"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

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« La route » de Cormac McCarthy, « Marchant sur le monde mort comme des rats tournant sur une roue »

« La route » de Cormac McCarthy lui a valu le prix Pulitzer 2007. Estampillé officiellement « Géant des lettres américaines » (aux côtés des Norman Mailer, Philipe Roth, Don DeLillo et autre Thomas Pynchon…), et McCarthy est renommé pour ses romans à la métaphysique âpre et sombre sur une humanité maudite, vouée à l’errance et à l’exil. Un auteur tellement encensé que l’on ose plus vraiment formuler de critiques autres que laudatives… Un petit tour des blogs nous donne déjà un aperçu des louanges chantées sur tous les tons de son dernier roman : « une fable biblique et brûlante qui vous dévaste » (plus glaçante que brûlante d’ailleurs au passage !), « la chronique extrêmement poignante d’un après pulvérisé et sauvage », « ce lent et inéluctable naufrage, d’une froideur absolue, totalement dédramatisé », « un récit crépusculaire impressionnant de justesse », « une expérience terrifiante, époustouflante, foudroyante, hors du commun… , « l’écriture envoûtante d’un récit abrupt » ou encore « l’alliance parfaite de la forme et du fond ».

Alors que sort sur grand écran son adaptation signée John Hillcoat, revenons sur les pas de cette route qui peut malgré tout décevoir au tournant… :

« Marchant sur le monde mort comme des rats tournant sur une roue »

Si le titre du roman fait écho au livre de Jack Kerouac, On the Road (Sur la route), on est pourtant loin ici des joyeuses et hallucinées tribulations de la jeunesse Beat Generation.
Ici, en ce lieu indéterminé (où l’on croise canette de coca et drugstore pour l’identification américaine malgré tout…), ce point sur une route quelque part à la surface de la terre, un homme et un enfant -son fils- marchent.
Ils avancent vers une hypothétique accalmie située au Sud (et non pas vers l’Ouest, habituelle destination de l’eldorado, on interprétera ici comme l’on voudra cette direction motivée par la recherche de chaleur à défaut de bonheur…). C’est leur périple, dans la tradition littéraire des odyssées, que nous raconte McCarthy. Au fil de leur longue et pénible progression, on découvre un monde dévasté, calciné et dépeuplé, en proie à la barbarie sauvage (des hordes de pillards au cannibalisme…). Un monde post-apocalyptique, retourné au primitivisme, dans lequel les personnages luttent âprement pour leur survie quotidienne.
On suit leurs gestes de première nécessité : établir un bivouac de fortune dans les bois ou abris d’une nuit, se protéger du vent, de la pluie sous une bâche ou de vieilles couvertures empuanties, trouver de la nourriture et surtout ranimer chaque fois le feu. Feu qui devient au fil des pages, la métaphore, peut-être pas très subtile…, de leur force intérieure.
A tout instant le danger les guette, la peur d’être traqués, dépouillés ou tués…

On a beaucoup salué le style McCarthy, ces phrases si particulières à la sobriété sèche et clinique, en même temps riche de détails et de précisions. Une économie de moyens qui rappelle un peu celle de Camus dans « L’étranger » (voir les autres références* ci-dessous). Une sorte de lyrisme technique. Le rythme, la scansion de ses mots faits de phrases et d’adjectifs qu’il empile, suivie d’une ou deux phrases nominales qui vient renforcer encore l’effet obtenu par contraste.
Sa virtuosité à dépeindre ce monde chaotique et hostile, en restituant ses (non-)couleurs, textures, odeurs… Il est vrai qu’il parvient à véritablement faire pénétrer sous notre peau le froid, la pluie, l’obscurité, « (…) les nuits longues et sombres et froides. Froides à faire éclater les pierres. A vous ôter la vie. », « Sur la neige grise un fin brouillard sanguinolent », à nous faire ressentir la fatigue, la peur, l’insécurité permanente, à nous faire inspirer cet air glacial chargé de cendres, « l’aube grumeleuse émergeait des bois dénudés » « l’aube charbonneuse », « Les arbres dépouillés et noircis » , à nous faire véritablement grelotter ou oppresser dans ce monde gris irrespirable et quasiment privé de lumière, la pire des condamnations de la vie. « Un noir à se crever le tympan » « un noir sans profondeur ni dimension », », « le monde froid et opaque »

