Gabriel Matzneff et son obsession des « Moins de seize ans » (et « Le consentement » de Vanessa Springora)

Rêves de Jeunes Filles , 1968, photographie de D.Hamilton


Les moins de seize ans, le très controversé essai de Gabriel Matzneff est à l’origine de sa « réputation de débauché, de pervers et de diable« , selon ses propres termes. Dans cet ouvrage publié pour la première fois en 1974*, (resté longtemps introuvable en librairie et ré-édité récemment en 2005 par les éditions Léo Scheer), il dépeint et explicite, avec beaucoup de lyrisme, son « idée fixe », son « obsession » : les moins de 16 ans, filles ou garçons. Les « gosses », « les momichons et les momichonnes », comme il les surnomme « affectueusement », forment à eux seuls un sexe à part entière, estime-t-il. Au total on doit à Gabriel Matzneff huit romans, (dont le plus beau serait « Ivre du vin perdu »), ses célèbres carnets noirs c’est à dire les 10 tomes de ses journaux intimes (dont « La Passion Francesca » qui lui a inspiré également des poèmes) dans lesquels ils relatent ses passions volcaniques avec ses très jeunes amantes et 12 essais. MAJ: En janvier 2020, Vanessa Springora une de ces anciennes « amantes »/victimes » de 14 ans lui répond et écrit sa version des faits, Le Consentement, plus de 30 ans plus tard au terme d’une difficile reconstruction jamais entière (voir en fin d’article). Matzneff, jusqu’en décembre 2019, disposait toujours d’une chronique dans le journal Le Point (« Un diable dans le bénitier ») et a été jusque là, régulièrement célébré, sans grand questionnement….

Vanessa Springora, est « chassée » à 14 ans par Matzneff dans les années 80. En janvier 2020, elle prend la plume pour raconter ce traumatisme dont elle n’a jamais pu vraiment se remettre.

Article publié initialement le 11/06/2006, dernière mise à jour: janv.2020

Merci à Jean-Michel Apathie pour le relais de cet article

Un sexe puissamment voluptueux et désirable. « Coucher avec un ou une enfant c’est une expérience hiérophanique, une épreuve baptismale, une aventure sacrée. Le champs de la conscience s’élargit, les « remparts flamboyants du monde » (Lucrèce) reculent« , s’enthousiasme-t-il.

Une attirance naturelle selon lui même si ses amis lui disent « en riant » qu’il est « un cas ». Et de citer pour se justifier, sans crainte de régressionisme, force références à la Rome antique de Satiricon à Horace en passant par Catulle ou Sophocle, où « mettre des gosses dans son lit » était un sport courant. Cette fixation exprime selon lui « le refus de l’âge adulte, de la maturité du Tu seras un homme mon fils« . « L’amant des très jeunes est voué à une existence de rebelle, d’outsider, d’hérétique, une existence qui est un continuel pied de nez aux grandes personnes, à leurs soucis, à leurs ambitions, à leur mode de vie.« , note-t-il.

Un argumentaire à la fois insoutenable et stupéfiant


L’œuvre de Gabriel Matzneff, revendiquée comme autobiographique, pose avec une douloureuse acuité la question du fond et de la forme : Doit-on juger l’écrivain ou l’homme? La qualité littéraire ou la valeur humaine, légale ou morale de ses idées ? Certainement la première en littérature. Car comme le souligne et le rappelle justement l’auteur « l’importance et la beauté d’un livre ne se mesurent pas à l’aune de sa moralité« . MAJ 2019: Terme de « moralité » ici biaisé et détourné également (permettant de rattacher ce type d’actes inhumains à la tradition littéraire des grands écrivains ayant bravé les conventions sociales bourgeoises et s’étant fait censurer, de Flaubert à Oscar Wilde, etc., aujourd’hui vu comme des héros).

En 1993, il se réclamait d’ailleurs exactement de cette lignée et argumentaire lors d’une interview au magazine Lire* lors de la parution de son journal « La prunelle de mes yeux » relatant sa relation avec Springora (voir ci-dessous): « Une oeuvre d’art doit être jugée selon les critères esthétiques. En art, ce qui est beau est moral. En outre, j’appartiens à une grande tradition littéraire. La Rochefoucauld au XVIIe, Casanova au XVIIIe, Byron et Dostoïevski au XIXe partageaient les mêmes goûts que moi. Ont-ils été guillotinés ? Non. Leurs oeuvres sont-elles mises à l’index ? Non. D’ailleurs le mot « pédophilie » n’existait pas à cette époque. Alors, pourquoi me cloue-t-on au pilori ? » La défense de Pivot en déc. 2019 reprend d’ailleurs ces mêmes termes permettant d’amoindrir les actes et de les faire passer dans la sphère du simple voire sympathique « anticonformisme ».

Les bons sentiments ou la droiture d’esprit ne sont bien sûr pas gages de génie littéraire. De même que la transgression (mot galvaudé certes) gratuite ne l’est pas non plus, comme le soulignait François Bégaudeau au Salon du livre de 2006 lors d’un débat sur le sujet.

Difficile pourtant de ne pas réagir à certains raccourcis, interprétations tendancieuses et amalgames, souvent abjectes et au danger de leur esthétisation :

Non, Monsieur Matzneff, un enfant qui demande à aller au cinéma ne « drague pas » et n’espère pas se faire sodomiser après la séance par son accompagnateur de 40 ans son aîné !

Non, Monsieur Matzneff, la phrase de Freud selon laquelle « l’enfant est un pervers polymorphe » ne signifie pas qu’un enfant soit « pute » comme vous dites, et veuille avoir des rapports génitaux avec le premier quadra ou quinqua venu. Son éveil sexuel est bien sûr beaucoup plus diffus que cela.

Non, Monsieur Matzneff, « la violence du billet de banque qu’on glisse dans la poche d’un jean ou d’une culotte (courte) » des petits prostitué d’Egypte ou du Maroc, n’est PAS « une douce violence ».

Non, Monsieur Matzneff, le « tonton lucien » qui viola plus de 78 fillettes contre une pièce de 5 ou 10 francs, et « les ogres », pour lesquels vous dites avoir un faible, ne sont pas aimés et ne donnent pas de plaisir à leurs victimes. Non, l’enfant – submergé de honte, de culpabilité et d’incompréhension- qui ne se plaint pas, ni ne dénonce, n’est pas signe qu’il consent et qu’il approuve.

On pensera aussi à l’exemple cité par Michel Foucault dans L’hypothèse répressive de son Histoire de la sexualité, du pauvre et « innocent » paysan qui se faisait faire des faveurs sexuelles auprès d’une fillette… Et qu’il n’y avait pas grand mal à cela apparemment, s’étonnant et moquant presque qu’on puisse en faire un cas judiciaire alors que cela était toléré jusqu’alors… Ouvrage publié également dans ces mêmes années dite de « permissivité morale » (la morale n’ayant donc que très peu avoir avec ce que j’appellerai plutôt des sévices donc touchant aux droits humains, voir ci-dessous mon commentaire en légende de la déclaration de 2019 de Bernard Pivot réagissant -très hypocritement- à l’affaire) à la fin des années 70, début des années 80.

