Littérature française

L’écume des jours de Boris Vian : L’adieu à la lumière…

« L’Ecume des jours » de Boris Vian fait partie des bides littéraires de l’année 1947… Eh oui, passé presque inaperçu lors de sa sortie, il faudra attendre 1963 et sa ré-édition chez 10/18 pour que le roman (devenu film en 1968) devienne culte. Publié à l’âge de 26 ans, il tire son inspiration d’une multitude de sources à commencer par le jazz de New Orleans (seul représentant de la jazz lit’ !) mais aussi la maladie de sa femme Michelle, son travail ennuyeux et répétitif en tant qu’ingénieur pour l’AFNOR mais aussi de la lecture de Faulkner (en particulier « Moustiques »), les bayous et marais du bas Mississipi, PG Wodehouse, Lewis Carroll, Queneau, Mac Orlan…, ou encore le cinéma américain et les dessins animés, sans oublier l’existentialisme sartrien…

« Le boucher » d’Alina Reyes: Ebats et abats

« Le boucher » d’Alina Reyes déboule en 1988 sur le devant de la scène littéraire signé d’une petite jeune femme de 32 ans brune et incandescente avec un court et fulgurant roman au titre sanguinaire. Publié sous un pseudonyme (qu’elle conservera ensuite) emprunté d’une nouvelle de Julio Cortazar (« La Lointaine, Journal d’Alina Reyes ») et écrit en une semaine pour participer à un concours de littérature érotique – alors qu’elle était étudiante à Bordeaux, – elle défraie la chronique et s’impose d’emblée comme l’un des plus importants auteurs contemporains de littérature érotique (même si cette étiquette lui semble réductrice…

Histoire d’O de Pauline Réage (Dominique Aury), Attache-moi ou L’insoutenable liberté du corps

Histoire d'O livre analyse critique citations

« Monte, dit-il. Elle monte. »
Toute la dialectique d’Histoire d’O de Pauline Réage est contenue dans cette simple première injonction.
Un ordre, sans explication, une soumission, sans interrogation, ni inquiétude.
O embarque avec son amant. Elle le suit confiante, s’en remet entièrement à lui, quelque soit la destination, quelque soit l’issue…

Pourquoi j’ai calé à la 150e page (sur 640) de « La consolante », le dernier roman d’Anna Gavalda…

Le dernier gros buzz littéraire de ce début d’année 2008 était incontestablement le dernier et quatrième roman signé de l’auteur star de « Ensemble c’est tout » et « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », Anna Gavalda qu’on ne présente plus. Tiré à 300 000 exemplaires, « La consolante » était le roman le plus attendu de l’année selon Livres Hebdo. Une histoire fidèle à l’univers de l’auteur passionnée par les « êtres fêlés » parce qu' »ils laissent passer la lumière » comme elle aime les qualifier en citant Audiard. Un roman comme une sorte de chorale de deuil autour d’un personnage, Charles Balanda, architecte à Paris de 47 ans coincé dans un mariage qui n’en porte plus que le nom, dont la vie bascule quand il a apprend qui incidemment le déces d’une femme, la mère d’un de ses amis d’enfance qu’il a connue dans sa jeunesse. Cherchant à occulter cette douleur comme il occulte le reste de sa vie, il devra malgré tout lui faire face et entreprendre un travail de deuil qui le poursuit. Il en perd l’appétit, le sommeil, abandonne plans et projets tout en essayant de comprendre pourquoi tout se fissure autour de lui… A travers une forme également fissurées entre puzzle et patchwork, qui assemble les scènes de sa vie, ses peurs sur fond de crise de la cinquantaine, mais aussi les confessions d’une mystérieuse femme, Gavalda tente de montrer que malgré tout la vie peut être reconstruite et s’avérer belle (un gavaldisme par excellence !). Pourtant l’accueil du roman s’est avéré pour le moins mitigé et ce nouveau rendez-vous ressemble à un rendez vous manqué…

De la rupture de Gabriel Matzneff, Hommage à la « rupture féconde »

« De la rupture » de Gabriel Matzneff fait partie du volet des essais de l’auteur (qui en a écrit une petite douzaine, dont le très controversé « Les moins de 16 ans »). Publié en 1997, il aborde comme son nom l’indique le thème de la rupture au sens large, amoureuse principalement bien sûr mais aussi amicale, « matérielle » (aux objets, aux lieux) ou encore aux changement de vie (un goinfre se met à la diététique, un mondain entre dans les ordres…) jusqu’à la plus grande rupture, celle de la mort.