C’est essentiellement à son esthétique de la désolation aussi fascinante qu’éprouvante que tient la réussite de ce livre.
Les dialogues réduits à leur plus simple expression retiennent aussi l’attention et revêtent ainsi une certaine puissance. Les réminiscences et rêves qui entrecoupent le récit apportent les échappatoires nécessaires tant au héros (hanté par les visages aimés d’hier à commencer par sa femme) qu’au lecteur ! Ils viennent en effet relancer la narration qui a tendance à virer à la litanie monotone. Ce sont aussi les (mauvaises) rencontres et découvertes qui viennent apporter un peu d’action et de suspense, comme celle de la découverte de la maison et de ses « habitants » en sous-sol qui pétrifient et vient relancer quelque peu l’intérêt qui commençait à s’endormir.
Il y a encore cette confrontation marquante avec le voleur, pauvre vagabond voué à une mort imminente. Malheureusement ces rencontres choc deviennent aussi un peu répétitive donc artificielles, quand elles ne tournent pas au western de seconde zone.

On appréciera néanmoins que la quête alimentaire ou de cachettes prenne un tour épique, rappelant le film « Le pianiste » de Polanski (adapté du livre de Wadyslaw Szpilman) où le héros échappé du ghetto juif erre (et se terre) dans la ville de Varsovie dévastée (beaucoup d’autres références dont Primo Lévy notamment, ont été citées au sujet du roman, voir ci-dessous*). Ou encore l’exploration de train, de ville, de bateau fantômes…
McCarthy a aussi eu l’intelligence de ne pas entrer dans les détails de la barbarie qui règne, en la faisant juste apparaître comme des visions de cauchemar, « Les hurlements des gens mis à mort. En plein jour les morts empalés sur des pics au bord de la route. Qu’avaient-ils fait ? L’idée lui vint qu’il se pourrait même dans l’histoire du monde qu’il y ait plus de châtiments que de crimes mais il n’en tirait guère de réconfort. » Même flou gardé quant aux origines de cette apocalypse et violence, ce qui aura pu gêner certains lecteurs s’attendant à une explication plus fournie mais qui s’avère ainsi plus forte et surtout plus crédible (et évite le côté trop moralisateur). Même si certains détails comme l’âge de l’enfant ne sont pas toujours très cohérents au regard de la durée depuis laquelle le monde est censé être plongé dans cet état et les souvenirs qu’il n’aurait pas du monde d’avant tandis qu’il se souvient des devoirs qu’il faisait pourtant dans son ancienne maison…

Ce roman, à l’histoire presque minimaliste, aura suscité beaucoup d’interprétations diverses et variées sur « son message ». Si tant est que McCarthy ait voulu en délivrer un…
Le plus intéressant reste sa réflexion sur la civilisation : comment le chaos détruit en peu de temps des siècles d’évolution pour un retour assez fulgurant à l’animalité et au primitivisme. Il nous montre avec justesse que la frontière est ténue entre les deux.
Un raisonnement qui se tient lorsqu’on voit ce qui s’est passé pendant les grandes guerres (un récent documentaire diffusé sur France 2 sur la 2e guerre mondiale était d’ailleurs intitulé « Apocalypse »).
Dans ce cadre, il amorce (on regrette que cela ne soit pas plus approfondi) aussi une analyse sur le verbe et les histoires qui sont la base de l’humanité. Lors d’un rêve du héros sur sa femme, il écrit ainsi : « (…) et elle mourait seule quelque part dans l’obscurité et il n’y a pas d’autre rêve ni d’autre monde au réveil et il n’y a pas d’autre histoire à raconter. »
S’il n’y a plus d’histoire à raconter alors c’est l’extinction humaine. Il évoque aussi une bibliothèque carbonisée ou encore la nécessité de rites que les hommes s’inventent pour vivre : « Quand tu n’as rien d’autre construis des cérémonies à partir de rien et anime-les de ton souffle »

