« Nous sommes cruels » de Camille de Peretti, Manipulations amoureuses plus Lolita Pille que Laclos…

Vous devriez entendre beaucoup parler de cette jeune auteure de 26 ans (née en 1980) qui a déjà fait couler beaucoup d’encre pour son premier roman Thornytorinx (récemment ré-édité en poche chez Pocket et prix du premier roman de Chambéry 2005) où elle décrivait l’horreur de la boulimie dont elle a souffert. Avec son deuxième roman, elle s’affranchit de l’autobiographie pure (même si elle s’inspire tout de même de sa propre adolescence) et revisite « Les liaisons dangereuses » de Laclos pour livrer un récit épistolaire moderne (à base d’e-mails et de textos) où une jeunesse dorée, orgueilleuse et cynique, fascinée par les libertins du XVIIIe, rejouera, à sa façon, les défis romantiques et cruels de Madame de Merteuil et de Valmont.

« Je cherche désespérément la cause qui fera de moi un homme avec un couteau entre les dents » Julien

Entre passion, manipulations, séduction et déchirements mutuels, les deux héros, Camille et Julien, repousseront leurs limites et les humiliations jusqu’à être dépassés par leurs propres mensonges et leurs jeux interdits… Le tout sur fond de grandes écoles de Paris (sur les bancs de Sciences ou d’hypokhâgne) à New-York, Cape Cod jusqu’à la Bretagne ou encore Saint-Cyr, et envolées lyriques (un brin trop maniérées parfois)…
Les masques finiront par tomber, dévoilant la fragilité, la vacuité et l’immaturité de ces jeunes héros qui sous leurs apparences hautaines et méprisantes n’aspirent finalement qu’aux contes de fée… Des adolescents machiavéliques qui ne sont que des enfants tristes qui s’ennuient, terrifiés de devenir des adultes à l’image de leurs parents. Un roman qui devrait plaire aux inconditionnels de « Hell » de Lolita Pille

Voir aussi L’entretien vidéo donné par Camille de Peretti dans la rubrique « Buzz+ » et la chronique de Thornytorinx, son premier roman..

Extraits de l’éditeur Stock :

Marie à Julien
A Saint-Cyr

Ta lettre m’a surprise en effet. Je sais que tu es un ami de Camille ainsi que de William et de Bruce, mais je tiens à t’avertir que je ne suis ni Intelligence ni Modestie ni quoi que ce soit que l’on ait pu te raconter. Je pense donc que cette correspondance tournera à la déception. On ne décide pas de faire ‘partie de la vie de quelqu’un’. Il faut être deux pour ça (aussi absurde que cela puisse paraître). Peut-être nous verrons-nous à Paris avec nos amis. Nous reparlerons alors de tes ‘envies’. Je ne voudrais surtout pas que tu me trouves méprisantes, Camille m’a parlé de toi : tu as toute mon estime. C’est juste que pour le moment, je pense qu’il vaut mieux que nous en restions là.

De New York, ce 1er mars 19**

Lettre 1 Julien à Camille À Paris

Il y a des signes qui ne trompent pas, et moi je sais que nous sommes faits pour nous entendre. L’urgence me pousse à écrire cette lettre. Les épreuves du bac viennent de se terminer et peut-être n’aurai-je plus l’occasion – même si j’ai médiocrement échoué à toutes celles qui se sont présentées à moi ces dernières années – de savoir si oui ou non tu es celle que j’ai rêvée. Six ans à te croiser dans les couloirs de l’école sans jamais avoir osé te parler et maintenant que je dois partir, j’ai l’impression que je suis passé à côté de la plus belle histoire, de la plus belle rencontre de ma vie. Ne te méprends pas, ma démarche n’est pas celle d’un amoureux. Tu es une jolie fille Camille et j’ai eu le temps d’apprendre ton nom. Tu me connais sûrement de réputation. Tout est faux. Je me fiche que tu sois jolie, je ne veux ni t’inviter au cinéma ni avoir le droit officiel de te tenir la main, je veux te connaître et me dire que je ne me suis pas trompé. Nous pourrions commencer par une correspondance fondée sur le respect et la franchise. Je pars demain pour la Corse, tu pourras m’écrire à l’adresse indiquée au dos de cette missive pour le moins péremptoire, mais de grandes choses nous attendent et je te demande de me faire confiance.

De Paris, ce 10 juillet 19**

(…)

Lettre 4 Camille à Julien À Sartène

Oui, pourquoi ne pas vous faire confiance ? J’ai toujours rêvé d’un ami qui me comprenne et surtout qui n’ait peur de rien. Des préjugés me direz-vous. Certes, votre réputation de « turbulent » n’est plus à faire, et vous avez arboré des coquards assez de fois pour en fournir la preuve. Plus simplement, avouez qu’il faut un peu d’audace pour m’annoncer que nous sommes faits pour nous entendre, comme ça, sans avoir d’autre connaissance de moi que ma garde-robe.

De vous je sais que vous êtes d’un an mon aîné, vous parlez fort, votre petite amie est un laideron et, par déduction de ce qui a été dit plus haut, vous êtes bagarreur. Que notre correspondance ne tourne pas à l’amour et tout sera pour le mieux. Je suis impatiente de découvrir celui qui se cache derrière un œil atrophié trois fois l’an. Dites-moi quelles sont vos lectures, je vous dirai les miennes. Pour le reste, ma couleur préférée est le rose, je n’aime que la musique classique et les grandes villes, en été je prends de terribles coups de soleil, et je passe mes vacances à Cannes à l’adresse indiquée au dos de cette enveloppe.

