« Zones humides » de Charlotte Roche : livre, buzz, blog et hémorroïdes…

Ces dernières semaines ont été marquées par le buzz (venu d'Allemagne) accompagnant la sortie française du best-seller polémique (plus d'un million d'exemplaires vendus) de la journaliste Charlotte Roche : "Zones humides". Un titre qui veut bien dire ce qu'il veut dire et nous entraîne dans l'intimité la plus crue d'une jeune fille hospitalisée pour cause de "fissure anale". Le prétexte à une introspection égayée d'anecdotes sur ses "selles sanglantes" et autres détails croustillants sur ses pratiques scato-génitales. Arte a consacré un documentaire à ce livre phénomène et à son auteur (voir vidéos ci-dessous).

Un portrait rare à base d'hémorroïdes, de sperme, de menstruations et autres odeurs corporelles bien naturelles..., quand il ne s'agit pas du descriptif pointu de ses sodomies. Comme le résume la narratrice : “Je suis mon propre vide-ordure. Une recycleuse de sécrétions corporelles."
Certains auront quand même réussi à y voir une expression de "revendication féministe" (incarnée par sa vision anti-hygiénique du corps de la femme loin des diktats de beauté en vigueur) :« Les femmes ne sont pas juste des espaces de présentation, elles tombent aussi malades, elles vont aux toilettes, elles saignent. Si vous aimez quelqu'un et que vous voulez coucher avec, il va falloir faire face à ces petites choses un peu crades », a expliqué l'auteur dans une interview. D'autres critiques ont évoqué "une filiation manifeste avec un Rabelais".
Certains lecteurs auront enfin pu aussi être touchés par la souffrance en filigrane de l'héroïne traumatisée par le divorce de ses parents et qui rêve de les voir se réconcilier autour de son lit d'hôpital (snif !)...

Dans la lignée des Monologues du vagin revisités par un Sade en panne de style, "Zones humides" fait aussi l'objet d'un blog du même nom (sous titré "Histoires d'une génération sans tabous") où vous pourrez retrouver notamment foultitude d'avis de blogueurs (et surtout de blogueuses) sur l'opus grâce à une opération de marketing éditorial orchestrée par l'agence SixandCo.
C'est ainsi que l'une d'entre elles écrit, à juste titre : "Le trash est un style difficile à manier. Pour moi son emploi n’est justifié que lorsqu’il est porté par une véritable histoire, lorsqu’il se fait la toile de fond stylistique d’un récit qui se doit de choquer, pour interpeller, accompagner et mieux marquer les esprits. Pour prendre sens il se doit d’être brillant, car sans véritable trame gare au risque de tomber dans le voyeurisme malsain ou la provocation gratuite." On trouvera aussi sur ce blog, quelques citations du livre ou encore une -charmante- séquence vidéo aux toilettes (intitulé "La cuvette")...

(9 commentaires)

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    • Contente on 30 mars 2009 at 17 h 15 min
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    Ah bah voilà, moi qui dois bientôt me faire opérer des hémorroïdes, je sais quel livre je vais emmener à l’hopital. ça me rappellera la maison…

    Je suis pas trop crue là ?

    • Laurence biava on 30 mars 2009 at 23 h 56 min
    • Répondre

    bien la vidéo. Décidément, ce Beig souvent très absorbé et très travailleur est partout. (dixit sa page myspace)

    Voici la chronique d’avril 2009 de Femmes de Frédéric Beigbeder au sujet du roman de Charlotte Roche.

    "Paroles d’hommes"

    TITRE : UNE SIMONE DE BEAUVOIR EN MINIJUPE ALLEMANDE ?

