Les écrivains et la tentation des adolescentes

"Ce qu'il y a d'implacable dans les amours adolescentes, c'est qu'elles vous dégoûtent à jamais des autres. Lorsque vous avez tenu dans vos bras, baisé, caressé, possédé un garçon de 13 ans ou une fille de 15 ans, tout le reste vous paraît fade, lourd, insipide. Socrate éprouvait comme une secousse électrique au simple contact de l'épaule nue d'un joli gamin. Moi, les yeux fermés, je peux du seul bout des doigts dire si un sein, un ventre, un dos ou un mollet appartiennent oui ou non, à un être d'extrême jeunesse. Cette merveilleuse peau des moins de 16 ans, tiède, veloutée, lisse, parfumée, savoureuse, auprès de laquelle tout autre grain semble ou gras ou rugueux ou desséché." Gabriel Matzneff, extrait de "Les moins de seize ans"


La fascination de la jeunesse, de "l'extrême jeunesse" n'est pas un fait nouveau. Sculpteurs, peintres, cinéastes, photographes et donc écrivains ont célébré sa beauté et ses charmes. Mais dans un contexte hautement sensible sur les abus d'enfants et de multiplication des procès pédophiles, cet attrait est étroitement surveillé et sévèrement sanctionné en cas d'atteinte à la protection des mineurs. Comme l'a montrée l'affaire Rose bonbon écrit par Nicolas Jones-Gorlin en 2002 (chez Gallimard), qui du reste n'était, semble t'il pas, un chef d'œuvre…

En revanche certaines des plus belles pages de la littérature ont pour auteurs des amateurs de "fruits verts", selon la métaphore de Lord Byron pour désigner les pré-pubères dont il raffolait ou de "boutons de rose vivants" comme appelait Casanova ses amantes de 12 et 13 ans. D'André Gide, pédéraste avéré à Dostoïevsky qui prêtait son goût des petites filles à ses personnages de Svidrigaïlov à Stavroguine jusqu'à Montherlant (démenti).

Gabriel Matzneff a fait scandale pour avoir ouvertement dévoilé ses aventures avec de très jeunes filles dans ses romans et surtout dans les différentes tomes de ses journaux intimes, publiés de son vivant. Au sujet de son goût particulier il explique notamment dans son carnet "Les soleils révolus" : « Mon amour des adolescentes a ici sa source. C’est cette virginité des émotions, des sensations, qui rend une liaison avec une très jeune–fille si émouvante, si fraîche. Il y a chez une lycéenne de 16 ou 17 ans qui vit son premier amour, une gentillesse, une confiance, une joie, une spontanéité qui (sauf exception) ne se rencontrent pas chez une femme adulte que la vie durcie, qui a déjà tout connu, tout expérimenté, sur qui un régiment est passé avant moi. »

Impossible bien sûr de ne pas citer également l'emblématique "Lolita" de Vladimir Nabokov (qui n'était pas pour autant pédophile) aux "épaules graciles aux reflets de miel, au dos souple et soyeux, aux seins juvéniles, à l'adorable courbe rétractile de son abdomen, où s'étaient jadis recueillies mes lèvres descendantes, et ces hanches enfantines où j'avais embrassé l'empreinte crénelée laissée par l'élastique de son short." Aude Lancelin dans le Nouvel Observateur remarquait à juste titre qu'"il n'est pas d'épaule de femme aimée qui n'ait été exaltée avec plus de tendresse, de grâce et de déchirement que celle de Lolita. Il est peu d'œuvres au XXe siècle qui aient su célébrer à ce point de virtuosité esthétique l'intensité de la passion, ce pouvoir qu'elle a de transcender le quotidien. Sauf que Lolita n'est pas une femme, mais une gosse de 12 ans."

Et c'est justement cette érotisation du sacro-saint corps de l'enfant qui est dérangeant au plus haut point. "Le corps gracile et prépubère de Lolita est d'autant plus excitant qu'il va bientôt se transformer. Car Lolita n'a pas le privilège d'être nymphette pour très longtemps. Et c'est précisément ce moment de métamorphose, si court et si fragile qui obsède Humbert, aiguise son désir, libère son imagination jusqu'à la démence.", indique le hors série du Point consacré à l'érotisme daté de juillet-août 2006. Et de citer son discours sans équivoque : "Je ne m'intéresse pas le moins du monde à ce que l'on appelle communément sexe.(...) Je suis mû par une ambition plus noble : fixer une fois pour toutes la préilleuse magie des nymphettes." En possédant Lolita, en lui faisant l'amour, il offre l'éternité à ses 12 ans, il capture son corps d'enfant. Marcel Proust avait, lui aussi, souligné cet érotisme du mouvement, de la fugacité de la jeune fille en fleur : "il est si court, ce matin radieux, qu'on en vient à n'aimer que les très jeunes filles, celles chez qui la chair comme une pâte précieuse travaille encore" (A l'ombre des jeunes filles en fleur).

