Littérature française

La place d’Annie Ernaux : « Un jour, avec un regard fier: « Je ne t’ai jamais fait honte. »

L’écriture de « La place », 5e livre d’Annie Ernaux, prix Renaudot 1984, marque un tournant dans l’œuvre de l’auteur, tout en lui apportant une notoriété accrue. En effet, en entreprenant le portrait sensible de son père mort en 1967, l’année où elle réussissait le concours de l’agrégation de professeur de lettres, elle a aussi décidé de basculer plus franchement dans une « écriture de vérité » avec l’usage du « je », de sorte à ne pas travestir sa mémoire, déjà « pervertie » par la reconstitution littéraire.

Dora Bruder de Patrick Modiano: « On vous convoque. On vous interne. Vous aimeriez bien comprendre pourquoi. »

Dora Bruder de Patrick Modiano, paru en 1997 et déjà son 20e roman ! alors qu’il était âgé de 52 ans fait partie de ces livres les plus emblématiques, liés à la Shoah qui n’a jamais cessé de le hanter. Même si comme l’a rappelé Pierre Assouline, l’auteur ne saurait se réduire à son travail sur cette tragique période, et de définir ses thèmes les plus chers comme « l’ambiguïté des situations, la confusion des sentiments, le flou des atmosphères, tout ce qui fait notre indécision en temps de paix comme en temps de guerre. »

37°2 le matin de Philippe Djian : L’amour peut-il sauver de la folie ? ou Itinéraire des amants maudits…

« 37° 2 le matin » paru en 1985 est LE (et troisième) roman de Philippe Djian, celui qui l’a révélé au grand public et l’a transformé en auteur à succès tout en acquérant le titre de «roman culte », écoulé à plus d’un million d’exemplaires (hors traductions). Tout le talent de cet écrivain emblématique des « années 80 rugissantes » se déploie ici avec maîtrise et trouve dés lors une puissance émotionnelle encore jamais atteinte.

Doggy bag 2 de Philippe Djian: analyse critique

Après une premier volume un peu décevant, Philippe Djian réussit avec la saison 2 de Doggy bag à intégrer complètement les codes de la série TV et fait peu à peu basculer la famille Sollens dans l’horreur. L’auteur de 37°2 le matin en profite pour améliorer un sens de l’intrigue qui n’a pas toujours été …

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Romance nerveuse de Camille Laurens : « Qu’est-ce qu’une histoire d’amour, sinon une scène de crime ? »

camille-laurens-romance-nerveuse-roman.jpg « On écrit toujours sur le corps mort du monde ou le corps mort de l’amour » déclare Camille Laurens, en citant Marguerite Duras, avec qui elle entretient, sans doute, une certaine filiation. Publié en 2010 (et en poche en 2012), ce 13e roman de Camille Laurens, est en effet le roman de la rupture au sens large…
Celle d’avec son éditeur de longue date P.O.L. (le roman est le premier paru chez Gallimard) suite à la polémique entre l’auteur et Marie Darrieussecq en 2007, qu’elle a accusée de « plagiat psychique » (pour son roman « Tom est mort »), une histoire douloureuse qui aura affecté tous ses protagonistes mais qui n’aura heureusement pas abattu l’auteur de « Dans ces bras là ». Loin d’écrire un règlement de compte, elle ne fait de l’affaire qu’un point de départ pour nous raconter une toute autre histoire, d’amour, encore une fois.

« L’insoutenable légèreté de l’être » de Milan Kundera : « Que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? » (1/2)

« L’insoutenable légèreté de l’être » (titre sublime s’il en est) est le plus célèbre roman de l’écrivain tchèque (émigré en France depuis les années 70) Milan Kundera, publié en 1984 (date qui fait étrangement écho au roman du même nom et qui présente le point commun de dénoncer le totalitarisme) et adapté au cinéma par Philip Kaufman en 1988). Entre le roman et l’essai, la fable et l’allégorie, ce livre inclassable, aux multiples niveaux de lecture, vient nous rappeler, sainement, qu’il n’y a définitivement pas de règle en littérature.
La structure particulièrement originale de cette histoire d’amour multidimensionnelle aux accents politique, philosophique voire métaphysique peuvent parfois dérouter voire rebuter certains lecteurs tandis que d’autres s’extasient au contraire sur sa richesse et la finesse de ses analyses. Retour sur ce livre culte, influence certaine de la nouvelle génération littéraire :

De l’inconvénient d’être né de Cioran : « Rien n’est tragique, tout est irréel »

