet, en entreprenant le portrait sensible de son père mort en 1967, l’année où elle réussissait le concours de l’agrégation de professeur de lettres, elle a aussi décidé de basculer plus franchement dans une « écriture de vérité » avec l’usage du « je », de sorte à ne pas travestir sa mémoire, déjà « pervertie » par la reconstitution littéraire.

Dora Bruder de Patrick Modiano: « On vous convoque. On vous interne. Vous aimeriez bien comprendre pourquoi. »

Dora Bruder de Patrick Modiano, paru en 1997 et déjà son 20e roman ! alors qu’il était âgé de 52 ans fait partie de ces livres les plus emblématiques, liés à la Shoah qui n’a jamais cessé de le hanter. Même si comme l’a rappelé Pierre Assouline, l’auteur ne saurait se réduire à son travail sur cette tragique période, et de définir ses thèmes les plus chers comme « l’ambiguïté des situations, la confusion des sentiments, le flou des atmosphères, tout ce qui fait notre indécision en temps de paix comme en temps de guerre. »

37°2 le matin de Philippe Djian : L’amour peut-il sauver de la folie ? ou Itinéraire des amants maudits…

« 37° 2 le matin » paru en 1985 est LE (et troisième) roman de Philippe Djian, celui qui l’a révélé au grand public et l’a transformé en auteur à succès tout en acquérant le titre de «roman culte », écoulé à plus d’un million d’exemplaires (hors traductions). Tout le talent de cet écrivain emblématique des « années 80 rugissantes » se déploie ici avec maîtrise et trouve dés lors une puissance émotionnelle encore jamais atteinte.

Doggy bag 2 de Philippe Djian: analyse critique

Après une premier volume un peu décevant, Philippe Djian réussit avec la saison 2 de Doggy bag à intégrer complètement les codes de la série TV et fait peu à peu basculer la famille Sollens dans l’horreur. L’auteur de 37°2 le matin en profite pour améliorer un sens de l’intrigue qui n’a pas toujours été …

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Romance nerveuse de Camille Laurens : « Qu’est-ce qu’une histoire d’amour, sinon une scène de crime ? »

camille-laurens-romance-nerveuse-roman.jpg « On écrit toujours sur le corps mort du monde ou le corps mort de l’amour » déclare Camille Laurens, en citant Marguerite Duras, avec qui elle entretient, sans doute, une certaine filiation. Publié en 2010 (et en poche en 2012), ce 13e roman de Camille Laurens, est en effet le roman de la rupture au sens large…
Celle d’avec son éditeur de longue date P.O.L. (le roman est le premier paru chez Gallimard) suite à la polémique entre l’auteur et Marie Darrieussecq en 2007, qu’elle a accusée de « plagiat psychique » (pour son roman « Tom est mort »), une histoire douloureuse qui aura affecté tous ses protagonistes mais qui n’aura heureusement pas abattu l’auteur de « Dans ces bras là ». Loin d’écrire un règlement de compte, elle ne fait de l’affaire qu’un point de départ pour nous raconter une toute autre histoire, d’amour, encore une fois.