La maison de Claudine de Colette, « Tout est encore devant mes yeux, le jardin aux murs chauds, les dernières cerises sombres pendues à l’arbre… »

« La Maison de Claudine » de Colette, publié en 1922, bien après sa célèbre série dite des « Claudine » qui retraçait ses années d’apprentissage d’écolière puis de femme mariée avant de divorcer, ne constitue donc pas un prolongement de ses précédents romans à succès.

« Méfie-toi des fruits », « Plaisir d’offrir, joie de recevoir »: Promenade subjective dans les jardins d’Anna Rozen

Anna Rozen fait partie de ces romancières particulièrement représentatives de cette littérature « nouvelle génération » qui est l’objet même du Buzz littéraire. Cette quadra épicurienne (génération 60’s) possède un charme et une fraîcheur dont on ne se lasse pas de roman en roman et sur ses quelques échappées tels « Le petit garçon qui n’existait pas », un livre illustré avec Dupuy et Berbérian (également auteurs de la couverture de son dernier opus « Vieilles peaux ») ou encore une ode à Stevie Wonder (« Encore » chez Naïve éditions). Anna Rozen c’est un spleen acidulé, une loseuse joyeuse, une sensibilité malicieuse d’écorchée. Elle aime la chair, les hommes, les plaisirs, bref la vie la vie même si celle-ci le lui rend rarement. Ces histoires gardent souvent un goût amer où le bonheur se fait discret (ou articificiel comme dans son Bonheur 230)… Une écriture gourmande, provocatrice, tout en rondeur même pour nous raconter le plus acide ou le plus cru. Une plume nue, vraie et pourtant pudique, jamais obscène même si elle est explicite. C’est une grande soeur pétillante et fantasque dont on se sent immédiatement complice et proche. Des romans courts, vifs et denses, sans complexe, dont on se délecte et qui font réfléchir. On ne peut s’empêcher de penser à Bridget Jones quand on lit Anna Rozen, ce qui ne lui ferait sans doute pas plaisir. Mais une Bridget libre, toute en nuance et en subtilité, qui serait filmée par un Claude Sautet ou un Patrice Chéreau (celui d' »Intimité » notamment). Un univers très féminin et sensuel sans aucune mièvrerie ou stéréotypes, bien au contraire. Une certaine violence et lucidité habitent ces écrits avec toujours cet humour si particulier, sa petite musique, en arrière plan. Florilège :

« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » d’Anna Gavalda, l’Evita Peron des lettres françaises

Publié en 1999, le premier ouvrage de la désormais célébrissime Anna Gavalda, « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », alors âgée de 29 ans, est ce que l’on appelle un petit miracle de l’édition. Bénéficiant d’un bouche à oreille exemplaire des médias, des libraires et surtout des lecteurs, le manuscrit refusé de tous les éditeurs (hormis Le Dilettante à qui elle est restée fidèle depuis), au prétexte que « les nouvelles ne se vendaient pas », se retrouvé propulsé en tête des meilleures ventes et envahit les rames de métros (impossible de faire un trajet sans croiser un voyageur équipé du précieux recueil !). Anna Gavalda s’en amuse d’ailleurs en revendiquant aimer rédiger des livres courts afin que « ses lecteurs ne ratent pas leur correspondance dans le métro ».

Courir à trente ans de Nicolas Rey sort en poche « Nouvelle génération »

Signalons la sortie en poche (J’ai lu/ Nouvelle génération) de « Courir à trente ans », 4e roman de Nicolas Rey paru en 2004 Courir à trente ans quasiment simultanément à la sortie de son nouvel opus Vallauris Plage que nous présentions récemment. Une jolie couverture qui rend hommage à la phrase de l’auteur devenue célèbre : « A Paris, le soir, les mots d’amour s’échangent en fraude dans les salles de bains avec un téléphone portable. C’est la raison pour laquelle, vue d’avion, la ville scintille à ce point. »