Enfin, citons encore le somptueux et voluptueux "Les belles endormies" de l'écrivain japonais Yasunari Kawabata, prix nobel de littérature 1968, où des vieillards en mal de plaisir viennent s'adonner dans une étrange auberge, à leurs derniers fantasmes, illusoire consolation à leur jeunesse enfuie, auprès de jeunes filles droguées aux narcotiques qui les plongent dans un sommeil artificiel "de mort". "Ce jeu diabolique prend toute sa signification quand le héros découvre que sa partenaire est vierge : les caresses vaines sont ici décrites avec une minutie et une lenteur qui donnent le frisson. L'écrivain est allé délibérément avec cette oeuvre jusqu'au fond de son propre enfer mental.", indique dans son Introduction aux "Romans et nouvelles de Kawabata" (collection "Classiques modernes" du Livre de poche), Fujimori Bunkichi.

Derrière ce malsain, morbide et cruel procédé, c'est en fait un hymne poétique, sensoriel à fort pouvoir d'évocation, sur la beauté, la séduction et la mort qui est ici chanté (à lire absolument si ce n'est fait !). Les odeurs denses de leurs nuque, épaules, chevelure, les reflets de velours sur leur peau lisse et diaphane délicatement colorée, leurs rondeurs fraîches et juvéniles, la chaleur émanant de leurs corps, ressucitent les émotions érotiques de leurs visiteurs décatis, comme autant de visions riches et sensuelles, magnifiquement décrites.

"Pour les vieillards qui payaient, s'étendre aux côtés d'une fille comme celle-ci était certainement une joie sans pareille au monde. Du fait que jamais elle ne se réveillait, les vieux clients s'épargnaient la honte du sentiment d'infériorité propre à la décrépitude de l'âge, et trouvaient la liberté de s'abandonner sans réserve à leur imagination et à leurs souvenirs relatifs aux femmes."

Plus anecdotique, l'écrivain japonais Haruki Murakami a également introduit dans son roman "Danse, danse, danse" une histoire entre son héros, publicitaire de trente-quatre ans désabusé, et une jeune fille de quinze ans, Yuki qui restera platonique et ambigüe au fil de ses diverses pérégrinations.

Toutefois, même si ces oeuvres constituent des chef d'oeuvre littéraires, il reste difficile de ne pas ressentir un certain malaise à leur lecture qui entache et trouble le plaisir purement esthétique.

Photo : American Beauty

[ SOMMAIRE ]

Les écrivains et la tentation des adolescentes : Introduction ... Lire

L'esprit Matzneff et les jeunes auteurs (Frédéric Beigbder, Nicolas Rey, Louis Lanher...) et le nouveau livre de Gabriel Matzneff : "Voici venir le fiancé" ... Lire

Gabriel Matzneff et son obsession des "Moins de 16 ans"... Lire

Ivre du vin perdu par Gabriel Matzneff ... Lire

Les lolitas vues par la lolycéenne (la blogueuse Satinella alias Alexandra Geyser) ... Lire

Billet d'humeur : Des livres pour l'anniversaire de ma voisine..., 15 ans "en mode B.G"...Lire

(10 commentaires)

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    • laurent on 27 juillet 2006 at 12 h 03 min
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    A lire : la théorie de la jeune fille du collectif Tiqqun, basé sur les premiers Matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille

    La Jeune-Fille est la figure contemporaine de l’autorité

  1. Merci beaucoup Laurent de cette excellente référence. Il va falloir se jeter dessus maintenant !

    • Synthesis on 6 août 2006 at 9 h 18 min
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    Dans le même style que les belles endormies, il y a le journal d’un vieux fou de Tanizaki qui traite de l’amour d’un vieillard de 70 ans pour sa belle fille, une jeune danseuse.
    Leur relation qui oscille entre fétichisme et SM est superbement analysée même si certains passages peuvent s’avérer choquants.

  2. Merci beaucoup Synthésis de ce titre complémentaire. L’histoire semble en effet très intéressante, sur un thème proche de celui des Belles endormies, avec une pointe de sadisme en plus !

    • laurent on 17 août 2006 at 20 h 15 min
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    tiens et pendant que j’y pense, je rajoute SPERME NOIR de Jean-Luc Hennig, ex rédacteur en chef du magazine Rolling Stone, et proche de Duvert. Il regroupe une sorte d’anthologie de ses meilleurs articles parus dans les années 70/80 autour de ses expériences sexuelles incluant la pédérastie qu’il défend.

