Gabriel Matzneff et son obsession des « Moins de seize ans »

Les moins de seize ans, le très controversé essai de Gabriel Matzneff est à l'origine de sa "réputation de débauché, de pervers et de diable", selon ses propres termes. Dans cet ouvrage publié pour la première fois en 1974*, (resté longtemps introuvable en librairie et ré-édité récemment en 2005 par les éditions Léo Scheer), il dépeint et explicite, avec beaucoup de lyrisme, son "idée fixe", son "obsession" : les moins de 16 ans, filles ou garçons. Les "gosses", "les momichons et les momichonnes", comme il les surnomme "affectueusement", forment à eux seuls un sexe à part entière, estime-t-il. Au total on doit à Gabriel Matzneff huit romans, (dont le plus beau serait "Ivre du vin perdu"), ses célèbres carnets noirs c'est à dire les 10 tomes de ses journaux intimes (dont "La Passion Francesca" qui lui a inspiré également des poèmes) dans lesquels ils relatent ses passions volcaniques avec ses très jeunes amantes et 12 essais.


Un sexe puissamment voluptueux et désirable. "Coucher avec un ou une enfant c'est une expérience hiérophanique, une épreuve baptismale, une aventure sacrée. Le champs de la conscience s'élargit, les "remparts flamboyants du monde" (Lucrèce) reculent.", s'enthousiasme-t-il.

Une attirance naturelle selon lui même si ses amis lui disent "en riant" qu'il est "un cas". Et de citer pour se justifier, sans crainte de régressionisme, force références à la Rome antique de Satiricon à Horace en passant par Catulle ou Sophocle, où "mettre des gosses dans son lit" était un sport courant. Cette fixation exprime selon lui "le refus de l'âge adulte, de la maturité du Tu seras un homme mon fils". "L'amant des très jeunes est voué à une existence de rebelle, d'outsider, d'hérétique, une existence qui est un continuel pied de nez aux grandes personnes, à leurs soucis, à leurs ambitions, à leur mode de vie.", note-t-il.

Un stupéfiant argumentaire à la fois insoutenable et fascinant.

L'œuvre de Gabriel Matzneff, revendiquée comme autobiographique, pose avec acuité la question du fond et de la forme : Doit-on juger l'écrivain ou l'homme? La qualité littéraire ou la valeur humaine, légale ou morale de ses idées ? Certainement la première en littérature. Car comme le souligne et le rappelle justement l'auteur "l'importance et la beauté d'un livre ne se mesurent pas à l'aune de sa moralité".
Les bons sentiments ou la droiture d'esprit ne sont bien sûr pas gages de génie littéraire. De même que la transgression (mot galvaudé certes) gratuite ne l'est pas non plus, comme le soulignait François Bégaudeau au Salon du livre dernier lors du débat "Ecrire la transgression".

Difficile pourtant de ne pas réagir à certains raccourcis, interprétations tendancieuses et amalgames, souvent abjectes et au danger de leur esthétisation :

Non, Monsieur Matzneff, un enfant qui demande à aller au cinéma ne "drague pas" et n'espère pas se faire sodomiser après la séance par son accompagnateur de 40 ans son aîné !

Non, Monsieur Matzneff, la phrase de Freud selon laquelle "l'enfant est un pervers polymorphe" ne signifie pas qu'un enfant soit "pute" comme vous dites, et veuille avoir des rapports génitaux avec le premier quadra ou quinqua venu. Son éveil sexuel est bien sûr beaucoup plus diffus que cela.

Non, Monsieur Matzneff, "la violence du billet de banque qu'on glisse dans la poche d'un jean ou d'une culotte (courte)" des petits prostitué d'Egypte ou du Maroc, n'est PAS "une douce violence".

Non, Monsieur Matzneff, le "tonton lucien" qui viola plus de 78 fillettes contre une pièce de 5 ou 10 francs, et "les ogres", pour lesquels vous dites avoir un faible, ne sont pas aimés et ne donnent pas de plaisir à leurs victimes. Non, l'enfant - submergé de honte, de culpabilité et d'incompréhension- qui ne se plaint pas, ni ne dénonce, n'est pas signe qu'il consent et qu'il approuve.