De Cannes, ce 19 juillet 19**

(…)

Lettre 6 Julien à Camille À Cannes

Je commencerai par vous présenter mes plus plates excuses, effectivement je n’avais pas à vous tutoyer. Votre lettre m’a fait le plus grand plaisir, ainsi vous acceptez. Oui nous allons nous connaître et mieux que cela nous allons nous aimer. Je serai votre chevalier sans peur, votre paladin et vous serez ma princesse des roses. Mes lectures sont Chrétien de Troyes, Alexandre Dumas et les Mémoires de Sainte-Hélène. Je suis inscrit l’année prochaine en hypokhâgne à Saint-Cyr et je suis champion d’escrime. Je vis hors du temps et la Corse me le rend bien. Je passe de merveilleuses vacances avec celle que vous nommez un laideron – et sachez que je la tiendrai en dehors de notre correspondance ainsi vous pourrez continuer de l’insulter à loisir, elle n’en saura rien.

De Sartène, ce 22 juillet 19**

(…)

Lettre 9 Camille à Julien À Sartène

Comme vous y allez. Paladin, amour courtois et Histoire de France ; je propose Laclos. Non seulement il est l’auteur de mon livre préféré, mais surtout ce sera beaucoup plus amusant. Je serai Merteuil et vous serez Valmont, nous nous dirons tout, comme vous le suggériez dans votre première lettre, et nous intriguerons, ce qui vous tirera de l’angoisse des soirées entre garçons au pensionnat de Saint-Cyr, car je me suis renseignée. Oui j’ai bien pensé à vous et je me suis demandé ce que nous pourrions faire de toute cette énergie platonique. J’ai cherché des défis chevaleresques en vain ; des défis amoureux qui incluraient des tiers me semblent plus réalistes. Qu’en dites-vous ? Il faudra bien sûr établir des règles au préalable, mais je ne désespère pas de notre mutuelle inventivité en la matière. Je quitte Cannes demain, écrivez-moi ce que vous pensez de mon petit projet à mon adresse parisienne. Adieu, recommandez-moi aux prières de votre laideron.

De Cannes, ce 4 août 19**

A propos de l’auteur :
Camille de Peretti est née à Paris où elle a effectué toute sa scolarité dans une école internationale du 15ème arrondissement. Après une hypokhâgne et une khâgne, elle intègre l’ESSEC, et pour payer ses études elle est apprentie analyste financière dans une banque d’affaires. Mais elle n’a pas de passion véritable pour la comptabilité et la gestion. Aussi, au cours d’un long voyage d’étude au Japon, elle préfère donner des cours de cuisine française pour la télévision nippone à l’analyse des colonnes de chiffres. Une fois son diplôme en poche, elle s’enfuit donc au cours Florent pendant trois ans, et crée une entreprise d’événementiel. En 2005 elle publie son premier roman, Thornytorinx aux éditions Belfond et tourne deux longs métrages, The Cutting Room Floor (Richard Roenpack) et Casting (Stéphane Robelin). Aujourd’hui, elle vit à Londres et publie son deuxième roman, Nous sommes cruels aux éditions Stock en novembre 2006.

Plus d’infos sur le site officiel de Camille de Peretti : www.camilledeperetti.com

(4 commentaires)

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    • Poissonrouge on 4 décembre 2006 at 23 h 39 min
    • Répondre

    Contente que l’on parle du nouveau roman de Camille de Peretti. Je viens de le terminer, c’est vraiment bien. Seulement, je ne pense pas qu’il s’adresse uniquement aux lecteurs de Hell. C’est beaucoup plus fouillé psychologiquement, l’intrigue est mieux tenue, les personnages existent, même si ce sont des ados très "tête à claque". Il n’y a pas un style, il y a des styles. CdeP a mis la barre très haut en se confrontant aux Liaisons dangereuses, c’était audacieux, mais elle a relevé le gant.

    • Poissonrouge on 4 décembre 2006 at 23 h 42 min
    • Répondre

    PS : je n’avais pas vu qu’elle avait un site. Il y a des articles de presse, une bio… C’est bien foutu.

    • Colargol on 5 décembre 2006 at 23 h 40 min
    • Répondre

    Je suis d’accord avec Poisson rouge, c’est un très bon roman, le lecteur est pris au piège autant que les personnages, et puis c’est tellement rare les bons romans épistolaires. Pour moi, c’est une vraie réussite. Je n’ai pas encore lu le premier livre de l’auteur, mais je crois que je ne vais pas résister longtemps. A suivre…

    • TethaKlak on 6 décembre 2006 at 14 h 39 min
    • Répondre

    Adolescent, les liaisons dangereuses était mon livre de chevet . Aujourd’hui C. de Peretti revisite le genre épistolaire et sort un roman qui rends homage a Laclos avec un grand talent. Je l’ai acheté Samedi et l’ai dévoré en 2 jours. Un vrai délice.
    Un conseil: relire Laclos avant ou entre 2 lectures de Nous sommes cruels, car CdP a truffé son roman de reference et clins d’oeil aux Liaisons Dangereuses.

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