Anna Rozen et Internet

En réponse à l’invitation de l’agence Publicis, Anna Rozen a écrit une courte nouvelle « Parler avec le monde » ayant pour thème les rencontres amoureuses sur Internet. Un monde artificiel où le romantisme n’a guère droit de cité… Dialogues hauts en couleur à l’appui ! Elle ne tient pas de blog (car la lecture à l’écran la gêne) mais un journal photos (de clichés sur le vif) en ligne au sein d’une communauté.


Extrait :
Sur le Net, bardé de codes et protégé par un pseudonyme stupide, fabriqué au dernier moment dans l’urgence panique, après s’être vu refuser celui malin magnifique qu’on avait préparé, mais qui en est déjà à son 345ème avatar, on découvre des mondes mines. Les humains y sont agglutinés par familles de goûts, sans clivages ni censure. Tribus idéales, nébuleuses biologiques, constellations par affinités silencieuses. Dans les ramifications idéales de la toile on rencontre d’autres affublés pseudos avec qui on n’aurait jamais eu affaire autrement. Par delà les barrières sociales, les préjugés, bien au dessus du marché à la viande des rencontres live, on communique directement d’âme à âme dans un mouvement universel et fluide, en totale liberté.

Des échanges s’ensuivent, fourmillants, inattendus, indéfiniment renouvelés. On s’invente des vies, de vraies émotions naissent, intenses, neuves. Suspense et surprises, traits d’esprit, fusions éphémères, palpitations soudaines… Tout ça, bien sûr, enclos dans les douces limites d’un code du savoir vivre absolument raffiné, auquel chacun se plie de bonne grâce. Chaque site ouvre à nos yeux rougis des maillages de galeries à entrées multiples. Chaque mot mène à un monde, chaque thème révèle une civilisation, chaque rencontre en prépare d’autres, à l’infini. On navigue dans toutes les dimensions, enfilant les trous dans le temps, sautillant sur les passerelles jetées à travers l’espace. Et les effets de ces rencontres, échanges et partages rejaillissent en feux d’artifice sur nos vies matérielles. Dopés par les compliments de tous ces inconnus magnifiques, nous parcourons désormais notre existence la tête haute et le torse bombé, nous marchons vers l’avenir sur un sol élastique, tout est nourritures. Pour alimenter les communautés et augmenter notre visibilité, mieux, notre popularité, en leur sein, nous partons chaque jour en chasse : des images pour nos contacts maniaques de photo, des livres pour notre tribu bibliophage, des sensations, des informations, des anecdotes pour nos complices en réseau.

Télécharger la suite de la nouvelle ici
(à découvrir aussi les textes de David Foenkinos ou encore Stéphane Millon…)

Rubrique Buzz+ : Un entretien complet avec Anna Rozen et son éditeur Dominique Gaultier, fondateur des éditions « Le Dilettante »

Photo d’illustration : Autoportrait par Anna Rozen « 3 for 1 », extrait de son journal en images qu’elle tient sur Internet à titre privé. Elle y partage ses photos personnelles allant de sa collection de chaussures aux objets insolites croisés dans la rue, vitrines des magasins ou ombres de son entourage… Une façon de traduire ses humeurs du moment sans pâtir du manque de confort de la lecture à l’écran, dit-elle. La photo est en effet l’une des ces passions et pourrait bien s’introduire dans l’un de ces prochains romans (on se rappelle également dans Méfie-toi des fruits des expos photos de la narratrice).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.