« De l’inconvénient d’être né » de Cioran (décédé en 1995) fait partie de ces livres et auteurs dits inclassables. Michel Houellebecq dont on le rapproche regrettait néanmoins : « Il n’est pas illégitime (…) de souligner ma filiation avec Schopenhauer. Je ne suis pas le seul, j’ai, dans cette lignée, de prestigieux aînés, Maupassant, Conrad, Thomas Mann, par exemple. Et Cioran, auquel je reproche pourtant de n’avoir jamais cité Schopenhauer. »

« Bel-ami » de Maupassant : « Il avait cueilli sans peine son âme légère de poupée. »

La publication de « Bel ami » de Maupassant, en 1885 fit grand bruit, confirmant les précédents succès de l’auteur avec ses nouvelles (dont « Boule de Suif ») et son roman « Une vie ». Sa satire des milieux du journalisme, de la politique et de la finance mais aussi l’immoralité voire la perversité de son héros ont saisi l’opinion. Alors écrivain reconnu mais aussi grand chroniqueur, Maupassant dira en riant : « Bel-Ami, c’est moi ».
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Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, Mémoires d’une jeune-fille brûlante (+ extraits)

Thérèse et Isabelle de Violette Leduc constituait en 1954 le début de « Ravages », roman qui fut refusé par Gallimard, l’année où Histoire d’O, après un semblable refus d’autocensure, trouva refuge chez Pauvert. Ce superbe prélude supprimé parut chez Gallimard, est expurgé et isolé en un précieux petit volume, en 1966, lorsque l’auteur eut acquis quelque notoriété.

Un temps fou de Laurence Tardieu : « Avant j’avais un nom et une vie. Maintenant je marche à côté de vous, très lentement (…). »

Avec « Un temps fou », Laurence Tardieu, lancée sur la scène littéraire française en 2002, et révélée par « Puisque rien ne dure » en 2006, creuse son sillon entre autofiction et récit intimiste. Avec aujourd’hui six romans à son actif, elle explore les blessures de l’être -du deuil impossible d’un enfant aux difficiles relations familiales-, le rapport à la la filiation et les sentiments bien sûr.

« Nicolas Pages » de Guillaume Dustan, Pop(pers) littérature et radiographie de l’identité homo

Il est temps de se remémorer l’oeuvre, « Nicolas Pages » de Guillaume Dustan qui doit se retourner dans sa tombe, alors que le débat sur la légalisation du mariage gay enflamme la place publique, donnant lieu à de tristes manifestations d’opposants… Inconstant, insolent, indécent, trash, anticonformiste, provocateur… autant de qualificatifs employés pour désigner cet enfant terrible des lettres parisiennes: Guillaume Dustan. Tout en s’autoproclamant « l’écrivain l’plus doué d’sa générosité », il déplorait amèrement son manque de visibilité dans les médias. Du moins dans « ceux qui comptent », répétait-il. Mais Guillaume Dustan, décédé à l’âge de 40 ans en 2004 d’une intoxication médicamenteuse, a-t-il été réellement un « oublié des médias » ?

Claustria de Régis Jauffret : « Faire pousser une famille dans une boîte, une serre opaque à sept pieds sous terre… »

Jauffret choisit, dans « Claustria » (contraction d’Autriche et claustration), de se faire enquêteur entre roman et investigation. L’ancien rédacteur en chef de « Dossiers criminels » choisit de nouveau un fait divers comme matériau romanesque (après « Sévère » inspiré de l’affaire du banquier Stern en 2010) et fait polémique: l’atroce cas « Fritzl », mêlant inceste et séquestration durant 24 ans en Autriche ayant (d)éf(f)rayé la chronique en 2008.

Le mausolée des amants d’Hervé Guibert : « Un des rôles de la littérature est l’apprentissage de la mort »

L’œuvre d’Hervé Guibert, dont « Le mausolée des amants », reste une influence marquante de la nouvelle génération littéraire, dont Nina Bouraoui est sans doute l’une des voix les plus actives pour la faire connaître. Elle le cite ainsi régulièrement: « Guibert écrit avec ses yeux, avec le corps entier. C’est une littérature sensuelle, voire charnelle. Ce n’est pas un écrivain de l’intime. C’est un écrivain de l’intérieur, c’est-à-dire de la matière vivante. Chaque livre est le livre de la vie. ». De son côté Marie Darrieussecq lui a consacré en 1997 une étude dans le cadre d’un dossier « Le Corps textuel d’Hervé Guibert« . Catalogué « écrivain-homo-sidaique », les livres de Guibert, à l’instar d’un Guillaume Dustan, sont hantés par le corps, source de plaisir et de douleur…

