« Les déferlantes » de Claudie Gallay: extraits choisis

Si vous êtes passé à côté du raz-de-marée de ce roman, best et long-seller à l'image de sa consœur Muriel Barbery, voici quelques extraits choisis pour vous "mettre dans le bain" de son style elliptique et de son écriture abrupte et dépouillée comme les landes normandes qu'elle décrit... :

"Sous la violence, les vagues noires s’emmêlaient comme des corps. C’était des murs d’eau qui étaient charriés, poussés en avant, je les voyais arriver, la peur au ventre, des murs qui s’écrasaient contre les rochers et venaient s’effondrer sous mes fenêtres.
Ces vagues, les déferlantes.
Je les ai aimées.
Elles m’ont fait peur… "

"Je me suis souvenue quand je me couchais sur ton corps. Et ton corps sur le mien. Ton poids, tellement lourd. J’aimais ça, ton poids sur moi. Aurais-je la force ? Le dernier jour, tu as glissé ta main sur ma joue, cette main tellement large qu’elle me contenait tout entière. Tu as voulu parler. Tu n’as pas pu."

"Le pluvier est un oiseau très intelligent. Il faut l’observer longtemps pour le comprendre. Quand on menace son nid, il s’envole l’aile basse, comme s’il était blessé et il se laisse retomber sur la plage. Il se traîne, des petits sauts malhabiles, il fait ça pour devenir la cible."

"Je voyais les prés et puis la mer, la mer partout, massive, puissante. Avec ce ciel bas, elle avait pris sa teinte de métal. Fécamp était juste là, derrière ce bras de mer. En face, l’Angleterre… Les maisons de la Roche, sur la gauche. Parmi tous les toits, celui du Refuge, plus long que les autres. Les tuiles claires à côté, la maison de Nan. Je regardais. Le vent me desséchait les yeux. La Hague n’est pas une terre comme les autres. Peu habitée, hostile aux hommes. J’apprenais d’elle chaque jour, comme j’avais appris de toi. Avec la même urgence."

"La nuit du naufrage, il a vu arriver un vol d’oiseaux, des migrateurs, un vol magnifique. Ils ont commencé à s’écraser par dizaines. Je lui ai parlé de la lumière du phare qui se reflétait dans les yeux des oiseaux, de cette pitié immense qui le submergeait, lui, parce qu’il les voyait s’approcher avec tellement de confiance.
Il dit qu’il n’aurait dû y avoir personne cette nuit-la sur la mer. Il dit aussi que c’était impossible pour lui de voir mourir tous ces oiseaux.
- Et une famille entière qui meurt, ça lui fait quoi ?
Il a dit, La mort des Perack serait donc l’imprévisible conséquence d’un geste d’amour, la passion d’un gardien de phare pour ses oiseaux."

"La première fois que j’ai vu Paul, il dormait dans la chambrée des tout petits. Florelle a dit, C’est la mer qui me l’a rendu. Je n’ai pas compris tout de suite… C’est après, quand elle m’a demandé d’aller récupérer le canot sur la plage."

"Une fille qui se venge d’un père. Qui se venge de n’avoir pas été la préférée…Pour une absence d’amour. Où qu’elle se tourne. Cette quête désespérée. J’ai pensé aux sculptures de Raphaël, les Suppliantes."

"La nuque appuyée contre son épaule. J’ai attendu que mon cœur se calme. Il m’a fallu du temps, et il y a eu après ce moment infiniment doux où j’ai pu me remettre en mouvement et poser ma main sur son bras et cet autre moment encore où j’ai pu me retourner et le regarder. Cet homme qui m’enlaçait, ce n’était pas toi et pourtant j’étais en paix. J’ai blotti ma tête. Le visage enfoui. Les lèvres contre le pull. Cette chaleur sous la laine. Ma main s’est glissée, elle a retrouvé le chemin, cet endroit qu’elle aimait tellement avec toi, entre le blouson et le pull, petit animal craintif, sa place, et elle s’y est nichée."

(2 commentaires)

    • Violetta on 19 avril 2009 at 23 h 38 min
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    Méfiez-vous de ce que vous pouvez lire ou entendre: ce livre n’est pas aussi bien qu’on le dit. L’emprunter à la bibliothèque suffira, ou alors allez lire le premier chapitre (qui a du souffle, au propre comme au figuré) dans une librairie. Le style est supérieur à une bonne partie de la production française contemporaine, mais il n’y a tout de même pas de quoi se rouler par terre. Quant à l’intrigue, elle est lente et prévisible; à vrai dire, c’est plutôt un livre d’atmosphère. Pour conclure: un livre assez moyen, porté aux nues par quelques journalistes amis de l’éditeur ou qui n’avaient vraiment rien lu de stylistiquement intéressant depuis longtemps.

    Une lectrice qui regrette d’avoir suivi les conseils de la rubrique "littéraire" d’un grand magazine féminin.

    • Pulpfiction on 20 avril 2009 at 19 h 23 min
    • Répondre

    Moi, je l’ai acheté avec méfiance et je l’ai trouvé plutôt intéressant, moi qui déteste en général la littérature française. C’est un roman dont l’intrigue n’a guère d’intérêt mais il y a sans aucun doute une poésie, une attention au temps qui passe, une atmosphère, une sensibilité et de vrais et beaux moments d’ émotion. Contrairement à l’élégance du hérisson qui est beaucoup bien écrit, mais bobo et méchant. J’ai aimé la simplicité et la fraicheur de ces déferlantes

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