    "Baudelaire parle du mauvais goût comme d’un plaisir aristocratique. Le plaisir aristocratique du mois devrait donc être le premier roman d’une trentenaire allemande, Zones humides de Charlotte Roche. Typiquement le genre de roman que j’aurais du détester. On le lit souvent en grimaçant de dégoût, au bord de la nausée. Pourquoi consacrer une page à autant de souffrances ? Parce que ce livre a été un véritable phénomène de société en Allemagne où il s’est vendu à 700.000 exemplaires l’an dernier. Un tel raz de marée est forcément intéressant à comprendre, ou à ne pas comprendre. La narratrice du roman, Hélène Mernel (18 ans), nous raconte comment elle vole les lunettes des passants dans la rue, avale de la coke dans du papier toilette et ne se lave pas afin de décupler le fumet de ses ordeurs corporelles. Comparées à Charlotte Roche, Virginie Despentes, Christine Angot et Lorette Nobécourt sont des auteurs pudiques. Cette espèce de récit trash est devenue le nouvel académisme. La surprise vient du contraste enntre la violente obscénité du livre et le visage de son auteur, une brune souriante aux airs de sainte Nitouche, qui fut animatrice de télévision durant quelques années en Allemagne (sur la chaîne musicale VIva). Pour transposer les choses en France, c’est un peu comme si VIrginie Efira écrivait un livre de Catherine Millet. Jouer à provoquer le bourgeois avec la vérité du corps humain (ses sécrétions, ses humeurs, ses "zones humides") n’est pas un procédé nouveau. A peu de choses près, c’est celui de D.H. Lawrence, Henry Miller et Elfriede Jelinek. Pourquoi devrions nous être choqués par la nature ? Le talent de Charlotte Roche est de transformer ses rendez vous chez le proctologue en véritables scènes de comédie burlesque. C’est à la fois dégueulasse et désopilant. Son style très "mode" et son humour puéril rendent acceptables des scènes pourtant à la limite du racontable. Est-ce de la haute littérature ? Pas sûr, mais ce texte est en tout cas nettement supérieur à tous les blogs de débiles mentales qu’ on trouve sur Internet. Zones humides trousse (si j’ose dire) un vrai portrait de femme libérée, attachante et délurée, qui montre qu’ on peut être féministe tout en restant girly, voire sexy. On comprend que cette posture plaise aux allemands ; ce peuple a de bonnes raisons historiques de craindre l’obsession de l’hygiène et la dictature de la beauté parfaite. Peut-être y a t-il là un nouveau combat pour les femmes : cesser d’obéir aux diktats de la pub et de la fashion, accepter son corps dans toute sa vérité (ce livre serait en quelque sorte une suite aux Monologues du vagin d’Eve Ensler). Espérons que cette lutte nouvelle n’empêchera pas les femmes de se savonner de temps à autre."

    Je commence le roman. Hum hum..
    Bref, à bientôt…

    laurence (en direct du qg-le-cercle)

  1. Je pense mais je peux me tromper que ce livre ne marchera pas en France. Une intuition.

    Je ne l’ai pas lu en entier pour le moment, seulement de larges extraits et je suis sidérée qu’on puisse prendre ce texte pour le summum du nouveau féminisme ou du porno trash. C’est assez évident qu’Helene – le personnage – est surtout une gosse profondément malheureuse. Elle ne rêve que de rabibocher ses parents, elle a une mère jalouse qui lui coupe les cils sans raison, elle est moins aimée que les autres, ce à quoi elle remédie en essayant les trucs qu’on lui interdit le plus (le coup de se frotter la chatte sur les cuvettes de WC, qu’est-ce de plus qu’une tentative d’aller à l’encontre de ce qui lui recommande maman?)… Du coup, elle reste bloquée dans un stade totalement auto-érotique qui relève presque de la pathologie… Si on nous vendait directement le livre pour ce qu’il est, c’est à dire ce que je viens de citer, ça serait éventuellement crédible, ça pourrait passer en dépit du fait que ce texte n’a aucune qualité littéraire, pas de structure narrative ou romanesque correcte ni quoi que ce soit.

    Mais là! Je suis encore plus sidérée que Beigbeder tombe dans le piège en allant jusqu’à dire que lui aussi dénonce la dictature de l’hygiénisme! Mais à qui veut-il faire croire ça alors qu’ils sort avec des nanas toutes plus bombasses et lisses les unes que les autres? Puis honnêtement qui se sent brimée et "dictaturée" dans le fait de se laver et prendre soin de soi? Comme si ces règles élémentaires de respect de soi étaient dictées par la pub, faut arrêter deux secondes d’intellectualiser sur tout et n’imporet quoi, merde!

  2. "On comprend que cette posture plaise aux allemands ; ce peuple a de bonnes raisons historiques de craindre l’obsession de l’hygiène et la dictature de la beauté parfaite."

    Alors là point goldberg+ gros cliché lamentable (allemands= nazis, portugais= poils, suedois = meubles) = beig est en forme, quel artiste!

    ;))))

    a+

    yann

    • Mariannette on 19 avril 2009 at 11 h 06 min
    • Répondre

    Tiens, avec un nom pareil et le goût pour les thèmes abordés, on dirait une auteure francophone plutôt. Va-t-elle concourir au Goncourt 2009?

  3. J’ai l’impression que c’est un récit assez grotesque, au sens premier du terme. J’attendrai qu’on me le prête, maintenant. Je retombe un peu trop loin de mes envies.

  4. @Gwenaël: clique sur mon nom pour un avis complémentaire à celui d’Alexandra (enfin lu le livre, pfffiou)

  5. "Certains lecteurs auront enfin pu aussi être touchés par la souffrance en filigrane de l’héroïne traumatisée par le divorce de ses parents et qui rêve de les voir se réconcilier autour de son lit d’hôpital "

    Mais dites moi, c’est beau comme un épisode de plus belle la vie ça ! Le scato en plus, bien sûr…

  6. "Alors là point goldberg+ gros cliché lamentable (allemands= nazis, portugais= poils, suedois = meubles) = beig est en forme, quel artiste!"

    Juste une fastidieuse précision: il s’agit du point Godwin et non du point Goldberg 😉

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