« Les jeunes écrivains sont-ils si cons ? » (se demande le magazine Transfuge)

Je lisais le dernier numéro de janvier 2012 du magazine littéraire Transfuge, essentiellement pour l’interview de Chloé Delaume (qui persiste et signe dans son dogme de ne pas être divertie par la littérature : « On n’a pas le droit, quand on veut faire quelque chose d’inscrit dans l’époque, d’être dans le divertissement, divertir étant détourner de ce qui occupe. Des romanciers qui font des aventures, il y en aura toujours mais ceux qui savent faire ne peuvent pas se contenter d’utiliser l’esthétisme pour être ce miroir au long du chemin. Il faudrait leur couper la tête. » Rien que ça ! ) venant de publier « Une femme avec personne dedans » (titre très bon, en espérant que j’y trouverai quelque chose de plus intéressant que son interview quand je le lirai… Edit : non malheureusement c’est un raté assez magistral), lorsque je suis tombée sur une « enquête » à l’élégant titre : « Les jeunes écrivains sont-ils si cons ? ». Sympathique marronnier s’il en est… article-jeunes-ecrivains2.jpg

Quel diagnostic nous donne donc le magazine à cette grave question récurrente depuis que la littérature existe ? Eh bien c’est assez surprenant je dois dire… En préambule, nous avons droit à une citation de Sollers, bien caricaturale sur les « types de 25 à 35 ans » qui ne sauraient plus « former des phrases correctes » et avoir « une élocution déliée » (eh oui c’était tellement mieux avant !).

Ensuite, la journaliste s’appuie, pour commencer sa démonstration, sur un roman américain : le « Richard Yates » de Tao Lin. Curieux choix mais pourquoi pas… Elle en fait même l’emblème de la nouvelle génération d’écrivains qu’elle décrit comme des « descendants d’Ellis et de Houellebecq » (allez zou, emballé c’est pesé !) : « Tous sont dans cette littérature du nihilisme. Enfants nés dans les années 80, avec la crise, le chômage, le sida, la fin du communisme, ils sont des auteurs de la contre-utopie. Comme Ellis et Houellebecq, ils choisissent, contre les idées, l’ironie. Il n’est plus question pour eux de se définir face à Debord ou Barthes : le vide leur est une donnée acquise. S’ils sont loin d’être ignorants, ils se méfient de la politique, de la psychanalyse, de la sociologie…, bref de tout discours qui viendrait parasiter leur littérature. Ils choisissent donc une parole tronquée, détournée ou pauvre à l’extrême comme celle des personnages de Tao Lin, certains qu’un discours cohérent n’est qu’un artifice du jeu social.

Contre le discursif, ils choisissent le culte des images. Tournant le dos à leurs aînés Pascal Quignard, Pierre Bergounioux, ils rejettent une littérature qui accueillerait un dialogue avec la philosophie pour lui préférer une fiction qui se tournerait vers la photographie, le web et le cinéma. (…) Ce sont des « intermittents du réel »