Gabriel Matzneff s’insurge contre l’ordre moral et les « sourcilleux censeurs » qui l’empêchent (empêchaient) d’assouvir librement ses pulsions ou les parents qui bouclent leurs enfants comme « des lingots d’or dans un coffre-fort« . Mais les bonnes mœurs ne sont pas le fond du problème. Si le désir de jeunesse par les adultes vieillissants existe bel et bien, la réciproque est loin d’être systématique, et même plutôt rarissime. Les dommages psychologiques ou physiques de la simple expression même de ce désir, et encore plus du passage à l’acte, sont eux les véritables dangers. L’odieuse concupiscence soufflée au visage d’une écolière, collégienne ou lycéenne, qui a eu le malheur de porter une jupe ce jour-là, à longueur de trottoirs par de « respectables messieurs » qui pourraient être leur (grand-)père n’est pas une partie de plaisir, Monsieur Matzneff, croyez-moi.

Même si en effet, une adolescente pubère de 16 ans peut éprouver (mais ne les mélangeons/confondons pas aux enfants pré-pubères de 10 à 12 ans ou même moins !) un amour sincère pour un majeur (comme le démontrent les superbes lettres des petites amies de l’auteur publiées dans cet essai – MAJ 2019: qui apparemment auraient été dictées ou au moins fortement soufflées par l’auteur lui-même selon ce qu’en dit Vanessa Springora), ce n’est pas une généralité pour autant. D’autant qu’entre sentiment (parfois ambigu, est-ce vraiment de « l’amour » ou de l’affection venant combler un manque parental par exemple ? Le jeune est-il/elle même en peine de démêler exactement ce qu’il ressent et son désir physique va souvient bien moins vite qu’un adulte pleinement mature et expérimenté qui devrait dans ce cas avoir la patience et le respect d’attendre s’il s’agit d’amour véritable) et passage à l’acte existe encore un fossé. Tout ceci est fortement complexe à analyser, y compris pour les propres intéressés « sous emprise » avec bourrage de crâne, comme en témoigne l’ouvrage de Springora.

Sur la délicate séparation de l’homme et de l’écrivain

Gabriel Matzneff est assurément un grand écrivain très cultivé, très sensible, mais un homme aux idées et aux actes extrêmement dangereux** et criminels. MAJ 2019: Comme je l’indiquais toutefois dans mon autre article sur le sujet de la littérature et de la pédophilie, je pense que ce type de livre ne devrait pas être censuré car il nous permet de comprendre ce type de comportement et sans doute de mieux lutter contre. Je rejoins donc Springora sur cette idée tant pour leur valeur historique (« marqueur d’une époque ») mais aussi et surtout « d’encadrer ses textes avec, au minimum, un avertissement rappelant que les faits décrits sont condamnables » comme elle l’a indiqué à Livres Hebdo. Je rajoute que pour le respect des victimes et de façon générale en signe de rejet des actes criminels de l’auteur, on ne devrait pas autoriser leur célébration voire même la glorification publiques de leur personne. Que ces auteurs aient au minimum la décence de rester dans l’ombre de leur oeuvre, à défaut de n’être dans celle d’une cellule de prison et n’en tirent pas profit… Et toujours nécessité d’un contre-discours, d’une contre-voix, celle des victimes quand elles sont en mesure de le faire.

A titre personnel, en tant que lectrice de G.Matzneff et auteur de plusieurs critiques de ses livres, j’ai toujours pris garde de rappeler au préalable de chacune de ces dernières que les actes et positions pédophiles décrits dans ces livres étaient parfaitement répréhensibles. L’admiration inconditionnelle et aveugle, comme certains la pratiquent, fermant les yeux sur sa « part sombre » (euphémisme), allant jusqu’à le qualifier de « grand monsieur », me paraît et m’a toujours paru intolérable voire ignoble.

Il n’est pas possible de retirer à Matzneff son talent littéraire ; je ne renierai pas le fait que ses livres et son style riche et souvent poétique m’ont souvent éblouie, que certaines de ces idées m’ont même inspirée, comme son choix revendiqué d’un mode de vie non matérialiste sur certains plans (cf. vivre dans une chambre de bonne) pour se consacrer à son oeuvre non commerciale, à la littérature, à l’art, son intensité, sa passion, sa lutte contre le désespoir existentiel, et son système de valeurs anti-bourgeois et anti-conventionnel (à l’exclusion de ses abus sur mineurs bien sûr). Ce n’est malheureusement pas possible aussi fort que nous aimerions pouvoir retirer toute admiration intellectuelle face à l’horreur des actes. C’est un dilemme profondément perturbant voire insoutenable et destructeur (même si incomparable à celui des victimes directes), surtout quand nous avions un attachement fort à l’oeuvre, qui nous ébranle, nous lecteurs ou public, je pense aux cas de Woody Allen, Polanski, Michael Jackson (cf documentaire « Leaving Neverland« ), etc. également accusés d’abus/viols sur mineurs. Cela nous renvoie aux débats séculaires sur les rapports entre art et éthique qui alimentent les traités esthétiques depuis le XVIIe siècle où l’on défendait le « Plaire et instruire » et la justice poétique des oeuvres de l’esprit et nous renvoie à notre réticence naturelle et humaine à vraiment pouvoir admirer une oeuvre esthétisant ou promouvant le mal, aussi remarquable soit-elle (et par ricochet un auteur pratiquant le « mal » même si cela n’est pas toujours directement visible dans l’oeuvre).

Cette difficulté est difficilement surmontable car comment (re)lire/(re)voir/écouter ces auteurs, artistes sans immédiatement penser à ces faits (en particulier quand l’homme nourrit l’oeuvre, le cas d’Allen et de Matzneff, moins de Polanski) ? J’ai fait récemment l’expérience avec un de mes films préférés d’Allen récemment, Alice et je n’ai pas pu aller au bout. Donc même si en théorie, le film n’a pas changé et est toujours aussi « bon » objectivement et rationnellement, la « substance » et « l’essence » dont parlait Thomas Hardy dans Tess, il ne m’est plus aussi cher subjectivement qu’il a pu l’être dans le passé quand j’étais dans une « confortable » ignorance. Le lien/projection affectif(ve) qu’on développe inconsciemment est rompu je suppose, avec un inconciliable sentiment de schizophrénie. J’ai désormais toujours le visage en pleurs de Dylan Farrow et ses mots qui résonnent en moi à leur visionnage… Comme la douleur de Springora se superposera désormais aux récits enjoués de leur relation rapportée par Matzneff dans son journal « La prunelle de mes yeux »* (voir ci-dessous) [Alexandra Galakof]

À quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter. (…) De cette anormalité, j’ai fait en quelque sorte ma nouvelle identité. À l’inverse, quand personne ne s’étonne de ma situation, j’ai tout de même l’intuition que le monde autour de moi ne tourne pas rond. » (V.Springora)

Mise à jour déc 2019:
En janvier 2020, Vanessa Springora, désormais directrice des éditions Julliard, fait paraître un récit autobiographique au beau titre de Le consentement relatant sa version des faits de sa relation avec Matzneff au milieu des années 80 alors qu’elle n’était âgée que de 14 ans. Elle relate le processus de manipulation psychique dont a usé l’écrivain alors âgé de 50 ans pour la courtiser sans relâche, à la limite du harcèlement, et profiter de sa position paternelle ambiguë alors qu’elle souffrait de l’absence d’un père. Car Matzneff choisit soigneusement ses « petits amis » dans les familles désunies, chaotiques. « Et je m’en trouve toujours bien. » comme il l’a écrit dans l’un de ses livres, en 1974.
Six mois après la rencontre, elle se retrouve piégée dans sa chambre de bonne du Quartier latin avec un lit occupant tout l’espace. « Quelque chose comme ma présence au monde s’efface » et « J’ai été dépossédée de ma capacité à être un sujet », écrit-elle pour décrire le phénomène d’emprise dont a joué l’auteur pour la soustraire à elle-même et lui imposer son désir, sans violence physique. Jouant aussi de petits appâts « innocents » tels que verres de lait ou mousses au kiwi. Usant de l’autorité et de l’ascendant naturels qu’un adulte prend sur une enfant et la fascination qu’un écrivain peut exercer sur une jeune fille lectrice assidue. De la ruse, aussi. « Je lui ai murmuré les mots les plus doux, les plus propres à la calmer, à la rassurer. » Une enfant, commentait l’écrivain dans ses carnets. En filigrane, Springora interroge finement la notion de libre arbitre d’une gosse sans expérience et livrée à elle-même et rappelle, comme il est toujours nécessaire de le faire que pour consentir, il faut être d’égal à égal : «Comment admettre qu’on a été abusée quand on ne peut nier avoir été consentante ?» L’écart d’âge (comme les différences/contraintes économiques) sont bien sûr des facteurs rendant impossible cette égalité.

Il est intéressant de voir aussi que Springora lance aussi des accusations sur son entourage et sa mère de n’avoir rien fait (il me semble que le coupable principal reste Matzneff toutefois, et l’inertie des pouvoirs publics dans un 2e temps). Ce dernier se plaignait -en faisant un odieux parallèle avec les nazis- pourtant dans une interview à Lire de 1993* des multiples tentatives de le faire arrêter à l’époque:
« (…) la mère de Vanessa, quoique compréhensive, s’est beaucoup répandue. Son entourage s’est déchaîné contre nous. Ce n’était pourtant pas Au Bon Beurre, ces amis-là appartenaient à l’intelligentsia, déjeunaient chez Lipp. N’empêche, ils se sont conduits comme des pharisiens, de vraies ordures. L’un d’eux a envoyé cinq lettres anonymes à la police. C’est le même genre de type qui, sous l’Occupation, dénonçait son voisin à la milice et déclarait qu’il écoutait Radio Londres ou que sa grand-mère était juive. Il a fallu se battre sur plusieurs fronts, je risquais Fleury-Mérogis. »

Face aux attaques subies, dans un écrit au Parisien de décembre 2019, Matzneff, aujourd’hui âgé de 83 ans, se victimise contre «de si injustes et excessives attaques» et évoque «la beauté de l’amour que nous vécûmes, Vanessa et moi». Dans un courrier à L’Obs, il confiait aussi sa «tristesse» face à cet «ouvrage hostile, méchant, dénigrant, destiné à (lui) nuire».

* Dans un entretien donné au magazine lire (par Catherine Argand, Lire, n°218, 01/11/1993) lors de la sortie du tome de son journal relatant son histoire avec Vanessa Springora intitulé « La prunelle de mes yeux », il répondait en ces termes à la question que la journaliste lui posait sur l’illégalité de cette relation:
« Je pourrais être président de la République : mon casier judiciaire est comme celui d’un enfant qui vient de naître. Je n’ai jamais été inculpé, ni même présenté à un juge d’instruction. Effectivement, Vanessa n’avait pas l’âge légal d’aimer puisqu’elle avait treize ans lorsque je l’ai connue, et quatorze ans lorsque nous sommes devenus amants. Mais elle était prête à se rendre chez François Mitterand si la Brigade des mineurs m’avait arrêté, à remuer ciel et terre pour dire à quel point nous nous aimions. La législation devrait être aménagée ; elle est contradictoire. A partir de 13 ans, une jeune fille a le droit de se faire prescrire la pilule, mais elle ne peut avant quinze ans avoir de relations. Vanessa et moi nous sommes aimés librement. Je ne l’ai pas subordonnée, encore moins contrainte. (…) Il faut bien qu’une adolescente entre dans la vie amoureuse. Autant que ce soit avec un homme bien élevé, doux et lettré qu’elle découvre les choses de l’amour et de l’esprit. »

Christine Angot, écrivain, également victime d’abus sexuels incestueux de la part de son père dont elle a nourri une partie de son oeuvre, a écrit une tribune publiée dans le journal Le Monde, le 31/12/2019 pour soutenir Vanessa Springova et dénoncer les agissements de Gabriel Matzneff:

(…) Ce qui sauve les enfants, dans ces situations, c’est qu’ils peuvent faire semblant. Sinon ils étoufferaient avec votre queue dans la bouche ou dans l’anus. Votre odeur d’adulte. Le bruit de vos ablutions dans la salle de bain. Ils font semblant. Ils se dédoublent. Ils disent qu’ils sont contents de vous voir. C’est vrai, mais pas seulement. Ce qu’ils veulent recueillir : votre approbation, être adoubé. Ils ont besoin de ça pour grandir. Vous représentez : le savoir, le pouvoir, l’autorité. Tout ce que nos sociétés respectent. Le pouvoir de la culture, celui de l’argent, l’autorité symbolique. On veut être adoubé. Vous en profitez. Abus de pouvoir, classique. Ça ne dure pas. Surtout si la personne va régulièrement dans le cabinet d’un psychanalyste. (…) Peu à peu, les pouvoirs qui se sont exercés contre elle s’évaporent. Elle a cru que vous l’adoubiez alors que vous la mettiez au ban. Son consentement était une fiction, un leurre pour se protéger, en attendant des jours meilleurs.