« Aimez-vous Brahms ? » de Françoise Sagan, L’amour au féminin à l’âge charnière de 40 ans

« Aimez-vous Brahms? » de Françoise Sagan a été publié en 1959, alors âgée de 24 ans et quelques années seulement après le succès phénoménal de « Bonjour tristesse » (1954), roman qui reste le plus connu de Françoise Sagan, le charmant petit monstre ne s’est pourtant pas reposé sur ses lauriers. Près d’une vingtaine de romans et nouvelles ont suivi jusqu’en 1996 (à quoi s’ajoutent une quarantaine d’essais, journaux, pièces de théâtre et scénarios) !

« Un léger passage à vide » : Nicolas Rey, au plus bas, écrit-il un livre au plus haut ? (rentrée littéraire janvier 2010)

Avec « Un léger passage à vide », Nicolas Rey revient en librairie après 4 ans d’absence. En littérature, ce sont les fêlures, les douleurs, les parts sombres qui font souvent les plus beaux livres (voir article sur la honte comme essence de la littérature). Que Nicolas Rey ait choisi de reprendre la plume pour raconter « ses mauvaises passes et moments dingues » comme il l’écrit en 4e de couverture (particulièrement réussie au passage) était donc une bonne idée en soi.

Faire l’amour – Fuir – La vérité sur Marie (PRIX DECEMBRE 2009) : Trilogie du (dés)amour par Jean-Philippe Toussaint

Faire l’amour – Fuir – La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint: ces trois romans constituent une trilogie ou plutôt un triptyque amoureuse(x) en trois actes qui peuvent néanmoins se lire indépendamment les uns des autres. Il raconte par fragments et flash-backs la relation qui unit et désunit le narrateur à une certaine « Marie ».
Le belge compte parmi les auteurs contemporains phares des éditions de Minuit aux côté de Jean Echenoz, Marie N’Dyae ou encore Eric Chevillard, revendiquant haut et fort leur exigence littéraire.

Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia

Avec ses 750 pages Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia raconte une époque, dans la veine du grand roman populaire. 1980, Michel Marini assiste aux funérailles grandioses d’un philosophe. Il se souvient de sa jeunesse: l’Algérie, l’URSS, l’homme dans l’espace, et lui à Paris, le nez dans les bouquins et la conscience politique …

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Récit d’un branleur de Samuel Benchetrit

Dans Récit d’un branleur Samuel Benchetrit dépeint avec une verve corrosive l’histoire d’un loser qui s’assume, anti-héro interprétant de façon singulière et désabusée le monde qui l’entoure. Récit d’un branleur s’affirme comme un premier roman prometteur.

Françoise Sagan raconte sa « rehab » dans Toxique: parution d’un inédit

Toxique de Françoise Sagan est un texte inédit que son fils, Denis Westhoff, a confié à Jean-Marc Roberts, le patron des éditions Stock, le soin d’éditer un texte inédit de l’écrivain qui sortira en octobre 2009.
Sous forme d’un journal à la fois intime, organique et littéraire, il raconte sa cure de désintoxication à la morphine (suite à un accident de voiture), le palfium plus exactement, qui se soldera par un échec. L’écrivain était devenue dépendante aux médicaments en 1957 après l’accident de voiture qui lui a causé de vives douleurs tout au long de sa vie. L’auteur de Bonjour tristesse y exprime notamment sa peur du déclin, de la souffrance physique et du spectre de la mort.

L’écume des jours de Boris Vian : L’adieu à la lumière…

« L’Ecume des jours » de Boris Vian fait partie des bides littéraires de l’année 1947… Eh oui, passé presque inaperçu lors de sa sortie, il faudra attendre 1963 et sa ré-édition chez 10/18 pour que le roman (devenu film en 1968) devienne culte. Publié à l’âge de 26 ans, il tire son inspiration d’une multitude de sources à commencer par le jazz de New Orleans (seul représentant de la jazz lit’ !) mais aussi la maladie de sa femme Michelle, son travail ennuyeux et répétitif en tant qu’ingénieur pour l’AFNOR mais aussi de la lecture de Faulkner (en particulier « Moustiques »), les bayous et marais du bas Mississipi, PG Wodehouse, Lewis Carroll, Queneau, Mac Orlan…, ou encore le cinéma américain et les dessins animés, sans oublier l’existentialisme sartrien…