« Un troussage de domestique », un livre sur les réactions à l’affaire DSK (+ livre témoignage de Tristane Banon « Le bal des hypocrites »)

L'Affaire Dominique Strauss Kahn n'a pas fini d'indigner et de mobiliser l'opinion et les associations. Alors qu'un rassemblement de soutien est organisé le 24 septembre devant le Palais de justice pour la romancière Tristane Banon ayant porté plainte pour tentative de viol, un ouvrage sort également en cette rentrée littéraire. Avec son titre évocateur qui reprend l'expression malheureuse et révélatrice de Jean-François Kahn, il analyse les réactions de nos élites à l'Affaire... Parmi les auteurs, on remarque la présence de Clémentine Autain ou encore de Titiou Lecoq (qui vient de publier "Les morues" en cette rentrée littéraire aux éditions du Diable Vauvert).

Publié aux éditions Syllepse, il se présente sous la forme d'un recueil de textes écrits par des féministes pendant les premières semaines ayant suivi le 14 mai, date de l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn: "Pas sur l'affaire judiciaire elle-même. Pas sur le fait de savoir si Dominique Strauss-Kahn est, ou sera, déclaré coupable ou non coupable. Non: le sujet de ce livre, c'est ce que l'immense majorité des réactions de nos "élites" disent de la société française, aujourd'hui, en 2011. Des coeurs meurtris des amis ont surgi des cris d'une sincérité rare, qui, perçant le mur de la langue de bois, nous ont révélé la vérité de ces coeurs: ils sont remplis d'une misogynie dont la profondeur n'a d'égale que leur arrogance de classe. Les féministes sont les dernières à croire aux déclarations des politiques sur la "centralité" de "l'égalité hommes-femmes" dans les "valeurs françaises". Et cependant, nous avons été surprises de la distance entre ces versions officielles et les vrais sentiments, de la facilité avec laquelle ils passent d'un discours à l'autre, selon l'opportunité.

Le sujet de ce livre est le sexisme comme idéologie rationalisant les atteintes aux droits des femmes. Il analyse les réactions à l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York le 14 mai 2011, puis à son inculpation. Ces réactions, qui ont été majoritairement celles de ses amis politiques, révèlent en fait l’attitude de la majorité des hommes politiques et journalistes français. Ceux-ci ont commencé par déclarer qu’il ne pouvait en aucun cas être coupable des faits qui lui sont reprochés, parce qu’il en serait incapable. Ils ont exprimé une incrédulité totale quant à la possibilité même du crime et ont comparé la situation faite à DSK à un véritable calvaire. La possibilité même du crime a été déniée : soit parce que l’accusation du procureur était fausse – ce qui revenait à dire que la femme de chambre qui l’avait dénoncé mentait –, soit parce qu’aux USA on confond sexualité et crime.
Son inculpation a été présentée comme l’effet du puritanisme qui refuse tout ce qui est sexuel. La contrainte impliquée par le viol a été niée, euphémisée ou minimisée. Politiques et journalistes ont fait passer le caractère sexuel des faits reprochés à DSK dans la case de la « vie privée », qui ne regarde pas la justice, des « moeurs » et des choix personnels qui ne regardent pas la loi. Les féministes auteures de ce livre mettent en cause ces propos qui assimilent le viol à la vie privée, au libertinage, à la liberté sexuelle. Elles affirment que la présomption de véracité de la victime « présumée » doit être tout autant préservée que la « présomption d’innocence » du suspect. Que le viol existe, et que le consentement des deux parties n’est pas un ornement dont on peut se passer, une cerise sur le gâteau, mais la ligne de partage entre un acte licite et un acte criminel.
Enfin, les auteurs se demandent si ces propos ne révèlent pas un refus, de la part de la société française, de la loi française, pour laquelle cette ligne de partage est aussi fondamentale que pour la loi états-unienne.
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Les auteurs :
Clémentine Autain anime le mouvement féministe Mixité. Elle a publié Transformer, à Gauche (Le Seuil) et Postcapitalisme (Au Diable Vauvert). Jenny Brown est éditrice à Labor Notes (Detroit, USA) et membre de Redstockings of the Women’s Liberation Movement. Mona Chollet est journaliste au Monde diplomatique. Sophie Courval est journaliste. Christine Delphy a participé en 1968 à la construction de l’un des groupes fondateurs du Mouvement de libération des femmes. Elle a publié L’ennemi principal (Syllepse) et Un universalisme si particulier (Syllepse). Rokhaya Diallo est chroniqueuse à Canal + et RTL et auteure de Racisme : mode d’emploi (Larousse). Béatrice Gamba est éditrice, porte-parole de Mix-Cité Paris, mouvement mixte pour l’égalité des sexes. Michelle Guerci est journaliste. Gisèle Halimi est avocate et fondatrice de « Choisir la cause des femmes ». Christelle Hamel est sociologue, chargée de recherche à l’Institut national d’études démographiques, Unité de recherche « Genre, démographie et société ». Natacha Henry est historienne et essayiste. Elle est l’auteure de Frapper n’est pas aimer. Enquête sur les violences conjugales en France (Denoël). Sabine Lambert est étudiante en sociologie à l’Université de Poitiers. Titiou Lecoq est journaliste pour le site Slate.fr, blogueuse sur girlsandgeeks.com et auteure d’un premier roman, Les Morues (Au Diable Vauvert). Claire Levenson est journaliste. Mademoiselle est animatrice du site Les Entrailles de Mademoiselle. Marie Papin est étudiante en droit et membre du collectif féministe Les Poupées en pantalon (Strasbourg). Emmanuelle Piet est présidente du Collectif féministe contre le viol. Audrey Pulvar est journaliste. Joan W. Scott est historienne, professeure de science sociale à l’Institute for Advanced Study (États-Unis). Sylvie Tissot est sociologue et membre du collectif Les mots sont importants. Les Tumultueuses (association féministe). Najate Zouggari est traductrice et journaliste.

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  1. Tristane Banon publiera sa version de l’affaire DSK le 13 octobre. Ce sera « Le Bal des hypocrites », édité par le Diable Vauvert. Il bénéficiera d’un tirage de 40 000 exemplaires.

    La fondatrice et éditrice des Editions Au Diable Vauvert, Marion Mazauric, a indiqué avoir reçu une proposition de la jeune auteur, qu’elle avait rencontré lors des débuts de celle-ci il y a quelques années. Tristane Banon a proposé son manuscrit sans demander aucun à-valoir. L’éditrice parle « d’un récit intimiste. Tristane Banon y retrace sa vision de l’affaire entre le 13 mai, lorsque DSK est arrêté, et sa décision de porter plainte en juillet. C’est un texte très fort ».

    La jeune femme a en effet porté plainte pour agression sexuelle contre Dominique Strauss-Kahn.

    Au Diable Vauvert prépare également un recueil de textes féministes intitulé « French lover », qui sera dirigé par Beatriz Preciado et Virginie Despentes, sur la question du viol, du féminisme et de la domination sexuelle au lendemain de l’affaire DSK. Selon Marion Mazauric, qui rappelle que l’ouvrage était prévu depuis le mois de juin dernier, il s’agit :« d’une prise de parole des queers et des féministes sur la question ».

    On y trouvera des textes des deux directrices d’ouvrage, mais aussi de Clémentine Autain, Lydia Lunch, Lola Lafon et d’autres.
    (Sources : Livres Hebdo/Rue89.com)

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