« Une femme normale » d’Emilie Frèche : Reconstitution polyphonique de l’éternel féminin…

Deuxième roman de cette jeune romancière, écrit à l’âge de 28 ans et publié en 2002 pour la première fois (sorti en poche en mai 2006), « Une femme normale » est un étonnant puzzle qui reconstitue, chapitre après chapitre, le visage et la personnalité d’une femme dont on ne sait, a priori, rien. Une adaptation au cinéma avec Charlotte Gainsbourg, Yvan Attal et Cécile de France était également en préparation… A la fois exercice de style et véritable récit, l’auteur réussit à se glisser dans la peau d’une infinité de personnages et de restituer de multiples perspectives, angles et facettes différentes de cette fameuse « femme normale », trentenaire, qui pourrait bien incarner « le mystère féminin »…

« Elle soupire, pianote dans le vide, déchire son paquet de cigarettes et rêve de s’enfuir. C’est un chat ma mère. Il ne faut pas lui montrer qu’on l’aime ou qu’on a besoin d’elle ou elle se sent tout de suite étouffée. elle a l’impression qu’on lui vole sa liberté. Il faut la laisser partir et attendre patiemment qu’elle revienne. » (son fils)

C’est l’originalité de sa forme qui fait tout l’intérêt de ce roman. C’est en effet à travers une myriade de personnages plus ou moins proches de l’héroïne que l’on découvre ainsi peu à peu par fragments ses traits, que son portrait se dessine. Qui est « Elle » ? Elle, cette femme mystérieuse, la curiosité ira grandissante (et la tentation grande d’aller directement au dernier chapitre pour avoir la solution de l’énigme féminine qu’elle représente !). Réparti en 4 grandes « catégories », des voix vont s’exprimer, vont témoigner pour tenter de définir son identité. Un choeur tour à tour humoristique, envieux, admiratif ou encore sarcastique voire un peu cruel… qui va livrer des indices – des détails les plus triviaux aux remarques plus profondes-. Et notre héroïne est loin de faire l’unanimité…

« Je crois aussi qu’elle est malheureuse… elle a quelque chose de triste dans le regard… et puis ce silence, cette distance… Elle a des problèmes maintenant, j’en suis sûre. Est-ce qu’on reste silencieuse dans une cabine d’esthétique ? Non mais franchement ? » (l’esthéticienne)

On entend tout d’abord « les sanguins » c’est à dire les membres de sa famille : la mère, l’origine de tout, assez distante qui reconnaît n’avoir jamais été très proche de sa fille puis son père qui a au contraire été complice de sa fille « racée, douce et élégante », et lui voue une grande tendresse (faiblesse ?) ou encore sa soeur cadette visiblement remontée contre cette aînée qui l’a tenue dans l’ombre et l’a méprisée. Suivent les intimes allant de l’esthéticienne au gynécologue puis les incontournables (du banquier à la femme de ménage…), les savants (le psy ou encore l’admirateur anonyme…) ou encore les élus (ses ex maris qui la voient comme un « cauchemar », « frigide » et amants qui, au contraire, la dépeignent comme « torride »…). Amusante la distinction entre l’amant « sexuel », « intellectuel » et… « électronique » dont le témoignage est retranscrit sous la forme d’un e-mail. Car c’est aussi sur le plan graphique que le roman est novateur, incluant d’authentiques photographies d’échographie par exemple, des dessins d’enfant, des clichés volés ou encore plus insolite son relevé de compte, sa courbe de température ovulatoire ou encore une radio dentaire !

« En fait, on n’échappe pas à son milieu : elle est comme ses parents. Mondaine, bourge, snob. Elle aime les petits plats dans les grands, les pages people des magazines, le téléphone portable, les fringues qui coûtent les yeux de la tête. C’est une fausse simple. » (son premier mari)

A chaque fois Emilie Frèche parvient à se glisser dans la peau de chacun d’entre eux avec une réelle justesse et complémentarité. Qu’il s’agisse de la gouaille de l’esthéticienne ou de l’amour aveugle presque oedipien que lui porte son fils… On reconnaitra souvent les archétypes de son propre entourage et les conflits type qui viennent souvent obscurcir une vie qu’il soit familial ou sentimental.

« Quand je rejoins la terrasse, elle a déjà réglé l’addition et enfile son imper rouge. « J’ai envie de marcher, pas toi ? » C’est sa phrase habituelle. » (son amant sexuel)

Il y a une subtile universalité dans ce portrait contrasté et fantasmé de cette « fleur de bitume », qui s’esquisse progressivement sous nos yeux intrigués. Et une complexité aussi, puisqu’elle n’apparaît jamais sous la même lumière selon l’interlocuteur. Menteuse ? Caméléon ? Hypocrite ? Séductrice ?, s’interrogera t’-elle à la fin en apprenant les réponses de ses proches. « Je suis assez normale, une femme comme des milliers d’autres, une femme comme on en croise tous les jours et qu’on remarque ou pas !« , conclura-t’-elle.

Avec une écriture directe, sans chichi et un humour mi-tendre mi-ironique, ce roman et ses jeux de miroir troublants conduisent le lecteur à se poser la question de la perception.
Car finalement notre identité n’est elle pas la somme des perceptions extérieures que nous inspirons ? Qui détient notre vérité ? Nous-même ou les autres ? Difficile de le savoir, surtout après avoir refermé la dernière page de ce petit livre beaucoup plus profond qu’il n’y paraît sous ses allures humoristiques.

(1 commentaire)

    • laptite émilie on 15 décembre 2007 at 16 h 56 min
    • Répondre

    je mapel émilie lol é j’trouve ke c une belle histoire !!

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