L’écrivain Marie Darrieussecq a également publié le 05/01/2020 une tribune « Le temps des femmes » dans le Journal du Dimanche où elle analyse également ce type d’abus. Elle suggère aussi que son premier célèbre roman Truismes s’inspirait de certains abus masculins subis dans sa jeunesse:

Cet attrait de la virginité qu’y revendique Matzneff est particulièrement dégueulasse. Et répandu. C’est le signe d’une virilité mal construite, une version aggravée de la domination masculine, celle qui règne universellement sur le monde ainsi que l’a démontré Françoise Héritier.

(…) de l’autre côté il y avait l’enfance au sens large, son étymologie, ‘qui ne parle pas’. Or pour consentir il faut être en possession de sa parole, il faut être grand. L’interdiction que les femmes parlent va sans dire…

On retrouve ses mécanismes insidieux d’ambiguïté « d’amant-père » jouant sur des ressorts affectifs faussés et ambivalents, voire de chantage affectif/sexual courant dans ces situations, et sur l’innocence de la jeune victime qui « aime » et veut « contenter » son prédateur et qui en est donc ainsi abusé plus facilement, comme le relatait Christophe Tison dans « Il m’aimait » :

Je ne parlais toujours pas. Didier m’avait bâillonné, lié pour longtemps encore. Il m’avait bâti une vie pleine de violence et d’autodestruction. Un monde sans nom, un monde sans parole, comme est toujours le monde après ça.

Citons aussi le témoignage « La consolation » de Flavie Flament victime elle du viol du feu photographe David Hamilton, avec un profil familial défaillant similaire à Springora, constituant donc des cibles de choix pour les prédateurs pédophiles, profitant de l’absence de repères et de protection du jeune. Une plainte pour viol avait aussi été portée en 1997 par l’une de ses anciennes modèles mineures mais classée sans suite.
Les voix des victimes se font entendre chaque jour un peu plus et on ne peut que les soutenir, encourager leur parole et saluer leur courage.

Bernard Pivot, ancien présentateur d’émissions littéraires a notamment reçu à plusieurs reprises Gabriel Matzneff lors de la promotion de ses livres. On l’y voit notamment le plaisanter en toute légèreté sur ses conquêtes de « minettes ». Face à la polémique, il s’est défendu sur Twitter sous l’excuse que la littérature passait alors avant la « morale ». Non, Mr Pivot, il ne s’agit pas de simple « morale » mais de droit humain le plus élémentaire, de sévices corporels et profondément dévastateurs psychologiquement infligés à l’intimité la plus profonde d’êtres sans défense, manipulés, exploités, maltraités sexuellement non pour leur plaisir mais celui de leur abuseur, et parfois dans le cas du tourisme sexuel sur enfants contraints économiquement par des adultes ! Le terme de « moral » est profondément -et volontairement- trompeur et laisse à penser qu’il ne s’agit que de « bien-pensance bourgeoise » un peu « coincée », une simple affaire de « conventions sociales » poussiéreuses face au « dandy rebelle » et libéré/ »libertin », « provocateur » Matzneff qui redore ainsi son blason de « prince noir » tel que le surnommait encore en 2015 Thierry Clermont un critique du Figaro. Intolérable et inexcusable. Ne jouons (et ne détournons) pas sur les mots !

Tweet complet de Bernard Pivot sur l’affaire Matzneff (dec. 2019)

A lire aussi :
Le malaise pédophile et la littérature (autour de Gabriel Matzneff, Marie Darrieussecq, Garcia Marquez…)
« Ivre du vin perdu » par Gabriel Matzneff : Pladoyer pour le souvenir amoureux
« De la rupture » de Gabriel Matzneff, Hommage à la « rupture féconde »
« Cette camisole de flammes » de Gabriel Matzneff : journal d’un jeune-homme rebelle [1953-62]
L’esprit Matzneff et les jeunes auteurs

*Au même moment Tony Duvert publiait Paysages de fantaisie et Le bon sexe illustré mettant en scène des aventures sexuelles impliquant des enfants parfois de seulement 8 ans. Dans les années 70/80, un « mouvement » encourageant la sexualité des mineurs souffle. Pivot invitant Matzneff sur le plateau de son émission littéraire phare de l’époque « Apostrophes », se contentait de rire de ses aventures avec « des minettes » selon son expression. Et les voix s’élevant contre cette trivialisation sont traités de « ringards » ou de manque d’ouverture d’esprit. Cela ira aussi loin qu’une pétition (rédigée par Matzneff comme il le révélera des années plus tard) publiée dans Le Monde (26 janvier 1977) dénonçant le « caractère désuet » de la loi sur la protection des mineurs, avec comme signataires des noms d’intellectuels aussi prestigieux que Barthes, Deleuze, Glucksmann, Beauvoir, Sartre, Aragon, Jack Lang, ou Philippe Sollers. La même année, un « appel pour la révision du code pénal à propos des relations mineurs-adultes », relayé par Le Monde, lui reproche de nouveau sa « désuétude ». Parmi les signataires, Françoise Dolto, qui appelle à la dépénalisation des rapports avec les moins de 15 ans.

En nov. 1993, le Nouvel Obs faisait état du problème des écrits de Matzneff en en livrant un large extrait portant sur son expérience du tourisme sexuel raconté sur un ton léger et cynique, et des plaintes d’une association de protection des droits de l’enfant.

** Gabriel Matzneff ne se réduit pas pour autant à cette thématique dominante il est vrai néanmoins. « Dès le milieu des années 60, dans les colonnes de Combat ou des Lettres françaises, il a milité en faveur des intellectuels russes persécutés en URSS pour cause de dissidence. Il effectua, à l’époque, deux séjours à Moscou, et en revint avec des valises bourrées de manuscrits interdits là-bas. On lui doit ainsi la première publication en France de poèmes de Soljénitsine. Il fut aussi un ardent militant de la cause palestinienne, à une époque où elle était moins populaire qu’aujourd’hui, et n’hésita pas à aller porter son soutien aux Palestiniens dans leurs camps bombardés (lire son « Carnet arabe »). » rappelle,à juste titre, un de ses fervents lecteurs ici au cours d’un débat houleux qui a dérivé sur Gabriel Matzneff.

Pour plus d’infos sur le sujet, citons aussi l’inquiétante association North American Man/Boy Love Association qui milite pour les libres rapports entre enfants et adultes (de sexe masculin), cité par l’écrivain Bruce Benderson dans son ouvrage « Sexe et solitude« .

