mercredi 7 juillet 2010
Après les tribulations de la caissière, une assistante sociale passe du blog au livre
Sur son blog, l'auteur écrivait en guise de préambule dans sa première note en juin 2008 : "Tant de tranches de vie, tant de confidences, de moments douloureux effleurés. Je me dis souvent qu'il faut que j'écrive tout cela. Mais pour quoi ?
Finalement c'est peut-être pour moins me sentir seule.
C'est difficile à partager, au quotidien : les gens que vous rencontrez ont plus souvent envie de vous parler de leurs propres problèmes que d'entendre ceux de personnes qu'ils ne connaissent pas, et qui vont encore plus leur miner le moral.
Et puis “assistante sociale”, ça peut évoquer beaucoup de choses… Petit florilège :
“Tout cet argent gaspillé pour engraisser des fainéants qui n'ont qu'à se bouger pour trouver du boulot !” Mais aussi : “Tous ces logements sociaux qu'on refile à des familles africaines et leurs 15 gosses !!” Ou encore, les enfants retirés injustement de leurs familles, ou pas, alors qu'ils étaient en danger et que : “personne ne fait rien, les services sociaux ne font rien, et tout fout le camp” et bla, bla, bla. Mais ce que j'entends encore le plus souvent c'est : “Je ne pourrais jamais faire ce travail”.
Ces histoires que je rencontre, je ne les porte pourtant pas comme un fardeau ; c'est une vraie richesse , et une satisfaction lorsque les personnes que je reçois sortent de mon bureau un peu plus légères d'avoir pu vider leur sac, se livrer un peu, être écoutées, simplement et sans jugement.
Mais j'ai quelquefois le sentiment d'absorber toutes ces ondes de tristesse, d'inquiétude, de désespoir. Autant c'est facile à vivre et de passer à autre chose lorsqu'on est en forme et que l'on n'a pas de problème particulier à gérer dans sa propre vie privée, autant il y a des jours où l'on a le sentiment que la coupe est déjà pleine et que l'on est plus en capacité d'être disponible pour qui que ce soit.
Je ne m'imagine pas comme une mère Thérésa ou quoi que ce soit de ce genre. Juste un trait d'union entre une période difficile et le retour à des jours meilleurs. Cela prend plus ou moins de temps, évidemment. C'est le cas le plus souvent, puisque j'ai la chance de travailler auprès de fonctionnaires, qui à priori ont au moins la chance d'avoir un revenu fixe.
Pour d'autres, des écorchés de la vie, il en est autrement. Ils font partie de ceux qui font souvent les mauvais choix, répètent des histoires ancestrales qu'ils ne maîtrisent pas, s'enferrent dans des situations compliquées.
Pour eux, j'ai parfois du mal à trouver l'énergie nécessaire de nouveau, à chaque fois. A ne pas les juger, non plus. C'est difficile de ne pas se référer à ses propres valeurs et repères et de comprendre les mécanismes complexes qui peuvent amener les gens à des situations irrésolubles et à vous solliciter très souvent.
J'essaie de le faire, du mieux que je peux, et de les aider, autant que possible. Trop, jugerons sans doute certaines de mes collègues. La plupart du temps, cela ne porte préjudice ni à moi, ni aux personnes que je rencontre. Mais cela me met parfois dans des situations compliquées où je me retrouve à établir des dossiers ou rédiger des courriers sans conviction, et cela n'a aucun sens, car je sais d'avance que c'est peine perdue. Pourtant, c'est vrai , je n'arrive que rarement à dire non. Cela provient sans doute d'un besoin de me sentir appréciée… Pendant mes études d'assistante sociale, nous avions étudié un texte : “savoir dire non ; le oui qui tue” ou quelquechose dans ce goût… il faudrait que je remette le nez dedans… !!
Au-delà de toutes ces théories, et de la barbarie administrative inhérente à cette profession, ce qui prime avant tout pour moi et ce pour quoi j'exerce ce métier, c'est la relation à l'autre. Ce qui me plaît par dessus tout, c'est d'arriver à tisser peu à peu un climat de confiance, qui leur permette de se sentir suffisament à l'aise pour pouvoir s'exprimer librement. Que je puissse au fil des rendez-vous les découvrir et comprendre ce qui les amène là, dans mon bureau. Je découvre alors des histoires de vie incroyables. Des personnages fascinants. Des parcours extraordinaires. Je m'en nourris, c'est ce qui me fait avancer. Au fond, toutes ces personnes qui pensent me demander tant, me devoir tant : ils ne se rendent pas compte à quel point c'est moi qui leur suis reconnaissante."







1. Le mercredi 7 juillet 2010 à 20:12, par aSo
2. Le mercredi 7 juillet 2010 à 21:14, par Stef
3. Le mercredi 7 juillet 2010 à 21:23, par Alexa
Réponse de BUZZ... littéraire le mercredi 7 juillet 2010
4. Le mercredi 7 juillet 2010 à 22:06, par Valérie Agha
Réponse de BUZZ... littéraire le jeudi 8 juillet 2010
5. Le mercredi 7 juillet 2010 à 22:09, par Delph
6. Le mercredi 7 juillet 2010 à 22:27, par sandrine
7. Le jeudi 8 juillet 2010 à 07:21, par la grande soeur
8. Le jeudi 8 juillet 2010 à 08:07, par LN
9. Le jeudi 8 juillet 2010 à 10:29, par Valérie Agha
Réponse de BUZZ... littéraire le jeudi 8 juillet 2010
10. Le jeudi 8 juillet 2010 à 11:37, par Delph
11. Le jeudi 8 juillet 2010 à 14:47, par Anne
12. Le jeudi 8 juillet 2010 à 16:36, par agnes
13. Le lundi 19 juillet 2010 à 13:45, par Florence