Gabriel Matzneff s'insurge contre l'Ordre moral et les "sourcilleux censeurs" qui l'empêchent (empêchaient) d'assouvir librement ses pulsions ou les parents qui bouclent leurs enfants comme "des lingots d'or dans un coffre-fort". Mais les bonnes mœurs ne sont pas le fond du problème. Si le désir de jeunesse par les adultes vieillissants existe bel et bien, la réciproque est loin d'être systématique, et même plutôt rarissime. Les dommages psychologiques ou physiques de la simple expression même de ce désir, et encore plus du passage à l'acte, sont eux les véritables dangers. L'odieuse concupiscence soufflée au visage d'une écolière, collégienne ou lycéenne, qui a eu le malheur de porter une jupe ce jour-là, à longueur de trottoirs par de "respectables messieurs" qui pourraient être leur (grand-)père n'est pas une partie de plaisir, Monsieur Matzneff, croyez-moi.
Même si en effet, une adolescente pubère de 16 ans peut éprouver (mais ne les mélangeons/confondons pas aux enfants de 10 à 12 ans ou même moins !) un amour sincère pour un majeur (comme le démontrent les superbes lettres des petites amies de l'auteur publiées dans cet essai), ce n'est pas une généralité pour autant.

Gabriel Matzneff est assurément un grand écrivain très cultivé, très sensible, mais un homme aux idées et aux actes extrêmement dangereux**et criminels. [Alexandra Galakof]

A lire aussi :
"Ivre du vin perdu" par Gabriel Matzneff : Pladoyer pour le souvenir amoureux
"De la rupture" de Gabriel Matzneff, Hommage à la "rupture féconde"
"Cette camisole de flammes" de Gabriel Matzneff : journal d'un jeune-homme rebelle [1953-62]
L'esprit Matzneff et les jeunes auteurs

*Au même moment Tony Duvert publiait Paysages de fantaisie et Le bon sexe illustré mettant en scène des aventures sexuelles impliquant des enfants parfois de seulement 8 ans.

** Gabriel Matzneff ne se réduit bien sûr pas à cette thématique. "Dès le milieu des années 60, dans les colonnes de Combat ou des Lettres françaises, il a milité en faveur des intellectuels russes persécutés en URSS pour cause de dissidence. Il effectua, à l'époque, deux séjours à Moscou, et en revint avec des valises bourrées de manuscrits interdits là-bas. On lui doit ainsi la première publication en France de poèmes de Soljénitsine. Il fut aussi un ardent militant de la cause palestinienne, à une époque où elle était moins populaire qu'aujourd'hui, et n'hésita pas à aller porter son soutien aux Palestiniens dans leurs camps bombardés (lire son "Carnet arabe")." rappelle,à juste titre, un de ses fervents lecteurs ici au cours d'un débat houleux qui a dérivé sur Gabriel Matzneff.

Pour plus d'infos sur le sujet, citons aussi l'inquiétante association North American Man/Boy Love Association qui milite pour les libres rapports entre enfants et adultes (de sexe masculin), cité par l'écrivain Bruce Benderson dans son ouvrage "Sexe et solitude".

Ajout du 16/08/2006 : signalons l'intéressante note "La pédophilie a-t-elle droit de cité ?" de Maïa Mazaurette sur le blog "sexe" de Fluctuat citant un extrait du blog du Monde consacré au droit des enfants à propos du parti pédophile hollandais :

"On n'a pas réussi à convaincre au lendemain de 1968 qu'il y avait égalité entre un adulte et un jeune enfant. L'un avec son expérience et en son entre-gent social a par principe moyen de pression de l'autre. il n'y a pas égalité. Gabriel Mazneff a pu l'admettre dans certains propos publics Je ne sais pas s'il fallait interdire ce parti en terme de droit public hollandais. En tous cas je suis sûr du fait qu'il ne faut pas aujourd'hui, pas plus qu'hier céder d'un pouce devant ceux qui prône la liberté sexuelle des enfants au nom de leurs désirs d'adultes."
Et sa réaction fort juste : "Je reste sur cette idée mille fois développée : si les enfants ont droit à l'amour, on n'a pas le droit de leur faire! A défaut c'est la correctionnelle ou la cour d'assises."

