Ecole bienveillante : apprendre à mettre des mots sur ses émotions pour enrayer la violence

Des classes d’un nouveau genre, inspirées notamment des écoles bienveillantes danoises et des écoles alternatives (pédagogie Freinet, sont mises en pratique par l’éducation nationale en France. Elles invitent les enfants à exprimer et écrire leurs sentiments positifs comme négatifs. Objectifs : désamorcer les conflits et la violence tout en développant l’empathie. Une classe de primaire à Trappes en Yvelines, en zone d’éducation prioritaire (ZEP) expérimente avec succès ce dispositif depuis 3 ans.

La violence à l’école, qu’elle soit physique ou morale (harcèlement) est un problème de société de plus en plus précoccupant. En parallèle la mission civique de l’école a été renforcée (instauration de l’EMC -Enseignement moral et civique- suite aux attentats de 2015, etc.) pour inculquer notamment la tolérance et l’altruisme face à la montée de l’extrémisme et de la radication.

Au Danemark, consacré « pays le plus heureux de la planète » d’après le World Happiness Report 2016, les écoliers, entre 6 et 16 ans, suivent un cours d’1 heure (les « Klassens Tid » fondées en 1870 et intégrées aux lois sur l’éducation depuis 1993) visant à développer leur aptitude à l’empathie et leur bien-être. Les élèves y partagent leurs préoccupations personnelles ou les problèmes communs qu’ils rencontrent.

Dans cette lignée, à Trappes, ont été mis en place plusieurs dispositifs pédagogiques comprenant outre des méthodes favorisant l’initiative, l’autonomie et l’entraide (auto-correction des élèves, travaux en groupe) mais aussi des outils favorisant l’expression. Pouvoir mettre des mots sur son mal-être, son anxiété ou ses contrariétés permet en effet de pouvoir les évacuer et les dépasser, limitant ou évitant ainsi le recours à la violence ou le conflit. C’est aussi la vocation des contes thérapeutiques qui à travers des histoires aident les enfants à affronter leurs craintes ou résoudre leurs difficultés. L’importance des mots, on y revient toujours…

Apprendre à s’exprimer en verbalisant est donc fondamental et fait souvent défaut ! A ce titre citons les ingénieux et ludiques « chaise des émotions », espace de recueillement personnel où les élèves consignent dans un journal collectif ce qu’ils ressentent ou expérimentent ou encore le « défouloir », panneau où les élèves indiquent leurs humeurs du moment à l’aide d’une liste d’adjectifs mise à disposition. Résultats : les élèves sont beaucoup plus calmes, solidaires et concentrés et enrichissent au passage leur vocabulaire et expression !

Ainsi face à un environnement de plus en plus complexe et changeant, l’école a compris qu’il lui fallait revoir sa copie en particulier ses méthodes basées sur un apprentissage passif, rigide et « mécanique » des connaissances. La vision se fait désormais plus large et s’oriente sur la construction « d’un individu épanoui possédant un réel savoir polyvalent » selon l’expression de Mélanie Gervais, à l’origine de la structure « Enfant mode d’emploi ». Objectif : mettre en avant la communication, le vivre ensemble la coopération plutôt que la compétition, comme l’a mis par exemple en pratique Isabelle Peloux, dans son école du colibri dans la Drôme et auteur de « Pédagogie de la Coopération » (Actes Sud – Collection « Domaine du possible » , 2014).

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