"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

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« King Kong théorie » (2) : une interview de Virginie Despentes

Continuons de nous pencher sur « King Kong théorie » qui risque de faire beaucoup parler de lui et attise la curiosité (et perplexité). Une interview de Virginie Despentes permet d’en savoir plus sur en vrac : l’étrange titre de son livre, la « classe dominante » de la féminité, le rapport à son physique, à sa féminité propre, sa nouvelle homosexualité, son opinion à contre-courant sur le viol et la prostitution. Dans les coulisse de King kong théorie, son pamphlet féministe choc…

L’auteure de « Baise-moi » a répondu aux questions du magazine Elle (octobre 2006) et livre d’intéressantes, surprenantes et parfois touchantes réponses qui éclairent sa démonstration décapante menée dans son dernier opus « King Kong théorie« .

Tout d’abord elle explique son titre intriguant…, en hommage au film de Peter Jackson.
Aussi étrange que cela puisse paraître cette grosse bête velue « ni franchement féminine ni franchement masculine, contemplative, protectrice et muette » qu’on capture et que l’on l’exhibe avant de la massacrer lui a semblé parler de la féminité (attention, pas d’amalgame douteux avec un défaut d’épilation !). Elle va même jusqu’à ajouter qu’elle s’identifie à cette créature ! « King Kong, c’est aussi une icône proche de Marilyn Monroe. L’un et l’autre incarnent cette faculté qu’ont les gens de briser ceux qui les fascinent ou qu’ils aiment », dit-elle.

Elle aborde ensuite son approche de la féminité en distinguant les « prolottes » de la « classe dominante » en estimant qu’elle appartient à la première catégorie, ne possédant pas « les armes » de la seconde. « Je me sens exclue de la féminité triomphante. », confie t’-elle.

Et de stigmatiser le regard sévère des hommes sur le physique d’où son parti pris d’annoncer en préambule « Je suis moche et je vous emmerde. »

Elle analyse ensuite son nouveau choix d’homosexualité : « Etre gouine maintenant, pour moi, c’est une vraie rédemption et cela réconcilie ma virilité et ma féminité. » Tout en gardant une affection pour les « pétasses » ! « Je trouve Paris Hilton absolument « pétasse » et totalement charmante. Ça doit être formidable d’être Paris Hilton. »

Elle réagit ensuite à quelques passages de son livre comme sa phrase sur « J’ai une chatte en travers de la gorge » qui traduit ce qu’elle a ressenti en commençant à écrire : le sentiment d’être enfermée dans son sexe.

Dans son chapitre assez polémique sur le viol, elle cite une phrase d’une féministe américaine, Camille Paglia : « Donnez-nous le droit de risquer d’être violées. », en la rapprochant de son propre viol à 17 ans. « Dans les années 60, Camille Paglia se demandait pourquoi, à la fac, les garçons avaient le droit de rester toute la nuit dehors, alors que les filles ne doivent plus sortir après 22 heures. On lui a répondu que c’était une mesure de protection contre le viol. Alors, les étudiantes ont répondu : « Donnez-nous le droit de risquer d’être violées. » Ça m’a choquée d’abord, mais, ensuite, je me suis dit que le viol n’était pas quelque chose de personnel, mais un risque que toutes les femmes prennent, un prix à payer pour la liberté et l’autonomie. J’ai été violée et je ne suis pas morte. En revanche, comment vit-on après avoir été violée. Personne ne veut en parler. »

Elle expose ensuite sa perception de la prostitution qu’elle a également pratiquée. Une activité purement lucrative à ses yeux au cours de laquelle elle a réalisé que « sa valeur marchande était devenue bien supérieure à celle qu’elle avait quand elle était salariée. » Et d’ajouter que cette expérience lui a permis en quelque sorte de « renouer avec la féminité et la séduction de pétasse » tout en étant touchée par l’humanité de certains hommes.

Dans King kong théorie, elle va même jusqu’à déclarer : « La prostitution n’est pas une violence faite aux femmes, c’est le mariage qui en est une. » Une pensée qui lui a été inspirée en constatant que souvent les filles couchent avec leur mari, non par envie, mais parce que ça fait partie du « deal ».

Pour finir, elle donne un conseil aux filles, qui fait penser aux idées de Joy Sorman : « Tout ce que j’aime de ma vie, je le dois à ma virilité. ». En somme il s’agit de ne pas se « forcer à être féminine si ce n’est pas naturel ». Et de citer les « trucs géniaux à prendre chez les mecs » comme gagner de l’argent, l’agressivité, la notoriété, l’écriture, picoler, dire des grossièretés, se marrer…

Bref, un discours inhabituel dans un magazine féminin mais franchement dans la « vraie » vie (pas celle des livres et des magazines), il semble que les filles ont compris depuis longtemps à se débrouiller aussi bien que leur alter-ego masculin…

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(13 commentaires)

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  1. louve

    Déjà le sujet de son dernier livre ne m’intéressait pas particulièrement… mais alors, cette interview… J’ai beaucoup de respect pour Virginie Despentes, mais j’ai l’impression que je vais arrêter de la suivre. Je ne saurais pas l’expliquer… mais elle me semble bien extrême – notamment à propos de la prostitution, on a l’impression qu’elle a fait ça pour s’amuser, pour vivre une expérience, mais ça n’a franchement rien de drôle… Enfin ! C’est dommage.

