Les Corrections de Jonathan Franzen: 20 000 lieux sous la famille américaine

Les corrections de Jonathan Franzen, National Book Award en 2001, est-il un livre choquant ? Dénonce-t-il quelque chose de nouveau ? Les prisons dorées des sociétés occidentales, nos impasses métaphysiques, nos quêtes de sens, notre impuissance face au temps qui passe, les mentalités étriquées, la petitesse des ambitions égocentriques, l’incommunicabilité… Les Lambert, une famille prise au sens de « cellule familiale » est télescopée sous tous ses angles. La cellule familiale, son irrémédiable démantèlement, son éloignement au point que ses membres deviennent des étrangers entre eux. L’éternel thème de famille je vous « hais-me ». L’impossible cohésion des systèmes de pensée, chacun persuadé de son bon droit. Le tiraillement entre ce qu’il faudrait faire (ses devoirs familiaux) et ce que l’on ressent (les ressentiments).

La famille Lambert ou « Les désaxés tentent de sauver les apparences ! »
A ma gauche Enid, prisonnière du paraître auprès de ses voisins et connaissances, s’accrochant à ses catalogues de décoration intérieure, ses rêves de croisière, tente de jouer la comédie de la famille unie, maintenant coûte que coûte un semblant de normalité face à la déchéance de son mari et les vies marginales de ses enfants.

A ma droite, Alfred, son mari revêche et buté, exténué des manies de son épouse se débat contre la terrifiante maladie d’Alzheimer.

Et au milieu leurs enfants : Chip, l’aîné, courant après une gloire improbable de scénariste à succès, accumulant les échecs sentimentaux et tentant de fuir des responsabilités familiales qui l’effraient.

Denise, chef restauratrice talentueuse, accumulant les aventures, hésitant sur sa bisexualité, désireuse de tenir son rôle de fille dignement en soutenant ses parents vieillissant. Et Gary, le seul ayant reproduit le schéma politiquement correct de la famille. Marié, père de 3 enfants… et en proie à une dépression existencielle qu’il refuse d’admettre et des inquiétudes plus matérielles quant à l’avenir de ses parents défaillants…

L’auteur a déclaré avoir mis un peu de lui dans chacun de ses personnages pétris de doutes et d’angoisses. Il utilise ici la méthode classique du « grattage de vernis » qui met crescendo à nu les failles cachées et les travers de ces personnages dont aucun n’est épargné. On est tenté au fil de la lecture de prendre parti pour l’un ou l’autre des membres de cette famille. Excuser les faiblesses de certains, condamner les comportements d’autres. Le lecteur spectateur se surprend à être juge.

Le point culminant intervient lors de la réunion familiale à Noël. Une date symbolique : la fête familiale par excellence où chacun, après de multiples rebondissements, sera réuni. Où chaque membre reviendra sur l