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(12 commentaires)

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    • aigidos on 28 août 2006 at 16 h 34 min
    • Répondre

    Un stupéfiant Argumentaire à la fois insoutenable et fascinant
    après avoir lu les attaques contre gabriel Matzneff, je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec Alexandra, l’art ne justifie pas tout, et la liberté n’est pas la licence, on à le droit d’avoir tous les désirs, fantasmes…on n’à pas forçément le droit de tout faire…sinon on est un irresponsable qui se justifie derrière des arguments pseudo-philosophiques ou littéraires, c’est ça être libre et responsable, on n’ à le droit aussi de faire des erreurs mais on doit les assumer sinon on reste effectivement un éternel enfant (dans le mauvais sens du terme) …et de plus quelle Mauvause foi
    je sais de quoi je parles si j’avais réalisé tous mes fantasmes (et dans le fantasme l’autre n’est qu’un objet au service de celui -ci si il est consentant pourquoi pas??? ce n’est pas forçement le cas de Matzneff qui est peut-être un fin lettré mais un pauvre être paix à son âme et je ne crois pas qu’elle soit vraiment en paix????

  1. Merci Agidos pour cet autre avis.

    Je réagis à ton commentaire : >je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec Alexandra, l’art ne justifie pas tout :
    En fait, je n’ai pas dit ça. Je pense que les livres de Matzneff méritent d’exister au contraire d’un point de vue littéraire même si on peut condamner ses idées. Cela peut aussi permettre de comprendre le schéma de pensée des pédophiles ou « assimilés ».

    Matzneff qui est peut-être un fin lettré mais un pauvre être paix à son âme et je ne crois pas qu’elle soit vraiment en paix????
    >J’avoue qu’il est difficile de cerner cet écrivain. J’ai l’impression qu’il pense en toute bonne foi faire plaisir à ses jeunes amants et amantes. Pour certaines, oui sans aucun doute mais pour combien d’enfants traumatisés ? Par ailleurs, son côté « militant » pour la pédophilie ou la philopédie comme il l’appelle, est assez révoltant.

    • frederic k on 19 septembre 2006 at 17 h 09 min
    • Répondre

    celine etait surement le plus grand ecrivain du 20 eme siecle et une ordure colabbo antisémite;gabriel matzneff est un des meilleurs ecrivain du 20 eme siecle et une ordure pedophile.J e ne vois aucune imcompatibilité

  2. Je vien de découvrir cette page,je ne connais pas les ouvrages de celine.
    Je suis un sculpteur qui nas pas une grande culture littéraire… la majorité de mon inspiration je la puise dans mes amitier avec de jeunes filles, je ne me permet aucun débordement. Il m’arrive par contre d’ètre amoureux de mes muses… sans landemain. Céline as du largement dépasser les limites.
    J’ai 50 ans 3 enfants encore dans l’adolescenses, et une filles de 20 ans; j’adore leur façon de voir la vie, j’aprécie le recul aussi de mon âge…expérience. Je pense qu’il ne faut pas rester sur la position de sont àge… demeurer ouvert dans les deux sens…
    Art "performance" ??? Pour moi un artiste dans la mesure du possible ne doit pas nuire à autrui… juste remettre en question !!!!!Tiron une leçon des artistes qui ont été trop loin.

    • thom on 25 février 2007 at 4 h 16 min
    • Répondre

    Deux points importants, à mon avis:
    – Ce désir existe. Le reconnaître empêche le lynchage qui reste une tentation primitive face à ce qu’on ne comprend pas.
    – La majorité sexuelle doit à mon sens s’analyser comme un principe de précaution qui, en tant que tel, sacrifie un bien certain (la possibilité de relations intergénérationnelles épanouissantes) au risque d’un mal qui pourrait être pire ("traumatismes").

    • DAVID on 1 juin 2007 at 21 h 01 min
    • Répondre

    Les enfants il faut aller vivre a disneyland ! La littérature , la vraie – pas la bouillie aseptisée qu’on veut nous force à avaler c’est dostoeivsky , sade , nabokov, suétone , casanova c’est à dire du sang, du sexe et des larmes – de l’humanité sans fard . L’archange Gabriel comme duvert ou augieras nous fait réellement penser vibrer rire et bander . Le reste laissez le pour la tombe !