  2. Alexandra - Buzz littéraire

    Extrême, je crois que tu as trouvé le mot juste. Le danger comme tu le soulignes serait de faire de sa vision et de son vécu personnels, une généralité. Toutefois, sa perception, parce qu’inhabituelle, a le mérite de donner à réfléchir et appelle à réaction… Mais comme toi, je reste dubitative face à de telles affirmations, même si je comprends en partie ce qu’elle veut dire.

  3. louve

    Ah ben je suis ravie que tu m’aies comprise, alors que je me sentais particulièrement confuse… Mais c’est vrai qu’on ne peut pas être indifférent aux propos de Virginie Despentes, et c’est déjà quelque chose de bien… elle bouscule la fourmilière, en quelque sorte. Mais pas d’une manière qui me plairait ou du moins, qui pourrait encore me plaire. Bah, pas grave ! 🙂

  4. kay

    et ce serait quoi "une façon qui te plairait"? avez vous lu le livre? je l’ai lu et je trouve qu’il est interessant à plusieurs points de vue! le premier et le plus important : voilà une femme qui réfléchit constamment ; à l’ éducation qu’elle a eu (éducation étatique et parentale), au monde dans lequel elle vit, à la place qu’on lui attribue et celle qu’elle veut prendre juste pour être heureuse! au delà du "sois belle tais toi, tu seras comblée si tu ne réfléchis pas! mais surtout donne tes enfants à ce monde là!
    bref, juste pour savoir ce serait quoi "une façon qui te plairait?"

  5. nath09

    il me semble que ce livre est un peu un defouloir,un cri de guerre et je ne pense pas que virginies despentes considère que son vécu et ses idées s’appliquent pour une majorité d’entre nous.
    C’est aussi à nous,lecteur de faire la part des chose!

    En ce qui concerne la prostitution ce n’est pas la premiere à dire avoir été mieux traitée par les hommes en tant que pute que femme.

    J’ai pas vraiment l’impression qu’elle a tenté la prostitution pour s’amuser.
    Mais qu’elle s’est dit "pourquoi pas?" Et que si elle avait gagné le meme salaire en se prostituant qu’en vendant des cd a la fnac, elle aurait peut etre plutot vendu des cd a la fnac.
    Je ne pense pas que la prostitution ocasionnel et choisie soit la plus terrible des experiences, mais comme dit virginie despentes, on peut vite se faire piéger avec cet argent gagné si facilement…

    En tout cas, je continuerais de la suivre meme si j’ai quand meme prefere ses débuts…

  6. Nick

    J ‘ai lu ce bouquin dès qu on m en a parlé . J ai adoré que ce soit une femme qui disent tout ca . Je ne trouve pas ses propos extremes mais bien reflechis . Un cri de guerre ouais je pense que c est bien ca , un cri de guerre pour un mal aise ambiant persistant depuis que le monde est monde . Une remise en cause de l orde social regis bien plus qu on ne le pense par des regles de "le phallus a tout droit sur le vagin" .

  7. ade

    personnellement j’ai beaucoup apprécié ce livre car il ma tourné l’esprit vers autre chose, montré des choses que je ne voulais peut etre pas voir… J’avais bien remarqué des "détails" significatifs de la condition de la femme(surtout dans les magazines féminins dont le mot d’ordre est, plus que jamais, Sois belle et tais toi)mais je n’avais pas poussé l’analyse aussi loin.
    j’ai bien peur que ceux qui jugent ce livre trop extrème ne se voilent la face sur l’état de notre société.et je ne serais pas étonnée que ce soit surtout des femmes…

  8. Xavier

    Vous n’avez pas lu ce livre, vous inventez des passages, c’est dramatique et malhonnête.

  9. Vic

    hé bien…Je ne suis peut-être pas suffisamment intelligente, féministe ou dans le coup pour ne pas être choquée par sa réflexion sur la prostitution…parlait-elle de lâ prostution "choisie"? Subie? Les deux?
    Autant l’avouer tout de suite : je ne suis pas une pro-despentes, mais alors pas du tout, depuis que j’ai lu une de ses interviews dans je ne sais plus quel journal féminin tant vilipendé que l’avenir de la femme était dans l’homosexualité, et que les hommes n’étaient bon qu’à baiser, qu’il fallait les laisser baiser entre eux. Mouais… c’est peut-être uniquement de la provoc’-pub, mais c’est nul.