Certains critiques auront ainsi pu voir en ce roman une parabole sur la fin de l’homme mais aussi la promesse d’une nouvelle humanité, la reconstruction d’un monde meilleur… au bout de la route (le fantasme de l’apocalypse étant finalement essentiellement nourri par cette perspective de « nouveau monde », bâti sur les ruines de l’ancien).
La question au cœur du livre demeure : Que reste-t-il quand il ne reste rien ? Et son corollaire : A quoi bon continuer d’avancer, à s’accrocher à la vie sans espoir… « (…) il ne pouvait pas ranimer dans le cœur de l’enfant ce qui était en cendre dans son propre cœur »
Et surtout sans Dieu (« Il n’y a pas de Dieu et nous sommes ses prophètes », « les minces arbres noirs se consumant sur les pentes pareils à des bosquets de cierges païens ») ?
La menace et la tentation de la mort du suicide hantent ses pages :
« – Vous souhaitez mourir ?
– Non. Mais je pourrais souhaiter être mort. Quand on est en vie, on a toujours ça devant soi. »

Mais encore ici la dimension philosophique ou métaphysique restent très réduites voire simplistes. Avec en guise de conclusion un assez décevant « message d’espoir » qui sonne plutôt faux. Le pire étant atteint avec la morale manichéenne très hollywoodienne (et chrétienne) du bien et du mal (à coup de « gentils » et de « méchants », même s’il tend à le nuancer comme dans la scène avec le voleur) qui domine tout du long. On pourra aussi regretter certains passages qui sombrent dans le misérabilisme et le pathos renforcés par les aspects archétypaux du père (dans le genre « hard-boiled ») et du fils (l’enfant dans toute sa naïveté et pureté innocente) à la Clint Eastwood (Un monde parfait).
Dans cette dystopie qualifiée de « fiction post-apocalyptique », c’est finalement l’exercice de style (description de paysages et de villes dévastés, de sensations de froid, de peur, de souffrance…) qui prime et cela peut frustrer… [Alexandra Galakof]

A lire aussi :
L’adaptation ciné de « La route » de Corman McCarthy génère plusieurs craintes (et grandes réticences !) des blogueurs
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* Hemingway, Beckett, Tennessee, Faulkner, Shakespeare, Steinbeck, TS Eliot, Bernanos, ou encore Céline, Barjavel (Ravage) et Dantec côté français… : les comparaisons et références pleuvent à propos de « La route » tant sur le thème de l’apocalypse que de l’absurdité existentielle ou encore de son style littéraire. Petit florilège des citations côté blogs et presse :

(Dans cet article ci-dessus : rapprochements avec « Le pianiste » de Polanski, Clint Eastwood et « L’étranger » de Camus)

Cela commence dés la 4e de couverture où l’on cite Télérama qui écrivait dans sa critique : « Héritier de la Bible et de Shakespeare, de Hawtorne et de Faulkner, lyrique et visionnaire, sensible à la beauté du monde, McCarthy est hanté par la violence des hommes et la question du Mal« .

Le blogueur Stalker analyse : « Bien sûr, La route de Cormac McCarthy évoque l’écriture dépouillée (non pas pauvre) du premier Hemingway, celle du dernier Beckett, toute remplie de silences, ces derniers semblant parfois occuper plus de place que le texte lui-même, les souvenirs des plus noires tragédies de Shakespeare (mais aussi le génial foisonnement de sa langue (…)), les images au symbolisme démoniaque que Conrad dispersa, comme autant d’énigmes insondables, le long du fleuve lentement remonté par Marlow, l’errance des personnages des Raisins de la colère de Steinbeck, la certitude que la barbarie ne peut être vaincue par le progrès comme l’évoque Sa Majesté des mouches de Golding, la fragilité extrême du voile qui, justement, nous sépare de cette barbarie, enfouie sous un vernis de bons sentiments et de technologie« .