Ajout du 16/08/2006 : signalons l’intéressante note « La pédophilie a-t-elle droit de cité ? » de Maïa Mazaurette sur le blog « sexe » de Fluctuat citant un extrait du blog du Monde consacré au droit des enfants à propos du parti pédophile hollandais :

« On n’a pas réussi à convaincre au lendemain de 1968 qu’il y avait égalité entre un adulte et un jeune enfant. L’un avec son expérience et en son entre-gent social a par principe moyen de pression de l’autre. il n’y a pas égalité. Gabriel Mazneff a pu l’admettre dans certains propos publics Je ne sais pas s’il fallait interdire ce parti en terme de droit public hollandais. En tous cas je suis sûr du fait qu’il ne faut pas aujourd’hui, pas plus qu’hier céder d’un pouce devant ceux qui prône la liberté sexuelle des enfants au nom de leurs désirs d’adultes. »
Et sa réaction fort juste : « Je reste sur cette idée mille fois développée : si les enfants ont droit à l’amour, on n’a pas le droit de leur faire! A défaut c’est la correctionnelle ou la cour d’assises. »

>> SUITE…

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(29 commentaires)

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    • aigidos on 28 août 2006 at 16 h 34 min
    • Répondre

    Un stupéfiant Argumentaire à la fois insoutenable et fascinant
    après avoir lu les attaques contre gabriel Matzneff, je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec Alexandra, l’art ne justifie pas tout, et la liberté n’est pas la licence, on à le droit d’avoir tous les désirs, fantasmes…on n’à pas forçément le droit de tout faire…sinon on est un irresponsable qui se justifie derrière des arguments pseudo-philosophiques ou littéraires, c’est ça être libre et responsable, on n’ à le droit aussi de faire des erreurs mais on doit les assumer sinon on reste effectivement un éternel enfant (dans le mauvais sens du terme) …et de plus quelle Mauvause foi
    je sais de quoi je parles si j’avais réalisé tous mes fantasmes (et dans le fantasme l’autre n’est qu’un objet au service de celui -ci si il est consentant pourquoi pas??? ce n’est pas forçement le cas de Matzneff qui est peut-être un fin lettré mais un pauvre être paix à son âme et je ne crois pas qu’elle soit vraiment en paix????

  1. Merci Agidos pour cet autre avis.

    Je réagis à ton commentaire : > »je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec Alexandra, l’art ne justifie pas tout »:
    En fait, je n’ai pas dit ça. Je pense que les livres de Matzneff méritent d’exister au contraire d’un point de vue littéraire même si on peut condamner ses idées. Cela peut aussi permettre de comprendre le schéma de pensée des pédophiles ou « assimilés ».

    « Matzneff qui est peut-être un fin lettré mais un pauvre être paix à son âme et je ne crois pas qu’elle soit vraiment en paix???? »
    >J’avoue qu’il est difficile de cerner cet écrivain. J’ai l’impression qu’il pense en toute bonne foi faire plaisir à ses jeunes amants et amantes. Pour certaines, oui oeut-être mais pour combien d’enfants traumatisés ? Par ailleurs, son côté « militant » pour la pédophilie ou la philopédie comme il l’appelle, est franchement révoltant.

    • frederic k on 19 septembre 2006 at 17 h 09 min
    • Répondre

    celine etait surement le plus grand ecrivain du 20 eme siecle et une ordure colabbo antisémite;gabriel matzneff est un des meilleurs ecrivain du 20 eme siecle et une ordure pedophile.J e ne vois aucune imcompatibilité

      • Gayot on 10 janvier 2020 at 15 h 49 min
      • Répondre

      Aucune trace d’antisémitisme dans Mort à crédit ou Voyage au bout de la nuit chef d’œuvre absolu de la littérature
      Ses pamphlets par contre sont ignobles et condamnables
      Le cas du médecin Louis Ferdinand Destouches est très complexe
      Anarchiste.. Pro allemand le lundi les insultants le mardi.. Quel style inoubliable du Voyage
      Matzneff ne supporte pas l’examen
      Céline l’aurait traité d’ecrivaillon avec ses petites et gravissimes histoires de cul.
      « elle se l’écarte..ça bave…… Point à la ligne extrait mort à credit…

  2. Je vien de découvrir cette page,je ne connais pas les ouvrages de celine.
    Je suis un sculpteur qui nas pas une grande culture littéraire… la majorité de mon inspiration je la puise dans mes amitier avec de jeunes filles, je ne me permet aucun débordement. Il m’arrive par contre d’ètre amoureux de mes muses… sans landemain. Céline as du largement dépasser les limites.
    J’ai 50 ans 3 enfants encore dans l’adolescenses, et une filles de 20 ans; j’adore leur façon de voir la vie, j’aprécie le recul aussi de mon âge…expérience. Je pense qu’il ne faut pas rester sur la position de sont àge… demeurer ouvert dans les deux sens…
    Art "performance" ??? Pour moi un artiste dans la mesure du possible ne doit pas nuire à autrui… juste remettre en question !!!!!Tiron une leçon des artistes qui ont été trop loin.

    • thom on 25 février 2007 at 4 h 16 min
    • Répondre

    Deux points importants, à mon avis:
    – Ce désir existe. Le reconnaître empêche le lynchage qui reste une tentation primitive face à ce qu’on ne comprend pas.
    – La majorité sexuelle doit à mon sens s’analyser comme un principe de précaution qui, en tant que tel, sacrifie un bien certain (la possibilité de relations intergénérationnelles épanouissantes) au risque d’un mal qui pourrait être pire ("traumatismes").

  3. Les enfants il faut aller vivre a disneyland ! La littérature , la vraie – pas la bouillie aseptisée qu’on veut nous force à avaler c’est dostoeivsky , sade , nabokov, suétone , casanova c’est à dire du sang, du sexe et des larmes – de l’humanité sans fard . L’archange Gabriel comme duvert ou augieras nous fait réellement penser vibrer rire et bander . Le reste laissez le pour la tombe !

    • cortex on 6 août 2007 at 0 h 49 min
    • Répondre

    "Gabriel Matzneff est assurément un grand écrivain très cultivé, très sensible, mais un homme aux idées et aux actes dangereux"

    C’est confondant de lire un truc pareil sur un site qui ambitionne de parler de littérature. Dire que j’avais lu ici même un dossier sur Yann Moix, un des mieux fagottés du ouèbe… La "dangerosité" et son appréciation, réservez ça aux corps constitués et aux rombières…

  4. Merci pour le compliment sur Yann Moix, auteur qui méritait en effet d’avoir une vraie place sur le web ! Concernant la remarque sur G.Matzneff, vous êtes libre de ne pas y adhérer. C’est une appréciation purement personnelle et effectivement délicate qui relève du débat entre le fond et la forme.

    • niels on 28 février 2008 at 14 h 13 min
    • Répondre

    J’ai lu presque tout Matzneff. C’est un auteur incroyablement doué, avec une légèreté d’écriture qui frise le génie. Une légèreté sans doute insoutenable parfois, par le propos qu’elle véhicule. Cependant en littérature l’important c’est l’oeuvre. Ce qu’il restera (ou ne restera pas) pour les siècles des siècles. L’avenir dira si l’oeuvre Matznevienne, de par sa puissante qualité, a tendu vers l’absolu de la reconnaissance éternelle, ou si elle est tombée dans l’oubli. Pour le reste, que Matzneff rédige son oeuvre tranquillement posé sur une petite adolescente dans sa chambre d’hôtel, ou au fond d’une cellule de prison n’a aucun intérêt. On peut mettre Matzneff en prison, du moment qu’on n’interdit pas ses livres. tout es là. On peut tout dire, mais on ne peut pas tout faire. Ou alors on assume et on paye.