    • cortex on 6 août 2007 at 0 h 49 min
    • Répondre

    "Gabriel Matzneff est assurément un grand écrivain très cultivé, très sensible, mais un homme aux idées et aux actes dangereux"

    C’est confondant de lire un truc pareil sur un site qui ambitionne de parler de littérature. Dire que j’avais lu ici même un dossier sur Yann Moix, un des mieux fagottés du ouèbe… La "dangerosité" et son appréciation, réservez ça aux corps constitués et aux rombières…

  3. Merci pour le compliment sur Yann Moix, auteur qui méritait en effet d’avoir une vraie place sur le web ! Concernant la remarque sur G.Matzneff, vous êtes libre de ne pas y adhérer. C’est une appréciation purement personnelle et effectivement délicate qui relève du débat entre le fond et la forme.

    • niels on 28 février 2008 at 14 h 13 min
    • Répondre

    J’ai lu presque tout Matzneff. C’est un auteur incroyablement doué, avec une légèreté d’écriture qui frise le génie. Une légèreté sans doute insoutenable parfois, par le propos qu’elle véhicule. Cependant en littérature l’important c’est l’oeuvre. Ce qu’il restera (ou ne restera pas) pour les siècles des siècles. L’avenir dira si l’oeuvre Matznevienne, de par sa puissante qualité, a tendu vers l’absolu de la reconnaissance éternelle, ou si elle est tombée dans l’oubli. Pour le reste, que Matzneff rédige son oeuvre tranquillement posé sur une petite adolescente dans sa chambre d’hôtel, ou au fond d’une cellule de prison n’a aucun intérêt. On peut mettre Matzneff en prison, du moment qu’on n’interdit pas ses livres. tout es là. On peut tout dire, mais on ne peut pas tout faire. Ou alors on assume et on paye.

    • cynique69 on 1 mai 2008 at 2 h 36 min
    • Répondre

    exactement je partage la meme idée sur céline,y a des bons écrivains, des génies memes etc.. prenons ce qu’ils font de bons, mainant qu’ils fasse du prosélythisme avec leur don ou qu’ils veuillent qu’on acceptent leur tare car ils ont une belle plume , c’est autre chose;

    ils sont dangereux

    la sexualité se construit sur un imaginaire, ces mecs sont dangereux car ils érotisent un idéal sexuel, un interdit

    ces parisiens névrosés qui ont peur des femmes ou en ont été trop abreuvé tant en pornographie (femmes nues représentées) ou en coucherie de tout genre, qui ne peuvent plus que vouloir la confiture enfermée dans le placard, toute neuve, jamais ouverte, et surement la meilleure, comme disait une écrivain iranienne, le meilleur des alcools se boit en iran, ben je leur dit aussi riches soient ils , aussi branchés, aussi parisiens,aussi tout ce qu’ils veulent , ils méritent une seule chose!

    le corps n’est pas fini, meme pas à 18 ans, la tete n’est pas finie,laissez grandir les gamines purée ‘et allez vous soigner si une femme ne vous excite pas ou plus !

    • paulvert on 9 octobre 2008 at 18 h 13 min
    • Répondre

    J’ai lu avec intéret l’article d’Alexandra sur Gabriel Matzneff qui , effectivement, est sans doute un des plus grands écrivains français actuels et un homme d’une grande gentillesse.
    Cela me fait regretter amèrement sa disparition des médias et sa mise au pilori .
    Notre société actuelle moralisatrice et hypocrite donne là une bien triste image en confondant, volontairement ou non ,enfance avec adolescence et Gabriel Matzneff avec Marc Dutrou.

    • langlois on 4 octobre 2011 at 20 h 20 min
    • Répondre

    matzneff est un pédophile caractérisé
    et comme tel, il ne voit rien de mal dans le fait de dévoyer des enfants, en les abusant par sa notoriété sulfureuse. Il a un tel égo qu’il est persuadé de leur faire une grâce.
    je pense que c’est un être malveillant, pernicieux et égocentrique.
    À DÉNONCER…..

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