  10. Ludovic

    je viens de lire ce livre. J’attendais d’entendre ca. En général, qd je commence, en soirée, un débat sur le féminisme, alors que je suis un homme, je me fais traîter d’extrémiste, voire pire, on me dit que c’est ma peur des femmes qui me fait être extrémiste. Bref, j’ai trouvé King Kong théorie absolument génial et nécessaire. Je me sens reboosté par ces propos, car avec le temps, j’allais, comme beaucoup d´’autres sujets, commencer à fermer ma gueule pour ne pas casser l’ambiance des soirées. Merci Virginie!

  11. Claire

    Il faut lire ce livre… Ou ne pas en parler.
    Il est nécessaire de comprendre certaines choses, dont celle primordiale, de ne pas se fier à une interview, mais d’essayer de se forger sa propre opinion.
    Bref, Re-merci Virginie…
    Si ça vous intéresse : http://www.lespasionarias.com/in...

  12. Katwoman69

    Virginie, ma Virginie

    Il parait que les gens qui ont ce prénom ont une histoire familiale douloureuse et que ce prénom serait rédempteur. J’en sais rien.

    Je suis très séduite par ton style, moins quand tu parles des pauvres filles pour qui tu écris car je pense pas qu’elles te lisent. Seuls les bobos, les pseudo intellos, les alter qqchose te lisente et tant mieux.

    Je te tutoie, désolée 😉 j’ai vu baise moi x fois et je pense qu’on est copine, arff

    Sur le viol, je te comprend, j’ai encore ma chatte dans la gorge d’avoir entendu G Durand te demander comment tu étais habillé avant ton viol, et toi qui t as pas réagi!!

    Sur le viol, je te comprend, effectivement, ce n’est pas en empechant les filles de sortir apres 22h qu’on lutte contre le viol. D’ailleurs ca ne sert à rien, on ne pense pas autrement les agressions des femmes qu’on leur volant leur liberté, on ne pense pas à éduquer les hommes, non on leur mets des foulards et des grillages.
    Ainsi et encore aujourd’hui, le viol entend punir l’émancipation féminine. Une femme se fait violer, elle n’est pas violé. Sur son viol, on veut savoir l’heure, où elle était, qui était le violeur pour elle, comment était elle habillé.. tout ce qui peut l’incriminer. On peut donc violer les filles faciles, comme on violait normalement les femmes qui habitaient seules dans les 70s supposées etre de moeurs légère.

    Oui le mari est le mac, le client aussi, il est là pour garantir l’honneur de la femme et la protéger, il l’entretient.

    Le viol, comment je l’imagine ? Une coupure, avec la vie, un couloir du temps où aucune loi n’existe, un homme et une femme, il fait ce qu’il veut d’elle.Il remet les choses en place, la nature l’a doté de plus de force. Elle a des droits ? et alors!foutaise.Il peut bander alors qu’elle dit non, il peut bander alors qu’elle souffre, qu’elle se débat, la sexualité masculine n’a pas trop changé.est il vrai que si on ne bouge pas, comme manu dans baise moi ou miou miou dans les valseuses, le violeur perd du plaisir ? j’aimerai!mais je ne crois pas.

    La prostitution, oui y a une prostitution libre à ne pas confondre avec la traite humaine. Dans la prostitution, y des femmes et hommes abusés enfants, des tox, de tout et des personnes libres, faut l’accepter. Une fille baisée apres des barratins, on l’accepte non ?c’est normal, ben cette meme fille peut trouver normal de baiser utile en attendant l’amour.On a as réussit à faire du sexe un partage mais un profit unilatéral, il ne faut pas s’étonner que certain(e)s veuillent leur part de profit si on ne concoit pas qu’elles en aient dans l’acte sexuel. "se faire baiser"!

    Virginie décape. Personne n’a dit que les féministes doivent etre parfaites, elles sont des chercheuses, elles cherchent les causes du malheur féminin. Elles se trompent rarement, laissons les proposer des choses, c’est mieux que regarder en se taisant.

  13. inès

    Tout à fait d’accord. Je ne comprends pas pourquoi à notre époque des propos simplement sages et lucides sont encore jugés "extrêmes". Bien sûr qu’il existe une prostitution parallèle, bien moins glauque que celle qui nous est régulièrement montrée dans les médiats, ou dans les films. Bien sûr que le mariage est aussi une forme de prostitution…quelle mauvaise foi ou quel aveuglement pousse les femmes à le nier et à se prétendre choquée d’entendre cela. Pour moi, Virginie a eu le courage de le dire haut et fort, mais bien entendu, comme pour tout ce qui affirme la sexualité féminine, on tente d’étouffer sa voix.

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