    • cynique69 on 1 mai 2008 at 2 h 36 min
    • Répondre

    exactement je partage la meme idée sur céline,y a des bons écrivains, des génies memes etc.. prenons ce qu’ils font de bons, mainant qu’ils fasse du prosélythisme avec leur don ou qu’ils veuillent qu’on acceptent leur tare car ils ont une belle plume , c’est autre chose;

    ils sont dangereux

    la sexualité se construit sur un imaginaire, ces mecs sont dangereux car ils érotisent un idéal sexuel, un interdit

    ces parisiens névrosés qui ont peur des femmes ou en ont été trop abreuvé tant en pornographie (femmes nues représentées) ou en coucherie de tout genre, qui ne peuvent plus que vouloir la confiture enfermée dans le placard, toute neuve, jamais ouverte, et surement la meilleure, comme disait une écrivain iranienne, le meilleur des alcools se boit en iran, ben je leur dit aussi riches soient ils , aussi branchés, aussi parisiens,aussi tout ce qu’ils veulent , ils méritent une seule chose!

    le corps n’est pas fini, meme pas à 18 ans, la tete n’est pas finie,laissez grandir les gamines purée ‘et allez vous soigner si une femme ne vous excite pas ou plus !

      • PASCALE BENTEUX on 22 décembre 2019 at 23 h 43 min
      • Répondre

      Mais il n a jamais été attiré par les femmes…
      Elles sont adultes et moins fraiches et vulnérables .le pur plaisir de la fraîcheur et de la sensation d être puissant .
      Et d être le premier initiateur de saloperie.car pour moi ,ce n est pas de la sexualite

        • dominique on 28 décembre 2019 at 23 h 44 min
        • Répondre

        oui, le truc de cet immonde prédateur, c’est qu’il recherche justement les jeunes gens plein de candeur, plus facilement manipulables car sans expérience, pour les violenter et les « saloper » oui et les traumatiser. Sans lui, ils auraient découvert la sexualité à leur rythme. Il sodomisait ces jeunes filles !!

    • paulvert on 9 octobre 2008 at 18 h 13 min
    • Répondre

    J’ai lu avec intéret l’article d’Alexandra sur Gabriel Matzneff qui , effectivement, est sans doute un des plus grands écrivains français actuels et un homme d’une grande gentillesse.
    Cela me fait regretter amèrement sa disparition des médias et sa mise au pilori .
    Notre société actuelle moralisatrice et hypocrite donne là une bien triste image en confondant, volontairement ou non ,enfance avec adolescence et Gabriel Matzneff avec Marc Dutrou.

    • langlois on 4 octobre 2011 at 20 h 20 min
    • Répondre

    matzneff est un pédophile caractérisé
    et comme tel, il ne voit rien de mal dans le fait de dévoyer des enfants, en les abusant par sa notoriété sulfureuse. Il a un tel égo qu’il est persuadé de leur faire une grâce.
    je pense que c’est un être malveillant, pernicieux et égocentrique.
    À DÉNONCER…..

    • paulvert on 7 décembre 2018 at 17 h 14 min
    • Répondre

    Oui, dénoncer .
    Comme certains dénonçaient les juifs en 1940.
    S’ il y a une chose à dénoncer , c’ est la bêtise humaine et l’ intolérance de certains .
    Comme l’ écrivait Flaubert à son jeune ami Guy de Maupassant :
     » L’ univers est peut-être fini mais la bêtise humaine, elle, est infinie  » .

      • Nono on 13 décembre 2018 at 21 h 23 min
      • Répondre

      Êtes-vous prêt à amener vos enfants par la main à ce genre de type, en lui disant : »amuse-toi, je les reprends demain? ».
      Si la réponse est oui, alors au moins, vous êtes cohérent.

    • Sir Stephen on 26 décembre 2019 at 20 h 22 min
    • Répondre

    Et quand Verlaine [MODÉRATION] avec Rimbaud (seulement 17 ans à une époque où la majorité était à 21 ans) ?

    Je ne sais lequel des deux élargissait le pot d’échappement de l’autre, ou, si c’était « chacun son tour » vu que je n’ai pas assisté à la scène…

    • LM on 30 décembre 2019 at 2 h 28 min
    • Répondre

    Merci pour cet article dans lequel je trouve beaucoup d’infos intéressantes pour comprendre cette histoire.

    1. Merci à vous, l’article a été mis à jour en profondeur avec l’actualité récente, y compris avec des extraits d’une interview de 1993 de Matzneff à l’occasion de la parution de son journal « La prunelle de mes yeux » relatant son histoire avec Vanessa Springora, ce qui permet d’apporter le contrepoint aux propos de cette dernière. La conclusion sur le rapport entre homme et auteur/artiste a aussi étoffée à l’aune des autres affaires de cinéastes, chanteur mis en cause également dans ce type d’affaires. Le sujet important et complexe, surtout dans le cas de relations apparemment réciproques, qui nous touche tous mérité d’être discuté…

    • jeanhenri on 5 janvier 2020 at 19 h 35 min
    • Répondre

    Tres bon article .
    Cela dit , je suis étonné de votre méconnaissance du cas W.Allen . Il a été sous le coup de 2 enquètes fédéral , le FBI n a jamais rien trouvé contre lui et lui a meme permis d adopter des enfants quelques années plus tard .
    Ces accusations se sont déroulées sur fond de divorce , Mia Farrow souhaitant la garde exclusive et totales des enfants .
    Le témoignage d’un de ses fils adoptif faisant mention du bourrage de crane qu’a subit Dylan Farrow , dés 7 ans, de la part de sa mère pendant des années , explique qu elle soit convaincu d avoir réellement été agressée par W.Allen . De plus aucune analyses médicale n a pu confirmée ses accusations.
    Mia Farrow est un personnage particulier …
    Depuis des années , elle poursuit W.Allen avec ces accusations a chaque sortie de film ; en réalité tout le monde sait qu’elle est dérangée et que c’est bidon .
    Il a suffi que Dylan Farrow verse quelques larmes à la tv , sur fond de Metoo pour que tout devienne vraie
    Enfin bref , sans aller plus loin dans l’affaire , le dossier est vide depuis toujours .
    Mais probablement vous devez avoir des éléments indiscutable que je ne connais pas .
    Pouvez-vous m’en faire part ?