Il évoque encore Maurice G. Dantec en estimant que contrairement à lui McCarthy « se moque de décrire les combats épiques et sanguinaires livrés par les ennemis de l’Église aux derniers représentants de l’Ordre« . Parmi leurs points commun, il cite : « la dégénérescence du langage, décrite par le menu dans le roman de Dantec et, à mon sens, d’une façon bien trop bio-mécanique et finalement peu convaincante. Ensuite le similaire obscurcissement de l’atmosphère charriant une poussière étouffante. »

Plus amer, un lecteur regrette sur CritiquesLibres : « Ce dithyrambe aurait pu nous faire espérer un nouveau Primo Levi ou Malaparte: ce n’est même pas Ray Bradbury. »
Tandis qu’un autre souligne : « Une superbe écriture et son style unique et si particulier : ponctuation quasi inexistante, absence de virgules (ce n’est pas sans rappeler l’écriture «nouveau roman» d’un Claude SIMON), phrases sans verbes, «et» qui reviennent sans cesse, brièveté et étrangeté des dialogues entre les personnages, (ce n’est pas sans rappeler l’écriture d’un Eugène IONESCO), absence de noms, description minimaliste (parfois disparition) des personnages (ce n’est pas sans rappeler l’écriture d’un Haruki MURAKAMI) »

Sur les Carnets de Sel, Essel remarque : « Le thème a déjà été maintes fois exploité, ne serait-ce que le roman Je suis une légende de Richard Matheson, dont l’adaptation (très libre) cinématographique a fait récemment l’actualité. »

Pour Bartleby, « Une écriture froide, décharnée et précise est nécessaire pour décrire un monde en voie de déshumanisation. McCarthy s’inscrit ainsi dans le sillage de Beckett et de Thomas Bernhard. »

Dans le magazine Transfuge, on écrit que ce « monde désespérant qui n’est pas sans faire songer à l’atmosphère des livres de Kafka ou aux figures évanouissantes de Giacometti et dont le génie tourmenté de Cormac McCarthy parvient à nous persuader qu’il pourrait être aussi l’image et le destin du nôtre. »

Et enfin sur Rue89, Hubert Artus « pense beaucoup à » Duel » , le premier téléfilm de Spielberg (1975), à cette course à la mort entre la voiture et le titanesque camion » Et ajoute : « (…) on se dit que » Wish you were here » , l’album de Pink Floyd sortit la même année que » Duel » -l’album de » Welcome to the Machine » et de » Shine on you Crazy Diamond » , l’hommage à Syd Barrett- a trouvé son histoire.« 

(15 commentaires)

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  1. folantin

    Même mépris des conventions typographiques que dans l’aveuglement de saramago pour un même récit post apo gnangnan
    D’accord

  2. Alexandra

    merci de cette autre référence (et une de plus !). Tu ne conseilles pas alors non plus Saramago…(tiens une chronique sur ce prix nobel serait intéressante au passage !).

    Je crois que le genre "anticipation apocalyptique" est périlleux en raison de tous les clichés qu’il charrie très vite…

    sinon as tu lu "no country for old men", l’autre must de McCarthy qui préfigure la route ?

  3. NLR

    Tiens c’est marrant, pas plus tard que ce matin, je commettais trois lignes là-dessus chez Christophe Bohren, les voici (pour compenser la dhythyrhambhe générale):

    "Moi je me suis particulièrement emmerdé dans ce livre, vraiment, terrible, l’impression de l’avoir lu ou vu dix fois, sorte de Mad Max hivernal chez le Petit Prince, avec des "et et et et et" partout (pour que ça fasse un peu litanie, quoi – mais en français ça passe mal). Imagine la même histoire, exactement la même, mais qui partirait de Besançon pour aller à Biscarrosse, en janvier, et qu’aurait été écrite par Jean-Etienne Dupoil (chez le Colimaçon éditeur), haha, on en aurait parlé nulle part. Ça n’aurait rien occasionné. Ben non. Mais le Rêêêêve AMERICAIN qu’est-ce que tu veux. Avé le Pacifique au bout de la black highway… les stations Texaco isolées, à l’abandon… Wow !… Non c’est vrai, j’me marre moi. En effet le seul truc bien – à mon avis hein, ‘xcusez-moi mesdaaaames et sieurs – c’est les dialogues entre papa et chérubin. Et encore pas tous, certains.