Vallauris plage de Nicolas Rey : Liaisons dangeureuses sous le soleil de la Riviera…

Il a quel goût le nouveau Nicolas Rey ? Un goût moite, brûlant, un goût de perdition dangereuse, d’eau trouble salée et de sensualité. Pour son cinquième et très attendu roman « Vallauris plage », l’écrivain a tenu sa promesse : s’échapper de l’autofiction de trentenaires pour livrer un roman noir mêlant le sang aux passions destructrices… Pour autant, il ne décevra pas les fidèles de la première heure qui retrouveront avec plaisir son talent délicat et subtil pour décrire les bas-fonds du désir, les impasses sentimentales et la quête d’absolu…

Les vies de Luka d’Arnaud Cathrine : La vie rêvée des anges de Liverpool…

Les vies de Luka, quatrième roman (adulte) d’Arnaud Cathrine, publié en 2000 aux éditions Verticales, poursuit son exploration des thèmes de l’adolescence, de la famille et de la mort. Situant l’intrigue à Liverpool, l’auteur se glisse dans la peau d’une jeune fille de 17 ans, Luka, qui aspire plus que tout à prendre son envol, à « devenir elle-même » et à vivre enfin loin de l’ennui sclérosant de sa ville natale et de ses mornes habitants.

« Poupée Bella » de Nina Bouraoui : Journal de la nuit et du désir des filles

La quête et l’acceptation de son identité constituent des thèmes majeurs et fondateurs de l’œuvre de Nina Bouraoui. L’auteur franco-algérienne confie dans ce huitième roman, en forme de journal intime, son chemin initiatique vers l’amour au féminin et dévoile sa vision du « Milieu des Filles » dans les années 80. De la découverte des codes de séduction dans les boîtes de nuit aux errances urbaines rue de Renne, dans le Jardin des plantes ou du Luxembourg, la piscine Deligny, le Marais, la rue des Archives…, où les interrogations, contradictions sur son rapport au corps, au désir l’assaillent. Sa recherche fiévreuse et hésitante, parfois aux portes de la folie, d’un équilibre à travers l’Autre. Récit vertigineux d’une éducation sentimentale homosexuelle… et universelle : une émouvante confession sur les difficultés de son existence partagée.

Histoire de l’oeil de Georges Bataille, Visions du désir né de la terreur

« Histoire de l’oeil » de Georges Bataille, taxé de pornographique à sa sortie, en 1928, ce court récit (intégré dans un recueil comprenant « Madame Edwarda » et « La mort ») a été publié sous le pseudo de Lord Auch et préfacé de son vrai nom. Aujourd’hui il est unanimement reconnu comme une œuvre littéraire incontournable à la profondeur philosophique et émotive considérable.

« Garçon manqué » de Nina Bouraoui : La double vie de Nina Bouraoui entre l’Algérie et la France, les filles et les garçons…

Dans « Garçon manqué », sixième roman de Nina Bouraoui, celle dont le nom vient d’Abi le père et de raha raconter, poursuit l’exploration de ses origines et surtout ses difficultés à trouver sa place, son identité métissée tant de nationalité (française ou algérienne) qu’individuelle (garçon ou fille ?). A travers un magnifique portrait de l’Algérie de son enfance puis de la Bretagne de ses grands parents dans les années 70…

Treize minutes de Nicolas Rey : « Certains respectent les églises. Moi, c’est devant l’éphémère que je m’agenouille. »

Premier roman de Nicolas Rey, oserait on déjà dire oeuvre de jeunesse ?, Treize minutes est la tranche de vie vertigineuse d’un jeune homme épris d’absolu. Jusqueboutiste dans ses sentiments qu’il s’agisse d’amitié, de désir ou d’amour. Mais à notre époque est ce bien raisonnable ?

Un pur roman de Louis Lanher : « Tribulations déjantées au royaume du PAF »

Louis Lanher, frère de lettres de Nicolas Rey, lui aussi édité Au Diable Vauvert, sort Un pur roman, son second livre, après son premier roman remarqué Microclimat. Il livre une satire hilarante du milieu audiovisuel et des « créas ». Second roman de ce jeune (ex) avocat déjanté, de 27 ans, Un pur roman est un pur délire relatant les tribulations de deux enfants de la télé (réalité).