    1. Merci. La plainte avait été portée au moment des faits BIEN AVANT METOO (il faut arrêter de prétendre que la parole des femmes était inexistante avant ce mouvement qui n’est que la continuité des plaintes que les femmes portent depuis des décennies simplement avec moins de visibilité!! Metoo n’est pas un vague phénomène de mode ou une « tendance » comme le suggèrent bon nombre de commentateurs masculins. Cette tentative de détournement et d’amoindrissement des faits dénoncés est choquante et doit cesser), suite à l’alerte portée par Dylan elle même alors enfant auprès de sa mère et du signalement de la baby sitter. Allen n a bien sûr pas avoué comme dans la majorité des affaires donc impossible de prendre des mesures mais dylan a quand même pu etre protégée car il a été interdit de l’approcher par décision de justice. Ce qui n’est donc pas « rien ».
      Le profil d’Allen est de plus cohérent avec ce type de comportement comme en témoigne son histoire avec sa fille adoptive et également dans son oeuvre un film avec lui ayant une relation avec une jeune fille mineure (Manhattan, reflet d’une relation réelle d’ailleurs)

      Aujourd’hui Dylan est adulte et maintient toujours sa version des faits, elle n’a rien à gagner puisque Allen est son père adoptif.

      Son frère, Ronan Farrow, fils naturel d’Allen, a aussi confirmé le comportement bizarre et intrusif d’allen sur dylan étant enfant. Il a écrit une longue tribune à ce sujet.

      Je crois donc la parole de Dylan Farrow qui n’a jamais varié depuis l’enfance.

      Je pense aussi qu’il y a eu et probablement toujours une très forte emprise de Soon Yi par W.Allen, d’autant qu’elle souffrait de manque affectif evident de par son statut d’orpheline. Leur relation n’est pas franchement construite sur des bases saines… Rien que pour ce fait là je trouve très léger qu’il ait encore été autorisé à adopter par la suite…

        • Stéphanie on 15 janvier 2020 at 22 h 15 min
        • Répondre

        Une chose est certaine ici : y a encore du boulot visiblement pour faire comprendre à tous les mâles dominants qui fantasmes toujours sur leurs (milles et une) VIERGES que c’est terminé le bon vieux temps des harems de mineures, viols familiaux après mariages forcés entre de vieux riches et jeunes pauvrettes & filles en fleurs naïves, élevées et vendues (aux enchères) par leurs familles abusives comme esclaves sexuelles (type Agnès dans l’Ecole des Femmes de Molière lui-même un sacré « chaud lapin » peu scrupuleux). Donc qu’il y ai encore des marâtres ou mères maquerelles qui sommeillent encore chez certaines masculinistes n’est guère surprenant ! C’est fou comme cette notion encore de CONSENTEMENT des femmes entre elles aussi restent complexes et à analyser encorei, tellement au cour de leur Histoire elles furent capables de vendre leurs propres filles-soeurs-amies par amour ou se sauver elles même, de fermer les yeux sur les pires des crimes, tortures et infâmies, ou simplement trop naïves ou aveugles, ont préféré nier ou refuser de voir-admettre-dénoncer ! Y aura du boulot aussi vis à vis des femelles dominantes jugeant leurs congénères aussi durement et cruellement que les pires des saloperies bourrés de principes sexistes et misogynes tels Matznef f qui en réalité n’a JAMAIS AIMÉ PERSONNE que lui même puisqu’on ne peut aimer autrui s’il y a soumission et objectivation (autrui comme objet qui passé l’âge requis n’est plus bon qu’à être jeter et remplacer) donc illusions, mensonges et manipulations. Les pervers narcissiques en plus pédophiles ou plutôt pedocriminels comme lui n’aime pas et un artiste qui n’aime pas ne peut pas être bon, juste doué pour faire illusion comme Céline le facho ou Voltaire le négrier… ou même Picasso ou Claude Francois les trousseurs de (jeunes) jupons ou Jackson le faux « Peter pan », etc. Ils est des paroles et/ou actes INEXCUSABLES quand on les découvrent qui entachent à jamais l’oeuvre de l’artiste et qui sans forcément être censuré doivent être condamné et certainement pas glorifier (comme pour le meurtre de Bertand Cantat et Marie Trintignant). FINIS LES INTOUCHABLES ! FINIS LES PRIVILÈGES DES PUISSANTS & DOMINANTS !

    • Juliette on 10 janvier 2020 at 2 h 00 min
    • Répondre

    Oui c’est choquant, oui c’est « moralement » condamnable, etc…
    MAIS ce qui est très choquant c’est de faire un bouquin pour relater des faits qui remontent à plus de 30 ans…
    L’auteur ne savait pas écrire avant ?
    L’auteur n’a jamais, de sa vie, trouvé l’adresse d’un commissariat de police pour porter plainte ?
    On aurait même entendu dire que l’auteur ne souhaite QUE témoigner personnellement sans lancer de procédure judiciaire; à l’heure de la mode Metoo c’est commercialement, financièrement, bien vu d’avoir attendu ce moment plutôt qu’une autre période…

    1. Bonjour,
      Moi, c’est votre commentaire que je trouve parfaitement choquant, votre ton accusateur et banalisant les actes que vous balayez d’une petite ligne moqueuse, reflet d’une opinion publique communément avancée. L’argument est fallacieux, en plus d’être parfaitement intolérable, en particulier pour les victimes qui se retrouvent doublement lésées. Ce que les Américaines ont nommé, fort à propos, le « victim blaming ». Cessons d’accabler les victimes s’il vous plaît! Le seul coupable ici c’est l’agresseur et le prédateur, pour des faits qui, pour une fois, ne pourront pas bénéficier de la fameuse « présomption d’innocence » derrière laquelle trop s’abritent à défaut de preuve. Il est intéressant de voir que même en présence de preuves formelles et de flagrant délit, la société trouve quand même le moyen de décharger ces agresseurs au nom d’autres excuses, particulièrement hypocrites et d’inverser en prime la responsabilité en blâmant donc la victime!!

      C’est d’autant plus affligeant de lire ce genre de « thèse » sous la plume d’une -apparente- femme. Cela prouve que le bourrage de crâne patriarcal fait bien son boulot… Et qu’il est plus qu’urgent de changer les mentalités!

      Avez-vous déjà cherché à vous renseigner sur les mécanismes de refoulement et de trauma et de séquelles psychologique qu’une victime subit ? Vous êtes vous renseigné sur la situation personnelle de chaque victime, de ses contraintes, de son historique ? Personne n’est égal devant la gestion de la souffrance, de quel droit vous permettez vous de juger ou régenter cela ? Cela peut mettre du temps, beaucoup de temps, toute une vie parfois, parfois jamais, comme on le voit dans la majorité des cas.