    N’empêche j’me dis que le père Dupoil (chez le Colimaçon) serait bien avisé d’envoyer son roman à un éditeur américain, avec la tour Eiffel rouillée, l’Arc de Triomphe mangé par les mousses, la baie d’Arcachon noyée dans le mazout, ça pourrait le faire, de là-bas…

    Ben oui, le monde est con. The grass is greener on the…

    Bon, après j’arrête de vous assommer, mais le vrai, le véritable coup de maître de McCarthy avec ce bouquin à l’écriture si "tenue, dégraissée, simple" (et je crois que c’était même pas voulu), c’est de faire entendre à la ménagère de moins de soixante-dix ans (ça fait un paquet) qu’elle peut lire de la LITTERATURE plutôt que du Chattam sous perf et autre Levy. Dans les dîners à La Motte-Beuveron, ça fait bien quand même de dire… "Dis donc Raymonde, t’as lu le dernier McCarthy toi ? Mmmh ? Non ? Géniaaal chteu jure… Tu devrais t’lancer…" Arf, bon allez j’arrête, stop NLR, ça va ça va on a pigé…

    Luce !"

  4. ---8

    la partie de cache cache entre charles bronson et julio ymléglass où qu’à la fin charles bronson se fait buter par un figurant mexicain, julio ymléglass se casse le bras dans un accident de voiture et tomy lee jones dit un truc du genre tout fout le camp ma bonne dame ?

    non je connais pas

  5. Alexandra

    Petit complément alors que les premières critiques de La route paraissent (pas si négatives que ça !), le regard du réalisateur John Hillcoat sur son adaptation (extrait de ses feuilles de route où il présente sa vision de l’histoire et du film) :
    "Le film fonctionnera sur plusieurs niveaux, il pourra être lu comme le voyage métaphorique d’une âme, une fable, un conte de fées pour adulte sur la transmission des valeurs d’une génération à une autre, une histoire sur le caractère inéluctable de la mort et sur la plus grande peur des parents : la culpabilité et la douleur de laisser un enfant derrière eux (et par extension la peur que ressent n’importe qui à l’idée de se retrouver seul et abandonné).

    Ce sera aussi un avertissement, un conte moral sur la nécessité de faire prévaloir sur toute chose la bonté, la confiance, l’espoir et la foi face à l’horreur et la destruction imminente.

    Sur un autre niveau, le film pourra être vu comme une aventure épique, sombre, terriblement réaliste et viscéralement pleine de peur et de tendresse. Nous sommes tous les témoins d’une nouvelle époque de violents conflits mondiaux, et nous sommes tous hantés par le spectre d’une catastrophe environnementale à l’échelle globale qui entraînerait la fin de notre monde. La Route résonne donc dans notre psyché collective avec la force d’un cauchemar universel."

  6. Ivanovitch

    Il est idiot de réduire Mc Carthy à "La route" ou "No country for old men". Il a plus d’une dizaine de romans à son actif, dont des westerns géniaux "de si jolis chevaux" "meridien de sang", des épopées hallucinées "Sutree", il s’agit d’un des monuments de la littérature. Critiquer "la route", qui est un de ces livres les plus minimalistes et les plus faciles d’accès peut paraître de bon ton pour se démarquer ou marquer son "originalité", mais dénote une méconnaissance profonde de cet auteur…

  7. Alexandra

    ah oui un livre facile d’accès, on est d’accord. Le fait de ne pas s’extasier ne signifie pas que l’on veut être "original" mais tt simplement qu’on peut lui trouver des faiblesses… Est-ce interdit ?

    Sinon en passant une petite citation de Camus (Dans « Le mythe de Sisyphe ») qui va bien avec l’ambiance de La route :
    « Dans un univers soudain privé d’illusions et de lumières, l’homme se sent un étranger. Cet exil est sans recours puisqu’il est privé d’une patrie perdue ou de l’espoir d’une terre promise. Ce divorce entre l’homme et sa vie, l’acteur et son décor, c’est proprement le sentiment de l’absurdité. »

  8. Ivanovitch

    Des "faiblesses", des "défauts". Honnêtement, tous les goûts sont dans la nature, mais avec Mc Carthy on atteind quand-même à ce que la littérature peut produire de plus brillant. Si vous y voyez des défauts, tant mieux pour vous, mais bon, mieux vaut s’en tenir aux convenances et préférences personnelles quand on parle d’un des rares écrivains unanimement salué comme l’un des "grands" de ce siècle, vous aurez moins l’air à côté de la plaque…

  9. Alexandra

    L’unanimité ? Non apparemment pas…

    Pourquoi faudrait-il se ranger à l’avis de la majorité si on n’y adhère pas au prétexte de ne pas pas "avoir l’air à côté de la plaque" ? Depuis quand y aurait-il des « convenances  » en littérature et pourquoi pas un manuel/diktat de bonnes conduites aussi ?!
    (désolée mais là… n’importe quoi franchement…)

