Les contes vus par Amélie Nothomb (extrait interview)

Amélie Nothomb aime à s’inspirer des contes pour les revisiter ou en réinventer dans une partie de ses romans qui aiment jouer avec les figures extrêmes (en particulier confrontation de la beauté pure angélique et de la laideur, le monstrueux), le symbolisme et les univers fantaisistes ou oniriques. La dénomation de « conte moderne » est d’ailleurs souvent utilisé pour qualifier son oeuvre. Que l’on pense à l’un de ses premiers romans comme Attentat ou Mercure revisitant la Belle et la bête ou de façon plus explicite dans son 21ème roman de 2012, intitulé La Barbe Bleue ou Riquet à la Houppe en 2016. Même
Elle expliquait sa fascination pour le genre dont l’essor a pris en France dans la 2e moitié du XVIIe siècle, sous l’influence notamment des salons des précieuses (dont Mme de Villeneuve auteur de La belle et la bête faisait partie) :

Nothomb dit adorer les contes pour leur capacité à dire beaucoup de choses vraies sur l’être humain. « Selon les auteurs, les contes sont plus ou moins nuancés… Les contes de Perrault ont la particularité qu’ils ne gomment absolument pas l’horreur. Dans l’histoire du Petit Chaperon Rouge raconté par Grimm, on ouvre le ventre du grand méchant loup à la fin et on y retrouve le chaperon rouge, intact (“comment croire une chose pareille ?” s’étonne l’écrivain). Chez Perrault, le petit chaperon rouge est mangé – et reste mangé. Au moins, on ne nous prend pas pour des idiots !

Le conte de la Belle et la bête vu par Amélie Nothomb

Concernant la Belle et la bête elle commentait : « Le conte n’avait pas dit que la Bête n’était pas si gentille que ça, ni la Belle si méchante qu’on veut le faire croire. Dans « Attentat » j’ai voulu montrer que rien n’est simple ; que les belles ne sont pas toujours méchantes et que le vrai pervers c’est le très laid. Il est plus intéressant que le bellâtre soit plus sympathique aussi, mais pervers. »

Le conte « Riquet à la Houppe » vu par Amélie Nithomb

« J’aime les contes parce qu’ils sont terriblement d’actualité. Le conte de Riquet à la Houppe est totalement dans la modernité car il n’y a pas plus moderne que d’être jugé pour son physique. Car il ne faut pas le nier, être très laid est une malchance, mais être très beau n’est guère mieux. Ces deux extrêmes mettent au ban de la société. Ce que j’adore dans les contes de Perrault, c’est qu’ils parlent de sujets terribles avec beaucoup de légèreté. Et dans le monde actuel nous avons besoin de légèreté. »

Illustration du conte « La Barbe Bleue » d’Adolphe Guillon (XIXe s.)

Le conte de Barbe Bleu vu par Amélie Nothomb : le culte du secret

Barbe bleu est le conte préféré d’Amélie Nothomb même si elle le considère comme “la pire histoire écrite par Perrault”.
« Quelque part je trouve que Barbe Bleu a raison. C’est vrai que quand on dit à ses épouses “Vous pouvez faire tout ce que vous voulez sauf aller dans la chambre rouge” et qu’elles n’ont rien de plus pressé que d’y aller directement, eh bien je regrette : 1/ ce sont des idiotes 2/ il a quand même le droit d’avoir des secrets ! « A une époque où les secrets disparaissent et sont de plus en plus interdits voire impossible, la réhabilitation du droit au secret allant jusqu’au meurtre de celui qui éluciderait votre secret, ça me met en joie »  »

Sources : « Amélie Nothomb, l’éternelle affamée » de Laureline Amanieux, La Nouvelle République (déc. 2016) et France Inter (dec 2016).

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