      Lisez des études sur le sujet, rencontrez des professionnels psys, médecins, consultez aussi le mouvement #WhyIDidntReport en réponse aux mêmes arguments éculés formulés par Trump (une référence intellectuelle n’est-ce pas!) et revenez ensuite donner votre avis sur des cas dont vous n’avez absolument aucune connaissance clinique ni aucune empathie. Si votre empathie est du côté de l’agresseur, c’est bien triste pour vous et même très grave. Si ce n’est révoltant.
      Vos mots font beaucoup de mal à toutes ces personnes qui ont subi cela et aux autres qui se sentent concerné(e)s car en tant que femme nous sommes toutes concernées. Idem pour nos enfants. Pour une société humaine tout simplement.

      Quant à la récupération « Metoo », autre excuse tout aussi biaisée ressassée et rabâchée -entre autres- par les journalistes en mal de justification, j’ai déjà donné mon avis dans le commentaire ci-dessus à « jeanhenri » en date du 05/01/20 que je vous laisse relire. Même conseil: renseignez-vous, informez vous de l’histoire des femmes, de leur oppression, des combats que les femmes mènent depuis des décennies et même des siècles, ça a commencé au Moyen-Age (pour les traces écrites qui ont pu être retrouvées, probablement depuis l’histoire de l’humanité en réalité)… Rien de nouveau sous le soleil tristement… Les femmes n’ont pas entendu metoo pour tenter d’être enfin respectées et entendues. Aujourd’hui comme hier, elles continuent d’écrire, de parler, d’aller porter plainte quand elles en sont capables psychologiquement et matériellement, continuent aussi d’être lynchées, soupçonnées, regardées de travers, même quand tous les faits sont corroborés et répétés par plusieurs victimes qui n’ont rien à y gagner puisque faits prescrits (cf: affaire P.Bruel). Les plaintes aboutissant très rarement, cf cas d’Hamilton qui avait pourtant reconnu des « attouchements » dans les années 90 avec une autre de ses victimes! Dans le cas de Springora, des lettres de dénonciation avaient aussi été envoyées à la police qui n’avait pas agi (donc votre argument sur le commissariat de police ne tient pas). Je les remercie pour leur courage de faire entendre leur voix malgré la déferlante de haine et la pression pour les faire taire.

      Je prends le temps de vous répondre en détail car nous devons absolument lutter contre cette désinformation et ce détournement/retournement des faits, des actes, des mots fort dangereux qui se développe comme une gangrène… Contre-discours, contre-voix toujours contre la propagande. Une nécessité.

    • Joce on 12 janvier 2020 at 12 h 51 min
    • Répondre

    Choquant que l’auteur publie son histoire 30 ans après ? Alors que dire de TOUTES les victimes de prêtres pédophiles ou d’inceste qui, parce qu’ils n’ont pas pu parler pendant des années, ont été doublement punies par le délai de prescription ????
    G.Matzneff ne souhaite pas se lancer dans une procédure judiciaire et vous trouvez ça louable ? Non, dites moi que c’est une blague, de l’humour noir, n’importe quoi, mais ne me dites pas que vous êtes sérieuse……
    Une femme, un pseudo…..Je doute, ce paragraphe n’en est pas digne !

  5. Petit complément intéressant et symptomatique, nouvelle réaction de Frédéric Beigbeder qui n’a jamais caché son admiration pour l’auteur (figurant dans son anthologie « Dernier inventaire avant l’apocalypse ») ET l’homme Gabriel Matzneff lors de l’émission C à vous du 10/01/2019.
    Il s’est justifié notamment qu’auparavant il pensait que Matzneff se « vantait » de ses « exploits » i.e conquêtes de jeunes filles et que c’était du mytho.
    Ce qui revient à nous dire que la chasse aux lycéennes/collégiennes par un homme de 40, 50 voire plus est donc une source d’admiration…

    A partir de 5.08mn:
    https://www.youtube.com/watch?v=Ck4qLz2Q59M

    Même expression de « se vanter » précédemment dans une itw d’Europe 1 du 08/01/20:
    https://www.europe1.fr/culture/frederic-beigbeder-reagit-a-laffaire-matzneff-on-pensait-quil-etait-peut-etre-un-mythomane-3941819

    A cela s’ajoute que l’histoire littéraire française a tendance à « être indulgente avec le souffre, le scandale, l’interdit » selon lui (ce qui n’est pas probablement pas faux et pas vraiment un défaut sur le plan strictement littéraire, dés lors qu’encore une fois on distingue homme -qui parfois doit être emprisonné- et oeuvre -qui peut être soumise à des avertissements particuliers lors de sa commercialisation-.

    A noter également que F.Beigbeder indique que l’essai « Séraphin c’est la fin » à qui il a attribué le Renaudot entre autres ne contenait pas d’idée à connotation pédophile, or on trouve bien comme dans la plupart des oeuvres de Matzneff des idées fort tendancieuses -qui irriguent de toute façon toute son oeuvre de façon plus ou moins directe ou indirecte- comme le passage sur Casanova (figure à laquelle il s’identifie constamment) où il fait l’éloge de sa relation avec une jeune de 12 ans puis fait encore une analogie avec la mythologie grecque (Ganymède et Hébée deux jeunes ados violés par Zeus).

    Dans la dernière interview (dec. 2019) donnée par Matzneff à 2 étudiants dont Simon Collin, 21 ans de la Sorbonne sur une chaîne youtube « Les clochards célestes », désormais malheureusement mise hors ligne, on découvrait ce même sentiment d’admiration des deux jeunes pour leur aîné/mentor qui proposaient d’aller ensemble « mater les lycéennes sur les bancs du jardin du Luxembourg » (so chic!) ou qui éclataient de rire en disant que « la seule sortie de collège qu’il n’avait pas faite était celle du collège de France. » Matzneff était (et est sans doute encore) admiré aussi pour son côté prédateur de chair fraîche, et ce par toutes les générations puisque ces deux jeunes exaltés lors de leur interview avaient tout juste la vingtaine… Son « tableau de chasse de jeunettes » fai(t)sait bien partie du culte de sa personne, pas uniquement de ses talents d’écrivain. Cette dimension était bien présente.

    • Velluet on 22 janvier 2020 at 14 h 23 min
    • Répondre

    Springora veut condamner toute une époque…et ses intellectuels !
    Quelle prétention !

    1. Etes-vous en train d’insinuer que V.Springora n’avait pas le droit de s’exprimer et donner son point de vue sur ce qu’elle a subi? Oui les femmes ont pris la « prétention » d’écrire et elles ont bien raison, que cela vous plaise ou non.
      Springora fait ainsi joliment mentir Matzneff qui pérorait dans « Séraphin, c’est la fin », l’essai couronné du Renaudot par F.Beigbeder entre autres:
      « Ragazzine, vous voici prévenues: un amant écrivain, vous pouvez bien le renier, l’oublier (ou feindre de l’oublier), c’est toujours lui, qui a, en définitive, le dernier mot. »
      Apparemment il s’est trompé…

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