  10. Ivanovitch

    Le problème n’est pas de se ranger à l’avis de la majorité ou de suivre je ne sais quels diktats, même si au fond votre opinion n’a aucune importance… Il s’agit bien plutôt de ça : ne faites pas passer votre opinion personnelle limitée pour un jugement "littéraire" sur le style ou je ne sais quoi. Dites simplement "je n’aime pas le style de Mc Carthy" vous serez plus crédible ; là on dirait une ado récalcitrante qui émet des jugements sur des choses qu’elle ne maîtrise pas. Quand à votre parallèle avec Camus, là franchement, c’est surréaliste.

  11. Alexandra

    ok, t’as raison… merci d’avoir élevé le débat avec tes « arguments » hautement littéraires !

  12. folantin

    nan mais laisse dire, on s’en fout on le fume question point de croix

  13. Joëlle

    Bonne analyse du roman, j’aurais aimé que son auteur explique mieux le "lyrisme technique" qu’il y a trouvé.
    J’ai moi-même été impressionnée par la richesse des détails techniques dans l’organisation de vie des fuyards, par la logique maniaque de leurs gestes, de leurs stratégies pratiques et de leurs manipulations pour trouver, conserver et transporter des aliments et des vêtements. Il y a là un effet d’accumulation hyperbolique d’événements techniques, de rationalisation extrême des comportements dans un monde frappé d’illogisme fondamental. D’où un effet de tension constante.
    Sauf que, bien sûr, il y a probablement dans ces détails, des incohérences. Il me semble bien qu’à un moment, le père prépare des œufs au repas. Comment est-ce possible? C’est, d’ailleurs, un des jeux tout au long de la lecture: trouver ce qui cloche, ce qui est en contradiction avec le reste.
    Et pour finir, quel est le sens de cette histoire? Métaphore de quoi? L’interprétation est libre, l’auteur restant lui-même très vague sur la cause de l’apocalypse, sur la nature des méchants, des gentils, et la fin restant énigmatique.
    Peut-être tout simplement une métaphore de la vie comme cheminement personnel dans un milieu difficile, au milieu d’une humanité mal définie.

  14. Aelic 06

    Vous savez quoi? je ne suis plus très loin des soixante ans, j’en ai lu des livres!!!De toute sorte, du plus complexe aux cuculs choquant les petits intellos qui se reconnaîtront ci-dessus. Quand j’ai fermé "La Route" un petit matin aux volets encore fermés, j’ai éteint la lumière pour m’enfoncer sous la couette et les larmes ont fait place à des sanglots que je me garderai bien de définir ici. Alors me sont revenus les mots de Pierre Pelot à propos du Grand passage: "le seul roman qui m’ait fait crier en le lisant!". La Route est à ce jour le seul roman qui m’ai fait sangloter en l’achevant, non pas par pure déprime, mais parce qu’il
    adéquationne à l’essentiel de la condition humaine. Et sur mon île déserte, j’emporterais La Route comme une lumière dans un tunnel.

  15. phil31

    Je vous cite : « Même si certains détails comme l’âge de l’enfant ne sont pas toujours très cohérents au regard de la durée depuis laquelle le monde est censé être plongé dans cet état et les souvenirs qu’il n’aurait pas du monde d’avant tandis qu’il se souvient des devoirs qu’il faisait pourtant dans son ancienne maison… « 

    -> l’enfant est né peu après l' »évènement cataclysmique »: il y a une évocation du moment précis de la catastrophe: le couple est dans sa maison, la femme est enceinte. Et de l’accouchement -toujours à la maison- ils sont alors isolés mais le monde n’a pas encore atteint la dangerosité de la suite.
    Le gamin n’est donc jamais allé à l’école, les « devoirs » c’est son père (au mieux ses parents) qui l’éduquait, je ne me rappelle pas qu’il soit indiqué que c’était à la maison ou sur la route.

    Ça situe donc le roman pas mal d’années après la « fin du monde », ce qui rend invraisemblable les oeufs et le beurre trouvés à un moment et même -à moindre échelle les conserves.

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