Le succès du Métronome de Lorant Deutsch énerve les historiens

Publié en 2009, le "Métronome" qui raconte "l'histoire de France au rythme du métro parisien" (21 chapitres pour chaque siècle, représenté par des stations de métro ), écrit par le comédien Lorant Deutsch ne cesse de trôner en tête des palmarès et atteint désormais le chiffre record d'un million cinq cent mille exemplaires vendus, couronné d'une adaptation documentaire sur France 5 ! Des clubs de lecture dédiés se sont même ouverts aux quatre coins de France autour de ce manuel de vulgarisation mais aussi touristique. Un blog a été créé en son honneur. Ce qui ne manque pas de faire grincer les dents des experts qui crient à l'imposture :

Le blog Goliards, consacré aux humanités, a ainsi publié un billet amer, "Oups j'ai marché dans Lorant Deutsch", tout en réfutant toute jalousie à l'égard de l'auteur "n’ayant aucun diplôme d’histoire" et qui a reconnu une orientation "royaliste" (orléaniste), rappelle-t-il.

L'objet de leur courroux ? Les multiples erreurs factuelles (dont une liste est indiquée en fin d'article), l’absence de notes, de bibliographie, de pensée critique ainsi que "sa vision très archaïque, pour ne pas dire conservatrice de l’Histoire". Une intervention du best-seller dans le magazine "Détours en France" au sujet de la cathédrale "Notre dame de Paris", les a aussi choqués, où il oppose l’art des hommes du Nord et la culture méditerranéenne.
Et de s'indigner : "LD raisonne comme si l’Histoire était une suite d’oppositions frontales, culturelles, entre deux civilisations, l’une méditerranéenne (qui aurait été vaincue) et l’autre nordique (qui aurait été vainqueur), culture nordique qui serait la « notre ». LD (sans le savoir ?) reprend là les théories néo-conservatrices du choc des civilisations de Samuel Huntington, voir de gens bien moins fréquentables comme le commandant Sylvestre."

Le billet regrette enfin le bouche à oreille autour de ce "livre médiocre" qui "encourage à la nostalgie et aux sentiments" , sans faire débat autour de lui. Ainsi que le fossé qui se creuse entre grand public et historiens.

De façon plus générale, les Goliards notent que les livres d’histoire (Max Gallo, Alain Minc...) les plus vendus ne sont pas de qualité et perpétuent les préjugés contemporains, sans vision novatrice.
In fine, ils recommandent plutôt, "L’invention de Paris" d’Eric Hazan (2002), "l’Atlas des parisiens", de Jean-Luc Pinol et Maurice Garden (2009), "Une histoire de Paris par ceux qui l’ont fait" (2009) de Graham Robb.

De son côté, le magazine "Histoires pour tous", soulignait, en écho, le problème de la narration de Deutsh, faisant la part belle aux mythes au détriment parfois de la réalité et l'absence de vision critique.

(6 commentaires)

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    • métrophile on 21 mai 2012 at 13 h 29 min
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    le travail de lorant deutch comporte peut-etre qques défauts, mais il a le mérite de faire s’intéresser à (ou de réconcilier avec) l’histoire petits et grands.
    sa lecture peut donner envie d’aller plus loin par la suite et d’approfondir certains épisodes historiques avec des livres plus érudits.

  1. Faites-vous votre idée sur la polémique : toutes les interviews audio et video du Metronome sur :
    http://www.lesparisdld.com/p/interv

  2. Puisque vous conseillez de juger sur pièce, à partir des interviews, je vous conseille volontiers celle-là où Deutsch explique comment pour lui, dans sa vision de l’Histoire, les faits sont moins importants que l’idéologie qu’on a et qu’ils ne valent la peine que si ils accréditent les théories préalables que l’on a sur l’Histoire : http://www.franceinter.fr/emission-

    Le problème de ce genre d’historiographie, c’est qu’elle appartient à une longue tradition nauséabonde : le négationnisme. Et Deutsch n’est jamais très loin de tomber d’une Histoire idéologique à une Histoire négationniste, surtout en ce qui concerne la Révolution Française.

    Alors si l’objectif, comme dit dans le premier com’, est de  » réconcilier  » les français avec une vision de l’Histoire pareille, oui, je crois qu’il y a largement de quoi combattre le sympathique mais trouble Lorant Deutsch.

    • métrophile on 4 juin 2012 at 11 h 42 min
    • Répondre

    lorsque je dis qu’il a réconcilié avec l’histoire, je veux signfier qu’il donne envie de s’y (ré) intéresser, par ses talents de conteur et son charisme, sa passion communicative et accessible. son idée de partir du métro qui fait partie de notre quotidien, au moins pour les parisiens, était très bonne également et originale.

    ensuite, c’est important que des gens comme vous qui vous y connaissez, puissent ensuite réagir et faire débat autour de ce qu’il dit pour corriger ou compléter.
    mais cela n’enlève pas ses qualités en tant que telles.

    • wataya on 5 juin 2012 at 19 h 10 min
    • Répondre

    Du charisme, oui, talent de conteur, je ne suis pas d’accord, personnellement : j’ai trouvé le livre très mal écrit et indigeste, il m’est plusieurs fois tombé des mains, même si je me suis forcée à le finir. Quant au métro, je trouve qu’il a très mal utilisé l’outil : à part le nom des station et leur emplacement pour une poignée d’entre elles, il n’y a pas beaucoup de lien entre le métro et l’histoire.

    Mais admettons qu’il intéresse à l’Histoire. Comment s’y intéresser vraiment quand il ne donne pas de bibliographie pour aller plus loin ? Quand on ne s’y connaît pas (et même quand on s’y connaît !), comment peut-on assouvir sa curiosité sans la moindre piste ? Et pour peu qu’on se passionne pour un point précis, il ne cite pas ses sources. J’aurais aimé les connaître sur le sujet de Julienl’Apostat, ça m’intéressait ! Je ne sais toujours pas d’où il tire ses infos…

    Là, on touche à un sujet très important : le respect du lecteur. Il ne suffit pas de l’intéresser, « et après moi le déluge ». C’est de l’imposture, ce genre de méthode.

    (Je précise au passage que je ne suis pas historienne)

    • métrophile on 6 juin 2012 at 10 h 09 min
    • Répondre

    je ne peux parler que pour ma propre expérience donc chacun aura ensuite son ressenti par rapport à ses attentes et connaissances préalables.
    j’étais un peu fâchée avec l’histoire en ce qui me concerne suite à de mauvais souvenirs scolaires. Pour moi l’histoire c’était juste « ennuyeux »…

    Mais la façon de Deutsh de la raconter, de nous emmener en balade comme un ami m’a plu comme lorsqu’on revisite le Paris gallo romain, la découverte des arènes de Lutèce dont j’ignorais complètement l’existence par exemple.

    Il s’adresse à tous même aux béotiens, sans esbrouffe, il y a une grande accessibilité donc c’est un bon point de départ pour (re)voyager ensuite dans l’Histoire je trouve.

    Les critiques autour de son livre sont positives aussi car elles donnent envie d’en savoir plus sur les points contestés.
    C’est en ce sens que je dis qu’il donne envie d’en savoir plus, avec les réactions qu’il provoque, on s’interroge aussi. Il suscite le débat.

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