    • aigidos on 28 août 2006 at 16 h 18 min
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    bonjour,
    personnellement je n’ai pas de jugement moral sur ces relations entre adultes et pré? pubères, avant de juger il faut connaître: savoir les tenants et les aboutissants…. c’est à dire ces jeunes filles ont-elles été respectées, aimées, …de plus certaines jeunes filles sont très mûres psychologiquement et physiquement beauvoup plus que leurs petits amis ou leurs pères mêmes!!!, que serait la littérature que j’aimes sans "l’amant" et puis on oublie aussi l’affaire gabriel Russier qui est tombé amoureuse d’un jeune élève de 17 ans, et puis il faut bien l’avouer? ou plutot le reconnaitre, le trouble que suscite une nymphette, ou une jeune adolescente peut arriver et est même souvent incandescent c’est un fantasme très fort….alors après peut-être que ceux qui fustigent ces amours n’acceptent ps leurs propres fantasmes…après est-ce que l’on doit forçement réaliser ces fantasmes là est la question: pour moi l’essentiel est qu’il y est un amour partagé et un infini respect
    surtout une compréhension de la sexualité d’une jeune fille (sinon c’est pervers pépère)
    la seule chose que je récuse c’est "au nom de l’art" qui échapperait à tout critère moraux on pourrait faire n’importe quoi, je trouves abject le tourisme sexuel en thaïlande et autres turpitude, c’est carrément réduire des jeunes filles à des proies, des appâts, c’est absolument immonde car ces jeunes filles le font pour l’argent elles n’ont pas le choix….honte à ces gens là, de tous temps des vieillards ont épousés des jeunes tendrons (etait-elles libres c’est la seule question
    pourquoi est-on exclusivement attiré par des jeunes filles….peur de la femme?????

  3. Merci agidos de ton avis. Pour répondre à ta question : pourquoi est-on exclusivement attiré par des jeunes filles….peur de la femme????? Cela ne me semble quand même pas une généralité pour tous les hommes ! Je pense qu’il y a toujours une émotion esthétique face à une belle jeune fille (que l’on soit homme ou femme d’ailleurs) mais de là à en faire une obsession et un unique but à atteindre, il y a un pas !

    • aïcha on 28 janvier 2008 at 20 h 58 min
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    Je pense plutôt que ce genre d’homme est plus attiré par le côté soumis que de la jeune fille, à mon avis ce sont des pervers qui voit en l’adolescente qu’un objet à consommer. Ceci est valable aussi pour les hommes attirés sexuellement par les jeunes garçons.

    • Manuel on 15 décembre 2010 at 6 h 55 min
    • Répondre

    Lolita n’a pas 12 ans, mais 13 au début du livre et 16 à la fin. Ceci prouve que l’auteur de ce tissu d’âneries n’a pas lu les livres dont il parle.

    • Pollux on 15 février 2019 at 21 h 30 min
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    Lire tout cela ,me salit ,quelle horreur …..
    Ces vieux déchèts tels des draculas ……Beurk ,ça pue le vieux débris ,le foutre…..
    Comme si en voyant une rose ils devaient la piétiner ,tout cela leur
    donne un sentiment d’éternité ,……Matzneff est d’une abominable laideur ,un mort vivant …..combien d’enfants a t-il dévoré ,ou sont les PÈRES ,et les MÈRES de ces enfants ?
    Qui voudrait livrer son enfant en pature à ces monstres?
    Que sont-elles ,que sont-ils devenus, ces jolis enfants …….
    Ont-ils eux aussi offert leur progéniture à des ogres pédophiles des hommes si laids ,si peu sensuels ,ce Beigbeder sans lèvres …..
    Plus jamais je ne lirais un prix Renaudot ,notez ce sont tous des hommes vieillissant ,……….Matzneff même à 20 ans était déjà si vieux ,son haleine fétide….. quand lirons nous enfin des témoignages courageux ,tels que celui de Bianca Lamblin « mémoires d’une jeune fille dérangée »+++++++Beauvoir la rabatteuse,pour le vieux crapeau……
    Quel pays sordide ,Matzneff ,et Beigbeder +++++auront bientôt du fond de leur tombe une vue sous les jupes des petites filles ….
    Ils sont déjà décomposés ,…….passons leur , bassin et urinoir en attendant …….Ce sont des déchèts de l’humanité
    Ils ont besoin de dominer de dévorer de pourrir la vie ,ils sont morts depuis une éternité

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